Coups de coeur·Lectures 2018

Papa est en bas, Sophie Adriansen

❤ Je n’attendais pas que la sortie de romans adultes en cette rentrée littéraire. Le rayon jeunesse regorge aussi de jolies nouveautés… et j’attendais cette nouveauté du jour avec impatience. Avec Sophie Adriansen, j’ai toujours la certitude que je vais aimer lire ce que je vais lire, même si il s’agit comme ici d’un petit roman recommandé à partir de 10 ans. En effet, on retrouve dans ses mots l’humour, la distance respectueuse, l’intelligence qui la caractérisent. Et puis le thème m’intéressait. Dans Papa est en bas, nous rentrons dans l’intimité d’une petite famille, sous le regard de la petite fille de la maison. Quelque chose ne va pas. Papa doit renoncer petit à petit à bien trop d’activités, les efforts sont de plus en plus difficiles. Que se passe-t-il ? Papa finira par avouer qu’il est atteint d’une maladie qu’il appelle pudiquement du joyeux terme de Tartiflette, mais dégénérative, et sans espoir. Jusqu’à ce que Papa ne puisse même plus monter les escaliers et s’installe définitivement en bas. Le trio rivalise d’idées pour rendre le quotidien le plus léger possible et surtout ne pas se laisser entraîner par la morosité. Maman ne perdra presque jamais son sourire. Et l’amour inonde cette maison, ainsi qu’un grand appétit de vivre, alors pourquoi s’attrister. Crêpe partie sur le lit médicalisé. Participation au jeu des 10 000 que Papa gagne haut la main. Il s’agit d’essayer tous les nouveaux gadgets qui rentrent dans la maison, comme le monte escalier installé au début de la maladie, ou ce fauteuil qui permet à Papa de gagner des courses. Mais c’est l’occasion d’observer également combien rien n’est adapté aux personnes en condition de handicap, combien les gens sont parfois désagréables, et combien la vie peut s’avérer parfois aussi bien injuste. J’appose sur ce petit roman jeunesse un joli coup de coeur car il m’a beaucoup touché. Bien entendu, on y retrouve le ton caractéristique des romans de cet âge, un ton drôle et léger, qui permet d’ailleurs d’éviter le pathos et donne la pêche malgré le thème. Sophie Adriansen explique en fin d’ouvrage d’où provient l’idée de cette histoire, que l’expérience vécue auprès de son oncle lui a donné cette leçon : tant qu’on n’est pas mort, on est en vie. Un doux roman jeunesse qui questionne sur notre manière d’enchanter notre quotidien et montre la vie telle qu’elle est parfois, avec ses écueils, ses drames, ses espoirs et ses joies.

Editions Nahtan – 13 septembre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Publicités
Coups de coeur·Lectures 2018

Dancers, Jean-Philippe Blondel… Rentrée littéraire 2018

 

❤ Je crois bien que je viens de lire mon premier Jean-Philippe Blondel, aussi étonnant que cela puisse paraître. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir depuis longtemps vu son nom partout sur des couvertures. Ici, il s’agit d’un roman pour adolescents (il écrit aussi pour les adultes) et d’un coup de coeur pour moi ! J’ai une sensibilité particulière envers les récits qui parlent de la danse, surtout quand elle n’est pas classique et est vécue comme une urgence ou une nécessité. C’est sans doute parce que mon corps ne répond pas comme cela, avec autant de force, de souplesse et d’aisance. J’aurais aimé je pense. Nous rencontrons dans ce roman trois personnages, Anaïs, Adrien et Sanjeewa. Ils sont très différents mais vont être amenés à partager le même cours de danse dans un lycée, cette même option dont ils ont tous les trois un besoin essentiel. Adrien a la danse dans la peau, ses parents lui ont d’ailleurs permis d’aménager complètement le sous-sol de leur maison pour qu’il s’entraîne. Anaïs est une ancienne gymnaste que l’on a découragé abruptement de continuer sur cette voie et qui trouve dans la danse la précision et la rigueur qui lui conviennent.  Sanjeewa est lui originaire du Sri Lanka et on dit de lui qu’il parle comme dans les vieux livres dans lequel il a appris à lire le français avec son père. Il est très doué en Hip Hop, car il retrouve dans les mouvements de cette danse les mouvements des danseurs masculins de son pays d’origine. Mais ces trois là vont surtout nous rejouer l’histoire du triangle amoureux. Et si justement quelque chose de beau pouvait éclore de cette situation, pour une fois ? Si la danse et l’amitié pouvaient aplanir toutes les difficultés et toutes les frontières ? Mais ce n’est pas gagné. Avant de parvenir à cet état de grâce, il faudra peut-être en passer avant par la colère. N’hésitez pas à ouvrir ce roman dont l’écriture m’a séduite d’emblée. Jean-Philippe Blondel a su dans le choix de ses mots exprimer à la fois les mouvements du corps, mais aussi les mouvements de l’âme de ces adolescents en recherche de sécurité et de partage, et qui se cachent derrière une volonté affichée d’autonome et de fierté. Dancers exprime tout ce que le porté en danse signifie de lâcher prise et de confiance en son partenaire, et combien il est précieux de grandir dans un monde où chaque porté est réussi. Un très beau roman donc, et mon cinquième coup de coeur de rentrée littéraire !!

Editions Actes Sud junior – 22 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

Coups de coeur

Les matchs de la rentrée littéraire 2018 avec Rakuten

Aujourd’hui est le grand jour où je peux vous annoncer haut et fort ma sélection en tant que marraine de la rentrée littéraire pour Rakuten cette année !! Et j’en suis ravie car cela me permet de vous gâter. En effet, nous étions 5 marraines à travailler dans l’ombre pendant tout l’été pour vous concocter une sélection de rentrée : LeiloonaSylireMoka, Jeannot se livre et moi. Encore une rentrée littéraire pas comme les autres vécue avec un petit sel supplémentaire, et des échanges sympathiques !

Les matchs de la rentrée littéraire (#MRL18), ce sont donc 5 marraines qui choisissent chacune 3 romans, considérés par elles comme des pépites ou des incontournables de cette rentrée littéraire. Vous pouvez découvrir ma sélection ci-dessous (lien vers les billets en cliquant sur les couvertures) et la sélection des autres marraines sur leur blog respectif aujourd’hui.

En ce qui me concerne, ce sont CES livres qui se sont imposés à moi… j’espère qu’ils vous plairont.

      

Ensuite, il vous reste à choisir LE livre que vous souhaiteriez recevoir en échange d’un avis. Pour participer, c’est simple, il suffit d’avoir soit un blog, un compte Instagram ou Youtube. Vous avez jusqu’au 12 septembre. Toutes les informations sont ici avec le formulaire d’inscription [clic]et sur le blog de Rakuten [clic].

La sélection complète… (aussi sur la page Rentrée littéraire de Price Minister)

Si vous me sélectionnez comme marraine en choisissant tout simplement de recevoir un de mes livres, n’oubliez pas (pour que je puisse vous lire) de me signaler votre chronique après lecture, en créant un lien vers ce billet, ou en postant un commentaire ci-dessous. Si vous publiez sur votre compte Instagram, j’y suis sous le pseudo @antigoneheron .

Coups de coeur·Lectures 2018

Un gentleman à Moscou, Amor Towles… Rentrée littéraire 2018

  

Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui a – je trouve – un charme littéraire tout à fait irrésistible… Et j’en fais un coup de coeur de cette rentrée littéraire, tant il m’a séduite par son côté à la fois désuet et érudit. Avec Un Gentleman à Moscou, vous entrez dans un microcosme étonnant, celui de l’Hôtel Metropol à Moscou. Le Comte Illitch Rostov vient d’y être assigné à résidence suite à un procès mené par un tribunal bolchévique. Nous sommes au début des années 1920. Le Comte avait déjà ses habitudes dans cet hôtel, mais on ne lui permet pas de rester dans sa suite et les employés, gênés, déménagent quelques unes de ses imposantes affaires dans une toute petite pièce du dernier étage, une ancienne chambre de bonne, un cagibi d’à peine 9m2. Le Comte accepte cependant son sort avec philosophie et intelligence, sympathisant au fil des années avec les employés de l’hôtel (jusqu’à finir par devenir un des leurs), nouant des relations privilégiées avec de hauts dignitaires, des diplomates de passage. Mais, c’est sa rencontre improbable avec une petite cliente, Nina, qui sera déterminante dans la vie du Comte. Se faufilant partout, connaissant des passages secrets, elle lui ouvrira les portes inexplorées de cet hôtel qui ne contient pas moins de deux restaurants, un bar et de nombreuses salles de réception où se réunissent régulièrement les nouveaux maîtres du Kremlin. Ce roman est un pavé de près de 600 pages, il est physiquement très lourd, mais il serait judicieux de ne pas s’arrêter à ces considérations, et de plutôt décider de se laisser accrocher par sa sublime couverture. Car je n’ai rien regretté de ce fabuleux voyage dans une URSS en construction, qui cherche parfois ses marques, via une fresque romanesque digne des plus grands romans, et qui n’oublie pas de rendre hommage à l’âme et à la culture russe. J’ai adoré visiter avec le Comte, ce gentleman convaincu rarement pris en défaut de bienséance, et personnage peu à peu infiniment attachant, toutes les pièces et escaliers dérobés du Metropol que l’on finit par connaître, comme les nombreux autres personnages de ce roman, sur le bout des doigts. Cerise sur le gâteau, Un gentleman à Moscou sera prochainement adapté en série télévisée par Tom Harper, avec Kenneth Brannagh dans le rôle titre, hâte.

Editions Fayard – 22 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

« A l’instar de celle des francs-maçons, la confédération des perdants est une confrérie très unie dont les membres voyagent sans signe distinctif, tout en se reconnaissant dès le premier regard. Car après leur chute, ceux qui en sont membres partagent une certaine façon de voir les choses. Comme ils savent que la beauté, l’influence, la célébrité et les privilèges vous sont simplement prêtés plutôt que donnés, il est difficile de les impressionner. Ils ne sont pas sujets à la jalousie ou au dépit. Loin d’eux l’idée de parcourir les journaux à la recherche de leur nom. Ils tiennent à vivre parmi leurs semblables, mais considèrent l’adulation d’un oeil prudent, l’ambition d’un oeil compatissant et la condescendance d’un oeil amusé. »

Coups de coeur·Lectures 2018

Miss Sarajevo, Ingrid Thobois… Rentrée littéraire 2018

 

❤ Le roman de rentrée dont je vais vous parler aujourd’hui est exactement ce type de roman coup de coeur dont on voudrait savoir parler au mieux pour donner envie et ne rien gâcher de sa grâce. Miss Sarajevo est un récit multiple, qui aborde plusieurs thèmes. J’ai adoré tout de suite son écriture et la justesse de son ton. Aucun mot n’est de trop. Et il ne tombe jamais dans le pathos, alors que tout est émotionnellement très fort dans ses lignes. Joaquim a perdu sa sœur alors qu’il n’était encore qu’un jeune étudiant en photographie. La scène (sidérante) est décrite à plusieurs reprises, de différents points de vue. La jeune fille de 16 ans s’est défenestrée, profitant de l’absence de ses parents, et du fait que Joaquim était dans son bain. On imagine aisément le traumatisme pour cette famille irrémédiablement détruite. Mais on comprend aussi très vite que ce drame était sans doute l’écho d’un autre drame, longuement tu. On ne cessera jamais de parler des dégâts que causent les secrets de famille. Joaquim se met en mode survie et s’échappe de cet appartement maudit de Rouen dans lequel ses parents n’en peuvent plus de se reprocher à eux mêmes leurs décisions passées. Amant depuis quelques mois d’une femme exilée de Bosnie, Ludmila, le jeune homme décide de partir à Sarajevo, en quête d’images, et de sens… et y trouve un territoire où l’on meurt à chaque coin de rue. Il y rencontre une famille, et une jeune fille, qui deviendra lors d’une élection censée interpeller le reste de l’Europe Miss Sarajevo. Et moi lectrice, j’ai aimé ce roman doux amer, qui contient énormément de délicatesse dans ses descriptions, et des images fortes, sans pour autant apporter de jugement sur les situations rencontrées. L’humain y est peint dans toute sa fragilité et ses contradictions. C’est un beau roman, dont je retiendrai sans doute plusieurs scènes très longtemps en mémoire, comme tous ces moments par exemple où Joaquim photographie Sarajevo, le chargeur de son boîtier de pellicule vide.

Editions Buchet Chastel – 23 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lu via Net Galley Badge Lecteur professionnel

« On ne se tue pas par abandon de la lutte – les religions ont inventé la rhétorique de cette prétendue lâcheté. On se suicide et on dévore la vie au nom d’un seul et même scandale : l’exiguïté du couloir de temps qui nous est alloué, dans lequel il nous est permis d’avancer mais jamais de faire demi-tour, ni de nous arrêter. On se tue après avoir longuement soupesé la vie, analysé ses accélérations et décélérations, afflux et reflux sanguins dans la carotide, et la sensation de vide qui s’ensuit. On se tue au moment d’aller mieux, dans l’équilibre retrouvé entre les artères chargées d’oxygène et les veines de CO2 : se jeter par la fenêtre, c’est d’abord s’essayer à voler. »

Coups de coeur·Lectures 2018

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry… Rentrée littéraire 2018

  

Et voici mon deuxième coup de coeur de cette rentrée littéraire !! A force de lire beaucoup, j’attends à présent de mes lectures qu’elles me bousculent et m’étonnent, et c’est bien le cas avec ce nouveau titre de Sophie Divry, complètement inattendu. Et ouah, quelle énergie dans la narration et l’écriture !! Joseph Kamal vient d’être jeté dans une prison de région parisienne, après un braquage raté dans lequel son frère Tonio a trouvé la mort. Un peu naïf et déphasé, il est très vite confronté à l’extrême violence dont font à la fois preuve les autres détenus, mais aussi les gardiens. Quand soudain, une explosion nucléaire rebat les cartes. Joseph Kamal profite du désordre pour s’échapper, quand d’autres décèdent autour de lui. Les survivants sont peu nombreux et partent pour la plupart à l’abri des radiations, dans la zone. Joseph, lui, choisit de s’enfuir dans l’autre sens, dès qu’il a conscience que son casier judiciaire le suivra toujours, et que s’inventer une nouvelle vie dans la zone est impossible. Il se retrouve alors dans un village de Causse, dans lequel il arrive peu à peu à se créer un abri, un foyer, entre son potager, le mouton qu’il a recueilli et sa chatte Fine. Mais la solitude est totale, et les vivres rares. Ce nouveau Robinson des temps modernes arrivera-t-il à survivre à ce naufrage d’un nouveau genre ? Il est peu de dire, donc, que j’ai été bousculée par ce dernier titre de Sophie Divry. Tout d’abord,  par sa description presque intenable (réelle ?) du milieu carcéral. Le jeune Joseph, entraîné par son frère dans une voie qui ne lui correspond qu’à moitié, est confronté dès son emprisonnement à un broyage intégral de sa personnalité. Puis, il y a toute cette description de la survie post-apocalyptique qui là génère tout à coup un certain apaisement. On s’imagine quelqu’un survivre dans la zone interdite de Tchernobyl, on s’imagine la situation possible et l’empathie du lecteur naît peu à peu. Sophie Divry signe ici un roman à la fois extrêmement violent et d’une étrange beauté. L’écriture est rude, abrupte, pas forcément confortable, mais le propos est engagé et fort. Je recommande plus que chaudement.

Editions Noir sur blanc –  23 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lu via  NetgalleyBadge Lecteur professionnel et en collaboration avec Decitre.fr