Coups de coeur·Lectures 2020

Wild, Cheryl Strayed… coup de coeur !

Traduit de l’anglais (Etats Unis)  par Anne Guitton – Titre original Wild

❤ Ce poche de bonne taille a été lu par mon mari et ma fille l’été dernier. Et j’avais très envie de le découvrir à mon tour… Il raconte le périple de Cheryl Strayed, effectué par elle dix-sept ans plus tôt, sur le PCT (Pacific Crest Trail), un célèbre parcours allant de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, long de 4 240 km. La jeune femme n’a aucune idée de ce qui l’attend car elle a peu étudié les livres consacrés à cette randonnée hors norme et son paquetage est bien trop lourd. Elle va d’ailleurs appeler très vite son sac à dos Monster. Pour autant, elle a acheté tout le matériel nécessaire et a prévu l’envoi de colis de ravitaillement tout du long du chemin, à quelques points d’étape. Ce n’est donc pas non plus un véritable coup de tête de sa part. Cette randonnée a été décidé alors qu’elle vient de divorcer de l’homme qu’elle avait épousé très jeune, Paul, que sa mère est morte quelques années plus tôt, et que sa vie semble au point mort. Cheryl souffre beaucoup, physiquement. Ses chaussures sont certainement trop petites et son sac à dos la blesse aux hanches à chaque pas. Pour autant, la détermination de la marcheuse force l’admiration. Elle avance, coûte que coûte, souvent seule, rarement accompagnée. Car sur les 1700 km qu’elle va effectuer, d’autres randonneurs marchent aussi, qui peuvent la dépasser, l’attendre ou tenter de la rattraper. C’est une communauté bienveillante qui va lui apporter beaucoup de chaleur sur son parcours. Pour autant, la faim est parfois là, la soif aussi, la peur à chaque rencontre de bête sauvage ou d’hommes un peu entreprenants et le manque d’argent l’inquiète souvent. J’ai adoré marcher auprès de Cheryl, réfléchir avec elle à sa vie d’avant, à ses choix, à la résilience que peut provoquer ce projet un peu fou. Tous les soirs, elle lit un roman minutieusement choisi avant son départ, avec sa lampe frontale, et brûle les pages lues le lendemain pour alléger son paquetage. C’est une expérience hors du temps, où l’essentiel prend toute la place. Cheryl en profite pour ressasser le passé mais acquiert aussi petit à petit une force dont elle ne s’imaginait pas capable. Une lecture marquante qui va très certainement me rester en mémoire longtemps.

Editions 10/18 – septembre 2014

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Le boudoir de Nath

Retrouvez demain sur le blog le bilan des derniers coups de coeur du web !

Coups de coeur·Lectures 2020

Un jour, tu raconteras cette histoire ~Joyce Maynard… coup de coeur !

❤ Il était temps qu’un nouveau coup de coeur advienne… et ce fut le cas avec ce livre au charme improbable, récit d’un vain et douloureux combat contre la maladie. En effet, dans ce livre, Joyce Maynard raconte sa rencontre tardive, à cinquante cinq ans avec l’homme de sa vie, leur mariage et l’arrivée très rapide d’un pronostic qui va tout bouleverser. L’homme qu’elle aime, Jim, est atteint du cancer du Pancréas. Alors qu’elle pensait vivre pleinement son mariage dans l’amour et la joie, en ayant enfin trouvé le compagnon parfait, c’est dans la maladie qu’elle va en explorer tous les aspects. Joyce Maynard a le don de se montrer sous un jour peu flatteur, sincère, mais aussi extrêmement vivant. Leur amour va durer un peu plus de quatre ans, entre voyages, dîners entre amis, visites chez différents médecins et expéditions hasardeuses. Chacun est l’un envers l’autre d’une fidélité à toute épreuve et leurs deux corps se connaissent si bien au fil des semaines, des mois et des années qu’ils semblent soudés l’un à l’autre. Ils ont tous les deux connu le mariage et eu trois enfants. Puis, est venu la culpabilité du divorce. Joyce Maynard, quand elle fait la connaissance de Jim, porte en elle d’autres culpabilités, dont celle de ne pas avoir su garder ses filles adoptives, confiées quelques temps plus tôt à une autre famille. Je connaissais déjà Joyce Maynard, via ses romans, mais aussi via ce récit où elle racontait ses dis-huit ans, Une adolescence américaine (Et devant moi le monde) et son aventure avec JD Salinger, également un coup de coeur. Je suis encore une fois séduite par cette lecture, pourtant très imprégnée par la maladie, car elle regorge de poésie, d’espoir et surtout d’amour. Et qu’elle ne fut pas ma surprise en farfouillant sur internet de me rendre compte que la photographie de la couverture du livre représentait réellement leur mariage, et n’était pas une énième photo d’une banque d’images quelconque ! Je suis ressortie de cette lecture assez émue, et un peu songeuse.

Editions Philippe Rey éditeur – septembre 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Sylire

Coups de coeur·Lectures 2020

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin… coup de coeur !

❤ J’ai craqué sur ce titre, et ce que promettait la quatrième de couverture de ce livre, sans me douter où je mettais les pieds… Et voici que je suis tombée sous le charme de ce premier roman très réussi, un gros coup de coeur de lecture ! Dans ce récit, deux femmes ont décidé de vivre dans une cabane en forêt, une mère et sa fille adulte. Le lieu était l’ancienne dépendance de leur ancien logement, un endroit réservé aux invités de passage. Elles en ont fait un refuge, où toutes les deux pansent leurs plaies et tentent de taire leurs drames passés. Le quotidien est fait de petites choses, jardinage, entretien de la maison, cuisine, lectures… Seules des phrases échappées de leurs lectures sont de temps en temps échangées entre elles, et tout ce qui est nécessaire à la bonne marche de la maison. Lorsque l’hiver est là, la vie s’en trouve encore plus rétrécie. Les deux femmes sortent peu, seule la plus jeune part de temps en temps faire quelques courses dans ce supermarché où elle travaillait autrefois. Et c’est sans doute l’aspect confiné de leur vie qui a fait écho en moi en ces temps troublés, tout ce qu’elles doivent compter dans leurs réserves, leur manière prudente de s’organiser, leurs sorties réduites au minimum. Mais également la relation qu’elles entretiennent avec la nature, avec leur environnement, loin de l’agitation et de la promiscuité des villes, dans une solitude choisie. Bien entendu, l’extérieur ne peut être continuellement tenu à distance. Le téléphone sonnera, avant d’être débranché. Il y aura de la visite. Et les pensées seront continuellement peuplées des autres, et du passé, impossibles à étouffer. Laissez vous tenter, dès que vous le pourrez, par ce premier roman, par cette écriture aussi poétique que juste, par le souffle qu’insuffle Aurélie Jeannin dans ce livre, surtout si vous aimez la lenteur et l’introspection.

« Elle ne s’habille pas, elle couvre son corps pour ne pas avoir froid. Ses vêtements ne semblent jamais sales. Elle a réduit son vestiaire au minimum, comme s’il fallait supprimer encore et encore. S’alléger non pas tant des choses mais des questionnements qu’elles suscitent. Peu à peu, Maman limite le champ. L’espace dans la cabane de plus en plus restreint pour qu’il y ait de moins en moins de connexions. Dans ce cadre aux marges affaiblies, nous survivons parce qu’il y a dehors, ou l’espoir de dehors. »

Editions Harper Collins – janvier 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Miscellanées

Coups de coeur·Lectures 2020·Objectif PAL

L’art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière… coup de coeur !

❤ J’ai pioché ce livre de circonstance dans ma PAL pour l’objectif pal du mois de mars. Je l’avais acheté en 2017 lors du passage du Camion qui livre non loin de mon lieu estival de vacances. Grâce à un jeu sur Instagram, j’avais ensuite gagné encore une dizaine de livres de cet éditeur (loin d’être tous lus à ce jour). Ouvrir cet essai de Dany Laferrière a été un enchantement lors des premiers jours du confinement. Dans les premières pages, en effet, il prône le ralentissement, la contemplation et l’art d’être présent à ce que l’on fait au moment où on le fait. Puis, petit à petit, comme partant de l’attrait du minuscule à beaucoup plus grand, et après avoir titillé et inspecté chacun de nos sens, Dany Laférrière s’intéresse au monde qui l’entoure et à son fonctionnement. Alors, il est question de Bush, d’Obama, de dictature, des parisiens et enfin de littérature. L’essai de Dany Laferrière, tout en restant apaisant, prend ainsi des allures magistrales. L’auteur compare Hemingway à Fitzgerald, nous permet de cotoyer Borgès et sa bibliothèque gigantesque, s’approche de Salinger, convoque Virgile. Le texte est entrecoupé de petites photos d’instants, qui sont comme des pauses dans la lecture et qui recadrent la pensée.

Ce livre ne se lit pas vraiment comme un roman, même si je l’ai lu d’une traite, comme tel. On pourrait penser aussi qu’il dresse un portrait en creux de Dany Laferrière, en une sorte de bilan personnel, mais non, pas réellement. L’auteur regarde beaucoup le monde qui l’entoure et est loin de tout rapporter à sa petite personne. Mais sa petite personne étant l’être humain qu’il connaît le mieux et depuis longtemps, il se prend souvent comme exemple, pour appuyer son propos. J’ai eu un gros coup de coeur pour cet essai particulier, hors normes, qui ne cherche pas à convaincre mais donne, mine de rien, du sens à la vie.

Editions du Livre de Poche – mai 2017

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Coups de coeur·Lectures 2020

Quelques heures, Joel Orff… la BD de la semaine !

❤ J’ai eu un joli coup de coeur pour cet album de chez çà et là assez discret. Petit en taille, sobre de couverture, il contient à l’intérieur des dessins en noir et blanc qui peuvent surprendre un peu par leur graphisme, peu soigné en apparence. En réalité, tout cela fonctionne très bien et on fait très vite fi de cette première impression négative, tant l’histoire est par ailleurs touchante. Bob est chauffeur de taxi. Il reçoit une carte postale de son ex, Wanda, lui annonçant à la fois sa paternité et l’arrivée de sa fille, déjà adolescente. Casey apparaît effectivement un beau jour sur son perron. Bob la reçoit le mieux possible et gère cette jeune fille visiblement un peu perdue et en recherche de repères qui n’avait pas demandé à être là. Ces deux êtres apprennent à s’apprivoiser et tissent peu à peu des liens… Et c’est ce que rendent très bien les dessins et la mise en page de Joel Orff, toute la patience déployée par Bob pour amadouer cette jeune fille tombée du ciel, et tous ces moments paisibles où la connivence s’installe. Quelques heures est un joli album qui met en lumière tout ce que l’écoute, la patience, le don de soi, peuvent apporter dans une relation parent/adolescent, mais aussi la cruauté de certains adultes. L’action se déroule à Minneapolis, et on peut se rendre compte également de la précarité dans laquelle les individus peuvent se retrouver là-bas du jour au lendemain, dès qu’un grain de sable vient gripper la machine. La résignation des personnages face à cet état de fait est pour le moins sidérante et donne à réfléchir.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui !

Editions çà et là – 17 janvier 2020

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Coups de coeur·Lectures 2020

La Soustraction des possibles, Joseph Incardona… coup de coeur !

❤ Ce livre est un roman magistral. Je n’avais pas eu ce sentiment de lecture depuis Les années de Annie Ernaux, cette impression de lire un ouvrage à la fois ambitieux, maîtrisé et intelligent. Joseph Incardona est un écrivain suisse qui a déjà écrit plusieurs romans, des polars. Il a décidé de poser celui-ci dans les années 80, alors que le monde était assez différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le bloc de l’Est allait bientôt imploser. Les crises financières n’avaient pas encore eu lieu. Les golden boys avaient le vent en poupe. La Suisse était alors la destination privilégiée d’hommes et de femmes discrets munis d’une valise. Le lecteur fait d’abord la connaissance d’Aldo, professeur de tennis désabusé, qui agrémente sa vie en séduisant ses clientes fortunées. Odile est la dernière en date. Très amoureuse de son amant, mariée à un homme d’affaires bien placé, elle met Aldo en relation avec une de ses connaissances pour lui permettre de gagner encore plus d’argent. Le voici donc transformé en porteur de valise zélé. Lors de l’un des transferts, il tombe par hasard sur une comparse jusqu’alors inconnue, Svetlana, une jeune maman, qui en dehors de récupérer des sacs plein de billets, travaille brillamment dans la finance. Ces deux-là finissent par tomber amoureux… sans se douter qu’autour d’eux plusieurs araignées ont tissé leurs toiles. Dans ce roman, il est question d’amour, de celui qui est partagé tout autant que de celui qui fait mal, mais aussi de la pègre, de malversations, de malfrats en tous genres. Je n’ai pas eu pour autant le sentiment de lire un simple polar, tant l’écriture de Joseph Incardona est inventive et érudite, pleine de tendresse brute. Il joue avec le lecteur, ses personnages, le récit en train de s’écrire, et combien j’ai adoré cela. C’est un roman qui est porté en sélection de plusieurs prix et je ne suis pas étonnée, il le mérite. J’ai personnellement craqué sur sa sublime couverture, je vous conseille vivement à présent d’en ouvrir les pages !

« Son gin-tonic arrive, il allume une cigarette.
En 1990, c’est encore faisable.
Le problème avec la vie qui avance, c’est qu’elle soustrait les possibles.
Justement. »

Editions Finitude – 2 janvier 2020

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