Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Sophie Divry

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Sophie Divry a bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

       

Antigone : Bonjour Sophie Divry,
Votre premier roman, La cote 400, publié chez Les Allusifs a marqué votre entrée dans le monde de l’édition. Vous étiez venue, en 2012, à la médiathèque Benjamin Rabier (La Roche sur Yon), présenter ce livre. J’avais assisté à la rencontre. Vous étiez alors la seule auteure française du catalogue de cette maison d’édition canadienne, qui se consacrait surtout à la littérature étrangère. Pouvez-vous nous raconter en quelques mots le sujet de ce premier roman, que j’ai personnellement beaucoup aimé, qui raconte l’histoire d’une bibliothécaire, et l’aventure de cette publication ? Est-ce que la publication de ce livre a changé votre vie ?

Sophie Divry : La Cote 400, c’est le monologue un peu déjanté d’une bibliothécaire enfermée dans son sous-sol au rayon géographie, et qui est prise entre son besoin d’ordre et son besoin d’amour. Ce premier livre ne m’a pas fait devenir riche, si c’est ça la question, mais il a changé ma vie quotidienne, l’orientation que je donnais à mon existence. Même si je crois que c’est plutôt au deuxième roman qu’on devient écrivain.

   

Antigone : Vous avez ensuite publié plusieurs titres chez Noir sur blanc, par exemple Quand le diable sortit de la salle de bain ou La Condition pavillonnaire. Dans vos romans, vos personnages sont souvent contraints, enfermés, empêchés. Pouvez-vous nous dire comment naît, chez vous, l’idée d’un nouveau roman ?
Sophie Divry : J’ai des idées, des valeurs, des thèmes, des mythes, qui sont dans ma tête, et c’est comme une graine qui cherche un terreau : à un moment, ça rencontre l’idée d’une forme, une forme littéraire, et la graine va y pousser. Mais il peut se passer du temps et les graines disparaissent. Par exemple pour le Diable, je voulais parler du chômage, et c’est en lisant Federman que j’ai trouvé la forme.

Antigone : Lors de la rentrée littéraire de 2018, vous aviez publié un roman intitulé Trois fois la fin du monde, un gros coup de coeur de lecture pour moi. En ces temps particuliers, ce souvenir de lecture provoque un drôle d’écho. Dans votre roman en effet, une explosion nucléaire dévaste la France. Les survivants partent à l’abri des radiations, dans la zone sécurisée, tandis que votre personnage principal, Joseph Kamal, qui en a profité pour s’enfuir de prison, choisit de rester seul et de s’inventer une nouvelle vie, loin de tous, dans une petite ferme abandonnée. Pouvez-vous nous raconter comment est né ce personnage, les sentiments que vous aviez pour lui en cours d’écriture ?
Sophie Divry : J’ai eu envie d’écrire un Robinson Crusoé contemporain. Récrire un mythe avec toute son actualité et son côté universel. Mais avec un Robinson normal, qui ne sait pas faire du feu avec deux bouts de bois… Mais bon, moi les personnages ce n’est jamais le départ d’un livre. Ce sont plutôt les lieux : ici la nature, comme ouverture, en demi-teinte, et la prison, comme contraire, la fermeture. Après, Joseph, c’est un peu le premier homme. Une sorte d’Adam.

Antigone : Je vous suis depuis le début du confinement, via votre page facebook. Vous publiez chaque jour un billet sur votre journée, sans rien édulcorer de la difficulté de ce moment, et sans chercher non plus à construire ainsi un objet littéraire. Est-ce qu’au-delà de la création d’un roman, l’écriture peut jouer un rôle pour vous dans la vie quotidienne, de soutien et d’échange avec les autres ?
Sophie Divry : L’écriture a une vertu thérapeutique et j’avais urgemment besoin de cette vertu, dès le 16 mars. Tous les psy ont inventé les Français à faire un journal, après le chat, le chien et l’alcool, ça aide. Ce journal me donne un but, chaque jour, ça me structure. Ça fait appel à la fois à mes qualités d’écrivaine et de journaliste. Je ne cherche pas à jouer à l’écrivaine, en effet, même si je pense que sauver des anecdotes de la vie à Lyon à cette période, et tenter de voir clair dans ce qui nous agite intérieurement, je peux le faire mieux que d’autres, parce que justement, c’est une autre des vertus du métier de l’écrivain de savoir éclaircir ce qui nous agite obscurément. Mais dès que le confinement finira, j’arrêterai. Et, c’est du boulot mine de rien …

Antigone : J’ai hâte de vous lire de nouveau. Vous avez indiqué être entre deux romans en ce moment, en pause d’écriture. Pouvez-vous nous dire quelque chose de votre prochaine actualité littéraire ?
Sophie Divry : Je travaille à une non-fiction, un recueil de témoignages de mutilés pendant les manifestations des gilets jaunes, ainsi qu’à une petite fiction qui se passe très loin de tout cela, sur une autre planète. Mais j’ai peur qu’il vous faille attendre encore six mois pour me lire, au moins !

Un grand merci à vous Sophie Divry.

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Angélique Villeneuve

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Angélique Villeneuve a bien voulu répondre à mes questions et m’a fait un très beau cadeau (scoop inside).

 

Bonjour Angélique Villeneuve,

Vous êtes familière des salons du livre de Bretagne, comme celui de Quintin par exemple, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Vous avez bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Antigone : Vous avez écrit Un territoire, un roman publié en 2012, qui m’avait beaucoup marqué, où il est question de l’enfermement dans une des pièces d’une maison d’une femme par ses deux enfants. Une histoire terrible et pourtant très belle. Mais le public vous a surtout découverte grâce au roman Les fleurs d’hiver, publié chez Phébus en 2014, couronné de nombreux prix. Ce roman raconte l’histoire de Toussaint, de retour à la maison après des années de guerre et un long séjour à l’Hôpital du Val-de-Grâce. Jeanne et sa fille font une place à ce grand homme silencieux, qui porte jour et nuit un bandeau sur le visage, mais le chemin pour se retrouver vraiment est long et laborieux. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a incité à choisir ce thème pour ce roman ? Et comment vous avez vécu l’accueil enthousiaste qui lui a été fait ?
Angélique Villeneuve : Je me souviens du moment précis où l’idée de ce livre est née. Ça n’est pas si souvent le cas. Sur les 8 romans que j’ai écrits, c’est arrivé pour celui-ci et pour le prochain. Les autres sujets sont montés lentement.
Je me trouvais alors à un salon du livre, près de Mâcon, c’était en octobre 2012. À côté de moi se trouvait l’auteure Virginie Ollagnier, et je me suis mise à parcourir la 4e de couverture de son premier roman, Toutes ces choses qu’on abandonne, que vous avez peut-être lu. Il raconte l’histoire d’une jeune novice pendant la guerre de 14, en charge d’un blessé revenu catatonique des combats. Et alors que depuis des semaines je cherchais en vain un sujet – Un territoire venait de sortir, il fallait me remettre à l’établi, comme dit Marie-Hélène Lafon-, j’ai su ce que j’allais faire : écrire sur la peau, sur la blessure et la force du désir. Aussitôt, j’ai visualisé une gueule cassée et, comme toujours, une femme d’origine modeste au centre de tout cela. J’en ai parlé avec Virginie, qui, adorable, m’a poussée dans cette voie.
Nous étions toutes logées (il y avait beaucoup de femmes, à ce salon) chez l’habitant. J’aime beaucoup ça, dormir chez l’habitant. Ceux qui reçoivent les auteurs sont toujours des gens charmants. La dame qui m’hébergeait habitait le village de Replonges. Et chez elle, à la nuit, -pendant laquelle, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup dormi- s’est échafaudé, sous la couette Snoopy de ses petits-enfants, tout le squelette du roman. Il y aurait donc une femme, une ouvrière, dont le mari rentrerait de guerre avec la figure dévastée. Il serait rétréci, empêché, et elle, elle ne se laisserait pas faire.
Au matin, l’embryon des Fleurs d’hiver était là. Jeanne et Toussaint n’avaient pas encore de nom, mais nous avions déjà passé une nuit ensemble… En souvenir de ces heures fécondes j’ai donné, dans le livre, le nom de Replonges au village de l’Ain dont Jeanne est originaire.
Lorsqu’un an plus tard j’ai rendu mon manuscrit à mon éditeur, chez Phébus, j’étais persuadée, va savoir pourquoi, -disons que je suis souvent dans le doute, et ce n’est pas une si mauvaise chose, quand on écrit, le doute – qu’il allait le refuser. Ça n’a pas été le cas, il a même été enthousiaste, et le livre a fait une jolie route par la suite. Il a obtenu quelques prix, dont certains de lecteurs et de libraires – mes préférés. Et ça me rend fière. Quelques années plus tard il est paru en poche, une très bonne nouvelle, car le poche prolonge la vie des textes en les rendant plus abordables (et puis j’aime beaucoup ma nouvelle couverture Libretto !).
C’était un sacré défi, de m’attaquer à ce sujet, quand j’y pense. Je ne suis pas historienne, et ce que vit Jeanne est très éloigné, bien sûr, de mon expérience personnelle. Pourtant, il me semble, si j’en crois les retours, que j’ai réussi à lui donner corps. Ça m’émeut beaucoup. Lorsque je lis un commentaire favorable sur l’un de mes livres, ou que je reçois un prix, c’est toujours à mes personnages que je pense en premier. Comme si, pendant une minute, j’étais à leur hauteur. C’est une façon de rendre honneur à ce qu’ils sont, comme êtres humains. Quand j’ai su, par exemple, que j’avais le grand prix SGDL de fiction pour mon roman Maria, je me suis retournée, aussitôt, dans l’élan. Je savais que Maria, la femme, se tenait derrière moi. Je l’ai prise dans mes bras.
En réalité, j’ai souvent l’impression de ne presque rien inventer des histoires que j’écris. Elles préexistent. Je dois juste gratter la terre pour les trouver. Et les personnages apparaissent, bien vivants et plus forts que moi. Je ne fais que travailler l’écriture de leur corps.

           

Antigone : Nuit de septembre raconte la perte brutale de votre fils en 2014. Pendant que vous l’écriviez, je me souviens que vous postiez des photographies colorées de légumes et autres plantes sur les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous a apporté facebook par exemple, particulièrement à ce moment là, mais également ce qu’il vous apporte encore aujourd’hui ?
Angélique Villeneuve : Ah, des images de légumes et des fleurs ? Ça me fait sourire aujourd’hui, mais c’est sûrement vrai ! Et réconfortant, dans une certaine mesure. Je n’ai jamais utilisé Facebook pour raconter ma vie personnelle, et ce n’est pas avec la mort d’un fils que j’allais commencer. Si j’essaie de me souvenir, il me semble que juste après l’enterrement, j’ai simplement posté une petite fleur d’hortensia que j’avais prise sur le cercueil puis photographiée, posée sur la commode de ma chambre. J’ai dû écrire quelques mots, je ne me rappelle plus, quelque chose de banal qui pouvait passer inaperçu, du genre Avec lui. Plus tard, je m’en souviens, j’ai recopié une phrase des Fleurs d’hiver, écrite bien avant sa mort même si le livre venait de sortir. Je vais la chercher, tiens. C’est vers la fin. Ah, la voilà. Elle serre les dents et tous les muscles de sa figure, reprend sa marche lente. Elle a perdu sa vie d’avant, elle le sait. Il faudra pourtant trouver un moyen. Elle ferme les paupières. À ses épaules, d’autres épaules qui la portent.
Les fleurs et la cuisine, c’est tout ce que j’aime, avec les livres et les gens, alors c’est vrai que c’est présent sur ma page Facebook. À tous les moments de ma vie. La beauté. La joie. Le partage. Et les épaules, qu’on serre contre celles des autres pour s’aider à tenir debout.
Pour moi, Facebook est un outil formidable pour annoncer les rencontres autour des livres, pour se réjouir ensemble des bonnes nouvelles, des articles ou des billets de blog qui paraissent. Et aussi pour permettre aux lecteurs qui le souhaitent d’entrer facilement en contact avec moi. Après la publication de Nuit de septembre, qui, je crois, est un texte de deuil à la fois intime et littéraire, mais aussi pudique, j’ai ainsi été approchée par plusieurs femmes qui, elles aussi, étaient dans la douleur. Je me suis dit qu’elles trouvaient là un soulagement, même minuscule. Et c’était bien. Pour elles, peut-être, pour moi sûrement. Le lien, toujours le lien.

Antigone : Maria, sorti en 2018, cette fois-ci chez Grasset comme votre précédent livre, nous livre le regard d’une grand-mère sur le choix de sa fille d’élever ses enfants hors du déterminisme de genre. Pour ce faire, les parents cachent à tout le monde le sexe de leur second bébé. Ce choix crée un tsunami dans la vie de cette grand-mère. J’ai aimé que votre livre ne prenne pas parti et laisse le lecteur se faire sa propre idée sur le sujet. Comment les lecteurs ont-ils réagi dans l’ensemble à ce roman ?
Angélique Villeneuve : Je suis heureuse que vous ayez noté ça. Je ne prends pas parti. Les questions sont souvent plus intéressantes que les réponses, pas vrai ? Et ô combien je suis consciente de n’avoir aucune réponse. Écrire c’est chercher, ce n’est pas savoir.
Il était clair, cependant, lorsque je suis tombée sur un article racontant l’histoire de ce couple canadien qui avait pris la décision de tenir caché le sexe de leur enfant, que je ne pouvais avoir la mère pour personnage principal. Je ne serais pas parvenue à l’incarner moi-même. Et puis, comme toujours, je préfère écrire sur les femmes qui se trouvent dans la pénombre, à la périphérie des histoires. Celles qui n’ont pas de voix. Maria, modeste coiffeuse, était cette femme en laquelle il était possible de se couler.
Mais ce roman, finalement, tel que je le ressens moi, ne traite pas tant de cette affaire –très contemporaine – du genre. C’est une histoire de lien. Comment il se construit, et se tisse, et s’entretient. Comment on aime un enfant, un petit-enfant, ce qu’on est prêt, par amour, à supporter et donner.

       

Antigone : Vous écrivez également pour la jeunesse. Je vous ai découverte dans ce registre avec Le festin de Citronnette, chez Sarbacanne. Est-ce différent d’écrire de tels albums ? Est-ce que cela peut s’apparenter à une récréation d’écriture quand on écrit par ailleurs des romans si forts émotionnellement ?
Angélique Villeneuve : J’ai écrit un roman pour ado (un texte comique, de loin le plus drôle de tout ce que j’ai écrit, et qui éclaire une facette que peu de mes lecteurs connaissent : j’adore dire des bêtises. J’allais écrire des conneries. (Oui, c’est ça, allez, j’adore dire des conneries), je suis quelqu’un de joyeux, et c’est dans A la recherche du paon perdu (Éditions Les Grandes personnes) que ça se voit le plus !). Mon 8e album, Piccolo, devait sortir début mai chez Sarbacane, illustré par Amélie Videlo. C’est la deuxième fois que nous travaillons ensemble. Avec la crise sanitaire du corona, je ne sais pas si la date va être maintenue, vraisemblablement pas, on verra bien.
Écrire pour la jeunesse, c’est un grand plaisir. Et quelque chose d’important, de sérieux. Car c’est petit qu’on apprend à lire ; je veux dire devenir lecteur, apprécier la langue. On se découvre rarement grand lecteur de littérature tout à coup, à 40 ans. Ça s’apprend, et le plus tôt est le mieux. Les enfants méritent le meilleur, ils sont sensibles à la musique de la langue, à la poésie, j’en suis témoin chaque fois que je les rencontre, et les parents le savent très bien. Je le savais moi aussi quand mes propres enfants -j’en ai trois- étaient petits. Ils comprennent ce qu’on écrit entre les lignes. On peut parler de tout avec eux.
Par exemple, j’ai imaginé l’album Le doudou des bois deux mois après la mort de mon fils. C’est la seule chose que j’aie réussi à écrire à ce moment-là, et ça n’était pas si mal, après tout. Surtout, ce qui a été formidable, c’est que les enfants l’ont vraiment aimé, à trois ou quatre ans, alors qu’au fond c’est une histoire de deuil. Georgette perd son doudou dans la forêt et décide, toute seule, de trouver quelque chose pour le remplacer, au lieu de se lamenter ou de compter sur les adultes pour régler son problème. Je voulais dire aux enfants qu’on peut survivre à la perte, surtout en étant l’acteur de sa vie. Et puis j’aime parler de la beauté de la forêt et des vers de terre. Et les gouaches d’Amélie Videlo ! Magnifiques.
Écrire pour les enfants, c’est une entreprise littéraire et un excellent exercice de construction narrative. Et puis ! Quand je vais dans les classes, ensuite ! L’accueil des enfants ! Leurs yeux ! Ce qu’ils donnent ! Je ne m’en remets pas. (Et qui va encore me dire T’es trop belle, Angélique Villeneuve si ce n’est un enfant de moyenne section ?)

Antigone : Le salon du livre de Caractère de Quintin devait se dérouler du 14 au 15 mars 2020. Que représente ce festival pour vous ? Pouvez-vous nous raconter ce que vous apportent ces rencontres avec d’autres auteurs , et les lecteurs ?
Angélique Villeneuve : L’annonce de l’annulation du salon de Quintin m’a remplie de tristesse. Elle est venue avant et après d’autres, bien sûr. Mais si j’étais déçue, c’est que je sais –non, je ne sais pas, je n’ai jamais été à leur place, disons que j’entrevois une toute petite partie de ce que ça représente, et que cette petite partie m’impressionne beaucoup – la masse de travail et l’investissement, en temps, en émotions, du montage d’un salon. Si j’aime particulièrement celui-ci, c’est sans doute qu’il a été créé par une personne que j’aime, comme femme et comme auteure : Fabienne Juhel, qui vit à Quintin. C’est quelqu’un d’incroyablement généreux, talentueux, et fidèle. Une femme de caractère. C’est drôle, car c’est au salon dont je parlais plus haut, celui où j’ai eu l’idée des Fleurs d’hiver, que nous nous sommes rencontrées. C’était donc il y a 8 ans, mon dieu. Depuis on ne s’est pas lâchées. La boucle est bouclée, car c’est à Quintin que le livre sur Jeanne et Toussaint a été récompensé par un prix de lecteurs, celui du Livre de caractère (justement !). Et puis au salon de Quintin 2020, étaient invités beaucoup d’auteurs que j’apprécie. Et le libraire est formidable. Voici de nombreuses raisons pour lesquelles j’espère que la manifestation sera reportée. De manière générale, je trouve les lecteurs bretons ouverts, curieux. Géniaux !
Certains auteurs n’aiment pas trop faire les salons. C’est vrai que c’est fatigant, ça mord sur le temps d’écriture ou celui qu’on voudrait consacrer aux gens qu’on aime. Mais j’adore ça quand même. Rencontrer d’autres écrivains, des libraires, des lecteurs, des bénévoles. Chaque fois, je suis stupéfiée par la rapidité et l’évidence des liens qui s’y tissent. On a passé deux jours ensemble, on s’aime sinon pour la vie, du moins pour longtemps. On se revoit, on s’écrit. On se lit. Ah, les livres ! Ils sont forts. Et puis j’aime tant apercevoir mes lecteurs. Les revoir, surtout.
Les bloggeuses sont des lectrices particulières. Il m’arrive d’en croiser. Elles me fascinent, je l’avoue. Jamais je n’arriverais à faire ce qu’elles font ! Pour commencer, malheureusement, je ne lis pas autant qu’elles, et je ne sais pas argumenter. J’aime lire leurs billets, qu’ils concernent d’autres livres ou les miens, y compris si elles n’ont pas aimé l’un d’entre eux. J’ai de la chance, ça ne m’est pas arrivé trop souvent (un peu, seulement, et cela a donné lieu à des échanges enrichissants, et surtout sans tension ! Je comprends bien qu’on n’aime pas mon travail, et les bloggeuses ne sont pas des pestes).
Je vais donner un petit scoop, le titre de mon prochain roman, qui sort fin août aux Éditions le Passage. Ça s’appelle La belle lumière. J’y ai passé deux ans et demi, dont une année entière pour les recherches, et ce sera mon « roman américain ». J’espère tellement, mais tellement, que vous l’aimerez ! On s’en reparle bientôt.

Antigone : Un grand merci à vous Angélique Villeneuve.

 

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Une fenêtre un auteur… Stéphanie Pélerin

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Stéphanie Pélerin a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Stéphanie,

Tu as été invitée deux fois au Printemps du livre de Montaigu, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Bonjour Antigone ! Mille mercis pour cette invitation confinée. C’est le cœur lourd que j’ai appris l’annulation du Printemps du Livre (et de bon nombre d’autres salons) qui est un événement incroyable, organisé par une équipe de passionnés.

Antigone : Ton premier roman (Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire a été publié en 2016 aux Editions Mazarine. Peux-tu nous raconter en quelques mots cette expérience ?

Stéphanie : J’ai eu la chance énorme d’être repérée par Alexandrine Duhin sur Facebook. Elle était dans la liste de mes contacts, je ne savais pas qui elle était. J’avais communiqué sur le fait que je m’amusais à écrire un roman. Elle m’a envoyé un message me disant qu’elle aimerait lire le résultat final. A l’époque, Mazarine n’existait pas. Et je me demandais ce que la très sérieuse maison Fayard allait bien pouvoir faire de ma comédie.

Antigone : Ce roman entre dans la catégorie de la Chick lit, comme Le journal de Bridget Jones de Helen Fielding par exemple. Peux-tu nous dire ce qui t’a plu dans le fait d’écrire ce type de roman ?

Stéphanie : Ce qui m’a plu, et tu me connais un peu, c’est tout d’abord le côté comique. Je me suis beaucoup amusée en l’écrivant. Alors aujourd’hui quand, malgré tous ses défauts de premier roman, j’entends des lecteurs dire qu’ils ont ri aussi, je me dis que mon but est atteint. Et puis, je suis quelqu’un qui ne se prend pas trop au sérieux, alors je ne pouvais commencer qu’ainsi.

Antigone : (Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire et sa suite (Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) sont également sortis en édition France Loisirs, ce qui t’a permis de rencontrer un public plus large. Je sais que tu as aimé ces rencontres. Peux-tu nous raconter tes impressions et l’importance de ce réseau pour toi ?

Stéphanie : France Loisirs, pour moi, c’est déjà une histoire de famille. Je suis rentrée dans la lecture par ce biais, finalement. Ma mère recevait le catalogue et j’adorais le compulser et y commander des livres. Alors y voir mes propres romans, je dois reconnaître que ce fut très émouvant.

Ensuite, j’ai découvert une équipe de passionnés, des gens qui ont porté mon roman, qui m’ont portée. J’ai gardé des contacts avec une partie d’entre eux, j’en revois même quelques-uns aussi souvent que nos agendas nous le permettent.

Antigone : Tu tiens un blog http://www.milleetunefrasques.fr, sur lequel tu postes régulièrement des avis de lectures BD, mais aussi des romans, et sur lequel tu tiens chaque premier mardi du mois le rendez-vous Le mardi c’est permis. Peux-tu nous raconter les débuts de ton blog, et son importance pour toi ?

Stéphanie : Tout a commencé quand j’ai découvert le blog de Leiloona, Bric à Book. J’ai adoré ses conseils lecture. Et à mon tour, j’ai eu envie de tenir un journal de lecture en ligne. C’est ainsi que l’aventure a commencé un 28 décembre 2008, à l’époque où nous n’étions encore qu’une poignée.

Ce blog, c’est un peu chez moi. Même si j’ai des moments de creux dans sa tenue, j’y tiens énormément. J’y ai consigné mes lectures, des textes, des coups de gueule. J’y ai confié des choses souvent, pudiquement, entre les lignes.

           

Antigone : Tu as également publié sous pseudo et en collaboration avec un autre auteur. Peux-tu nous raconter cette expérience d’écriture à 4 mains ?

Stéphanie : Tout a commencé en 2017. Les éditions Charleston m’ont confié le suivi éditorial d’une superbe saga historique (en poche désormais sous l’appellation La trilogie vénitienne). J’ai donc travaillé avec Emma Mars qui en est l’autrice. Enfin l’auteur, car Emma ne cache plus s’appeler en réalité Frédéric. Je pense ne pas trop m’avancer en disant que nous avons beaucoup aimé travailler ensemble. Quelques mois plus tard, Frédéric me contactait. Il avait 30 pages d’un projet extra et ambitieux et il souhaitait qu’on l’écrive ensemble. Je pense que sa proposition est à ce jour ma plus grande fierté. Nous nous sommes régalés à écrire les deux premiers tomes de ce qui devait devenir une série de douze. Puis la maison d’éditions a rendu cette histoire sordide. Je ne m’épancherai pas trop sur cette maison d’éditions qui a déjà fait couler de l’encre notamment sur le webzine Actualitté.

Antigone : Tu as également contribué à la sortie du roman de Joëlle Sancéau Plage Sainte Anne paru aux éditions du 38 en 2017. Peux-tu nous raconter également cette expérience ?

Stéphanie : Joelle et moi participions au même atelier d’écriture virtuel « une photo quelques mots » qui se déroule depuis de longues années sur le blog de Leiloona. Un jour, j’ai lu un de ses textes et je lui ai écrit qu’elle tenait là un début de roman. Elle a fini par se lancer, l’a écrit. Et je lui ai proposé de le défendre auprès des éditions du 38 et de devenir en quelque sorte son éditrice pour pousser le texte encore plus loin. Depuis, elle n’a pas cessé d’écrire et publie désormais chez City. Je suis tellement heureuse de lui avoir donné cette pichenette qui a révélé la romancière.

Antigone : Tu es professeure de Français et tu as décidé cette année de prendre un temps partiel annualisé pour écrire. Cette période vient tout juste de débuter. Quels sont tes projets d’écriture à ce stade ?

Stéphanie : Je n’aurais pas imaginé mon temps partiel en confinement… J’avais décidé d’aller écrire là où je me sens le mieux pour le faire : dans les cafés… Je rêvais d’une liberté propre à la création… J’avoue avoir du mal à m’y mettre.

Néanmoins, j’ai deux projets principaux. Un roman à finir : une histoire d’amour atypique, mais sur un ton différent de ce que j’ai écrit jusqu’à présent. Et un projet qui se lance : une dystopie pour grands ados ; un projet à quatre mains avec Sophie Noel dont j’aime la plumé, l’engagement et la grande sincérité.

Ensuite, ma tête fourmille de plus d’envies et projets qu’une vie entière pourra en contenir.

Antigone : Un grand merci à toi Stéphanie.

Stéphanie : C’est moi qui te remercie de ce bel espace de parole. En espérant venir bientôt fouler le sol des rues de Montaigu.

 

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Valérie Tong Cuong

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Valérie Tong Cuong a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Valérie Tong Cuong,

Notre club des lecteurs yonnais a vu le jour fin août 2019, et très vite vos romans ont été énormément plébiscités par les lecteurs du groupe. Voici pourquoi je viens vers vous aujourd’hui.
Vous avez bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Antigone : Le titre qui rencontre sans doute le plus de succès parmi nos lecteurs est Par amour, publié chez JC Lattès en 2017. Il raconte l’histoire de deux familles havraises pendant la seconde guerre mondiale.
Une des lectrices voudrait connaître votre état d’esprit pendant la rédaction de ce livre, et si vous êtes sortie facilement de cette histoire bouleversante, et de la fin de l’écriture de ce roman qu’elle qualifie de chef d’œuvre. Pourriez-vous lui répondre ?
Valérie Tong Cuong : J’ai vécu l’écriture de ce livre comme une mission. L’objectif était de rendre hommage à tous les civils qui se sont sacrifiés (et parfois ont été sacrifiés) lors de la seconde guerre mondiale, et particulièrement ceux qui se sont trouvés pris en étau dans des zones occupées par les Allemands et bombardées par les Alliés. J’avais eu connaissance via ma propre famille de faits sidérants qui avaient été passés sous silence après la guerre, pour plusieurs raison : en 45, l’urgence était de trouver les moyens de se relever, mais surtout, on découvrait l’horreur de la Shoah, et plus largement, les conséquences épouvantables de la barbarie nazie. Il ne serait pas venu à l’esprit de se plaindre du sort des enfants envoyés en Algérie, en regard des convois d’enfants envoyés vers les camps de la mort. Enfin, il n’était pas possible de montrer du doigt les Alliés après la destruction quasi totale du Havre (et d’autres villes), car ils étaient aussi nos sauveurs. Les derniers témoins mouraient les uns après les autres. J’étais consciente d’être peut-être la dernière personne qui pourrait rendre compte de ces événements, en tout cas à grande échelle. Car l’écriture romanesque permet cela, de porter à la connaissance du plus grand nombre des faits historiques qui seraient, sinon, demeurés confidentiels pour la plupart. Je suis sortie secouée de l’écriture de ce roman, après avoir recueilli d’innombrables témoignages de gens qui avaient tenu bon par amour, dont plusieurs, 70 ans plus tard, ne pouvaient évoquer ces années sans pleurer. Après la publication, l’émotion est montée d’un cran lorsque d’autres témoignages sont survenus, dont plusieurs personnes dont je racontais le destin sans les avoir encore rencontrées. Ainsi, j’ai fait la connaissance de la tante des deux enfants avaient réchappé par miracle du naufrage du Lamoricière. Il y a aussi le fils du directeur du Printemps, qui est venu me voir lorsque je suis passée au Havre. Il était bouleversé, revivant ce à quoi il avait assisté enfant (le bombardement du magasin, et son père, dont les cheveux avaient blanchi en une nuit après cette tragédie.) Et d’autres encore…Merci à cette lectrice pour ce compliment magnifique !

Antigone : J’ai personnellement eu un gros coup de cœur pour Les guerres intérieures , votre roman, sorti chez JC Lattès lors de la dernière rentrée littéraire en août 2019. Il parle essentiellement du poids de la culpabilité et de la manière de chaque personnage de la gérer. J’aimerais beaucoup savoir comment l’idée de ce roman vous est venue ?
Valérie Tong Cuong  : Avant tout merci à vous, je suis très touchée par ce retour de lecture. Le point de départ de ce roman est l’agression de mon fils, il y a plusieurs années, dans le hall de mon immeuble. Un voisin est passé et n’est pas intervenu. Cela m’a beaucoup interpellée. Je devais comprendre avant tout comment cet homme qui n’était ni meilleur ni pire que moi, que je croisais chaque jour, avait pu détourner le regard. Il m’a fallu du temps pour écrire sur le sujet, débarrassée de toute colère. J’ai compris que nous étions tous alternativement lâche et courageux, selon le contexte dans lequel nous nous trouvions, le poids de nos peurs, nos priorités, la pression, l’urgence. Je voulais réfléchir sur les conséquences de la lâcheté, qui ne sont pas seulement négatives, car la culpabilité qu’elle engendre pousse chacun d’entre nous à réfléchir et s’améliorer, à agir différemment, à s’élever. Je voulais également montrer les conséquences de la violence sur l’entourage d’une victime. Lorsque quelqu’un est blessé, meurt, ou souffre tout simplement, qu’il s’agisse d’un accident, d’une maladie, ou de violence sous toutes ses formes, de nombreuses personnes sont touchées par ricochet, à commencer par sa famille. L’important pour moi était d’observer ces phénomènes sans jugement.

       

Antigone : Votre premier roman, Big, est paru en 1997 chez Nil Editions. Pourriez-vous nous raconter l’histoire de ce manuscrit et comment ce sont déroulés vos premiers pas en tant qu’écrivain ? Cela a-t-il changé votre vie ?
Valérie Tong Cuong : Big est en fait mon deuxième roman. Le premier (Où je suis ) est paru en 2001 chez Grasset. En 1994, je l’ai envoyé à des grandes maisons mais il a été refusé car jugé trop violent, notamment l’égard des hommes. Puis Virginie Despentes a ouvert une brèche en publiant « Baise-moi ». L’écriture féminine a pu se déployer et lorsque Grasset a eu connaissance du manuscrit, ils l’ont signé immédiatement. Pour ce qui concerne Big, je l’ai envoyé par la poste à Nicole Lattès. Nil éditions me semblait alors une maison très intéressante, car petite, récente, mais dirigée par une grande dame de l’édition qui avait l’écoute et le respect du milieu. Elle a aimé mon manuscrit et dès notre première rencontre m’a dit : « soyez sûre d’une chose, vous êtes un écrivain ». (On ne disait pas encore écrivaine !). Cela a changé ma vie, bien sûr, car le succès de ce premier roman, qu’elle a superbement soutenu, m’a décidée à me consacrer à l’écriture. Il faut savoir que c’est mon compagnon de l’époque, devenu mon mari, qui m’a poussée à envoyer mon texte. J’écrivais depuis l’enfance, mais jamais je n’avais envisagé de publier. J’avais tant d’admiration pour les grands auteurs, je me sentais trop « petite ». J’écrivais en secret. Il l’a découvert par hasard, et après avoir lu, et adoré le texte, il a beaucoup insisté pour que je tente ma chance. Il a bien fait !

Antigone : Vous avez de nombreux romans à votre actif. Par lequel aimeriez-vous que qu’un lecteur découvre votre écriture, et pourquoi ?
Valérie Tong Cuong : C’est difficile à dire. Je conseillerais probablement mon dernier roman, les guerres intérieures, car il représente un virage dans mon écriture. Cependant, tous mes romans parlent de la complexité de l’être humain, avec des thématiques, des angles très différents. Aussi selon l’état d’esprit du lecteur, l’un d’entre eux sera sûrement mieux adapté que l’autre, il faudrait idéalement pouvoir personnaliser ce conseil !

Antigone : Vous êtes une auteure que j’ai découverte accessible et proche des lecteurs. Pourriez-vous nous dire ce que vous apportent ces échanges ? Privilégiez vous plutôt les rencontres en librairie, ou participez vous quelquefois à des salons littéraires ?
Valérie Tong Cuong : Les lecteurs m’apportent énormément, par leurs retours de lecture qui m’éclairent parfois sur mon propre texte, par leur enthousiasme qui est un carburant extraordinaire, par leur partage d’expérience, souvent bouleversant, qui me nourrit. Je leur suis très reconnaissante de venir à moi, de m’écrire. Ils sont aussi d’un incroyable soutien grâce au bouche à oreille ! Les salons sont moins propices à l’échange que les rencontres en librairies, que je privilégie aussi pour soutenir les libraires, dont beaucoup me défendent depuis longtemps (et qui souffrent énormément de la crise actuelle) . Merci à vous tous, membres de ce club de lecture, pour votre soutien, votre intérêt, cela compte beaucoup pour moi.

Antigone : Enfin, les lecteurs yonnais aimeraient beaucoup savoir comment vous travaillez. Savez-vous toujours exactement quel sera le déroulé du roman à venir ? Faites-vous un plan ? Avez-vous une pièce dédiée à l’écriture chez vous ? Avez-vous des rituels ? Comment gérez vous l’équilibre entre écriture et vie de famille ?
Valérie Tong Cuong : Je n’ai pas toujours le déroulé à l’avance, cela varie selon les romans. Et je ne l’ai jamais totalement, même lorsque j’ai le squelette de l’histoire, comme c’était le cas avec « Par amour ». J’ai fait un plan général pour Pardonnable, impardonnable et Par amour, car il me fallait vérifier que les parcours individuels, les quêtes de chacun fonctionnaient en cohérence avec l’histoire commune, et que la chronologie était bien respectée, mais sans le détailler car je ne voulais pas brider mes personnages. Pour tous mes romans, j’ai en revanche dès le départ une thématique précise, je sais ce que je veux explorer, amener. En ce qui concerne l’écriture, je n’ai pas de rituel mais j’ai besoin de solitude. Ainsi je n’écris quasiment jamais dans un lieu public. Sur le sujet de l’équilibre vie privée/écriture, eh bien… il est parfois compliqué à trouver mais chacun y met du sien, heureusement. Mes enfants ont des âges très différents et des attentes, des besoins différents. Ils souffrent forcément des périodes de sortie, où je m’absente beaucoup pour rencontrer les lecteurs. Mais ils me soutiennent énormément, ainsi que mon mari, car ils connaissent l’importance de l’écriture dans ma vie. En ces temps de confinement toutefois, il est particulièrement difficile de m’isoler mentalement et physiquement et mon roman en cours avance plus lentement que prévu. J’en souffre mais je l’accepte : ma priorité reste le bien-être et la sécurité de ma famille.

Un grand merci à vous Valérie Tong Cuong.
Un grand merci à vous également ! Bon courage pour cette période si particulière, amicalement, Valérie.

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Anne-Laure Bondoux

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Anne-Laure Bondoux a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Anne-Laure Bondoux,

Vous étiez invitée au Printemps du livre de Montaigu l’année dernière, salon dont la tenue a été annulée cette année comme de nombreux autres événements du Printemps, et par le Grand R à la Roche sur Yon au mois de janvier 2020.

Vous avez bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Antigone : J’ai fait votre connaissance au Festival Rue des livres à Rennes, en 2017. Vous étiez alors dans la partie jeunesse du salon. Vous écrivez en effet principalement pour les plus jeunes. Pouvez-vous nous raconter comment, au début de votre carrière d’écrivain, vous avez commencé à écrire pour eux ?

Anne-Laure Bondoux : Ce sont les « hasards » de la vie (en sont-ils ?) qui m’ont amenée à travailler pour la Presse Jeunesse. En 1996, je suis entrée chez Bayard Presse avec la mission de réfléchir à un projet de magazine susceptible d’intéresser des lecteurs de 9 à 12 ans. Je travaillais au sein de la rédaction de J’Aime Lire, magazine que j’avais moi-même lu lorsque j’étais enfant. Cet environnement m’a immédiatement plu, je m’y suis sentie accueillie, et de fil en aiguille j’ai commencé à publier des histoires pour les enfants dans Astrapi, J’Aime lire, les Belles Histoires etc. À l’époque je voulais devenir écrivain, mais je n’avais pas pensé à écrire pour les jeunes. J’ai vite compris combien cette littérature pouvait être riche, vaste, aventureuse et importante, aussi. Car proposer des histoires, des émotions, bref de la littérature dès le plus jeune âge permet de « fabriquer » les lecteurs adultes. J’ajoute que, publiant ensuite mes premiers romans chez Bayard Editions, j’ai toujours souhaité écrire aussi pour les adultes car (en France, surtout) on a tendance à enfermer les créateurs dans des boîtes, et je n’avais pas envie d’être cantonnée à un registre ni à un genre.

Antigone : J’ai acheté sur ce salon Et je danse aussi, que vous avez écrit à quatre mains avec Jean-Claude Mourlevat, et qui n’est pas du tout pour le coup un roman jeunesse. C’est un roman épistolaire qui reproduit une correspondance entre deux adultes, une lectrice et un écrivain célèbre. Pouvez-vous nous expliquer comment Jean-Claude Mourlevat vous a incité à entreprendre ce récit ?

Anne-Laure Bondoux : J’ai connu Jean-Claude Mourlevat au fil des années, lors de différents salons ou festivals. Nous avons sympathisé, nous nous sommes lus, et en 2013, suite à une discussion d’ordre privé au sujet de nos difficultés d’écriture respectives, il m’a envoyé un mail qui s’adressait à un personnage fictif : Adeline Parmelan. J’ai pris ça pour un simple jeu. J’ai endossé le nom de ce personnage et répondu à Pierre-Marie Sotto… sans penser une seconde que je mettais le doigt dans un engrenage ! Six mois plus tard, à l’issue d’une longue improvisation qui nous avait littéralement réjouis, nous avions un manuscrit. Il nous plaisait, mais il n’était pas destiné aux ados – notre secteur habituel. Nous avons donc cherché un éditeur. Après cinq ou six refus, Fleuve a adoré le texte.

Antigone : Une suite, Oh happy day, est sortie le 12 mars 2020 en librairie. Comme beaucoup d’autres lecteurs, j’attends la réouverture des librairies pour me la procurer. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez décidé de donner une suite à Et je danse aussi ?

Anne-Laure Bondoux : « Et je danse, aussi » a rencontré un très beau succès et de très nombreux lecteurs. Beaucoup, au fil des rencontres, nous ont réclamé une suite car le roman était doté d’une fin très ouverte. Pour moi, l’idée d’une suite était tentante ! J’avais adoré cette collaboration, et je m’étais attachée au personnage d’Adeline. Mais Jean-Claude, de son côté, redoutait qu’une suite soit moins bonne, artificielle, qu’on y perde l’essentiel, et je me suis rangée à ses arguments. Quatre ans sont passés. Nous avons chacun publié 2 romans en solo dans l’intervalle. Et soudain, alors que je ne m’y attendais pas, Jean-Claude m’a mise au défi de redonner vie à Adeline et Pierre-Marie ! Par jeu, j’ai proposé un point de départ, nous avons hésité pendant quelques semaines, mais très vite nous avons retrouvé le plaisir de cette correspondance : il était intact, voire plus grand encore ! Il nous a fallu 9 mois cette fois pour aboutir le manuscrit de Oh Happy Day, mais là, nous avions déjà l’éditeur 😉 ! Le roman est paru le 12 mars dernier. 2 jours plus tard, toutes les librairies ont fermé… Mais il sera toujours là à leur réouverture, promis !

   

Antigone : Vous étiez l’année dernière invitée au Printemps du livre de Montaigu. J’ai acheté sur ce salon, Valentine ou la belle saison, sorti en 2018 chez Fleuve, qui est une très belle histoire, un roman encore cette fois-ci destiné aux adultes. Dans ce livre, nous rencontrons Valentine qui, à 48 ans, décide de rejoindre en province la demeure familiale pour faire le point sur sa vie, écrire un manuel sur la sexualité des ados et profiter de la présence de sa mère Monette et de son chat Léon, lorsqu’elle tombe sur une série de photographies gribouillées. Comment vous est venu l’idée de ce roman ?

Anne-Laure Bondoux : « Valentine ou la belle saison » est né de mon désir de donner une sorte de « cousine » au personnage d’Adeline Parmelan, justement. Valentine et Adeline sont très proches : elles me ressemblent aussi beaucoup, l’une et l’autre, même si leurs histoires ne sont pas la mienne. J’ai néanmoins prêté à Valentine un épisode fort de mon parcours personnel : la découverte tardive d’un secret de famille. Dans ma « vraie vie », ce choc s’est produit en 2008 (j’avais 37 ans) et à inauguré une véritable crise d’identité. Avec dix années de recul, j’ai pu écrire une fiction à partir des émotions qui m’avaient traversée, et surtout, j’ai pu introduire de la distance et de l’humour ! J’ai ancré le roman dans l’actualité de 2017 avec l’ambition de faire rire, ou disons de regarder avec tendresse les déchirements qui traversaient les familles, les amis, les collègues lors des élections présidentielles.

– Antigone : Vous étiez l’invitée du Grand R le 18 janvier dernier pour la Nuit de la lecture. J’ai assisté à la rencontre organisée en partenariat avec la bibliothèque de Venansault (85). C’était un chouette moment dans lequel s’est invité également Jean-Claude Mourlevat. Pouvez-vous nous dire ce que vous apportent ces moments avec les lecteurs et professionnels (ou bénévoles) du livre ?

Anne-Laure Bondoux :J’aime beaucoup rencontrer les lecteurs de tous les âges. Ces moments sont pour moi des temps d’échanges, souvent drôles et riches d’émotions, autour de la vie, de l’acte de création… C’est un équilibre pour moi qui suis d’une nature plutôt sociable alors que l’écriture requiert de longues périodes de solitude. Quand je vais à la rencontre des autres, c’est que le temps est venu de sortir de mon terrier. Je suis alors contente de m’ébrouer à l’air libre, comme une marmotte après l’hibernation… ou comme un humain qui sort du confinement !!

– Antigone : Vous nous avez expliqué, lors de cet entretien, que vous n’étiez pas de ces auteurs qui fonctionnent avec des plans. Pouvez-vous nous raconter comment alors, pour vous, un récit prend donc forme ? Répondez-vous simplement à des commandes d’éditeur ou à des envies personnelles ? Avez-vous des rituels d’écriture ?

Anne-Laure Bondoux :C’est vrai, je n’ai jamais de plan avant de commencer l’écriture. Et j’ai la chance de ne pas avoir à répondre à des commandes. J’écris à partir de ce qui m’intéresse, me questionne, m’émeut. Si je ne fais pas de plan, c’est parce que je n’en suis pas capable. Je suis instinctive, laborieuse, intuitive et brouillonne. Je travaille un roman à partir d’une sorte de question centrale qui me porte, puis d’une scène visuelle d’où découle le reste. Je « vois » mes personnages, je me laisse habiter par eux, je les porte longuement comme une mère porte un enfant, et lorsqu’ils sont viables, je les mets au monde, c’est à dire qu’ils sont prêts à m’emmener dans leur univers. En cours d’écriture, cela dit, je fais beaucoup d’aller-retours, je construis et déconstruis, je perds beaucoup de temps ! Mais ce n’est pas grave, c’est ma façon de fonctionner, j’en ai pris mon parti. Je cherche moins l’efficacité que l’authenticité. Sinon, pas de rituel en particulier. Quand je suis bien lancée dans un roman, je travaille tous les jours dessus, le plus possible. Mais la période de gestation est parfois très longue, méditative, un peu… angoissante. Vais-je encore y arriver cette fois ?

– Antigone : Enfin, je n’ai lu que l’adaptation en BD par Thierry Murat chez Futuropolis des Larmes de l’assassin. C’est un roman jeunesse à l’intrigue très forte. Quels autres de vos romans imagineriez-vous ainsi adaptés en BD ? Ou même en film ?

Anne-Laure Bondoux : Les larmes de l’assassin a été le roman qui a fait connaître mon travail en 2003. Il a reçu une foule de prix, a été traduit dans 25 pays. Et il a donc été adapté de très belle manière par Thierry Murat en BD chez Futuropolis. Un projet de film a été lancé, j’ai travaillé dessus durant des années avec la production, puis ça a capoté. Le cinéma coûte cher, c’est très compliqué de réunir les budgets… Ecrire un livre est plus simple ! Deux autres de mes romans sont en projet pour des adaptations BD à cette heure, mais je préfère ne rien en dire, c’est trop tôt. En tout cas, c’est un grand plaisir de voir quelqu’un d’autre s’emparer de mes personnages, de mon univers pour en faire autre chose.

Un grand merci à vous Anne-Laure Bondoux.

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Sophie Adriansen

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Sophie Adriansen a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Sophie,

Tu étais invitée au Printemps du livre de Montaigu cette année, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

  • On peut dire que tu écris actuellement pour tous les âges, pour les adultes aux éditions Fleuve, mais également pour la jeunesse, chez Magnard, Nathan et Gulf Stream. Je voulais me faire dédicacer un de tes derniers opus au Printemps du livre de Montaigu cette année, un roman jeunesse publié chez Magnard en octobre 2019, Le test, pourrais-tu nous le résumer en quelques mots ?

Le Test met en scène Madeleine, une lycéenne en classe de seconde qui tombe enceinte lors de sa première fois. Madeleine, dont les parents dirigent le prestigieux Grand Hôtel et sont toujours absents, est très seule et son petit ami la quitte lorsqu’elle lui apprend la nouvelle. Mais le choix que Madeleine va avoir à faire n’est pas celui auquel elle s’attendait…

  • Le public ne connaît pas forcément ton parcours d’écrivain. Peux-tu nous raconter ce saut professionnel que tu as fait il y a quelques années ? Et comment ton passage en tant que blogueuse a alors été important ?

Après un bac littéraire, j’ai fait des études d’économie et de communication avant de travailler pendant cinq ans pour un grand groupe financier. Parce que, malgré ma passion de l’écriture, on m’avait bien dit qu’écrivain n’était pas un métier. J’ai écrit mes deux premiers livres tout en étant salariée. A la parution du deuxième, j’ai décidé de me consacrer totalement à l’écriture. D’essayer, du moins. C’était il y a neuf ans… Dans l’intervalle, j’avais ouvert mon blog Sophielit, pour partager mes avis car je lis beaucoup. Je commençais à recevoir des propositions de services de presse, des invitations à des événements littéraires, etc. Les contacts que j’ai eus de cette manière ont facilité mes envois de manuscrits ensuite, car je n’étais plus totalement inconnue…

  • Tes livres jeunesse, surtout Max et les poissons (qui raconte la rafle du vel d’hiv à hauteur d’enfant), sont étudiés en classe. Tu fais donc de nombreuses rencontres scolaires. Peux-tu nous dire ce que ces rencontres t’apportent et pourquoi tu aimes écrire pour la jeunesse ?

Ces rencontres permettent de prolonger la vie des livres. Discuter d’écriture et de mon parcours donne des pistes à ceux qui aiment déjà écrire, notamment au collège. J’aurais adoré rencontrer un auteur quand j’étais adolescente. Nous parlons « métier » mais abordons également les sujets qui sont au cœur de mes livres. Dans le cas de Max et les poissons, le roman autour duquel je fais le plus d’interventions scolaires, nous évoquons la grande histoire mais aussi la manière dont elle résonne avec l’actualité. J’ai alors l’impression que mon livre a une vraie utilité, qu’il aide les citoyens en devenir à se construire. Les enfants sont plus ouverts que les adultes, ils accueillent les romans avec moins d’idées arrêtées…

  • Je parlais plus haut de tes écrits pour adultes. J’ai personnellement été très touchée par mes lectures de Le Syndrome de la vitre étoilée et Linea Nigra, qui racontent le désir d’enfant mais aussi les difficultés liées à la grossesse et au post partum. Dans un élan récent, le tabou des difficultés du post partum a été un peu plus évoqué dans les médias. Peux-tu nous expliquer l’importance de ces deux romans pour toi ?

La façon dont on naît est une question qui me passionne depuis près de vingt ans et que j’ai toujours considérée comme étant politique. Pour écrire Le Syndrome de la vitre étoilée puis Linea Nigra, j’ai mêlé le fruit de mes recherches sur le sujet à mon expérience personnelle – du désir d’enfant, de la PMA, de la grossesse, de l’accouchement. Cela ne signifie pas que ces romans sont autobiographiques, ils brassent les témoignages d’autres femmes et je ne suis pas Stéphanie – quoi que nous ayons un certain nombre de points communs. Mais ils concentrent malgré tout des aspects que je n’ai pas inventés, et cela, ajouté à l’importance que la naissance devrait de mon point de vue avoir dans la société, en font des livres qui comptent particulièrement dans ma bibliographie.

  • Tu as été la première marraine du premier salon 100 % féminin, les Littér’elles en 2018 à Noirmoutier. Pourrais-tu nous raconter ce que ce cela a signifié pour toi ?

Ce salon était une première, tout comme l’expérience de marraine pour moi. J’ai pris cela comme un honneur, et aussi une responsabilité en termes d’image. J’étais heureuse que ce salon soit exclusivement féminin, et que tous les genres littéraires y soient représentés. C’est un excellent souvenir ; la gentillesse du public, la qualité des nombreuses tables-rondes et le beau temps sur l’île y ont largement contribué. Ah, se baigner à Noirmoutier la veille de la rentrée…  Et puis, j’en ai rapporté de la matière : quelques mois après, j’ai écrit Maëlle met son grain de sel (paru en janvier dernier), dont l’histoire se déroule principalement sur l’île.

  • Je sais aussi que tu es très impliquée dans le combat pour un meilleur encadrement du droit des auteurs. Veux-tu nous en dire quelques mots ?

Pour des centaines de milliers de personnes comme moi, l’écriture est un métier à temps plein. Comme les autres travailleurs, nous payons des charges sur ce que nous percevons. Cependant, et alors même que nos œuvres permettent à toute la chaîne du livre de vivre, nous n’avons pas les mêmes protections que les autres travailleurs… Notre précarité est grande et le moindre changement législatif peut faire vaciller la profession. En plus d’adhérer à plusieurs organisations (dont la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse), je fais partie des membres fondateurs de la Ligue des auteurs professionnels, créée en septembre 2018, qui œuvre à nous protéger et à obtenir un véritable statut pour les auteurs.

  • Et enfin, depuis quelques années, tu as quitté la région parisienne pour la Bretagne. Pourrais-tu nous expliquer ce que cela t’a apporté et ce que cela a changé dans ta façon d’exercer ton métier d’écrivain ?

D’abord, une surface habitable multipliée par 6 (je vivais dans Paris) et un grand jardin ! Ce qui n’est pas négligeable pour laisser les idées se balader… Mais le principal changement réside dans le fait que j’ai désormais une pièce dédiée à mon travail, aux murs couverts de livres du sol au plafond. J’ai récupéré un vieux bureau de notaire dont les rallonges sont en permanence dépliées, ce qui me permet de disposer d’une grande surface pour étaler les pages de manuscrits. Enfin, étonnamment, je prends plaisir à situer certains textes dans la capitale ; quand j’y vivais, je préférais m’en échapper…

Un grand merci à toi Sophie.

Merci Antigone ! A bientôt quand même, j’espère.

http://www.sophieadriansen.fr/