Lectures 2020

A la place du coeur, Arnaud Cathrine

J’avais cette couverture magnifiquement brodée depuis longtemps dans mon collimateur. J’ai donc profité à la fois des fêtes de Noël pour me faire offrir ce livre, et du prochain thème de mon club de lecture pour le lire… J’avais déjà eu l’occasion de lire Arnaud Cathrine [voir ici] et j’avais aimé dans ce que j’avais lu son écriture mais également l’univers littéraire dans lequel il baignait. Ce titre est un roman jeunesse, le premier tome d’une série qui en compte trois pour l’instant. Il se déroule dans un lycée, juste au moment des événements de Charlie Hebdo, en janvier 2015 donc. Nous rencontrons principalement Caumes, qui vient de tomber amoureux. La veille des attentats, Esther lui a donné un baiser plein de promesses. Mais la tuerie de Charlie chamboule tout. Les adolescents sont rivés sur leur portable, et tentent de comprendre les informations qui défilent en continu, entre sidération et exaltation. Caumes est sans doute en train de vivre la semaine la plus forte en émotions de sa vie, amoureux et désespéré de voir le monde qu’il connaissait s’écrouler, un monde où il est possible de rentrer dans une rédaction et de tuer à bout portant des journalistes et dessinateurs sans défense. Il s’inquiète pour son frère, rédacteur dans un journal. Esther s’inquiète ensuite pour le sien lorsque l’épicerie casher est prise en otage. On s’inquiète ensuite pour Hakim, la cible d’harceleurs au lycée… J’ai trouvé qu’Arnaud Cathrine avait très bien su saisir le cocktail de sentiments que cette semaine de janvier avait suscité chez les adolescents, et les adultes. Je dirais même que, sur ce thème, ce livre est un témoignage essentiel de ce mois de janvier très particulier, puisqu’il retrace les événements point par point. J’ai été cependant un peu déçue de ne pas retrouver la qualité d’écriture d’Arnaud Cathrine dans cet opus, qui a le ton de certains autres romans pour adolescents lus, extrêmement reconnaissable et lisse, un ton qu’il m’arrive de trouver un peu gnangnan par moments. Un récit qui, de mon point de vue, n’aurait pas pâti d’une écriture plus forte et surtout plus littéraire.

Robert Laffont – septembre 2016

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Coups de coeur·Lectures 2020

Quelques heures, Joel Orff… la BD de la semaine !

❤ J’ai eu un joli coup de coeur pour cet album de chez çà et là assez discret. Petit en taille, sobre de couverture, il contient à l’intérieur des dessins en noir et blanc qui peuvent surprendre un peu par leur graphisme, peu soigné en apparence. En réalité, tout cela fonctionne très bien et on fait très vite fi de cette première impression négative, tant l’histoire est par ailleurs touchante. Bob est chauffeur de taxi. Il reçoit une carte postale de son ex, Wanda, lui annonçant à la fois sa paternité et l’arrivée de sa fille, déjà adolescente. Casey apparaît effectivement un beau jour sur son perron. Bob la reçoit le mieux possible et gère cette jeune fille visiblement un peu perdue et en recherche de repères qui n’avait pas demandé à être là. Ces deux êtres apprennent à s’apprivoiser et tissent peu à peu des liens… Et c’est ce que rendent très bien les dessins et la mise en page de Joel Orff, toute la patience déployée par Bob pour amadouer cette jeune fille tombée du ciel, et tous ces moments paisibles où la connivence s’installe. Quelques heures est un joli album qui met en lumière tout ce que l’écoute, la patience, le don de soi, peuvent apporter dans une relation parent/adolescent, mais aussi la cruauté de certains adultes. L’action se déroule à Minneapolis, et on peut se rendre compte également de la précarité dans laquelle les individus peuvent se retrouver là-bas du jour au lendemain, dès qu’un grain de sable vient gripper la machine. La résignation des personnages face à cet état de fait est pour le moins sidérante et donne à réfléchir.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui !

Editions çà et là – 17 janvier 2020

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Lectures 2020

Le Naufragé, François Colcanap

J’ai craqué avant tout pour cette sublime couverture en choisissant ce titre parmi d’autres pour la dernière opération Masse critique de chez Babélio… Et bien m’en a pris car j’ai découvert ainsi une histoire étonnante de simplicité, racontée sous la forme d’un conte. Difficile en effet de situer le lieu exact où séjournent Joseph et ses parents. On nous dit en quatrième de couverture qu’il s’agirait d’un petit port de la côte Atlantique, au milieu des années 60. Le père de Joseph est marin pêcheur. Son épouse s’occupe de la maison. Leur fils Joseph vit entre eux deux, dans une sécurité affective évidente, mais une ambiance taiseuse. Tout semble aller de soi, la maison, Le Père et La Mère, la boutique de Madame T’y trouves tout, où Joseph donne régulièrement un coup de main. L’avenir semble tout tracé. Joseph prendra la suite du Père, qui lui apprend jour après jour les rudiments du métier. Mais tout bascule en un instant lorsque le bateau de leur ami Eugène coule, emportant avec lui Le Père. Ni l’un ni l’autre ne savaient nager. La Mère rejoint rapidement celui qu’elle aimait et, suite à ce triple enterrement, Joseph se sent bien seul… Mais la solitude ne sera pas son plus grand ennemi, elle a un nom plus sournois, la Modernité. Le Naufragé est le premier roman de l’auteur. Il se lit en une bouchée. L’écriture y est simple mais pleine de subtilité. Ce roman a une portée symbolique évidente, cherchant via l’évolution de ce petit port de l’Atlantique à être le reflet d’une époque où les modèles économiques peuvent aller jusqu’à l’absurdité. Alors faut-il fuir ? Ou affronter ? Et quelles sont nos armes ? J’ai pensé en le lisant à cette plage de Bretignolles sur Mer, notre endroit préféré, que la création d’un port est en train de massacrer. Pour des raisons économiques. La pire aberration qui soit.

« J’aurais dû comprendre que vivre le présent, ce n’est pas sans cesse se souvenir, espérer un lendemain différent de l’instant qu’on vit. Vivre, c’est être où l’on est, pleinement, être qui ont est, sans tricherie. Mais Le Père ne pensait pas à tout ça. Le Père, c’était Le Père, le Grand Jules, le seul à avoir vu le canot d’Eugène qui allait se faire éperonner. »

Editions Slaktine & Compagnie – 6 février 2020

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Coups de coeur·Lectures 2020

La Soustraction des possibles, Joseph Incardona… coup de coeur !

❤ Ce livre est un roman magistral. Je n’avais pas eu ce sentiment de lecture depuis Les années de Annie Ernaux, cette impression de lire un ouvrage à la fois ambitieux, maîtrisé et intelligent. Joseph Incardona est un écrivain suisse qui a déjà écrit plusieurs romans, des polars. Il a décidé de poser celui-ci dans les années 80, alors que le monde était assez différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le bloc de l’Est allait bientôt imploser. Les crises financières n’avaient pas encore eu lieu. Les golden boys avaient le vent en poupe. La Suisse était alors la destination privilégiée d’hommes et de femmes discrets munis d’une valise. Le lecteur fait d’abord la connaissance d’Aldo, professeur de tennis désabusé, qui agrémente sa vie en séduisant ses clientes fortunées. Odile est la dernière en date. Très amoureuse de son amant, mariée à un homme d’affaires bien placé, elle met Aldo en relation avec une de ses connaissances pour lui permettre de gagner encore plus d’argent. Le voici donc transformé en porteur de valise zélé. Lors de l’un des transferts, il tombe par hasard sur une comparse jusqu’alors inconnue, Svetlana, une jeune maman, qui en dehors de récupérer des sacs plein de billets, travaille brillamment dans la finance. Ces deux-là finissent par tomber amoureux… sans se douter qu’autour d’eux plusieurs araignées ont tissé leurs toiles. Dans ce roman, il est question d’amour, de celui qui est partagé tout autant que de celui qui fait mal, mais aussi de la pègre, de malversations, de malfrats en tous genres. Je n’ai pas eu pour autant le sentiment de lire un simple polar, tant l’écriture de Joseph Incardona est inventive et érudite, pleine de tendresse brute. Il joue avec le lecteur, ses personnages, le récit en train de s’écrire, et combien j’ai adoré cela. C’est un roman qui est porté en sélection de plusieurs prix et je ne suis pas étonnée, il le mérite. J’ai personnellement craqué sur sa sublime couverture, je vous conseille vivement à présent d’en ouvrir les pages !

« Son gin-tonic arrive, il allume une cigarette.
En 1990, c’est encore faisable.
Le problème avec la vie qui avance, c’est qu’elle soustrait les possibles.
Justement. »

Editions Finitude – 2 janvier 2020

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Lectures 2020

L’amant, Tan Takahama… la BD de la semaine !

D’après le roman éponyme de Marguerite Duras

De Marguerite Duras, j’ai lu plusieurs romans, mais pas l’Amant. J’ai plutôt lu l’Amant de la chine du Nord, écrit plusieurs années après, alors qu’elle avait appris la mort du Chinois, et pouvait enfin décrire plus librement leurs sentiments, et puis j’ai vu le film de Jean-Jacques Annaud. Et c’est ce qui m’a frappé en premier lieu, et malgré tout ce qui est dit en préface, de la volonté de Kan Takahama de justement s’éloigner de la perfection esthétique de ce film, cette similitude visuelle entre l’album et le film. Mais loin d’être un défaut, j’ai trouvé justement que cela permettait de plonger ainsi tout de suite en terrain connu, dans l’ambiance de cette histoire d’amour forte et particulière. De plus, les dessins de cette très belle adaptation sont véritablement réussis. Marguerite Duras est la jeune fille représentée sur la couverture. Lorsque le récit commence, elle a quinze ans et demi. La jeune fille est dans une pension d’Etat à Saigon. Elle vit en Indochine avec sa mère, veuve, et ses deux frères. Le frère aîné dépense tout l’argent de la famille et sa mère a fait une mauvaise affaire en arrivant dans ce pays, elle paye très cher des terres inondées une bonne partie de l’année. La rencontre entre les deux futurs amants a lieu sur le bac qui traverse le fleuve. Pensionnaire, Marguerite Duras rêve déjà de devenir écrivain. Elle fait la connaissance de ce riche chinois et y voit surtout une façon pour sa famille de s’en sortir, et de peut-être retourner en France. Mais cette relation faite d’argent devient une véritable histoire d’amour, à la fois honteuse et brûlante, impossible. Le riche Chinois doit épouser quelqu’un de son rang, la jeune fille salit sa réputation dans le quartier blanc. Et ce sont tous ces ingrédients réunis, les forces en présence, l’interdit, la jeunesse de Marguerite Duras, la sensualité, qui encore une fois, via cette version BD, ont provoqué chez la lectrice que je suis un grand intérêt. Les souvenirs de la lecture du roman sont remontées à la surface. Comme le dit si bien en préface Kan Takahama, toutes les adolescentes, friandes de littérature, ont grandi avec en mémoire l’image de cette jeune fille amoureuse dans une colonie française d’Indochine.

Un titre qui entre tout à fait dans le prochain thème de mon club de lecture puisqu’il sera question d’amour.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui !

Editions rue de Sèvres – 22 janvier 2020

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