Lectures 2018

Etre ici est une splendeur, Marie Darrieussecq

Tu as le sentiment que tu vas sans doute très mal parler de ce livre, si délicat et féminin… qui mérite sans hésiter votre lecture. Mais allons-y, essayons d’être à la hauteur. Tu dois tout d’abord dire que c’est ce titre Etre ici est une splendeur qui t’a tout d’abord attiré vers ce récit… Magnifique phrase, qui représente très bien la personnalité de Paula Modershon-Becker, peintre méconnue, dont Marie Darrieussecq tente la biographie dans ce texte…. Cette phrase représente également très bien sa peinture, qui met en avant la beauté de l’instant, sans pose, ni fausse pudeur. Paula Modershon-Becker voulait peindre tout le temps, et c’est certainement une grande partie de ce qu’il faut retenir d’elle, cette passion jamais tarie pour le travail. Et qu’elle était aussi l’amie de Rainer Maria Rilke. Et c’est à travers les lettres qu’ils échangent, le journal de Paula, que l’auteure part à la recherche de cette jeune allemande, ayant vécu entre 1876 et 1907, et disparue trop tôt. Avide de nature, elle l’est aussi de la vie parisienne, et beaucoup moins du mariage. Et toi lectrice, tu as aimé cette incursion dans le monde de la peinture, dans une Allemagne d’avant la première guerre mondiale, qui donne déjà les signes innocents de ce qu’elle sera plus tard dans les années trente. Paula M. Becker est fière d’être allemande, de son corps nu, de promouvoir une vie saine à Worpswede. Tu aimes l’écriture de Marie Darrieussecq dans ce livre, qui commente sans cesse la biographie en train de se faire, et son désir de mettre en avant cette femme peintre que sa condition féminine a obligé, par exemple, les premiers temps de son mariage à suivre des cours de cuisine pendant des semaines à Berlin. Que de temps de travail perdu pour satisfaire à sa condition d’épouse. Elle partira très vite de Berlin, et ensuite n’aura de cesse de quitter le domicile conjugal quand son travail l’exige, ou son désir.

« […] naïve Paula ne l’est pas, simple non plus. Elle sait ce qu’elle cherche. Elle va à son essentiel, qui est complexe et savant. Surtout, elle sait très bien de quoi elle s’éloigne. Du style Vogeler, mais aussi du style Worpswede. Peut-être sait-elle aussi qu’elle peint après des siècles de regard masculin. Peut-être est-elle consciente de ce quelque chose à dire, de ce quelque chose à elle, d’encore presque inouï, d’encore presque non vu : une femme peint des femmes. Ses jeunes filles nues, ce n’est pas Puberté de Munch. Chez Munch, il y a les épaules rentrées sur les seins naissants, les bras croisés pour cacher le pubis, le regard embêté, le rouge aux joues, et l’énorme ombre surplombante – chez Paula il n’y a pas d’ombre. »

Une exposition des oeuvres du peintre a au lieu au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris en 2016.

Editions Folio – août 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Virginie

13 commentaires sur “Etre ici est une splendeur, Marie Darrieussecq

    1. Ah je peux comprendre que cela t’a fait passer l’envie de lire ce livre… Elle a une peinture particulière, qui a de l’intérêt surtout par sa singularité, une peinture à remettre dans son contexte je trouve, fascinante quand on connaît son histoire (pour le coup).

      Aimé par 1 personne

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