Coups de coeur·Lectures 2018

Le rosier de Julia, Frédéric Doillon

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« Julia s’enferma dans la salle de bain, fit couler l’eau de la baignoire, et s’examina. Les racines du rosier disparaissaient dans sa propre chair, comme dans une terre aimante et fertile. Le tronc et les branches, souples, jaillissaient de son corps avec naturel, portant un feuillage luisant, souriant d’aise. Julia essaya de retirer la plante de son flanc. Mais cela n’était pas possible, de la même manière qu’il ne lui était pas possible de se retirer un doigt de la main. Le rosier faisait partie d’elle-même, comme ses bras, ses jambes, sa tête. La surface des feuilles, d’ailleurs, était dotée du même réseau nerveux que le bout de ses doigts. Elles ressentaient les caresses, la douceur du pyjama, la température de l’eau, la sécheresse de l’air. »

❤ Frédéric Doillon tenait autrefois un blog, dénommé Une page par jour… sur lequel il écrivait déjà, en feuilletons, cette jolie histoire, intitulée Le rosier de Julia. A l’époque, j’essayais aussi d’écrire, et nous commentions mutuellement nos textes sur nos blogs respectifs. Je l’avais encouragé à publier Le rosier de Julia. Je me souviens même avoir participé chez lui à un concours d’illustrations… (Il a bien fait de préférer Aurélie Bensoussan pour cette magnifique couverture). Ce très court roman est une très belle histoire, celle de l’amour inconditionnel d’une enfant pour un rosier, amour contrarié par le départ de toute la famille pour Paris. Le jour du départ, Julia arrache au dernier moment le rosier de la terre dans laquelle il était planté et le glisse sous son pull. C’est le début d’une histoire fusionnelle entre elle et la plante, qui s’attache littéralement à elle… Je ne vous en dis pas plus mais vous encourage à découvrir ce magnifique, très poétique, charmant et très bien écrit texte de Frédéric Doillon. Je suis certaine que ses très belles phrases vous emporteront. J’ai été encore plus émerveillée par cette histoire que dans mes souvenirs.

J’ai été très fière qu’il m’apprenne il y a peu l’existence papier de ce conte moderne, et qu’il me cite en quatrième de couverture, après toutes ces années… Vous pouvez vous procurer ce délicieux petit livre pour presque rien [ici], n’hésitez pas !

Octobre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

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Coups de coeur·Lectures 2018

Churchill Manitoba, Anthony Poiraudeau

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❤ Je dois dire d’emblée que je suis une grande fan des racontars du froid de Jorn Riel… j’étais donc déjà toute disposée à suivre Anthony Poiraudeau dans son voyage vers le Nord. Mais c’est son écriture qui m’a séduite, en réalité, dès les premières lignes, sa manière de partir de l’enfance, et de l’attrait qu’il avait alors pour les cartes de géographie. Et c’est sur une de ces immenses et grossières cartes de classe de notre enfance, et dont il finit par posséder deux exemplaires chez lui, qu’un minuscule point attire son attention et son imagination, la ville de Churchill, au Manitoba, perdue aux confins du cercle arctique, en Amérique du Nord. Il décide alors d’aller là-bas, effectuer un voyage, histoire de confronter la réalité à son imagination. Il découvre une ville abîmée par son histoire, notamment par les ravages commis sur sa population autochtone, mais surtout par ces vagues successives d’espoirs fondées sur elle et jamais réalisées. Churchill Manitoba vit essentiellement aujourd’hui de l’attrait touristique qu’offre la possibilité de croiser dans ses rues des ours blancs. J’ai adoré ce livre, et cette quête désabusée, autant intérieure qu’extérieure, effectuée par un voyageur écrivain décontenancé par une ville grise et triste, dont il fait très vite le tour, mais forte de son passé. On y croise aussi bien le souvenir de batailles militaires que celui de Glenn Gould. On peut y voir de magnifiques aurores boréales, et admirer aussi l’ancienne base de lancement de sondes aérospatiales construite par l’armée américaine dans les années 1950. Ce roman d’un auteur nantais, qui cite même à un moment donné dans ses pages des villes de la côte vendéenne, est une jolie découverte de bibliothèque, à la fois drôle, désuète et pleine de questionnement sur notre manière encore bien coloniale d’envisager le monde.

« Si les cartes d’un ancien état du monde étaient pour moi les meilleures, les plus merveilleuses, bien qu’elles aient été coloniales, c’est précisément parce qu’elles provenaient d’un monde aux noms dépassés, perdu comme l’enfance, et justement reçu pour moi dans l’enfance sur les murs des écoles et par de désuètes mythologies populaires toujours en vigueur au cours de mes jeunes années. »

Editions Inculte – octobre 2017

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Lectures 2018

La révolte, Clara Dupont-Monod

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La révolte est le troisième titre que je lis de Clara Dupont-Monod…. En 2008, j’avais eu un gros coup de coeur pour La passion selon Juette [clic ici], puis j’avais été moins séduite par Le roi disait que j’étais diable en 2015 [clic ici], qui racontait la jeunesse puis le première union d’Aliénor d’Aquitaine avec le roi de France jusqu’à l’annulation de leur mariage. Cela ne m’a pas empêchée pour autant d’aller vers cette suite de son précédent roman, en cette rentrée littéraire, puisque le livre que Clara Dupont-Monod sort nous raconte cette fois-ci la vie d’Aliénor d’Aquitaine, à partir de son mariage avec le futur roi d’Angleterre, Henri Plantagenêt, jusqu’à sa mort, vue par un de ses fils, Richard Coeur de Lion. Je ne suis pas très férue de romans historiques, loin de là, mais il y a quelque chose dans l’écriture de Clara Dupont-Monod qui me séduit à chaque fois, une sorte de fièvre, de souffle épique, qui réveille aussi sans doute le souvenir agréable d’anciennes lectures faites pendant mes études littéraires. L’auteure ne se cache pas avoir effectué dans son récit un mélange entre l’imagination et la retranscription fidèle de faits réels, nous voilà prévenus, tout n’est pas à prendre au pied de la lettre, La révolte est avant tout un roman. J’ai cependant apprécié apprendre encore une fois beaucoup sur cette femme exceptionnelle, forte et cultivée, ambitieuse, qui ne lâche rien et croit énormément en ce fils, qui lui ressemble tellement, prénommé plus tard par la légende, Richard Coeur de Lion. Mais au départ du récit, ce sont tous ces fils, et même son ancien mari le roi de France, qu’Aliénor d’Aquitaine rassemble pour mener bataille contre le père de ses enfants, Henri Plantagenêt, et nous sommes alors plongés dans un XIIème siècle hautement stratège, politique et sanglant. Il est amusant également de retrouver à un moment donné le contexte qui a donné lieu au récit du fameux Robin des Bois et de se rendre compte combien Aliénor d’Aquitaine a été à l’origine de nombreuses légendes, chansons populaires et récits, encore vivants aujourd’hui, comme ceux des Chevaliers de la table ronde par exemple. Une lecture qui s’est avérée hautement dépaysante, dont j’ai aimé particulièrement l’écriture, et qui permet de relier entre eux des faits historiques dont nous n’avons souvent eu connaissance que de manière éclatée.

Editions Stock – Août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… Nicole

Lectures 2018

Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives

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Voici un titre de la rentrée littéraire qui a beaucoup circulé sur les blogs, et qui reçoit un bel accueil… J’ai un peu tourné autour avant de me décider à le lire à mon tour, par peur d’être déçue sans doute, mais également par peur du sujet. Et en réalité, j’ai beaucoup aimé retrouver dans ce roman mes expériences de maternité, et surtout ces souvenirs d’une année passée en tête à tête sur Courbevoie avec ma grande fille, alors âgée d’à peine un an. En l’occurrence, la séparation n’était, pour moi et mon mari, que professionnelle, et il rentrait presque tous les week-ends. Mais, j’ai revécu à ma lecture de ce livre ce sentiment que la narratrice ressent très fort d’être absolument seule au monde avec son enfant, sans soutien possible, sans le droit de tomber malade surtout, ou d’être à n’importe quel moment défaillante, et ce de quelque façon que ce soit. Comme elle, j’avais créé aussi à l’époque cette bulle protectrice et ludique autour de l’enfant, dans mon appartement parisien, ne connaissant pas forcément mes voisins, l’immeuble ne se prêtant pas à ça et véhiculant un climat un peu froid. C’est un sentiment que l’on peut ressentir à tout moment quand nos enfants sont en bas âge, cette impression que tout tourne autour d’eux, et que le manque de sommeil et de liberté de mouvement vont finir par nous anéantir. Heureusement, dans mon cas, j’avais une nourrice, et un travail à l’extérieur, des collègues sympathiques, ce que la narratrice de Carole Fives n’a pas. Elle travaille en Free lance chez elle et on lui refuse une place en crèche. Alors, à bout, elle décide de s’octroyer des moments de fuite, le soir, lorsque son enfant de deux ans dort enfin, des fuites de plus en plus longues et qui la conduisent de plus en plus loin… et le lecteur tremble. C’est la première fois que je lis Carole Fives, et certainement pas la dernière, tant elle excelle je trouve à raconter les petits détails de la vie, du quotidien, et sait montrer sans démontrer. Les extraits de discussions sur des forums internet, qu’elle égrène au fil du récit et où la narratrice se perd et cherche de l’aide sont assez édifiants. J’ai connu l’ère de la super maman au début des années 2000, je suis heureuse de voir que la parole se libère aujourd’hui. J’aimerais que les jeunes mères soient encore plus aidées. Parfois, une heure de répit seulement est un cadeau inestimable. Et ne dit-on pas qu’il faut tout un village pour élever un enfant ?

Editions L’arbalète chez Gallimard – Août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… Joëlle

Lectures 2018

Dakota song, Ariane Bois

J’ai été attirée par cette couverture lors de mon passage aux Littér’elles (festival littéraire autour de l’écriture au féminin qui s’est déroulé à Noirmoutier en septembre dernier)J’ignorais alors combien j’allais passer avec ce roman d’aussi beaux moments à la rencontre de l’immeuble Dakota des années 70 et de ses habitants. Ariane Bois a un réel talent pour nous raconter des histoires. Nous commençons par celle de Shawn, futur portier du célèbre immeuble, et premier portier noir de son histoire, qui assiste, impuissant et horrifié, au meurtre sauvage de son meilleur ami. La famille du jeune homme habite à Harlem. Décrocher un travail au Dakota est une chance et un moyen de s’en sortir, et permet au lecteur de rentrer à sa suite dans ce célèbre lieu. Ce vieil édifice, situé au coeur de Manhattan, est un endroit très sélect où règnent des règles strictes. Les propriétaires sont triés sur le volet, le service est haut de gamme. On y a tourné il y a peu des scènes de Rosemary’s baby. Quelques personnages célèbres y séjournent à l’époque, notamment Lauren Bacall, Rudolf Noureev et Leonard Bernstein. L’arrivée prévue de John Lennon et de sa compagne Yoko Ono met l’ensemble des habitants en effervescence. Mais Arianne Bois se penche aussi sur la vie des résidents moins connus, et ce sont ces personnages, leurs émotions et leurs déboires, qui retiennent surtout l’attention du lecteur. Nigel, professeur de littérature, qui n’assume pas encore son homosexualité aux yeux de tous. La douce Becky, travaillant dans l’édition, et en mal d’enfant. Andrew, publicitaire, qui a pris facilement la direction de la copropriété. Nathan, psychologue. Ariane Bois profite de ces personnalités aux caractères bien différents pour dresser le portrait du New York de ces années là, en pleine transformation, sexuelle, culturelle et politique. Et j’ai beaucoup aimé la manière très fine dont elle a mélangé les événements connus de tous, les anecdotes sans doute réelles du Dakota et la part de fiction inévitable que requiert ce type de roman. A tel point que l’on finit par peu se soucier de différencier le faux du réel et de s’attacher simplement à un récit dont on ne souhaite plus sortir. Bien entendu, est évoqué LE drame qui a rendu célèbre aussi l’entrée du Dakota, le meurtre de John Lennon, mais cet événement n’est qu’un point de ce très bon roman choral, foisonnant et riche, dont je vous recommande chaudement la lecture.

Editions Belfond – Mars 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… A propos de livres

Lectures 2018

La poursuite de l’amour, Nancy Mitford ~ objectif pal d’octobre

L’image contient peut-être : tasse de café

 

Quel régal que de sortir ce délicieux petit roman de ma PAL ! Je crois que c’est exactement ce dont j’avais besoin en ce moment. A la lecture, on se croirait dans l’Angleterre de Jane Austen. Et pourtant, Nancy Mitford nous raconte ici l’histoire de deux cousines nées entre les deux guerres. Ces deux cousines s’aiment beaucoup, vont grandir toutes les deux majoritairement dans cette grande maison de campagne mal chauffée où règne en maître le despote et pourtant facilement influençable oncle Matthew, mais sont bien différentes. Fanny, fille délaissée de parents frivoles, est sérieuse et prudente. Linda, elle, après avoir passé son enfance à pleurer sur le sort des animaux blessés, poursuit le grand amour. Inévitablement, cette dernière va se laisser duper par des sourires, de beaux atours, et va se retrouver enchaînée à un mari qu’elle n’aime rapidement plus. Heureusement, sa beauté et sa gaieté, sa naïveté aussi, attirent les sympathies, et Fanny reste une cousine fidèle qui assiste impuissante aux errances amoureuses d’une Linda passionnée. Ce roman est plein de charme et d’humour et j’ai adoré m’y plonger. Il s’inscrit dans la tradition de cette littérature anglaise qui nous conte les déboires amoureux et les affres d’une aristocratie anglaise, tiraillée entre tradition et modernité, et qui craint avant tout la mauvaise réputation et la déchéance, tout en faisant parfois fi de tout ça pour prendre soin des siens. Ceux qui aiment la série Downton Abbey par exemple seront enchantés par cette lecture. Une bien charmante sortie de PAL pour ce mois d’octobre, en somme, à lire sous un plaid, accompagnée d’un bon thé chaud.

Editions La découverte – 2003

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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