Lectures 2021·Objectif PAL

Idaho, Andria Williams… mon objectif pal de septembre !

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Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christel Paris

J’ai choisi ce titre comme lecture mensuelle de mon Objectif Pal de septembre. Je ne sais plus comment il est arrivé chez moi, mais j’ai quelques poches comme ça de la sélection 2017 du prix des lecteurs, qui traînent dans ma PAL… Vous allez très vite comprendre dans quelle ambiance nous sommes, même si la couverture met déjà sur la piste. Nous sommes en effet aux Etats-unis, en1959. Paul arrive à Idaho avec sa femme et ses deux enfants, après une mutation de l’armée. Il devra s’occuper d’un réacteur avec d’autres collègues. La petite famille s’installe cahin-caha dans leur jolie maison jaune et font connaissance. Mais le supérieur de Paul est incompétent et insolent. Il drague ouvertement Nat lors d’un dîner. Dans cette communauté où les femmes restent à la maison des journées entières et où les maris sont sur la défensive au travail, difficile de lier des amitiés solides et de ne pas se faire d’ennemis. Le couple en paiera les conséquences, tandis qu’un jeune homme rencontré par hasard va se lier d’amitié avec Nat et ses filles. Sa présence va alimenter les commérages. Si vous avez aimé Arlington Park de Rachel Cusk ou le film Les noces rebelles dont la quatrième de couverture parle, ce livre est fait pour vous. Personnellement, j’ai aimé le personnage de Nat, la pudeur de son attirance pour Esrom, qui est également un personnage très attachant. L’inquiétude pour la centrale, qui parcourt tout le roman, et trouvera sa conclusion en fin de récit est là pour tendre une intrigue qui tourne par ailleurs essentiellement autour du couple formé par Paul et Nat. Et la manière de Andria Williams de revenir sur leur histoire, de les mettre en lumière, presque en contre-jour, est très belle. Une très intéressante sortie de PAL donc !

Editions du Livre de poche – mai 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un roman lu dans le cadre de…

Lectures 2021

Une autre histoire de la violence, Audrey Harel-Casanove

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Lors du dernier rendez-vous du Club des lecteurs yonnais sur La roche sur Yon, j’ai invité Audrey Harel-Casanove à présenter son quatrième roman, avant sa séance de dédicace à La librairie Agora samedi 18 septembre. Nous avons échangé et elle a raconté son parcours, ses activités, mais aussi son métier de professeure à l’IUT de La roche sur Yon. J’en ai profité pour acheter son roman… Ce livre est peu épais et semble contenir une grosse nouvelle. De mon côté, je l’ai commencé, attentive, un peu inquiète peut-être, mais pas du tout préparée à ce que j’allais y trouver. D’ailleurs, les premières pages commencent doucement. Anna va rejoindre l’homme qu’elle aime. Elle a dix-sept ans, et elle a décidé qu’aujourd’hui serait le jour où elle deviendrait femme. Elle en parle en ce moment avec ses copines, c’est leur sujet de conversation principal, d’ailleurs l’une d’elle l’a déjà fait, et c’était visiblement fabuleux. Anna est amoureuse, son futur amant aussi, visiblement, même si il est plus âgé qu’elle. Ils se sont rencontrés au travail, dans ce bistrot où Anna travaille pour l’été en tant que serveuse. Elle aime ce travail et elle aime le jeu de séduction de Serge. Tout va donc bien se passer, forcément. Vous devinez sans doute que ce ne sera pas le cas… Et comment vous dire combien cela m’a bouleversée ? L’écriture fluide et efficace de Audrey Harel-Casanove sait raconter effectivement, sans fausse pudeur, crûment mais avec subtilité, les doutes et les inquiétudes de la première fois et ce froid qui se répand sur soi quand l’homme pour lequel on a des sentiments se révèle soudain différent. Comment en parler ? A qui ? Je trouve que cette histoire serait à glisser dans de jeunes mains, car elle démontre et prévient sobrement, et avec talent.

« Non ? Comment ça, non ? Je ne comprends pas, tu ne veux pas que je te caresse ? »
Lola ne sait pas quoi répondre, elle aurait voulu lui parler de tendresse, de douceur, d’amour, de caresses qui la feraient frémir, mais les mots ne viennent pas. Elle aurait voulu lui dire de lui sourire, de la faire rire, de caresser sa peau, de lui embrasser le cou, la nuque. Comme les jours précédents.

Editions Sydney Laurent – août 2021

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Le site de l’auteure

Coups de coeur·Lectures 2021

Souvenirs de Marnie, Joan G Robinson… coup de coeur !

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Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Patricia Barbe-Girault

❤ Les objets livres de chez Monsieur Toussaint Louverture sont des merveilles. Souvenirs de Marnie ne déroge pas à cette règle. Encore un fabuleux ouvrage, que l’on prend plaisir à ouvrir, brillant à l’intérieur, aux pages épaisses… Mais c’est bien sûr l’histoire racontée qui m’a emportée. Je ne m’attendais pas à débarquer en bord de mer avec Anna. Sa famille adoptive l’a en effet envoyée dans un village côtier de l’est de l’Angleterre, car la petite jeune fille est apathique et ne semble avoir goût à rien. En réalité, Anna est assez fâchée d’avoir découvert que les Preston étaient payés pour s’occuper d’elle et s’entraîne à rester en toutes circonstances de physionomie la plus neutre possible. Elle est accueillie par le couple Pegg avec bienveillance. Anna découvre ainsi la liberté, la plage et le plaisir de la solitude choisie. Du moment qu’elle est présente aux repas, les Pegg la laisse naviguer à sa guise. C’est ainsi qu’elle va rencontrer Marnie, la jeune fille d’une villa qui l’intrigue beaucoup. Anna est étonnée, la villa devrait normalement recevoir de nouveaux propriétaires. Marnie est mystérieuse, pleine de craintes, surprenante. Entre les deux jeunes filles se tisse une amitié rapide et très forte que le départ précipité de Marnie risque de briser… Ce roman, publié pour la première fois en 1967, fait parti des 50 livres qu’il faut avoir lu selon Hayao Miyazaki. Il sera adapté par le Studio Ghibli en 2014. De mon côté, il m’a fait drôlement battre le coeur et m’a permis de plonger dans des univers parallèles à mes lectures d’enfance. J’en ai particulièrement apprécié l’atmosphère. C’est envoûtant, initiatique et très beau.

« S’il y avait bien un lieu où elle était sûre de ne croiser personne, c’était là. En admettant que par le plus grand des hasards, il y avait un promeneur sur la plage, elle pourrait le repérer alors même qu’il ne serait qu’une silhouette à l’horizon et se cacher jusqu’à ne plus le voir. Elle avait déjà passé de nombreuses après-midi couchée dans le sable, à écouter le bruit du vent dans les herbes hautes, la clameur des goélands et le doux murmure de la mer. C’était un peu comme être à la bordure du monde. »

 Editions Monsieur Toussaint Louverture – avril 2021

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D’autres lectures sur… Babelio

Lectures 2021

Un tesson d’éternité, Valérie Tong Cuong… rentrée littéraire 2021

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J’avais eu un gros coup de coeur pour Les guerres intérieures lors de la rentrée littéraire 2019, je n’ai donc pas hésité une seconde à m’acheter le dernier roman de Valérie Tong Cuong lors de cette rentrée-ci. Nous rentrons également avec ce roman dans un univers psychologiquement tendu, qui ne laisse pas le lecteur en repos. Alors qu’Anna savoure sa vie bien rangée, entre sa pharmacie, son mariage solide, sa villa au dessus de la mer et son fils à quelques semaines de passer le bac, un évènement arrive, qui va tout bouleverser. Léo, lycéen sans histoires, est arrêté. Au cours d’une manifestation, il aurait tabassé un policier, pour défendre une jeune-fille. Nous sommes en France, dans un climat tendu où les ronds points et les rues sont envahies régulièrement par le mouvement que l’on appelle rapidement celui des « gilets jaunes ». Voici Léo porté en héros, mais également jugé et incarcéré, brisant en même temps l’équilibre social fragile de la famille, un équilibre construit jusque là minutieusement par Anna, qui avait cherché très tôt à fuir une enfance que l’on découvre petit à petit dévastée. Mais échappe-t-on à son passé ? Anna est persuadée que quelque chose en a transpiré, qui a mené Léo dans cette prison. C’est donc le récit de la bataille quotidienne d’une mère pour libérer son fils qui s’enclenche, alors que le calvaire vécu par la petite Anna nous est aussi conté. Pendant ce temps, Hugues, son mari, employé à un poste important à la mairie, tente de colmater les brèches et de faire face, mais à quel prix ?… J’ai eu une lecture assez douloureuse de ce roman de Valérie Tong Cuong, dont en même temps que j’en retardais la fin, me faisait de la peine. L’autrice sait encore une fois, avec son écriture précise, fouiller la psychologie complexe de l’être humain, tiraillé ici entre la honte, la volonté de conserver un statut social atteint de haute lutte, et un passé qui s’insinue entre des failles nouvellement apparues, tel un serpent. Un roman remuant et encore une fois percutant.

Editions Jean-Claude Lattès – 18 août 2021

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Une autre lecture chez… T livres T arts

Retrouvez [ici] l’interview accordée par Valérie Tong Cuong à mon club de lecteurs pendant le premier confinement, alors qu’elle écrivait ce roman.

Lectures 2021

Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance, Céline Lapertot… rentrée littéraire 2021

Je me suis inscrite à une rencontre en live avec l’autrice demain soir, via le Vleel sur Instagram. J’avais donc choisi il y a quelques jours de lire ce titre assez rapidement. Et je l’ai dévoré en une journée (dimanche). La couverture donne déjà une idée de la tragédie inscrite dans le texte. J’ai même rencontré le personnage de l’Antigone d’Anouilh au détour d’une page (p 73). Nous sommes dans l’ambiance… un drame ne peut qu’arriver. Et si l’Etat décidait de revenir sur l’abolition de la peine de mort ? Et si cette idée avait germé dans l’esprit du garde des sceaux depuis son enfance ? Roger Leroy et son demi-frère Nicolas Lempereur, musicien, sont un peu les Abel et Caïn de la bible, mêlant dans leur relation la haine, la rivalité et une peine d’amour non formulée. Nicolas, âgé de cinq ans, a débarqué le jour des dix ans de Roger, fruit de l’infidélité du père, une surprise que l’aîné n’a eu de cesse d’avoir du mal à digérer. Et maintenant, le voici convaincu que la peine de mort doit être rétablie. Convaincu et convaincant, car la loi passe effectivement. Cette mesure semble être justifiée quand le premier condamné à mort est un pédophile récidiviste et meurtrier, qui clame que rien ne pourra le guérir. Les médias se sont emparés de l’affaire et ont montré partout la chaussette abandonnée de la fillette. Mais qu’en est-il quand la justice s’intéresse à un membre proche, quand l’on devient concerné et qu’en plus la culpabilité du désigné coupable est remise en question ? Le sujet traité ici par Céline Lapertot est troublant, il questionne notre humanité. J’ai beaucoup aimé la structure tragique du roman, la référence à Persée et Méduse en incipit. J’ai eu par contre du mal à m’attacher aux personnages, tant ils semblaient tous noyés dans un marasme gluant. Et pourtant, comme je le disais en préambule, j’ai dévoré ce livre, marque d’une certaine fascination de ma part.

Editions Viviane Hamy – 19 août 2021

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Une autre lecture chez… Mumu dans le bocage

Coups de coeur·Lectures 2021

Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen… coup de coeur !

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Traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec

❤ Lorsqu’au printemps, une de mes collègues m’a proposé de choisir des livres de la sélection du prix Vendée Lire 2021, cédés par le CDI du collège de son fils, j’ai sauté sur l’occasion. Je ne connaissais pas encore Susin Nielsen. Depuis, j’ai lu La vie en rose de Will, que j’ai beaucoup aimé… Je ne vais pas tourner autour du pot plus longtemps, j’ai été très émue par ce récit. Car, contrairement à celui par lequel j’ai commencé avec l’autrice, truffé d’humour, celui-ci est beaucoup plus grave… Félix a un peu plus de douze ans. Après avoir habité chez sa grand-mère, et dans des appartements de plus en plus petits, le voici logé avec sa mère, et sa Gerbille Horatio, dans un combi Volkswagen. Cette situation temporaire est bien partie pour durer car Astrid a bien du mal à conserver un travail, et des amis d’ailleurs. Son caractère volcanique y est pour quelque chose, ce que Félix mettra du temps à s’avouer. Ceci dit, il ne révèle à personne le secret de leur logement et va rentrer dans un nouveau collège de Vancouver où il retrouve Dylan, un ancien ami et Winnie, une future meilleure amie. Tout pourrait se passer pour le mieux si la situation ne commençait à s’aggraver. Astrid ne retrouve pas de travail, Felix ne mange pas toujours à sa faim, son hygiène laisse parfois à désirer et il rêve par exemple de pouvoir disposer tout bêtement de toilettes. De plus, Astrid, adepte d’un système très élaboré de mensonges, vole de temps en temps dans les supermarchés, se gare devant des maisons vides, etc. Felix, qui est intelligent, n’ose se considérer comme un SDF et fait tout pour éviter d’attirer l’attention des services sociaux. Avec l’arrivée du mauvais temps, vivre dans un combi ressemble de moins en moins à des vacances. Alors, lorsque son émission favorite Qui, Que, Quoi, Quand ? lance une version junior, le jeune garçon tente sa chance. S’il gagne, il remportera vingt cinq mille dollars, de quoi les sortir de l’impasse… Ce roman a fait écho en moi au film Nomadland vu dernièrement au cinéma. Sous un prisme jeunesse, Susin Nielsen traite de ce thème du basculement dans la précarité, qui peut malheureusement concerner tout le monde, et l’aborde avec justesse, intelligence et une grande bienveillance. Le personnage de Félix, courageux, encore très jeune, attaché à sa mère malgré ses défaillances, m’a beaucoup touchée. Je pense aussi m’intéresser un peu plus à la sélection Vendée lire l’année prochaine, s’y cache on dirait quelques pépites. Il me reste à lire Celle qui marche la nuit de Delphine Bertholon, gagnante du prix cette année !

 Editions Helium – avril 2019

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Une autre lecture sur… Asso Vendée lire avec en commentaire les avis des petits lecteurs