Lectures 2018

Tenir jusqu’à l’aube, Carole Fives

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Voici un titre de la rentrée littéraire qui a beaucoup circulé sur les blogs, et qui reçoit un bel accueil… J’ai un peu tourné autour avant de me décider à le lire à mon tour, par peur d’être déçue sans doute, mais également par peur du sujet. Et en réalité, j’ai beaucoup aimé retrouver dans ce roman mes expériences de maternité, et surtout ces souvenirs d’une année passée en tête à tête sur Courbevoie avec ma grande fille, alors âgée d’à peine un an. En l’occurrence, la séparation n’était, pour moi et mon mari, que professionnelle, et il rentrait presque tous les week-ends. Mais, j’ai revécu à ma lecture de ce livre ce sentiment que la narratrice ressent très fort d’être absolument seule au monde avec son enfant, sans soutien possible, sans le droit de tomber malade surtout, ou d’être à n’importe quel moment défaillante, et ce de quelque façon que ce soit. Comme elle, j’avais créé aussi à l’époque cette bulle protectrice et ludique autour de l’enfant, dans mon appartement parisien, ne connaissant pas forcément mes voisins, l’immeuble ne se prêtant pas à ça et véhiculant un climat un peu froid. C’est un sentiment que l’on peut ressentir à tout moment quand nos enfants sont en bas âge, cette impression que tout tourne autour d’eux, et que le manque de sommeil et de liberté de mouvement vont finir par nous anéantir. Heureusement, dans mon cas, j’avais une nourrice, et un travail à l’extérieur, des collègues sympathiques, ce que la narratrice de Carole Fives n’a pas. Elle travaille en Free lance chez elle et on lui refuse une place en crèche. Alors, à bout, elle décide de s’octroyer des moments de fuite, le soir, lorsque son enfant de deux ans dort enfin, des fuites de plus en plus longues et qui la conduisent de plus en plus loin… et le lecteur tremble. C’est la première fois que je lis Carole Fives, et certainement pas la dernière, tant elle excelle je trouve à raconter les petits détails de la vie, du quotidien, et sait montrer sans démontrer. Les extraits de discussions sur des forums internet, qu’elle égrène au fil du récit et où la narratrice se perd et cherche de l’aide sont assez édifiants. J’ai connu l’ère de la super maman au début des années 2000, je suis heureuse de voir que la parole se libère aujourd’hui. J’aimerais que les jeunes mères soient encore plus aidées. Parfois, une heure de répit seulement est un cadeau inestimable. Et ne dit-on pas qu’il faut tout un village pour élever un enfant ?

Editions L’arbalète chez Gallimard – Août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… Joëlle

 

Lectures 2018

Dakota song, Ariane Bois

J’ai été attirée par cette couverture lors de mon passage aux Littér’elles (festival littéraire autour de l’écriture au féminin qui s’est déroulé à Noirmoutier en septembre dernier)J’ignorais alors combien j’allais passer avec ce roman d’aussi beaux moments à la rencontre de l’immeuble Dakota des années 70 et de ses habitants. Ariane Bois a un réel talent pour nous raconter des histoires. Nous commençons par celle de Shawn, futur portier du célèbre immeuble, et premier portier noir de son histoire, qui assiste, impuissant et horrifié, au meurtre sauvage de son meilleur ami. La famille du jeune homme habite à Harlem. Décrocher un travail au Dakota est une chance et un moyen de s’en sortir, et permet au lecteur de rentrer à sa suite dans ce célèbre lieu. Ce vieil édifice, situé au coeur de Manhattan, est un endroit très sélect où règnent des règles strictes. Les propriétaires sont triés sur le volet, le service est haut de gamme. On y a tourné il y a peu des scènes de Rosemary’s baby. Quelques personnages célèbres y séjournent à l’époque, notamment Lauren Bacall, Rudolf Noureev et Leonard Bernstein. L’arrivée prévue de John Lennon et de sa compagne Yoko Ono met l’ensemble des habitants en effervescence. Mais Arianne Bois se penche aussi sur la vie des résidents moins connus, et ce sont ces personnages, leurs émotions et leurs déboires, qui retiennent surtout l’attention du lecteur. Nigel, professeur de littérature, qui n’assume pas encore son homosexualité aux yeux de tous. La douce Becky, travaillant dans l’édition, et en mal d’enfant. Andrew, publicitaire, qui a pris facilement la direction de la copropriété. Nathan, psychologue. Ariane Bois profite de ces personnalités aux caractères bien différents pour dresser le portrait du New York de ces années là, en pleine transformation, sexuelle, culturelle et politique. Et j’ai beaucoup aimé la manière très fine dont elle a mélangé les événements connus de tous, les anecdotes sans doute réelles du Dakota et la part de fiction inévitable que requiert ce type de roman. A tel point que l’on finit par peu se soucier de différencier le faux du réel et de s’attacher simplement à un récit dont on ne souhaite plus sortir. Bien entendu, est évoqué LE drame qui a rendu célèbre aussi l’entrée du Dakota, le meurtre de John Lennon, mais cet événement n’est qu’un point de ce très bon roman choral, foisonnant et riche, dont je vous recommande chaudement la lecture.

Editions Belfond – Mars 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… A propos de livres

Lectures 2018

La poursuite de l’amour, Nancy Mitford ~ objectif pal d’octobre

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Quel régal que de sortir ce délicieux petit roman de ma PAL ! Je crois que c’est exactement ce dont j’avais besoin en ce moment. A la lecture, on se croirait dans l’Angleterre de Jane Austen. Et pourtant, Nancy Mitford nous raconte ici l’histoire de deux cousines nées entre les deux guerres. Ces deux cousines s’aiment beaucoup, vont grandir toutes les deux majoritairement dans cette grande maison de campagne mal chauffée où règne en maître le despote et pourtant facilement influençable oncle Matthew, mais sont bien différentes. Fanny, fille délaissée de parents frivoles, est sérieuse et prudente. Linda, elle, après avoir passé son enfance à pleurer sur le sort des animaux blessés, poursuit le grand amour. Inévitablement, cette dernière va se laisser duper par des sourires, de beaux atours, et va se retrouver enchaînée à un mari qu’elle n’aime rapidement plus. Heureusement, sa beauté et sa gaieté, sa naïveté aussi, attirent les sympathies, et Fanny reste une cousine fidèle qui assiste impuissante aux errances amoureuses d’une Linda passionnée. Ce roman est plein de charme et d’humour et j’ai adoré m’y plonger. Il s’inscrit dans la tradition de cette littérature anglaise qui nous conte les déboires amoureux et les affres d’une aristocratie anglaise, tiraillée entre tradition et modernité, et qui craint avant tout la mauvaise réputation et la déchéance, tout en faisant parfois fi de tout ça pour prendre soin des siens. Ceux qui aiment la série Downton Abbey par exemple seront enchantés par cette lecture. Une bien charmante sortie de PAL pour ce mois d’octobre, en somme, à lire sous un plaid, accompagnée d’un bon thé chaud.

Editions La découverte – 2003

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Lectures 2018

L’été circulaire, Marion Brunet

Je lis aussi dans le cadre de mon groupe de bibliothèque… ce qui me permet d’élargir un peu mes horizons et de partager en dehors d’internet. C’est dans ce contexte que j’ai ouvert L’été circulaire, assez heureuse finalement d’entamer un titre à l’écriture dynamique, d’une auteure spécialisée jusque là en jeunesse.  Jo et Céline sont deux soeurs de quinze et seize ans. Elles partagent la même chambre dans le pavillon de leurs parents au milieu d’un lotissement écrasé par le soleil du Midi de la France. La première scène est d’une violence inouïe. Manuel a appris que sa fille Céline est enceinte et il la frappe violemment.  Céline ne veut pas avouer qui est le père et part travailler pour l’été dans la ferme de ses grands parents. Jo est plus sérieuse, plus raisonnable, même si elle rêve de théâtre et de quitter cette vie morne qui ne lui convient pas. Les avances de Saïd, qu’elle connaît depuis toujours, ne la font pas rêver… Un drame couve et monte peu à peu dans l’ambiance glauque de cet été caniculaire. Il y a la rage et l’orgueil des hommes qui veulent en découdre et le silence des femmes. L’été circulaire est un roman noir qui se lit avec facilité et qui déconcerte en même temps. J’ai apprécié ce tableau d’une société à deux vitesses où les riches méprisent ceux qui travaillent pour eux, où personne ne semble pouvoir échapper à sa condition ni à son destin. J’ai eu envie de secouer Séverine, la femme de Manuel, grand-mère a à peine 40 ans. J’ai cru que Jo, avec son intelligence et ses yeux vairons, sa foi en l’ailleurs, allait pouvoir sauver sa famille de cet été glauque qui n’en finit pas de coller aux doigts, comme une barbe à papa de fête foraine. Mais j’ai moins aimé ce qu’il me restait en fin de lecture, ce malaise qui persiste. Une lecture en demi teinte donc, pour moi au final, et sans doute un livre qui ne tombe pas au bon moment, mais qui plaira très certainement aux adeptes du genre.

Editions Albin Michel – janvier 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Grand Prix de littérature policière 2018

Une autre lecture chez… Noukette

Ce titre était dans la première sélection des coups de coeur de la blogo.

Lectures 2018

La somme de nos folies, Shih-Li Kow

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Comme Leiloona avait déjà choisi ce titre pour les matchs de la rentrée littéraire de Rakuten [clic ici]… j’ai reporté quelques temps sa lecture afin de continuer ma propre exploration de la rentrée. Mais alors que l’Aude était envahie par l’eau, il y a quelques jours, je me suis souvenue des premières pages lues, et de l’inondation qui y est décrite. Et j’ai eu de nouveau envie de lire ce livre, injustement délaissé, tout en pensant aux terribles heures que peuvent vivre ceux à qui cela arrive. Nous sommes en Malaisie, et effectivement se produit dans les premières pages de ce roman une terrible inondation, qui met la vieille et bougonne Beevi dans une mauvaise posture, sa maison est envahie par l’eau, mais également par de jeunes bénévoles dont elle n’a que faire. Le lecteur suit alors le point de vue de Auyong, vieil ami chinois, amical et placide, toujours prêt à donner un coup de main. Mais le lecteur rencontre également rapidement Mary Anne, jeune fille abandonnée à sa naissance qui vient tout juste d’être repérée et adoptée par la demi soeur de Beevi. Malheureusement, un accident de voiture renverse les cartes. Mary Anne est de nouveau seule au monde. Beevi emménage dans la Grande Maison, jusqu’alors aux mains de sa demi soeur et prend en charge la jeune fille. La somme de nos folies s’est avéré être à la lecture un bien joli roman, truffé de truculents personnages, d’un peu de magie, de beaucoup de légendes et d’une joyeuse modernité. Auyong et Mary Anne prennent la parole chacun à leur tour pour nous conter l’histoire d’un petit village de Malaisie, Lubok Sayong, tiraillé entre sa volonté de conserver ses traditions et l’envie de faire fructifier son petit commerce. C’est à la fois drôle et émouvant, sensible et impertinent, très imagé. J’ai beaucoup aimé cette immersion malaisienne que je vous recommande chaudement. Une lecture à ne pas oublier en cette rentrée littéraire, donc.

Editions Zulma – 23 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2018

Débranchez-vous !, Matt Haig

Cette semaine, je me suis précipitée sur ce tout nouveau livre de Matt Haig… tant j’avais aimé son précédent titre Rester en vie [clic ici], lu dans une période peu faste de mon existence où je n’allais pas très bien, et qui avait été une grande bouffée d’air frais pour moi. J’avais aimé alors sa manière positive de tenir à distance sa dépression, d’en faire parfois une force, ses solutions pour s’en sortir et ses réflexions sur notre manière d’être au monde. Rester en vie avait été une lecture bouleversante, qui personnellement m’avait donnée envie de me battre contre ce mal être provoqué par un environnement à ce moment-là toxique. Débranchez-vous ! est tout autre chose, et je dois dire  que je n’ai pas retrouvé dans ses pages ce qu’annonçait la phrase en couverture. Matt Haig ne nous propose pas en effet des clés afin de trouver son équilibre dans un monde survolté mais nous explique plutôt à quel point notre monde l’est et combien lui-même s’est laissé prendre dans sa frénésie. Lire ça, et la description de tout ce qui nous ramène sans cesse au smartphone, à l’actualité, etc., se révèle un peu anxiogène à la lecture, guère apaisant. Et je dois dire que je n’ai pas trouvé que Matt Haig apportait beaucoup de solutions à cet état de fait, mais surtout des généralités. Nous savons tous qu’il est plus raisonnable d’enlever les notifications des réseaux sociaux, et que faire des pauses, éteindre de temps en temps son portable, goûter et respirer la nature, parler avec des gens en face à face est une solution pour ne pas perdre le sens des réalités. Cependant, il a raison de souligner dans son livre, une fois de plus, que l’ultra connexion peut devenir pour certains source d’anxiété, qu’elle peut entraîner aussi un état de manque, et que vouloir donner de soi une image toujours meilleure est néfaste. Les médias, internet, la publicité entretiennent aussi un sentiment d’inquiétude auquel nous ne faisons sans doute pas assez attention, car sans inquiétude pas de consommation, ni d’emprise. Matt Haig parle surtout dans ce livre de sa propre expérience et de l’attention qu’il a du porter à ces phénomènes pour ne pas tomber de nouveau en dépression, en raison de son addiction à Twitter par exemple, mais aussi de cette façon dangereuse qu’il a eu parfois de se laisser entraîner dans des disputes ou des discussions stériles avec de parfaits inconnus. Prendre de la hauteur, utiliser mais ne pas en dépendre, voilà sans doute la manière de gérer sans s’y perdre les nouvelles technologies.

Edtions Philippe Rey – 11 octobre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5