Coups de coeur·Lectures 2021

Souvenirs de Marnie, Joan G Robinson… coup de coeur !

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Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Patricia Barbe-Girault

❤ Les objets livres de chez Monsieur Toussaint Louverture sont des merveilles. Souvenirs de Marnie ne déroge pas à cette règle. Encore un fabuleux ouvrage, que l’on prend plaisir à ouvrir, brillant à l’intérieur, aux pages épaisses… Mais c’est bien sûr l’histoire racontée qui m’a emportée. Je ne m’attendais pas à débarquer en bord de mer avec Anna. Sa famille adoptive l’a en effet envoyée dans un village côtier de l’est de l’Angleterre, car la petite jeune fille est apathique et ne semble avoir goût à rien. En réalité, Anna est assez fâchée d’avoir découvert que les Preston étaient payés pour s’occuper d’elle et s’entraîne à rester en toutes circonstances de physionomie la plus neutre possible. Elle est accueillie par le couple Pegg avec bienveillance. Anna découvre ainsi la liberté, la plage et le plaisir de la solitude choisie. Du moment qu’elle est présente aux repas, les Pegg la laisse naviguer à sa guise. C’est ainsi qu’elle va rencontrer Marnie, la jeune fille d’une villa qui l’intrigue beaucoup. Anna est étonnée, la villa devrait normalement recevoir de nouveaux propriétaires. Marnie est mystérieuse, pleine de craintes, surprenante. Entre les deux jeunes filles se tisse une amitié rapide et très forte que le départ précipité de Marnie risque de briser… Ce roman, publié pour la première fois en 1967, fait parti des 50 livres qu’il faut avoir lu selon Hayao Miyazaki. Il sera adapté par le Studio Ghibli en 2014. De mon côté, il m’a fait drôlement battre le coeur et m’a permis de plonger dans des univers parallèles à mes lectures d’enfance. J’en ai particulièrement apprécié l’atmosphère. C’est envoûtant, initiatique et très beau.

« S’il y avait bien un lieu où elle était sûre de ne croiser personne, c’était là. En admettant que par le plus grand des hasards, il y avait un promeneur sur la plage, elle pourrait le repérer alors même qu’il ne serait qu’une silhouette à l’horizon et se cacher jusqu’à ne plus le voir. Elle avait déjà passé de nombreuses après-midi couchée dans le sable, à écouter le bruit du vent dans les herbes hautes, la clameur des goélands et le doux murmure de la mer. C’était un peu comme être à la bordure du monde. »

 Editions Monsieur Toussaint Louverture – avril 2021

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Coups de coeur·Lectures 2021

Partis sans laisser d’adresse, Susin Nielsen… coup de coeur !

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Traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec

❤ Lorsqu’au printemps, une de mes collègues m’a proposé de choisir des livres de la sélection du prix Vendée Lire 2021, cédés par le CDI du collège de son fils, j’ai sauté sur l’occasion. Je ne connaissais pas encore Susin Nielsen. Depuis, j’ai lu La vie en rose de Will, que j’ai beaucoup aimé… Je ne vais pas tourner autour du pot plus longtemps, j’ai été très émue par ce récit. Car, contrairement à celui par lequel j’ai commencé avec l’autrice, truffé d’humour, celui-ci est beaucoup plus grave… Félix a un peu plus de douze ans. Après avoir habité chez sa grand-mère, et dans des appartements de plus en plus petits, le voici logé avec sa mère, et sa Gerbille Horatio, dans un combi Volkswagen. Cette situation temporaire est bien partie pour durer car Astrid a bien du mal à conserver un travail, et des amis d’ailleurs. Son caractère volcanique y est pour quelque chose, ce que Félix mettra du temps à s’avouer. Ceci dit, il ne révèle à personne le secret de leur logement et va rentrer dans un nouveau collège de Vancouver où il retrouve Dylan, un ancien ami et Winnie, une future meilleure amie. Tout pourrait se passer pour le mieux si la situation ne commençait à s’aggraver. Astrid ne retrouve pas de travail, Felix ne mange pas toujours à sa faim, son hygiène laisse parfois à désirer et il rêve par exemple de pouvoir disposer tout bêtement de toilettes. De plus, Astrid, adepte d’un système très élaboré de mensonges, vole de temps en temps dans les supermarchés, se gare devant des maisons vides, etc. Felix, qui est intelligent, n’ose se considérer comme un SDF et fait tout pour éviter d’attirer l’attention des services sociaux. Avec l’arrivée du mauvais temps, vivre dans un combi ressemble de moins en moins à des vacances. Alors, lorsque son émission favorite Qui, Que, Quoi, Quand ? lance une version junior, le jeune garçon tente sa chance. S’il gagne, il remportera vingt cinq mille dollars, de quoi les sortir de l’impasse… Ce roman a fait écho en moi au film Nomadland vu dernièrement au cinéma. Sous un prisme jeunesse, Susin Nielsen traite de ce thème du basculement dans la précarité, qui peut malheureusement concerner tout le monde, et l’aborde avec justesse, intelligence et une grande bienveillance. Le personnage de Félix, courageux, encore très jeune, attaché à sa mère malgré ses défaillances, m’a beaucoup touchée. Je pense aussi m’intéresser un peu plus à la sélection Vendée lire l’année prochaine, s’y cache on dirait quelques pépites. Il me reste à lire Celle qui marche la nuit de Delphine Bertholon, gagnante du prix cette année !

 Editions Helium – avril 2019

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Une autre lecture sur… Asso Vendée lire avec en commentaire les avis des petits lecteurs

Coups de coeur·Lectures 2021

La ville humide, Claire Dumas… coup de coeur !

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❤ Je vous l’avais dit précédemment, avec ma lecture de L’homme qui n’aimait plus les chats, je suis tombée sous le charme de la maison d’édition du Panseur. Ce coup de coeur ne s’est pas démenti avec le texte que je vous présente, et qui sort en librairie ce jour, une grosse nouvelle de Claire Dumas, un tout petit livre avec beaucoup de force à l’intérieur… Nous suivons une jeune narratrice, coincée entre un père violent et une mère malade. Sa grand-mère, quoique déçue par son fils, n’apporte aucune réconfort à la jeune fille qui peste contre cette ville humide, responsable pour elle de tout son malheur. Lorsque le fils du maire se présente un jour pour le recensement, elle ne se doute pas que quelque chose vient enfin de bouger, quelque chose que Acunza, fournisseuse de citronnade pressée et d’affection, va approuver. Il n’est pas besoin d’en dire plus sur l’histoire que nous conte ce récit car sa force et son envoutement viennent surtout de son écriture, très poétique, de l’ambiance imaginée par l’autrice, et de sa forme, proche de celle du conte. N’hésitez pas à succomber à l’enchantement de ce récit à la fois beau et mélancolique.

« Si demain je m’en vais, si demain le brouillard et la Ville Humide m’avalent, aucun regret. Et tant pis les impératifs et les obligations de toutes sortes, tant pis les choses de rien qui barbent et attendent en tas sur le pas de la porte jusqu’à ériger leur montagne, tant pis, car du jour j’aurais rongé tout la moelle. Pour quel motif la vie aurait-elle une raison d’être ? »

 Editions du Panseur – 3 septembre 2021

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Coups de coeur·Lectures 2021

L’homme qui n’aimait plus les chats, Isabelle Aupy… coup de coeur !

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❤ Je vous préviens, je viens d’avoir un gros coup de coeur pour ce livre et pour la maison d’édition du Panseur d’ailleurs en général, car je vous parlerai d’un autre titre qui va sortir très bientôt !! Il est en effet très rare de tomber sur des récits d’une telle qualité, et j’en ai été agréablement surprise… Avec celui-ci, comme précisé en quatrième de couverture, nous sommes dans la lignée de dystopies telles que 1984 et ce roman m’a effectivement fait penser à Matin brun. Mais il ne s’agit pas que de cela, il s’agit aussi de nous raconter une île, ses habitants et l’impensable qui arrive un beau matin quand soudain tous les chats ont disparu. L’instituteur est dépêché sur le continent pour trouver le fin mot de l’histoire et il revient quelques temps plus tard, en compagnie d’une fonctionnaire bien décidée à faire prendre aux îliens des vessies pour des lanternes. Une manipulation à grande échelle se met alors en place, devant les yeux ébahis du narrateur qui assiste, sidéré, au phénomène. Il faut une force de conviction et beaucoup de courage pour contrer la manipulation quand elle se met en place et quand les mots, le langage, sont utilisés pour brouiller les esprits et changer les idées. Un petit livre, d’une grande force, à s’offrir, offrir et partager largement.

« A ce moment, je n’aurais pas su dire si on en avait besoin de nos chats. Est-ce qu’on a besoin des nuages dans le ciel, des papillons au printemps ou des mouettes sur le port ? Sans doute que s’ils sont là, c’est qu’il y a une bonne raison. Sans doute que non, on n’en a pas besoin, que oui, on peut vivre sans. On arrivait à vivre sans nos chats, mais on n’en avait pas envie. »

 Editions du Panseur – mars 2019

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Coups de coeur·Lectures 2021

Betty, Tiffany McDaniel… coup de coeur !

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Traduit de l’américain par François Happe

❤ A l’approche de la prochaine rentrée littéraire, me voici en train de lire le phénomène de la rentrée littéraire de l’année dernière et le lauréat du prix fnac 2020. J’aime beaucoup ce décalage qui m’a permis de découvrir ce titre en toute sérénité… Je craignais un peu la déception, j’ai failli m’ennuyer en tout début de lecture, mais au final Betty est un grand coup de coeur de lecture ! Nous sommes dans les années 60. Betty Carpenter est la sixième de huit enfants. La rencontre entre son père et sa mère est déjà toute une histoire, improbable à l’époque, car si sa mère est blanche, son père est cherokee. Les premières années de la famille sont ponctuées de déménagements. Le père de Betty peine à trouver du travail et ceux qu’il déniche sont toujours très physiques, quand il n’est pas victime de racisme. Puis, la famille trouve refuge dans une maison abandonnée, laissée à leurs bons soins, à Breathed, et c’est une nouvelle page qui commence alors pour Betty et sa fratrie. La « petite indienne » qu’elle est, plus foncée que ses soeurs métisses, devra affronter l’hostilité à l’école. Leur père est un conteur, qui ne perd pas une occasion de tout transformer en légendes ou en magie. C’est un père enveloppant, tendre et sage, qui ne peut pourtant pas préserver Betty des mots de sa mère, et des noirs secrets qu’elle lui dévoile. La petite fille écrit sans cesse et enfouit dans la terre ce qu’on lui raconte, ce qu’elle voit, ce qu’elle devine. Au fur et à mesure que Betty grandit elle s’aperçoit qu’elle devra arracher sa liberté avec ses dents, sa rage et son intelligence pour ne pas perdre l’espoir et laisser le loup de la haine grandir en elle… Ce roman devient petit à petit sombre et émouvant. Il ne prend pas le coeur en otage tout de suite. J’ai aimé son atmosphère, à la fois mystique et très américaine. J’ai aimé le personnage de Betty, qui montre toute la complexité de grandir en tant que femme, de plus dans un environnement hostile, mais aussi les membres de sa famille, avec leurs singularités. J’ai frémi souvent. J’ai eu peur et j’ai eu de la peine. C’était fou, c’était bien. Un roman magistral, inspiré par la mère de l’autrice, qui mérite amplement, de mon point de vue, son succès.

« Papa disait toujours que nous étions les descendants de grands guerriers. Cette grandeur n’était-elle pas en moi ? La puissance d’une femme immémoriale, mais jeune en son temps.  Je l’imaginais telle qu’elle avait été. Son esprit farouche; Sa bravoure incontestable. Comment pourrais-je ne pas être aussi puissante ? Pourquoi ne pourrais-je pas me trouver belle alors que je la voyais comme la plus belle de toutes les femmes ? »

 Editions Gallmeister – août 2020

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Coups de coeur·Lectures 2021·Objectif PAL

Les Immortalistes, Chloe Benjamin… coup de coeur & objectif pal du mois !

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Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Florence Moreau

❤ Sois je suis émotive en ce moment, sois je ne lis que de bons livres, car il se trouve que ma sortie de PAL du mois est encore un coup de coeur ! Ce roman m’a en effet touché à plusieurs reprises, et fait monter les larmes aux yeux, ce qui est assez rare pour le souligner. Le récit commence à New York, en 1969. Alors que la chaleur de l’été est presque insupportable, quatre enfant d’une même fratrie décident d’aller consulter une voyante dont ils ont entendu parler. Daniel a de l’argent dans sa poche. La démarche est assez excitante pour tromper leur ennui. Cette voyante est censée prédire la date exacte de leur mort. Chacun passe à son tour dans l’appartement crasseux où la sentence leur sera  effectivement administrée, les laissant un peu pantois à la fin de la consultation. Ils tentent ensuite d’oublier la prophétie mais ils n’imaginent cependant pas à quel point elle va diriger leur vie. Simon décide en effet de vivre la sienne à fond et suit sa soeur à San-Francisco où tous les deux vont tenter de concrétiser leurs rêves, tandis que les deux aînés font leur devoir, non sans une certaine rancoeur vis à vis des plus jeunes, et restent près de leur mère. Au premier décès de l’un d’entre eux, la prophétie se vérifie. S’agit-il d’une autodétermination ou d’une réelle fatalité ? J’ai été profondément touchée par le premier décès, quand il arrive à la date prévue, tellement je m’étais attachée au personnage que Chloé Benjamin nous apprenait à aimer depuis les premières pages. Et c’est tout le talent de cette romancière, de réussir à nous lier à cette famille, de nous malmener ensuite avec le couperet de la fatalité, tout en nous bombardant de mille questions. Est-ce que l’autosuggestion a un tel pouvoir ? Doit-on croire à la voyance ? Quel est notre libre arbitre ? J’ai été sonnée par cette fresque familiale originale et étonnante qui approfondie avec beaucoup de délicatesse la psychologie de chacun de ses membres et explore également le contexte et l’époque. Je ne m’attendais pas à être aussi emballée par ce roman dont je n’avais jusque là pas entendu parler. Une chouette sortie de PAL donc !

 Editions Le livre de poche – avril 2019

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Une autre lecture chez… Natiora (coup de coeur également)

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