Lectures 2023

Aquarium, David Vann

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J’imagine que nous avons acheté ce poche lors d’un passage à Brest, dans la superbe librairie Dialogues. Etait-ce ce jour où un autre client m’avait dit que les titres de chez Gallmeister étaient tous bien, et que je ne pouvais pas me tromper ? C’est possible, oui. Chez Gallmeister, en effet, le lecteur sort régulièrement avec la sensation d’avoir avalé du verre pilé. Mais, bizarrement, le lecteur aime ça, et en redemande… Caitlin vit seule avec sa mère dans un appartement de la banlieue de Seattle. Leurs moyens sont modestes. Shéri enchaîne les heures au port à conteneurs pour pouvoir s’en sortir, un travail physique qui l’épuise. Elle ne peut pas conduire Caitlin à l’école, ou venir la chercher à 16h30. Alors, cette dernière, à douze ans, passe ses soirées dans l’aquarium tout proche, en attendant l’heure de rentrer chez elle. Elle a un abonnement. Elle y rencontre un beau jour un vieil homme, qui partage sa passion pour les poissons. Mais il s’avère que cet homme n’est pas tout à fait un inconnu et, après une scène rocambolesque dans laquelle Shéri semble exploser, et devenir folle, le secret de leur lien est dévoilé… S’ensuivront alors des règlements de compte d’une cruauté désespérée, dans lesquels Caitlin aura peur de sombrer… Il est noté en quatrième de couverture que ce roman est « d’une noirceur éblouissante », et je suis assez d’accord. Pourtant, les premières pages semblent s’éterniser un peu trop longuement dans la contemplation et la description des poissons, dessins à l’appui. Mais ce n’est sans doute que pour mieux nous surprendre ensuite par la violence des rapports humains qui vont éclater. Je n’en dis pas plus. Ce roman m’a laissée un peu chaos, et admirative, et perturbée, je dois l’avouer.

Editions Gallmeister – avril 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Krol

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Atelier d'écriture·Ecrire

L’atelier d’écriture n°423 de Bricabook

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© Fred Hedin

L’écriture me sauvera. La lecture, certainement aussi. Je n’emporte avec moi que ces bagages. Et la pensée très forte que, peu importe ce qu’il se passe à présent, vous êtes vivants.
Aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces mots, vous l’êtes. 

Elle était bien ridicule, cette course en avant. Comme si cela nous avait déjà réussi de suivre la norme. Avoir un appartement, une vie sociale, des fiertés de pacotille à raconter aux collègues. Le point d’orgue aura été cette fête, organisée pour le réveillon. La banderole accrochée dans le salon. Ta main sale sur cette tapisserie que j’aime et que tu détestes. Une tâche. Trop d’énervements et d’inquiétude. Notre dispute.
La soirée avait-elle été réussie ? Je n’en ai aucune idée. Je l’ai vécue dans le brouillard, avec cette certitude que je n’étais là, encore une fois, pas à ma place.
Et le destin a soudain décidé de faire une pirouette. La fête était terminée. Il nous a mis dehors, avec nos meubles et notre dignité. Ce vieil immeuble dont on adorait la vétusté menaçait de s’écrouler. Celui d’à côté, en tombant, avait fait des victimes. Il fallait faire vite. Tout enlever. En invitant autant de monde, nous avions pris des risques inconsidérés.
Aujourd’hui, nous sommes installés, provisoirement, dans un logement aux murs blancs. Ici, tout est neuf et petit. J’ai gardé avec moi des cahiers et quelques livres. Il a fallu jeter, beaucoup. Conserver l’essentiel. 
Et il est apparu, avec une évidence froide ce matin-là, alors que les camions poubelles avançaient lentement dans la rue, et que nous nous regardions mutuellement, sidérés, chacun un bagage à la main, que l’essentiel était sur ce trottoir, nous quatre, vivants.

Un texte rédigé dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Alexandra K – Une photo, quelques mots
Les textes du jour sont à retrouver ici [clic]

Lectures 2023

Les contrées salées, Hope Larson & Rebecca Mock… ma BD de la semaine !!

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Je n’étais bizarrement pas très attirée par la couverture bleu pâle de cet album que j’ai un peu tardé à ouvrir, mais quelle erreur ! Car l’intérieur s’avère immédiatement coloré et punchy. Un délice d’inventivité et de magie… Elber est de retour à la ferme. Il a été au front, en France, et revient blessé, et un peu changé. Vonceil, sa plus jeune soeur, ne le reconnait plus. Et le voici qui se précipite pour épouser Amélia, une jeune femme du coin, un peu trop terne pour le goût d’aventure de Vonceil, et qu’elle n’apprécie guère. Elle aurait préféré qu’il épouse une infirmière française. Et justement, une mystérieuse jeune femme, toute vêtue de blanc, vient d’arriver en ville. Greda débarque à la ferme pour demander des comptes à Elber, mais devant son refus, jette un sort à l’eau du puits. La source ne donnera plus dorénavant que de l’eau salée. Puisque le vieil oncle Dell, un peu toqué, semble en savoir plus qu’il n’y paraît, Vonceil se précipite chez lui, afin de sauver sa famille, qui subit déjà de plein fouet la sécheresse. Mais ce ne sera que la première étape d’une véritable aventure qui la mènera vers un monde de sorcellerie, dont elle ne soupçonnait pas jusque-là l’existence… Les Contrées salées a des allures de conte de fées. J’ai également pensé à Charlie et la chocolaterie, lorsque Vonceil rencontre la sorcière au sucre, Dee. Situant son histoire au début du XXème siècle, Hope Larson, au scénario, a obligé Rebecca Mock à inventer une rencontre visuelle improbable entre rusticité et magie. Pari visuel réussi. Le lecteur adhère à la chevauchée de l’intrépide Vonceil, qui ressortira de cette histoire plus que métamorphosée. Une bien chouette découverte !

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Editions Rue de Sèvres – 21 septembre 2022

 J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui 

Une autre lecture chez… L’île aux trésors

 

Coups de coeur·Lectures 2023

Flagrant déni, Hélène Machelon… coup de coeur et rentrée littéraire de l’hiver !

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❤ Un grand merci à Aurélie Barlet, fantastique libraire à « La Pléiade » de Cagnes-sur-mer, d’avoir parlé de ce livre, et de lui avoir permis un débarquement rapide dans ma boîte aux lettres. Déjà son billet était bouleversant et intrigant. J’ai ensuite adoré me faire bousculer par ce roman… Juliette, élève en terminale, dans la banlieue de Nice, est prise un soir d’été d’un terrible mal de ventre, alors qu’elle lisait tranquillement sur son lit. Elle tente de reprendre sa lecture, mais la douleur la terrasse de plus belle. Accompagnée de sa mère, elle se rend aux urgences. En réalité, Juliette accouche, d’un enfant qu’elle n’attendait pas, un être qui n’existait pas encore il y a quelques heures, caché contre sa colonne vertébrale. Choquée, sidérée, la jeune fille refuse cet enfant, cet « Autre » qui vient bouleverser sa vie d’adolescente et de bonne élève. Dans la famille, c’est également le cataclysme.  Rafael, le père, Agnès, la mère, et Chloé, la jeune soeur, font face, ensemble, prêts déjà en silence à accueillir cet enfant, si jamais… Mais la lycéenne, elle, jongle avec des sentiments variés : le rejet, la colère, l’incompréhension. Elle doit intégrer bientôt une prépa renommée. L’adoption semble la voie la plus évidente. Depuis des années, Juliette est dans l’agressivité, surtout avec sa mère. Comment accueillir l’amour ? Agnès attend, choisit l’espoir, et accompagne sa fille, qui sombre petit à petit… Le sujet du déni de grossesse est traité dans ce roman avec une grande justesse. Le lecteur ne peut que s’approprier cette histoire qui semble pouvoir arriver à tout le monde, et débarque là dans une famille ordinaire. J’ai beaucoup aimé qu’aucun des personnages ne soit traité de manière manichéenne. Les relations interfamiliales sont posées là dans toutes leurs complexités habituelles. Et il paraît naturel d’être déstabilisé par cette situation extraordinaire. J’ai eu beaucoup d’empathie pour le personnage de la mère, fragile, et pourtant solide dans la tempête. Un livre dévoré.

Editions La Dilettante –  4 janvier 2023

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 4 2 3 4 

 

Lectures 2023

La théière anglaise, Nelly Buisson

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J’ai trouvé ce petit livre en bouquinerie. J’ai été attirée par cette jolie couverture de la version poche du roman de chez France Loisirs, dont la photographie représente une théière vintage, et qui n’est plus disponible. Mais il existe aussi une version grand format chez Lucien Souny, dont la couverture représente elle la photographie d’un blockhaus. Et c’est ce contraste qui rend cette histoire intéressante, voire captivante… Marion, à vingt-cinq ans, vient enfin de décrocher un emploi. Elle doit quitter le domicile de ses parents et trouver un appartement à Bordeaux. Son nouveau poste ? Vendeuse en librairie. De quoi faire rêver n’importe qui. Mais ce n’est pas cette perspective de changement à la prochaine rentrée de septembre qui va occuper principalement l’esprit de la jeune femme pendant l’été. En effet, en explorant le grenier de ses parents, à la recherche de meubles à chiner, Marion découvre une théière anglaise, et, dans cette théière, un bijou ancien et l’adresse d’une femme, en Alsace. Aidée par son amie Caroline, enthousiaste à l’idée de vivre une telle aventure, elle décide de retrouver la famille de cette femme, bien décidée à rendre la broche à ses propriétaires. De fil en aiguille, les deux amies vont mettre à jour l’histoire de ces alsaciens, venus se réfugier en Dordogne, pendant la seconde guerre mondiale et faire de bien étonnantes rencontres… Bien que je n’ai pas été séduite par l’écriture de ce livre, d’un style un peu trop feel good pour mon goût, je dois avouer que j’ai par contre été très séduite par son intrigue, et ce que j’ai appris du pan d’histoire méconnu qu’il met en lumière. Des alsaciens ont en effet été obligés de quitter leur village au début de la seconde guerre mondiale, car étant trop proches de la frontière et de la zone de conflit. Au retour, ils ont retrouvé leurs habitations saccagées et pillées. Nelly Buisson rend hommage à ces gens et à la beauté inestimable de certains souvenirs.

Editions France Loisirs –  janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 5 5

 

Atelier d'écriture·Ecrire

L’atelier d’écriture n°422 de Bricabook

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Je voudrais que tu m’attendes, là. Et ce serait comme se revoir après un cataclysme, mais ce serait évident. Je te prendrais dans mes bras, doucement. Pour une fois, tu te laisserais porter. Il y aurait des étoiles autour de nous. Le jeu des lumières dans les baies vitrées. Cela nous ferait sourire alors, d’avoir cru aux étoiles, l’espace d’un instant.
Puis, il y aurait du bruit, le mouvement de la gare qui parviendrait soudain à nos oreilles. Le rapide encombrement des bagages, ton nez bizarrement rouge, l’envie d’ailleurs. Et notre sortie, en plein jour, avec la lumière blanche de l’océan tout près qui ferait cligner nos yeux.
Tu partirais d’un pas un peu rapide. Le mien serait plus lent. La vitesse de notre démarche, jamais vraiment ajustée. Tu te laisserais peut-être, par habitude, aller à l’agacement.
Notre décalage. Comme cette série que j’ai regardée, en même temps que toi, sans rien dire, avec un épisode de retard.
Ou comme ces comptes que je suis sur Instagram, pour voir le temps que tu as, ce qu’il se passe, et tenter de t’apercevoir, au détour d’un trottoir mouillé. Le partage de ta vie, grâce à la technologie, et aux traces que tu laisses. 
Depuis, que tu es partie, je ne fais plus que ça, rêver de toi, t’imaginer, et te garder quelque part dans un creux de mon ventre. 
Je voudrais rentrer avec toi dans ton appartement, sentir le parquet craquer sous mes pieds, rire de nos chaussettes, et de ce soleil qui perce les nuages et m’accueille. Et tu ferais cette petite danse, légère que tu fais parfois, quand tu es heureuse. Ou que tu fais semblant.

Un texte rédigé dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Alexandra K – Une photo, quelques mots
Les textes du jour sont à retrouver ici [clic]