Lectures 2020

Miss Charity t1, Loïc Clément & Anne Montel… la BD de la semaine !

D’après le roman de Marie-Aude Murail

Je continue mes lectures BD d’adaptations de romans avec cet album, le premier tome d’une série, et encore une fois tiré d’un livre, cette fois-ci un de ceux de Marie-Aude Murail que je voulais lire depuis longtemps… Nous découvrons dans ces pages une petite fille, Charity, née dans la bonne société anglaise des années 1880. Elle devrait normalement être sage, invisible, rester tranquille. Mais Charity se révèle très vite vivement intéressée par l’extérieur, les animaux, la science et enfin le dessin. Sa bonne, Tabitha, est une étrange créature qui ouvre l’esprit de la petite fille aux contes, à la superstition et à l’imaginaire. Sa préceptrice, Blanche, sera celle qui lui fera découvrir l’aquarelle. Le moment où Charity reçoit de son père une palette à Noël est d’ailleurs un des plus beaux moments de cet album. Charity a également des cousins, élevés différemment de la petite fille. Dans cet opus, nous avons un peu le sentiment d’aller à la rencontrer de Sophie (des Malheurs de Sophie), car Charity va faire de nombreuses bêtises, tuer beaucoup d’animaux, avant de trouver un équilibre et créer une petite ménagerie heureuse dans sa chambre. Nous sommes loin de l’ambiance du film Miss Potter par exemple (vu il y a quelques années, avec Renée Zellweger, plus idyllique) et j’ai aimé ce réalisme, parfois un poil dégoûtant, en même temps que la beauté des planches proposées, très colorées et enfantines. De plus, rien ne sera épargné à la petite fille, de la tristesse du monde des adultes, et de la difficulté de se faire une place dans leur vie. Un bien prometteur premier tome !

Une autre lecture chez… Mes pages versicolores !

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui !

Editions Rue de Sèvres – février 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Sophie Divry

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Sophie Divry a bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

       

Antigone : Bonjour Sophie Divry,
Votre premier roman, La cote 400, publié chez Les Allusifs a marqué votre entrée dans le monde de l’édition. Vous étiez venue, en 2012, à la médiathèque Benjamin Rabier (La Roche sur Yon), présenter ce livre. J’avais assisté à la rencontre. Vous étiez alors la seule auteure française du catalogue de cette maison d’édition canadienne, qui se consacrait surtout à la littérature étrangère. Pouvez-vous nous raconter en quelques mots le sujet de ce premier roman, que j’ai personnellement beaucoup aimé, qui raconte l’histoire d’une bibliothécaire, et l’aventure de cette publication ? Est-ce que la publication de ce livre a changé votre vie ?

Sophie Divry : La Cote 400, c’est le monologue un peu déjanté d’une bibliothécaire enfermée dans son sous-sol au rayon géographie, et qui est prise entre son besoin d’ordre et son besoin d’amour. Ce premier livre ne m’a pas fait devenir riche, si c’est ça la question, mais il a changé ma vie quotidienne, l’orientation que je donnais à mon existence. Même si je crois que c’est plutôt au deuxième roman qu’on devient écrivain.

   

Antigone : Vous avez ensuite publié plusieurs titres chez Noir sur blanc, par exemple Quand le diable sortit de la salle de bain ou La Condition pavillonnaire. Dans vos romans, vos personnages sont souvent contraints, enfermés, empêchés. Pouvez-vous nous dire comment naît, chez vous, l’idée d’un nouveau roman ?
Sophie Divry : J’ai des idées, des valeurs, des thèmes, des mythes, qui sont dans ma tête, et c’est comme une graine qui cherche un terreau : à un moment, ça rencontre l’idée d’une forme, une forme littéraire, et la graine va y pousser. Mais il peut se passer du temps et les graines disparaissent. Par exemple pour le Diable, je voulais parler du chômage, et c’est en lisant Federman que j’ai trouvé la forme.

Antigone : Lors de la rentrée littéraire de 2018, vous aviez publié un roman intitulé Trois fois la fin du monde, un gros coup de coeur de lecture pour moi. En ces temps particuliers, ce souvenir de lecture provoque un drôle d’écho. Dans votre roman en effet, une explosion nucléaire dévaste la France. Les survivants partent à l’abri des radiations, dans la zone sécurisée, tandis que votre personnage principal, Joseph Kamal, qui en a profité pour s’enfuir de prison, choisit de rester seul et de s’inventer une nouvelle vie, loin de tous, dans une petite ferme abandonnée. Pouvez-vous nous raconter comment est né ce personnage, les sentiments que vous aviez pour lui en cours d’écriture ?
Sophie Divry : J’ai eu envie d’écrire un Robinson Crusoé contemporain. Récrire un mythe avec toute son actualité et son côté universel. Mais avec un Robinson normal, qui ne sait pas faire du feu avec deux bouts de bois… Mais bon, moi les personnages ce n’est jamais le départ d’un livre. Ce sont plutôt les lieux : ici la nature, comme ouverture, en demi-teinte, et la prison, comme contraire, la fermeture. Après, Joseph, c’est un peu le premier homme. Une sorte d’Adam.

Antigone : Je vous suis depuis le début du confinement, via votre page facebook. Vous publiez chaque jour un billet sur votre journée, sans rien édulcorer de la difficulté de ce moment, et sans chercher non plus à construire ainsi un objet littéraire. Est-ce qu’au-delà de la création d’un roman, l’écriture peut jouer un rôle pour vous dans la vie quotidienne, de soutien et d’échange avec les autres ?
Sophie Divry : L’écriture a une vertu thérapeutique et j’avais urgemment besoin de cette vertu, dès le 16 mars. Tous les psy ont inventé les Français à faire un journal, après le chat, le chien et l’alcool, ça aide. Ce journal me donne un but, chaque jour, ça me structure. Ça fait appel à la fois à mes qualités d’écrivaine et de journaliste. Je ne cherche pas à jouer à l’écrivaine, en effet, même si je pense que sauver des anecdotes de la vie à Lyon à cette période, et tenter de voir clair dans ce qui nous agite intérieurement, je peux le faire mieux que d’autres, parce que justement, c’est une autre des vertus du métier de l’écrivain de savoir éclaircir ce qui nous agite obscurément. Mais dès que le confinement finira, j’arrêterai. Et, c’est du boulot mine de rien …

Antigone : J’ai hâte de vous lire de nouveau. Vous avez indiqué être entre deux romans en ce moment, en pause d’écriture. Pouvez-vous nous dire quelque chose de votre prochaine actualité littéraire ?
Sophie Divry : Je travaille à une non-fiction, un recueil de témoignages de mutilés pendant les manifestations des gilets jaunes, ainsi qu’à une petite fiction qui se passe très loin de tout cela, sur une autre planète. Mais j’ai peur qu’il vous faille attendre encore six mois pour me lire, au moins !

Un grand merci à vous Sophie Divry.

Instagram

C’était mars

Je vous raconte donc mars (ce mois bien étrange), via d’abord vos deux photos préférées sur mon compte Instagram @antigoneheron. Vous avez aimé ma baleine, fabriquée selon le modèle gratuit Chouette Kit et notre rénovation de meuble.

25/03 – Mercredi. Je me suis bien amusée aujourd’hui à faire cette baleine avec le tuto gratuit de chez @chouettekit et ce que j’ai trouvé chez moi pour la faire. Pratique d’avoir en plus d’une PAL un stock de brick et de brock. N’hésitez pas à aller voir sur leur site internet ! Bref, j’essaye de me détendre et cette petite cousette a été d’une grande aide. Prenez soin de vous ! 🐳🐋 #chouettekit – 68 ❤ | 27/03 – Vendredi. Hier j’ai fabriqué une deuxième baleine #chouettekit. Je me rends compte que ces petits travaux me font du bien. Je vais essayer de sortir ce que j’ai en réserve ce week-end ! Monsieur a repeint en bleu/gris un vieux meuble qui me suit depuis toujours et a été acheté par mon père dans les années 60. J’en ai profité pour mieux ranger notre stock de fournitures scolaires, en utilisant ces bacs à glace qui font finalement de chouettes boîtes et c’est #zerodechets, ce qui me plaît bien. La #continuitepedagogique se passe mieux. Mon fils est moins stressé et sa bonne humeur est agréable. Je suis quand même contente d’être en week-end de devoirs. Sur mon bullet journal je continue de noter tout ce que j’achèterai après le confinement dans les commerces locaux (des livres surtout). Et vous ça va ? #covid_19– 48 ❤

En mars, il y a eu aussi…
* en début de mois, le 3 mars, avant le confinement, une superbe soirée en compagnie de Benjamin Bachelier. Concert-dessiné sur le mythe d’Orphée et d’Eurydice (Frédéric Deville au violoncelle) puis un échange avec Stéphane Melchior (son scénariste pour Gatsby par exemple) et Éloïse Guėnėguès du @legrandrsn  ;
* le 4 mars, une rencontre, toujours avec Benjamin Bachelier, dans une médiathèque de ma commune cette fois-ci ;
* le 7 mars, une chouette rencontre du #clubdeslecteursyonnais à Chacun sa part, où nous avons discuté lectures sur le thème de l’amour ;
* le 12 mars, l’annonce de la fermeture des écoles (pour un temps indéterminé) ;
* le 14 mars, le début de mon confinement (je ne suis pas sortie depuis) ;
* le 18 mars, le début d’une sorte de journal sur Instagram et FB ;
* le 20 mars, le début des interviews sur le blog dans le cadre de #unefenêtreunauteur avec Alexandra Koszelyk, Sophie Adriansen et Anne- Laure Bondoux ;
* et des gâteaux, de la broderie, un peu de tricot et du soutien scolaire.

Récapitulatif des lectures chroniquées en mars :

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Angélique Villeneuve

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Angélique Villeneuve a bien voulu répondre à mes questions et m’a fait un très beau cadeau (scoop inside).

 

Bonjour Angélique Villeneuve,

Vous êtes familière des salons du livre de Bretagne, comme celui de Quintin par exemple, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Vous avez bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Antigone : Vous avez écrit Un territoire, un roman publié en 2012, qui m’avait beaucoup marqué, où il est question de l’enfermement dans une des pièces d’une maison d’une femme par ses deux enfants. Une histoire terrible et pourtant très belle. Mais le public vous a surtout découverte grâce au roman Les fleurs d’hiver, publié chez Phébus en 2014, couronné de nombreux prix. Ce roman raconte l’histoire de Toussaint, de retour à la maison après des années de guerre et un long séjour à l’Hôpital du Val-de-Grâce. Jeanne et sa fille font une place à ce grand homme silencieux, qui porte jour et nuit un bandeau sur le visage, mais le chemin pour se retrouver vraiment est long et laborieux. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a incité à choisir ce thème pour ce roman ? Et comment vous avez vécu l’accueil enthousiaste qui lui a été fait ?
Angélique Villeneuve : Je me souviens du moment précis où l’idée de ce livre est née. Ça n’est pas si souvent le cas. Sur les 8 romans que j’ai écrits, c’est arrivé pour celui-ci et pour le prochain. Les autres sujets sont montés lentement.
Je me trouvais alors à un salon du livre, près de Mâcon, c’était en octobre 2012. À côté de moi se trouvait l’auteure Virginie Ollagnier, et je me suis mise à parcourir la 4e de couverture de son premier roman, Toutes ces choses qu’on abandonne, que vous avez peut-être lu. Il raconte l’histoire d’une jeune novice pendant la guerre de 14, en charge d’un blessé revenu catatonique des combats. Et alors que depuis des semaines je cherchais en vain un sujet – Un territoire venait de sortir, il fallait me remettre à l’établi, comme dit Marie-Hélène Lafon-, j’ai su ce que j’allais faire : écrire sur la peau, sur la blessure et la force du désir. Aussitôt, j’ai visualisé une gueule cassée et, comme toujours, une femme d’origine modeste au centre de tout cela. J’en ai parlé avec Virginie, qui, adorable, m’a poussée dans cette voie.
Nous étions toutes logées (il y avait beaucoup de femmes, à ce salon) chez l’habitant. J’aime beaucoup ça, dormir chez l’habitant. Ceux qui reçoivent les auteurs sont toujours des gens charmants. La dame qui m’hébergeait habitait le village de Replonges. Et chez elle, à la nuit, -pendant laquelle, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup dormi- s’est échafaudé, sous la couette Snoopy de ses petits-enfants, tout le squelette du roman. Il y aurait donc une femme, une ouvrière, dont le mari rentrerait de guerre avec la figure dévastée. Il serait rétréci, empêché, et elle, elle ne se laisserait pas faire.
Au matin, l’embryon des Fleurs d’hiver était là. Jeanne et Toussaint n’avaient pas encore de nom, mais nous avions déjà passé une nuit ensemble… En souvenir de ces heures fécondes j’ai donné, dans le livre, le nom de Replonges au village de l’Ain dont Jeanne est originaire.
Lorsqu’un an plus tard j’ai rendu mon manuscrit à mon éditeur, chez Phébus, j’étais persuadée, va savoir pourquoi, -disons que je suis souvent dans le doute, et ce n’est pas une si mauvaise chose, quand on écrit, le doute – qu’il allait le refuser. Ça n’a pas été le cas, il a même été enthousiaste, et le livre a fait une jolie route par la suite. Il a obtenu quelques prix, dont certains de lecteurs et de libraires – mes préférés. Et ça me rend fière. Quelques années plus tard il est paru en poche, une très bonne nouvelle, car le poche prolonge la vie des textes en les rendant plus abordables (et puis j’aime beaucoup ma nouvelle couverture Libretto !).
C’était un sacré défi, de m’attaquer à ce sujet, quand j’y pense. Je ne suis pas historienne, et ce que vit Jeanne est très éloigné, bien sûr, de mon expérience personnelle. Pourtant, il me semble, si j’en crois les retours, que j’ai réussi à lui donner corps. Ça m’émeut beaucoup. Lorsque je lis un commentaire favorable sur l’un de mes livres, ou que je reçois un prix, c’est toujours à mes personnages que je pense en premier. Comme si, pendant une minute, j’étais à leur hauteur. C’est une façon de rendre honneur à ce qu’ils sont, comme êtres humains. Quand j’ai su, par exemple, que j’avais le grand prix SGDL de fiction pour mon roman Maria, je me suis retournée, aussitôt, dans l’élan. Je savais que Maria, la femme, se tenait derrière moi. Je l’ai prise dans mes bras.
En réalité, j’ai souvent l’impression de ne presque rien inventer des histoires que j’écris. Elles préexistent. Je dois juste gratter la terre pour les trouver. Et les personnages apparaissent, bien vivants et plus forts que moi. Je ne fais que travailler l’écriture de leur corps.

           

Antigone : Nuit de septembre raconte la perte brutale de votre fils en 2014. Pendant que vous l’écriviez, je me souviens que vous postiez des photographies colorées de légumes et autres plantes sur les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous a apporté facebook par exemple, particulièrement à ce moment là, mais également ce qu’il vous apporte encore aujourd’hui ?
Angélique Villeneuve : Ah, des images de légumes et des fleurs ? Ça me fait sourire aujourd’hui, mais c’est sûrement vrai ! Et réconfortant, dans une certaine mesure. Je n’ai jamais utilisé Facebook pour raconter ma vie personnelle, et ce n’est pas avec la mort d’un fils que j’allais commencer. Si j’essaie de me souvenir, il me semble que juste après l’enterrement, j’ai simplement posté une petite fleur d’hortensia que j’avais prise sur le cercueil puis photographiée, posée sur la commode de ma chambre. J’ai dû écrire quelques mots, je ne me rappelle plus, quelque chose de banal qui pouvait passer inaperçu, du genre Avec lui. Plus tard, je m’en souviens, j’ai recopié une phrase des Fleurs d’hiver, écrite bien avant sa mort même si le livre venait de sortir. Je vais la chercher, tiens. C’est vers la fin. Ah, la voilà. Elle serre les dents et tous les muscles de sa figure, reprend sa marche lente. Elle a perdu sa vie d’avant, elle le sait. Il faudra pourtant trouver un moyen. Elle ferme les paupières. À ses épaules, d’autres épaules qui la portent.
Les fleurs et la cuisine, c’est tout ce que j’aime, avec les livres et les gens, alors c’est vrai que c’est présent sur ma page Facebook. À tous les moments de ma vie. La beauté. La joie. Le partage. Et les épaules, qu’on serre contre celles des autres pour s’aider à tenir debout.
Pour moi, Facebook est un outil formidable pour annoncer les rencontres autour des livres, pour se réjouir ensemble des bonnes nouvelles, des articles ou des billets de blog qui paraissent. Et aussi pour permettre aux lecteurs qui le souhaitent d’entrer facilement en contact avec moi. Après la publication de Nuit de septembre, qui, je crois, est un texte de deuil à la fois intime et littéraire, mais aussi pudique, j’ai ainsi été approchée par plusieurs femmes qui, elles aussi, étaient dans la douleur. Je me suis dit qu’elles trouvaient là un soulagement, même minuscule. Et c’était bien. Pour elles, peut-être, pour moi sûrement. Le lien, toujours le lien.

Antigone : Maria, sorti en 2018, cette fois-ci chez Grasset comme votre précédent livre, nous livre le regard d’une grand-mère sur le choix de sa fille d’élever ses enfants hors du déterminisme de genre. Pour ce faire, les parents cachent à tout le monde le sexe de leur second bébé. Ce choix crée un tsunami dans la vie de cette grand-mère. J’ai aimé que votre livre ne prenne pas parti et laisse le lecteur se faire sa propre idée sur le sujet. Comment les lecteurs ont-ils réagi dans l’ensemble à ce roman ?
Angélique Villeneuve : Je suis heureuse que vous ayez noté ça. Je ne prends pas parti. Les questions sont souvent plus intéressantes que les réponses, pas vrai ? Et ô combien je suis consciente de n’avoir aucune réponse. Écrire c’est chercher, ce n’est pas savoir.
Il était clair, cependant, lorsque je suis tombée sur un article racontant l’histoire de ce couple canadien qui avait pris la décision de tenir caché le sexe de leur enfant, que je ne pouvais avoir la mère pour personnage principal. Je ne serais pas parvenue à l’incarner moi-même. Et puis, comme toujours, je préfère écrire sur les femmes qui se trouvent dans la pénombre, à la périphérie des histoires. Celles qui n’ont pas de voix. Maria, modeste coiffeuse, était cette femme en laquelle il était possible de se couler.
Mais ce roman, finalement, tel que je le ressens moi, ne traite pas tant de cette affaire –très contemporaine – du genre. C’est une histoire de lien. Comment il se construit, et se tisse, et s’entretient. Comment on aime un enfant, un petit-enfant, ce qu’on est prêt, par amour, à supporter et donner.

       

Antigone : Vous écrivez également pour la jeunesse. Je vous ai découverte dans ce registre avec Le festin de Citronnette, chez Sarbacanne. Est-ce différent d’écrire de tels albums ? Est-ce que cela peut s’apparenter à une récréation d’écriture quand on écrit par ailleurs des romans si forts émotionnellement ?
Angélique Villeneuve : J’ai écrit un roman pour ado (un texte comique, de loin le plus drôle de tout ce que j’ai écrit, et qui éclaire une facette que peu de mes lecteurs connaissent : j’adore dire des bêtises. J’allais écrire des conneries. (Oui, c’est ça, allez, j’adore dire des conneries), je suis quelqu’un de joyeux, et c’est dans A la recherche du paon perdu (Éditions Les Grandes personnes) que ça se voit le plus !). Mon 8e album, Piccolo, devait sortir début mai chez Sarbacane, illustré par Amélie Videlo. C’est la deuxième fois que nous travaillons ensemble. Avec la crise sanitaire du corona, je ne sais pas si la date va être maintenue, vraisemblablement pas, on verra bien.
Écrire pour la jeunesse, c’est un grand plaisir. Et quelque chose d’important, de sérieux. Car c’est petit qu’on apprend à lire ; je veux dire devenir lecteur, apprécier la langue. On se découvre rarement grand lecteur de littérature tout à coup, à 40 ans. Ça s’apprend, et le plus tôt est le mieux. Les enfants méritent le meilleur, ils sont sensibles à la musique de la langue, à la poésie, j’en suis témoin chaque fois que je les rencontre, et les parents le savent très bien. Je le savais moi aussi quand mes propres enfants -j’en ai trois- étaient petits. Ils comprennent ce qu’on écrit entre les lignes. On peut parler de tout avec eux.
Par exemple, j’ai imaginé l’album Le doudou des bois deux mois après la mort de mon fils. C’est la seule chose que j’aie réussi à écrire à ce moment-là, et ça n’était pas si mal, après tout. Surtout, ce qui a été formidable, c’est que les enfants l’ont vraiment aimé, à trois ou quatre ans, alors qu’au fond c’est une histoire de deuil. Georgette perd son doudou dans la forêt et décide, toute seule, de trouver quelque chose pour le remplacer, au lieu de se lamenter ou de compter sur les adultes pour régler son problème. Je voulais dire aux enfants qu’on peut survivre à la perte, surtout en étant l’acteur de sa vie. Et puis j’aime parler de la beauté de la forêt et des vers de terre. Et les gouaches d’Amélie Videlo ! Magnifiques.
Écrire pour les enfants, c’est une entreprise littéraire et un excellent exercice de construction narrative. Et puis ! Quand je vais dans les classes, ensuite ! L’accueil des enfants ! Leurs yeux ! Ce qu’ils donnent ! Je ne m’en remets pas. (Et qui va encore me dire T’es trop belle, Angélique Villeneuve si ce n’est un enfant de moyenne section ?)

Antigone : Le salon du livre de Caractère de Quintin devait se dérouler du 14 au 15 mars 2020. Que représente ce festival pour vous ? Pouvez-vous nous raconter ce que vous apportent ces rencontres avec d’autres auteurs , et les lecteurs ?
Angélique Villeneuve : L’annonce de l’annulation du salon de Quintin m’a remplie de tristesse. Elle est venue avant et après d’autres, bien sûr. Mais si j’étais déçue, c’est que je sais –non, je ne sais pas, je n’ai jamais été à leur place, disons que j’entrevois une toute petite partie de ce que ça représente, et que cette petite partie m’impressionne beaucoup – la masse de travail et l’investissement, en temps, en émotions, du montage d’un salon. Si j’aime particulièrement celui-ci, c’est sans doute qu’il a été créé par une personne que j’aime, comme femme et comme auteure : Fabienne Juhel, qui vit à Quintin. C’est quelqu’un d’incroyablement généreux, talentueux, et fidèle. Une femme de caractère. C’est drôle, car c’est au salon dont je parlais plus haut, celui où j’ai eu l’idée des Fleurs d’hiver, que nous nous sommes rencontrées. C’était donc il y a 8 ans, mon dieu. Depuis on ne s’est pas lâchées. La boucle est bouclée, car c’est à Quintin que le livre sur Jeanne et Toussaint a été récompensé par un prix de lecteurs, celui du Livre de caractère (justement !). Et puis au salon de Quintin 2020, étaient invités beaucoup d’auteurs que j’apprécie. Et le libraire est formidable. Voici de nombreuses raisons pour lesquelles j’espère que la manifestation sera reportée. De manière générale, je trouve les lecteurs bretons ouverts, curieux. Géniaux !
Certains auteurs n’aiment pas trop faire les salons. C’est vrai que c’est fatigant, ça mord sur le temps d’écriture ou celui qu’on voudrait consacrer aux gens qu’on aime. Mais j’adore ça quand même. Rencontrer d’autres écrivains, des libraires, des lecteurs, des bénévoles. Chaque fois, je suis stupéfiée par la rapidité et l’évidence des liens qui s’y tissent. On a passé deux jours ensemble, on s’aime sinon pour la vie, du moins pour longtemps. On se revoit, on s’écrit. On se lit. Ah, les livres ! Ils sont forts. Et puis j’aime tant apercevoir mes lecteurs. Les revoir, surtout.
Les bloggeuses sont des lectrices particulières. Il m’arrive d’en croiser. Elles me fascinent, je l’avoue. Jamais je n’arriverais à faire ce qu’elles font ! Pour commencer, malheureusement, je ne lis pas autant qu’elles, et je ne sais pas argumenter. J’aime lire leurs billets, qu’ils concernent d’autres livres ou les miens, y compris si elles n’ont pas aimé l’un d’entre eux. J’ai de la chance, ça ne m’est pas arrivé trop souvent (un peu, seulement, et cela a donné lieu à des échanges enrichissants, et surtout sans tension ! Je comprends bien qu’on n’aime pas mon travail, et les bloggeuses ne sont pas des pestes).
Je vais donner un petit scoop, le titre de mon prochain roman, qui sort fin août aux Éditions le Passage. Ça s’appelle La belle lumière. J’y ai passé deux ans et demi, dont une année entière pour les recherches, et ce sera mon « roman américain ». J’espère tellement, mais tellement, que vous l’aimerez ! On s’en reparle bientôt.

Antigone : Un grand merci à vous Angélique Villeneuve.

 

Coups de coeur·Lectures 2020

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin… coup de coeur !

❤ J’ai craqué sur ce titre, et ce que promettait la quatrième de couverture de ce livre, sans me douter où je mettais les pieds… Et voici que je suis tombée sous le charme de ce premier roman très réussi, un gros coup de coeur de lecture ! Dans ce récit, deux femmes ont décidé de vivre dans une cabane en forêt, une mère et sa fille adulte. Le lieu était l’ancienne dépendance de leur ancien logement, un endroit réservé aux invités de passage. Elles en ont fait un refuge, où toutes les deux pansent leurs plaies et tentent de taire leurs drames passés. Le quotidien est fait de petites choses, jardinage, entretien de la maison, cuisine, lectures… Seules des phrases échappées de leurs lectures sont de temps en temps échangées entre elles, et tout ce qui est nécessaire à la bonne marche de la maison. Lorsque l’hiver est là, la vie s’en trouve encore plus rétrécie. Les deux femmes sortent peu, seule la plus jeune part de temps en temps faire quelques courses dans ce supermarché où elle travaillait autrefois. Et c’est sans doute l’aspect confiné de leur vie qui a fait écho en moi en ces temps troublés, tout ce qu’elles doivent compter dans leurs réserves, leur manière prudente de s’organiser, leurs sorties réduites au minimum. Mais également la relation qu’elles entretiennent avec la nature, avec leur environnement, loin de l’agitation et de la promiscuité des villes, dans une solitude choisie. Bien entendu, l’extérieur ne peut être continuellement tenu à distance. Le téléphone sonnera, avant d’être débranché. Il y aura de la visite. Et les pensées seront continuellement peuplées des autres, et du passé, impossibles à étouffer. Laissez vous tenter, dès que vous le pourrez, par ce premier roman, par cette écriture aussi poétique que juste, par le souffle qu’insuffle Aurélie Jeannin dans ce livre, surtout si vous aimez la lenteur et l’introspection.

« Elle ne s’habille pas, elle couvre son corps pour ne pas avoir froid. Ses vêtements ne semblent jamais sales. Elle a réduit son vestiaire au minimum, comme s’il fallait supprimer encore et encore. S’alléger non pas tant des choses mais des questionnements qu’elles suscitent. Peu à peu, Maman limite le champ. L’espace dans la cabane de plus en plus restreint pour qu’il y ait de moins en moins de connexions. Dans ce cadre aux marges affaiblies, nous survivons parce qu’il y a dehors, ou l’espoir de dehors. »

Editions Harper Collins – janvier 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Miscellanées