Coups de coeur·Lectures 2018

Urgence niveau 3, Joshua Dysart, Jonathan Dumont, Alberto Ponticelli, Pat Masioni

❤J’ai une méfiance particulière envers les ouvrages qui cherchent à nous apitoyer, qui cherchent à tout prix le pathos, parfois pourtant pour une noble cause, mais qui ratent ainsi bien souvent leur objectif… Cet album ne tombe pas dans ce défaut là, et pourtant c’est un album engagé et fort. De quoi s’agit-il ? Il est important tout d’abord d’éclairer ce titre. En effet, une intervention d’urgence humanitaire niveau 3 constate une crise humanitaire de la plus grande urgence et ampleur. Le Programme Alimentaire Mondial (WPF) est alors l’agence alimentaire de l’ONU qui peut intervenir sur place. Dans ce récit, nous sommes plongés dans trois situations humanitaires de niveau 3, et suivons ainsi des personnages, des aides humanitaires dépêchés sur place, en Irak, au Soudan et au Tchad. Confrontés à des situations indescriptibles, humainement incroyables, et parfois dangereuses, ces aides tentent tant bien que mal d’apporter réconfort, nourriture et écoute à des êtres humains qui ne pensent qu’à survivre et à sauver leur famille. La rencontre peut-elle alors avoir lieu ? Quelles sont les motivations de ces aides humanitaires venus chercher parfois seulement un sens à leur vie ? Cet album a le grand talent de nous plonger dans la réalité crue du monde tel qu’il est à certains endroits de la terre, en nous laissant accompagner, pour chaque situation, une famille particulière, ce qui permet l’attachement et l’empathie. Certaines situations sont fortes et atroces, et le vivre ainsi au plus près des personnages les rend terriblement réelles. J’ai aimé aussi les dessins, la mise en place des cases, et j’ai eu au final un coup de coeur pour cet album qui remue intelligemment et permet la prise de conscience. Je vous le conseille vivement.

Bliss Comics Editions – octobre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

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Un album lu dans le cadre de la BD de la semaine, tous les autres liens sont chez… Noukette 

Lectures 2018

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu

Avant d’obtenir le prestigieux prix Goncourt, ce titre de rentrée littéraire avait déjà été repéré par une des marraines de notre sélection Rakuten pour les matchs de la rentée littéraire [clic ici]… raison pour laquelle il était dans ma PAL depuis septembre. Nous sommes à Heillange, au tout début des années 90, deux adolescents qui s’ennuient décident de voler un canoë pour traverser le lac et se rendre sur une plage réputée fréquentée par les naturistes. Cette journée, et les rencontres qui s’y déroulent, d’abord sur cette plage, puis à une fête où Anthony est embarqué par son cousin, le vol de la moto du jeune garçon, vont déterminer les événements de la décennie qui suit. Bien entendu, personne ne peut en avoir conscience en cette journée d’août 1992. Nicolas Mathieu profite de ce point de départ pour dresser le portrait d’une certaine France, d’avant la coupe du Monde de 1998, l’histoire d’une ville moyenne où les familles aisées côtoient mais ne fréquentent  pas, ceux des zones pavillonnaires ou des tours HLM. Là-bas, les pères sont usés par le travail et l’alcool, les mères ont parfois eu leurs enfants très tôt. Certains parents sont restés au bled et ne se voient que pendant les vacances scolaires. Les familles sont ce qu’elles sont, parfois aussi mono-parentales, et les enfants traînent dans les rues tard le soir. Mais, à l’adolescence, tout semble possible, on fréquente les mêmes écoles, les mêmes fêtes, les mêmes endroits, on boit le même alcool, on fume la même herbe. Au seuil de la vie active, cependant, il est difficile de faire la différence, le milieu rattrape parfois celui qui voulait s’en détacher… et la vie peut faire en sorte de vous cloîtrer à Heillange, sans que vous vous en aperceviez. J’ai eu une une lecture assez mitigée de ce livre, dans les premières pages, une impression de déjà lu, d’un peu d’ennui aussi. Mais heureusement, j’ai persévéré, et à partir de la moitié du roman quelque chose m’a attachée, j’ai eu envie de savoir si chaque personnage allait briser le plafond de verre qui brillait au dessus de sa tête. Leurs enfants après eux est un roman qui demande, il me semble, de se laisser prendre par son atmosphère, très désenchantée. Il ne m’a pas semblé très original, par son propos, j’ai déjà lu d’autres romans aussi bien faits sur cette période, mais il reste un des excellents romans de cette rentrée littéraire et il a le mérite de mettre le doigt sur ce déterminisme de classe, de nouveau si présent aujourd’hui, alors que l’on aurait pu le croire, un temps, disparu.

Editions Actes Sud – Août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… Moka

« Il en est dont il n’y a plus de souvenirs,
Ils ont péri comme si ils n’avaient jamais existé ;
Ils sont devenus comme s’ils n’étaient jamais nés,
Et, de même, leurs enfants après eux.

Siracide, 44, 9. »

Lectures 2018·Objectif PAL

La fleur de peau, Sebastia Alzamora ~ objectif pal de novembre

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J’ai sorti cette semaine de ma PAL ce livre déniché il y a très très longtemps en bouquinerie, et choisi sans doute essentiellement pour la beauté évocatrice de sa couverture… Les premières pages lues se sont tout de suite avérées prenantes, mystérieuses et un brin violentes. Nous sommes plusieurs décennies après la fin de la guerre de trente ans, un tailleur de pierre, à qui l’on a amputé la jambe, apprend que quelqu’un a souhaité récupérer son membre abîmé, très certainement pour en utiliser la peau. Malgré les difficultés liées à son amputation, le blessé veut savoir ce que ce Puppa, l’artisan en question, veut en faire. Il part donc en claudiquant dans la montagne et rencontre enfin cet ermite que l’on dit taciturne et secret, qui va lui raconter en réalité une histoire extraordinaire, mais surtout lui laisser toucher le livre relié à l’aide de sa peau, un toucher à nul autre pareil. Dans sa plus tendre enfance, Puppa n’a pourtant été qu’un enfant livré à lui même, manquant de la plus simple éducation. Mais sa rencontre avec un groupe de bohémiens va tout changer. Il est en effet fêté par la troupe comme un prophète et va passer une nuit inoubliable jusqu’à se retrouver bientôt simple soldat au service du roi Frédéric à Prague, puis amant officiel de la reine Jeanne. Mais Puppa n’a à l’époque qu’une idée en tête, conquérir la princesse Maria. Cet entêtement va être fatal à son entourage… et réveiller de sombres jalousies, tandis qu’une guerre, qui va durer au moins trente ans, commence à faire rage. Je vous épargne les détails érotiques et fantastiques de ce roman surprenant et assez fantaisiste, cru et poétique, qui ne manque pas pour autant d’un certain charme, même si je l’ai trouvé assez désuet dans sa forme d’écriture. Il ne date pourtant que de 2005, et a été traduit ensuite du catalan par Cathy Ytak. Pour résumer, voici une étonnante sortie de PAL, dont je ne garderai sans doute pas un grand souvenir, mais qui a eu le mérite de me surprendre et de m’amuser beaucoup.

« Le monde romanesque d’Alzamora est dur, cru, asphyxiant, il mêle brutalité romantique et poésie pour plonger dans les métamorphoses qu’engendrent la peur et le sommeil dans l’esprit humain. Il utilise, déforme et sublime les mythes européens, se nourrit d’anachronismes ironiques et d’hommages à la Tempête de Shakespeare, aux Contes d’Hoffman, au Brave Soldat Schweik. » (extrait de la quatrième de couverture)

Editions Métaillé – octobre 2007

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Coups de coeur·Lectures 2018

Le rosier de Julia, Frédéric Doillon

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« Julia s’enferma dans la salle de bain, fit couler l’eau de la baignoire, et s’examina. Les racines du rosier disparaissaient dans sa propre chair, comme dans une terre aimante et fertile. Le tronc et les branches, souples, jaillissaient de son corps avec naturel, portant un feuillage luisant, souriant d’aise. Julia essaya de retirer la plante de son flanc. Mais cela n’était pas possible, de la même manière qu’il ne lui était pas possible de se retirer un doigt de la main. Le rosier faisait partie d’elle-même, comme ses bras, ses jambes, sa tête. La surface des feuilles, d’ailleurs, était dotée du même réseau nerveux que le bout de ses doigts. Elles ressentaient les caresses, la douceur du pyjama, la température de l’eau, la sécheresse de l’air. »

❤ Frédéric Doillon tenait autrefois un blog, dénommé Une page par jour… sur lequel il écrivait déjà, en feuilletons, cette jolie histoire, intitulée Le rosier de Julia. A l’époque, j’essayais aussi d’écrire, et nous commentions mutuellement nos textes sur nos blogs respectifs. Je l’avais encouragé à publier Le rosier de Julia. Je me souviens même avoir participé chez lui à un concours d’illustrations… (Il a bien fait de préférer Aurélie Bensoussan pour cette magnifique couverture). Ce très court roman est une très belle histoire, celle de l’amour inconditionnel d’une enfant pour un rosier, amour contrarié par le départ de toute la famille pour Paris. Le jour du départ, Julia arrache au dernier moment le rosier de la terre dans laquelle il était planté et le glisse sous son pull. C’est le début d’une histoire fusionnelle entre elle et la plante, qui s’attache littéralement à elle… Je ne vous en dis pas plus mais vous encourage à découvrir ce magnifique, très poétique, charmant et très bien écrit texte de Frédéric Doillon. Je suis certaine que ses très belles phrases vous emporteront. J’ai été encore plus émerveillée par cette histoire que dans mes souvenirs.

J’ai été très fière qu’il m’apprenne il y a peu l’existence papier de ce conte moderne, et qu’il me cite en quatrième de couverture, après toutes ces années… Vous pouvez vous procurer ce délicieux petit livre pour presque rien [ici], n’hésitez pas !

Octobre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Coups de coeur·Lectures 2018

Churchill Manitoba, Anthony Poiraudeau

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❤ Je dois dire d’emblée que je suis une grande fan des racontars du froid de Jorn Riel… j’étais donc déjà toute disposée à suivre Anthony Poiraudeau dans son voyage vers le Nord. Mais c’est son écriture qui m’a séduite, en réalité, dès les premières lignes, sa manière de partir de l’enfance, et de l’attrait qu’il avait alors pour les cartes de géographie. Et c’est sur une de ces immenses et grossières cartes de classe de notre enfance, et dont il finit par posséder deux exemplaires chez lui, qu’un minuscule point attire son attention et son imagination, la ville de Churchill, au Manitoba, perdue aux confins du cercle arctique, en Amérique du Nord. Il décide alors d’aller là-bas, effectuer un voyage, histoire de confronter la réalité à son imagination. Il découvre une ville abîmée par son histoire, notamment par les ravages commis sur sa population autochtone, mais surtout par ces vagues successives d’espoirs fondées sur elle et jamais réalisées. Churchill Manitoba vit essentiellement aujourd’hui de l’attrait touristique qu’offre la possibilité de croiser dans ses rues des ours blancs. J’ai adoré ce livre, et cette quête désabusée, autant intérieure qu’extérieure, effectuée par un voyageur écrivain décontenancé par une ville grise et triste, dont il fait très vite le tour, mais forte de son passé. On y croise aussi bien le souvenir de batailles militaires que celui de Glenn Gould. On peut y voir de magnifiques aurores boréales, et admirer aussi l’ancienne base de lancement de sondes aérospatiales construite par l’armée américaine dans les années 1950. Ce roman d’un auteur nantais, qui cite même à un moment donné dans ses pages des villes de la côte vendéenne, est une jolie découverte de bibliothèque, à la fois drôle, désuète et pleine de questionnement sur notre manière encore bien coloniale d’envisager le monde.

« Si les cartes d’un ancien état du monde étaient pour moi les meilleures, les plus merveilleuses, bien qu’elles aient été coloniales, c’est précisément parce qu’elles provenaient d’un monde aux noms dépassés, perdu comme l’enfance, et justement reçu pour moi dans l’enfance sur les murs des écoles et par de désuètes mythologies populaires toujours en vigueur au cours de mes jeunes années. »

Editions Inculte – octobre 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2018

La révolte, Clara Dupont-Monod

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La révolte est le troisième titre que je lis de Clara Dupont-Monod…. En 2008, j’avais eu un gros coup de coeur pour La passion selon Juette [clic ici], puis j’avais été moins séduite par Le roi disait que j’étais diable en 2015 [clic ici], qui racontait la jeunesse puis le première union d’Aliénor d’Aquitaine avec le roi de France jusqu’à l’annulation de leur mariage. Cela ne m’a pas empêchée pour autant d’aller vers cette suite de son précédent roman, en cette rentrée littéraire, puisque le livre que Clara Dupont-Monod sort nous raconte cette fois-ci la vie d’Aliénor d’Aquitaine, à partir de son mariage avec le futur roi d’Angleterre, Henri Plantagenêt, jusqu’à sa mort, vue par un de ses fils, Richard Coeur de Lion. Je ne suis pas très férue de romans historiques, loin de là, mais il y a quelque chose dans l’écriture de Clara Dupont-Monod qui me séduit à chaque fois, une sorte de fièvre, de souffle épique, qui réveille aussi sans doute le souvenir agréable d’anciennes lectures faites pendant mes études littéraires. L’auteure ne se cache pas avoir effectué dans son récit un mélange entre l’imagination et la retranscription fidèle de faits réels, nous voilà prévenus, tout n’est pas à prendre au pied de la lettre, La révolte est avant tout un roman. J’ai cependant apprécié apprendre encore une fois beaucoup sur cette femme exceptionnelle, forte et cultivée, ambitieuse, qui ne lâche rien et croit énormément en ce fils, qui lui ressemble tellement, prénommé plus tard par la légende, Richard Coeur de Lion. Mais au départ du récit, ce sont tous ces fils, et même son ancien mari le roi de France, qu’Aliénor d’Aquitaine rassemble pour mener bataille contre le père de ses enfants, Henri Plantagenêt, et nous sommes alors plongés dans un XIIème siècle hautement stratège, politique et sanglant. Il est amusant également de retrouver à un moment donné le contexte qui a donné lieu au récit du fameux Robin des Bois et de se rendre compte combien Aliénor d’Aquitaine a été à l’origine de nombreuses légendes, chansons populaires et récits, encore vivants aujourd’hui, comme ceux des Chevaliers de la table ronde par exemple. Une lecture qui s’est avérée hautement dépaysante, dont j’ai aimé particulièrement l’écriture, et qui permet de relier entre eux des faits historiques dont nous n’avons souvent eu connaissance que de manière éclatée.

Editions Stock – Août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… Nicole