Lectures 2019

Les radis bleus de Pierre Autin-Grenier… nouvelle édition augmentée

J’avais lu en 2009 la version folio des Radis bleus de Pierre Autin-Grenier. Est sorti en Novembre 2018 cette version augmentée de 11 inédits de chez Les Carnets du dessert de Lune (éditeur Belge), avec une illustration en couverture de Georges Rubel, une occasion de redécouvrir cette plume et ce recueil bien intéressant. J’avais un peu oublié de vous en parler ici. Je rattrape aujourd’hui cet oubli et recycle mon article de 2009 pour réveiller les souvenirs de ma première lecture.

« Le temps qu’il faut  pour faire une phrase ! S’imaginer capable d’en faire une chaque jour … Délire d’orgueil ! Folie de poète, peut-être… »

Et c’est cette entreprise folle que Les radis bleus retrace, un an de pensées, d’éclats et d’anecdotes… Se loge dans le journal poétique de Pierre Autin-Grenier (1947-2014), publié pour la première fois en 1990, beaucoup de mélancolie, car il y est question assez souvent de fin de vie et de douleur. On devine, au détour d’une page, la perte d’un enfant sans doute ; le désir en tous les cas d’une vie retirée, paisible.
Malgré quelques répétitions de thèmes, dues très certainement au genre utilisé, j’y ai trouvé de bien jolis morceaux d’écriture, des réflexions sur l’utilité des poètes et de la poésie aujourd’hui, de l’ironie. A découvrir sans tarder pour les amateurs de poésie ! Thomas Vinau parle de cette nouvelle édition ici.

Quelques extraits…

« Mardi 29 mars – Sainte Gwladys – Il y a comme quelque chose d’inépuisable et d’inachevé dans tout poème. Quelque part un mot console et épouvante, surprend parfois ; mais toujours fait signe et nous appelle. Invite à poursuivre l’immobile voyage.
Surgit soudain l’idée du sang, sans qu’on puisse l’attribuer en bonne raison au poème seul. Ou bien s’exhale une odeur ancienne de buanderie, qu’accompagne aussitôt le souvenir fragile de vieilles lessiveuses en ferblanterie. D’autres fois, c’est un ciel du même bleu que la nostalgie qui doucement se découvre, et vous porte à rêver…
Ainsi le lecteur affranchi peut-il prendre sa propre part à l’existence même du poème. Parce que loin de contraindre et d’enfermer dans le mot, la poésie – toujours – tient les portes de la vie larges ouvertes. »

« Dimanche 3 avril – Pâques – Jamais nous ne mettons de nappes sur la table. Toujours nous la tenons bien cirée, brillante et lisse. C’est dommage, parfois, cette absence de nappe. En en soulevant un coin on pourrait en effet facilement voir, par en dessous, les jours passer. »

« Vendredi 25 Novembre – Sainte Catherine – Rien n’est plus simple que le linge qui sèche sur le fil tendu entre le cerisier et l’acacia. La mésange qui se pose, légère, à côté des serviettes à carreaux rouges et bleus a tout compris. Et la voilà qui s’envole avec le vent faisant un instant vraiment bouger la vie.
Le front contre la vitre, l’oeil loin au-delà, on prend ainsi l’exacte mesure du temps. Toute gesticulation devient vite dérisoire quand on sait le discret travail de l’arbre, l’infinie persévérance des hautes herbes, l’ombre qu’il faut encore au jour pour lentement devenir la nuit.
Ils ne savent pas, ceux qu’une telle sagesse porte à sourire, quelle rare patience réclame chaque aube nouvelle et que vouloir forcer l’allure ne mène jamais nulle part. »

« Samedi 31 décembre – Saint Sylvestre – Minuit, je jette un truc complètement cassé dans un lit en cage de fer et finalement le truc y trouve un sommeil qu’il voudrait sans réveil. C’est moi. »-

Recueil à commander sur le site de l’éditeur ici

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Coups de coeur·Lectures 2019

Nora, de Léa Mazé… la BD de la semaine !

❤ J’ai fait plusieurs jolies rencontres à Angoulême, lors du festival de la BD cette année, rencontres dont je n’ai pas terminé de vous parler… Un de mes agréables souvenirs sera notamment ce passage, pourtant trop rapide, sur le stand des Editions de la Gouttière. J’étais déjà passée les voir, il y a deux ans, en compagnie de Sabine du petit carré jaune et de Mo’ du Bar à BD, et j’avais craqué pour petit dernier pour l’album Qu’ils y restent, qu’il avait adoré. Cette fois-ci, après maintes hésitations devant un panel gargantuesque, j’ai choisi d’emporter avec moi ce délicieux petit album que je vous présente aujourd’hui, Nora. Je tenais à dire combien les personnes qui sont là sont toujours adorables, me proposant de prendre aussi gratuitement un magnifique marque-page et une affiche. Merci ! Mais revenons-en à Nora… Alors que ses parents sont en plein déménagement, Nora est confiée pour quelques jours à son oncle, agriculteur. Nous sommes en plein été 75 et Nora n’est pas contente du tout de cet arrangement, choisissant au départ la bouderie. Mais l’appel de l’extérieur est trop fort et Nora découvre à la fois un arbre creux, qui fera une formidable cachette, et la présence d’une vieille femme, dans le voisinage. Nora est intriguée par la solitude de Madame Jeanne, et questionnant son oncle, se rend compte qu’elle n’a sans doute pas eu la chance de rencontrer l’être aimé. Partant du principe que chacun à sa chacune, et vice-versa, la petite fille mène l’enquête et échafaude la théorie selon laquelle celui qui était destiné à la vieille femme a sans doute oublié de naître… Et nous voici donc embarqués avec elle dans une dimension étonnante où les âmes parlent aux petites filles et essayent avec elle de résoudre les ratés de la vie. Que dire sinon que cet album est un petit bijou délicat, un coup de coeur de lecture évident, que je suis ravie de posséder dorénavant dans ma bibliothèque. Il est à découvrir l’esprit ouvert et le coeur tendre. Le graphisme est très beau, simple, dégradé dans des tons marrons, sauf pour les âmes qui sont bleues. Le tout forme un très bel objet livre qui, il me semble, peut autant être offert et confié à des mains d’enfants qu’à des mains d’adultes. En effet, loin d’être simple, je trouve que son récit a une force que je n’imaginais par au départ, donnant envie en fin de lecture de revenir sur certaines cases, pleines d’informations et d’émotion.

Editions de la Gouttière – avril 2015

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

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Lu dans le cadre de la BD de la semaine

Toutes les autres participations sont chez Noukette aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Mo’

Lectures 2019

L’étincelle, Karine Reysset… Rentrée littéraire de janvier

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Karine Reysset est de ces auteurs dont je surveille l’actualité, et j’avais hâte de lire son nouveau roman en cette rentrée de janvier, certaine d’y retrouver ce qui me plaît, ce qui m’est familier dans ses productions (cf mes lectures de A ta place, Les yeux au ciel, Comme une mère et La fille sur la photo). Et je ne pensais pas si bien tomber… Nous sommes à l’été 1993. Coralie, tout juste majeure, est étudiante. Et elle est ravie de quitter pour quelques semaines sa mère, nouvellement divorcée et le triste pavillon dans lequel elles vivent avec son jeune frère. Elle accompagne exceptionnellement Soline, cette meilleure amie rencontrée pendant l’année scolaire, dans la maison secondaire familiale. Pour la jeune fille, c’est l’occasion de côtoyer un autre monde, des gens cultivés, dont l’aisance l’émerveille. D’ailleurs, elle n’a de cesse de prendre des notes et de s’imprégner de cette atmosphère à la fois légère et très codifiée. Tout vole cependant en éclats lorsque une petite fille disparaît dans le camping que surplombe la villa. La légèreté abandonne les lieux. Coralie est très affectée par cette disparition et s’y intéresse beaucoup, sans doute de trop, car sa curiosité n’est pas sans conséquences parmi les estivants. Pour autant, peut-être poussée par cette ambiance troublante, elle devient l’amante de deux des habitants de la grande maison, trompant l’attention de tous, pensant être seulement transparente, et persuadée de vivre simplement là sa vie telle qu’elle doit la vivre, de la manière la plus intense possible… Je dois dire que le sentiment de familiarité pendant la lecture de ce roman a été immédiat. J’étais également étudiante en 1993, et il m’arrivait de passer l’été à garder des enfants dans de grandes maisons telles que celle décrite dans ce roman, pas en tant qu’invitée certes, mais évidemment en tant qu’employée, et jeune-fille transparente. J’ai trouvé beaucoup de points communs entre Coralie et moi, en dehors de son expérience sensuelle, ses désirs d’écriture, sa manière d’exister, et cela m’a plu de me replonger dans cette époque si bien reproduite par Karine Reysset. Et effectivement cet âge là est celui de tous les apprentissages et de toutes les premières expériences de l’âge adulte, de ces expériences dont on se souvient en général toute sa vie. Ce roman est donc à la fois un roman d’atmosphère, où les vacances, la chaleur moite, et la détente des corps semblent rendre tout possible, et à la fois aussi le roman d’une adulte qui regarde du haut de ses quarante ans la jeune fille qu’elle était, avec distance et étonnement. J’ai beaucoup aimé.

« Il est paradoxal de se souvenir de soi comme d’une autre, étrangère à soi-même le temps d’une parenthèse. Je ne me reconnais guère dans ce portrait d’une jeune-fille en feu, ou plutôt de jeune femme. J’avais traversé le fleuve, j’étais passée de l’autre côté, nul retour en arrière possible. J’avais vécu ce rite de passage à l’âge adulte comme une succession d’épreuves initiatiques. J’en ressortis grandie dans tous les sens du terme. Aguerrie. Comme si je m’étais livrée à un corps à corps, un combat contre moi-même sans merci que j’avais gagné haut la main. »

Editions Flammarion – 9 janvier 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…12345

Une autre lecture chez… Mes miscellanées

Coups de coeur·Lectures 2019

La vraie vie, Adeline Dieudonné… sélection du Prix du roman Cezam Inter-CE 2019

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Cette année, j’ai décidé de lire la sélection du Prix du roman Cezam Inter-CE, car elle est en général excellente… et de voter. Je pense lire aussi la sélection BD. Il y a également une sélection de films, pour ceux qui ont le temps de tout faire. 😉 Pour celles et ceux qui rêvent de faire partie d’un jury, c’est une manière facile d’accès d’y parvenir… Renseignez-vous auprès de votre CE ou de votre bibliothèque municipale.

❤ La vraie vie est donc dans la sélection du Prix 2019, une occasion de lire ce roman qui était par ailleurs en bonne place dans notre sélection de la rentrée littéraire pour les Matchs de la rentrée littéraire 2018 – Rakuten. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce roman. Je savais bien sûr qu’il était dur, du genre à entrer dans la catégorie des lectures coups de poing, expression que je n’aime pas vraiment utiliser, sauf qu’ici effectivement, dans cette histoire, des coups de poing sont réellement distribués. Alors oui, La vraie vie est un excellent roman, porté par une écriture d’une grande qualité, sans failles, et tous les compliments que vous avez eu l’occasion de lire sur ce livre sont mérités. L’héroïne de ce roman a dix ans, lorsqu’elle assiste, impuissante et terrorisée, à un accident mortel. Le marchand de glace qui passe dans son quartier est percuté en plein visage par son siphon à chantilly, alors qu’il s’apprêtait à les servir. Le petit frère de la jeune fille, Gilles, a seulement six ans et entre alors dans une sidération inquiétante. On le retrouve régulièrement, mutique, au pied de la hyène, dans la chambre où leur père, chasseur, entrepose et accroche ses pièces remarquables, c’est la chambre des cadavres. L’ambiance de la maison n’est pas propice à l’empathie psychologique et personne ne s’inquiète du nouvel état de Gilles, mis à part sa grande soeur qui décide de tout faire pour le ramener à son état précédent, quitte à remonter le temps. Elle n’aura de cesse alors de le protéger et d’apprendre. Et si la science pouvait l’aider ? Entre un père violent et une mère proche de l’amibe, il faut jouer serrer, être discrète et forte, pour parvenir à ses fins… Vous ne serez pas étonnés d’apprendre combien je suis adepte des histoires où des adolescentes courageuses enfreignent les lois et l’autorité pour lutter pour ce qu’elles estiment juste. Cette lecture a donc été un réel coup de coeur. Impossible de faire autrement. Tout est bon dans ce premier roman d’une toute jeune auteure belge. Et j’ai pensé aussi à tous ces romans de La Belle colère que j’aime lire… N’hésitez plus !

Editions L’iconoclaste – 29 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

« Choisir le Prix du roman Cezam, c’est laisser de côté les romans à succès, les gros éditeurs, pour partir à la découverte d’écrivains en lisant une sélection originale et éclectique. Vous pourrez vous plonger dans la lecture de 10 romans récents écrits ou traduits en français, choisis par des professionnels du livre  et en discuter avec vos collègues. Vous ferez partie d’un jury d’au moins 2 200 personnes : nombre de lecteurs de l’édition 2018 dans toute la France. Vous aurez aussi la chance de dialoguer avec la majorité des romanciers qui seront invités pendant l’année dans les entreprises, les bibliothèques … et participer à la remise du prix en octobre. » Site du prix ici [clic].

La sélection complète (les liens vers mes lectures seront mis à jour petit à petit)…

Lectures 2019

Et que nos âmes reviennent, Sabrina Philippe

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Je me suis laissée tenter par ce roman de Sabrina Philippe alors que tout dans son aspect me sortait de ma zone de confort, la couverture, le titre, la quatrième de couverture et l’ambiance ésotérique de tout cela… Pour autant, j’ai été sensible à l’accroche. Et si toutes nos rencontres avaient un sens caché ? Même les plus malheureuses… Qui n’a pas en effet été confronté dans sa vie à une rencontre difficile qui lui a cependant permis d’avancer ? Mais le propos est ici en réalité un peu différent, je m’explique. Alors que l’héroïne, ancienne chroniqueuse-psychologue de télévision, s’apprête à prendre quelques mois de repos, elle rencontre un homme pour lequel elle sent progressivement une attirance, et qui a tout du prince charmant, délicatesse et richesse. Mais n’est-il pas également froid et distant ? Peu importe, elle n’avait pas envisagé de vivre avec quelqu’un et voilà que l’homme parfait débarque dans sa vie, pourquoi ne pas profiter du bien-être d’être aimée ? Les premiers actes de violence ne tardent cependant pas à venir, ainsi que tous les signes qu’elle s’est laissée piéger dans les filets d’un homme au comportement de pervers narcissique. L’ancienne chroniqueuse reconnue commence à douter d’elle-même, toutes les pistes de travail s’effondrent, l’isolement est de plus en plus profond… Alors elle consulte, tente de s’échapper de ce piège qui la consume et se fait jour soudain pour elle une réalité encore plus troublante… Et si se rejouait entre eux deux une histoire déjà vécue ? Et si les âmes pouvaient revenir pour réparer ou consolider des liens ? Et si l’ombre d’Auschwitz planait encore sur le présent ? Je dois dire que je ne pensais pas dévorer ce livre, lu en une journée. Il peut paraître dérangeant pour des esprits cartésiens mais donne à réfléchir sur les événements parfois inexplicables qui nous arrivent, nos rêves et intuitions. Ne passez pas à côté !

Editions Flammarion – 6 février 2019

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