Lectures 2021

Lettre à toi qui m’aimes, Julia Thévenot

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Voir des avis enthousiastes un peu partout sur ce livre, m’avait donné envie d’aller à sa rencontre. Une opération Masse critique de Babélio est passée par là, et je l’ai reçu… Nous sommes ici dans un livre jeunesse, et le ton est tout de suite donné avec la rencontre de Pénélope, lycéenne. Yliès vient se présenter auprès de son groupe pour être guitariste. Il a répondu à une annonce. Avant, il jouait du métal, mais il s’habituera. Il n’a tout de suite d’yeux que pour la jeune fille, qui chante et compose. Et elle ne peut faire autrement que de le constater, avec gêne. Que faire de cet amour trop lourd, non réciproque, qui n’empêche pourtant pas le sentiment d’amitié ? Pénélope décortique ses émotions, les reproches qu’on lui fait. Car, Yliès et Pénélope ont tout du couple fait pour s’aimer. Joue-t-elle avec lui ? Même pas. Pénélope comprend que Yliès soit déçu, moins que ses amis lui en veuillent d’avoir laissé ce Roméo aux jolies boucles s’approcher trop près d’elle. Tout ça à cause de ces films romantiques à la noix, ces chansons sirupeuses, qui laissent croire que lorsque l’on coche toutes les cases, que l’on fait tout ce qu’il faut, l’amour survient obligatoirement. Et bien, non, ce n’est pas si simple. L’amour ne se commande pas. J’ai beaucoup aimé la musique de ce livre, ce texte en forme de lettre, en forme de poème, ce rapport amoureux inversé peu exploité dans les romans, et qui montre toute la douleur de celui qui n’aime pas, qui doit repousser gentiment et lutter. Un joli petit livre, de plus, que l’on a envie de relire une seconde fois, juste la dernière page tournée.

Regarde-moi clairement un instant :
                                            entre nous,
il y a un paquet de trucs qui n’arriveront jamais.

 Editions Sarbacane – avril 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Moka

La fiche du livre sur Babélio

Lectures 2021

Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont… sélection prix Relay des voyageurs lecteurs

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❤ Depuis 2018, on me propose de lire la sélection du Prix Relay des Voyageurs lecteurs, et c’est toujours une très belle expérience. Je vous présente aujourd’hui le quatrième titre de la sélection, alors que le Prix Relay des voyageurs lecteurs a été attribué à Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andréa le 10 juin dernier. Ma préférence, de mon côté, va plutôt à ce dernier titre lu, un coup de coeur, sans doute parce qu’habitant en Vendée je suis plus sensible au thème qui y est abordé, la construction d’un pont, reliant une île au continent. En Vendée, au début des années 70, Noirmoutier a connu ce phénomène. Avant, l’île était accessible en voiture, seulement à certaines heures, en fonction des marées, via le passage du gois, toujours en fonctionnement. Et puis, ici, nous avons l’île d’Yeu, bien trop loin du continent pour être reliée par un pont, une île magnifique. Dans le roman de Martin Dumont, Léni, jeune père séparé, travaillant dans un petit chantier naval en déroute sur l’île observe sans s’impliquer le phénomène en train de se produire, la construction de ce fameux pont qui va bouleverser sans conteste la vie de la communauté. Les marins pêcheurs tentent de bloquer les travaux. Mais n’est-ce pas un peu tard ? Et puis, lors du référendum, plus de la moitié des îliens ont voté pour. Léni est un taiseux, de ceux que l’on doit bousculer un peu pour sortir faire la fête. Mais il est aussi fidèle en amitié, un habitué du café de Christine, un père attentionné, un fils présent. Quand Chloé, photographe, vient s’installer quelques temps sur l’île pour effectuer un reportage sur le grand chantier, la jeune femme ne laisse pas le loup solitaire indifférent. Va-t-il réussir à exprimer enfin ses sentiments ? J’ai mis quelques pages à me laisser faire par l’ambiance de ce roman mais son charme rugueux a fini par agir sur moi et j’ai finalement adoré passer quelques temps avec lui. Il m’a rappelé nos nombreuses vacances en Bretagne, les changements observés, plus près de chez moi, dans le port de Saint-Gilles Croix de vie depuis mon enfance, mais également ce projet détesté de port à Bretignolles sur mer, le passage inexorable du temps qui finit par plier les volontés. Vers plus de progrès ? Pas si sûr.

Editions Les Avrils – mai 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Mumu dans le bocage

Lu dans le cadre du…

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Lectures 2021

L’hôtel de verre, Emily St John Mandel… sélection prix Relay des voyageurs lecteurs

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Traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé

Depuis 2018, on me propose de lire la sélection du Prix Relay des Voyageurs lecteurs, et c’est toujours une très belle expérience. Je vous présente aujourd’hui le troisième titre sélectionné (A l’heure où je rédige ce billet, j’ai commencé le quatrième titre, en sachant que dès demain soir, à partir de 18h30, vous connaitrez le lauréat du prix sur @voyageurslecteurs sur Instagram).
Emily St John Mandel s’est attachée, dans son roman, à créer une atmosphère hypnotique et nébuleuse qui saisit rapidement le lecteur, pris dans une spirale dont l’épicentre est sans aucun doute l’arnaque de grande ampleur mise en place par Jonathan Alkaitis, le personnage central. La Pyramide de Ponzi (ou système de Ponzi) est un montage financier frauduleux qui consiste à rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants. C’est un système simple mais forcément amené à s’effondrer un jour, dès que de gros investisseurs cherchent à récupérer leurs fonds. Etrangement, c’est un graffiti, inscrit sur la paroi de verre de l’Hôtel Caiette, dont l’homme d’affaires est propriétaire, qui en sera le détonateur. Nous retrouvons là Paul et sa soeur Vincent, dont nous avions déjà fait la connaissance quelques pages avant. D’autres personnages entrent en scène, se croisent et donnent une preuve supplémentaire que le monde est décidément bien petit, des investisseurs, des collaborateurs, des victimes, des voleurs, des menteurs… Dans ce tourbillon, généré par un système frauduleux, et qui entraîne avec lui dans sa perte plein d’innocents, peu arrivent à sortir la tête de l’eau. Certains meurent aussi, et viennent alors hanter Jonathan Alkaitis, Vincent ou Paul.
Emily St John Mandel convoque dans son récit une flopée de fantômes, mais pas que, elle donne aussi une part belle à la vacuité, insufflant l’idée d’une drôle d’époque traversée par la mélancolie d’une société qui se sait en déclin. J’ai aimé cette atmosphère désenchantée, assister à la brutalité du scandale, mais le scénario un peu décousu, à multiples tiroirs, m’a dans l’ensemble moins convaincue.

Editions Rivages – mars 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Kathel

Lu dans le cadre du…

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Lectures 2021

La Pâqueline, Isabelle Duquesnoy

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Voir des avis enthousiastes un peu partout sur ce livre, m’avait donné envie d’aller à la rencontre de La Pâqueline. Et quelle rencontre ! Autant vous le dire d’emblée, j’ai beaucoup pensé au Parfum de Süskind en lisant ce texte, cela vous donne une idée de l’ambiance… Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, le fils de La Pâqueline est en prison, accusé d’avoir profané le cadavre de la femme qu’il aimait. Sur ces entrefaites, et déjà fragilisée par la réputation du procès de Victor, La Pâqueline assiste à l’incendie de sa maison. La voici à la rue, avec un paon. Elle décide alors de se rendre à l’appartement de son fils, qu’elle découvre somptueux et rempli d’un tas d’objets et de collections particulières. Victor est embaumeur. La Pâqueline reprend donc également l’activité du jeune homme à son compte, mais avec une grande désinvolture et bien décidée à tirer le meilleur parti financier des cadavres (récupération des vêtements, des dents, de leur peau, etc.). Tandis qu’elle dépouille également petit à petit l’appartement de son fils, pour se nourrir, mieux se vêtir et payer une pension pour améliorer les conditions de ce rejeton avec lequel elle entretient des sentiments partagés, elle écrit. De pièce en pièce, La Pâqueline raconte en effet son enfance, sur les murs. On apprend alors qu’elle fût la fille d’une prostituée, qui défigurée par une femme jalouse sera finalement recueillie à la campagne par un gentilhomme. Les motivations de La Pâqueline sont rageuses et vengeresses. On devine que la petite fille naïve des débuts a vécu une histoire bien sombre… Je suis sortie de cette lecture un peu secouée, admirative devant sa qualité d’écriture (digne d’un classique) mais un peu bousculée par les faits et les multiples détails assez répugnants qui jalonnent cette histoire. Ce roman est assez fantaisiste, irréaliste et fort. Je parie qu’il vous bluffera aussi.

Editions de la Martinière – janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5