Lectures 2019

Jours de colère, Sylvie Germain

Je n’avais jamais lu de romans de Sylvie Germain, un oubli à réparer… Grâce au prêt d’une collègue, j’ai enfin pu découvrir ce Jours de colère étonnant, qui a remporté le Prix Fémina en 1989. Nous sommes dans des temps et des lieux reculés, difficilement repérables, dans les forêts du Morvan, loin du monde. Et le premier jour de colère survient lorsque Corvol, un riche propriétaire forestier, tue sa femme dans un fol accès de jalousie. Ambroise Mauperthuis assiste à la scène, tombe éperdument amoureux de Catherine pourtant morte et fait chanter le malheureux mari. Il récupère ainsi ses terres, décide de marier son aîné à sa fille et n’a qu’une hâte, retrouver dans sa descendance une Catherine ressuscitée. Mais le fils aîné d’Ambroise n’a d’yeux que pour Reinette-la-grasse, une voluptueuse jeune femme rêveuse qui lui donnera de nombreux garçons. Ambroise fulmine, chasse ce fils ingrat de ses terres, et obnubilé par sa quête, fait de son second fils l’époux de Claude, fille de Corval. Dans les traits de la petite fille qui naîtra de cette union malheureuse, Camille, Ambroise retrouvera enfin avec joie les traits de Catherine, la vive, la plus qu’attendue… J’ai découvert avec ce titre la plume de Sylvie Germain, une plume ici hautement poétique et universelle, chantante. L’histoire qu’elle nous conte dans son récit, qui donne la part belle à la folie, à la vengeance, à l’amour de Dieu, à la beauté, est envoûtante. Je comprends le succès de ce roman à l’époque et sa résonance. J’ai beaucoup aimé pour ma part me laisser bercer par cette belle langue enchanteresse, trembler pour Camille et Simon, les amants maudits, rêver devant les fils de Reine – tous nés un 15 août – et le patchwork de leurs caractères. J’ai fait avec ce roman une bien jolie découverte et je vous conseille à votre tour de sauter le pas si vous ne connaissez pas encore cette auteure. A lire si vous avez aimé Trois saisons d’orage de Cécile Coulon, par exemple.

Editions Folio – novembre 1991

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019

La cerise sur le gâteau, Aurélie Valognes

Je ne suis pas la cible des livres d’Aurélie Valognes, enfin j’avais fini par le penser avant de terminer celui-ci (je vais vous expliquer)… Il faut dire que le concept des expressions, reprises sur toutes les couvertures, et dans le texte, est assez présent et devient à la longue un peu trop systématique. Et que dire de cette étiquette Feel good, à la fois attractive pour certains, et repoussoir pour d’autres ? Repoussoir pour moi, en général. De cette auteure, j’ai pourtant lu il y a quelques années En voiture, Simone !, qui m’avait fait sourire, et que j’avais dévoré comme un roman d’été. Puis, j’ai lu Au petit bonheur la chance !, et là j’ai vraiment eu l’impression, à l’époque, de me faire avoir par une couverture fleurie, derrière laquelle se déroulait en réalité une histoire bien plombante. J’étais donc assez peu enjouée à l’idée de lire La cerise sur le gâteau qui avait débarqué sans prévenir chez moi un beau matin. Cependant, j’ai pour projet de distribuer des livres lors d’un rendez-vous de lecteurs qui se déroulera fin août dans ma commune, et Aurélie Valognes ayant beaucoup de succès, je me suis dit que proposer ce titre serait une bonne idée ! De plus, j’essaye de ne proposer que des titres lus et j’essaye surtout de lire tous les services de presse que je reçois. J’ai donc ouvert cette couverture rouge agrémentée de fleurs de cerisiers. Déjà, je dois dire d’emblée que j’ai eu l’impression d’être loin du Feel good lorsque j’ai compris qu’entre Bernard et Brigitte, jeunes retraités, les choses étaient en train de se gâter. Mariés depuis 37 ans, ils se trouvaient en effet soudain face à face, avec beaucoup de temps devant eux, et des centres d’intérêts différents. De plus, Bernard avait passé sa vie à se consacrer à son travail et manquait d’enthousiasme pour cette retraite arrivée précipitamment, au départ non désirée et absolument pas préparée. La description de cet état de fait est pour tout dire un peu ennuyeuse, ainsi que les problèmes du couple avec leurs voisins les plus proches. Heureusement, leur fils et ses enfants agrémentent un peu ce temps qui passe lentement. Bref, je me suis demandée si quelque chose de plus croustillant allait arriver. Et je ne m’attendais pas au virage que prend soudain le récit, et qui m’a soudain totalement conquise. Bernard, mis au défi par son petit fils Paul, s’attaque soudain au plastique et devient un héros du zéro déchets. Quelle idée réjouissante !!! Bien entendu, je me suis tout à coup entièrement retrouvée dans sa démarche, dans les obstacles qu’il rencontre, dans la désapprobation de sa famille, leur réticence à lui emboîter le pas. Qui aurait cru que ce roman à la couverture rouge fleurie était en fait un hymne à la nature, au retour à l’essentiel et à la protection de l’environnement ? J’ai donc refermé ce livre assez surprise d’avoir pris au final plaisir à sa lecture et un peu étonnée de devoir remettre en cause mes a-priori. Le recours aux expressions est pour autant toujours assez excessif dans ce roman alors que l’écriture d’Aurélie Valognes pourrait, à mon avis, se passer de cet artifice.

Editions Mazarine – mars 2019

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Une autre lecture chez… My Pretty Books

Lectures 2019

Que tout soit à la joie, Emmanuelle de Boysson

Les romans de juin sont sortis cette année en toute discrétion sur les réseaux, tant le battage sur la rentrée littéraire a été fort et précoce… Que tout soit à la joie est de ces romans qui sont sortis en juin, et quel dommage de passer à côté ! Avec sa couverture bien intrigante, à la fois précieuse et surannée, très jolie, je me demandais pour autant de quoi il pouvait bien parler. Nous sommes dans les années 70, Juliette est étudiante sur Paris. Solange Dumontel, une vieille amie de classe de sa mère, a invité la jeune-fille à un goûter-dîner avec ses enfants. Mis à part une cousine, ses grands-parents et son oncle Paul, elle ne connaît personne sur la capitale. Elle accepte donc avec curiosité cette rencontre. Le fils aîné, Jean-Michel, est à Polytechnique. Grand charmeur, il séduit immédiatement Juliette, comme toute la cour des demoiselles qui gravite autour de lui. Elle décide alors, dans l’innocence de sa jeunesse, et son envie de vivre quelque chose d’enthousiasmant,  qu’elle est amoureuse. Mais d’autres événements vont bouleverser sa vie, le décès brutal de son grand-père, puis de son oncle tant aimé. Cet ecclésiastique respecté a été retrouvé mort chez une prostituée. Le scandale est énorme et éclabousse toute la famille, persuadée elle que le religieux n’a été surpris que dans une de ses nombreuses œuvres de charité. Le temps passe. Juliette se marie et a des enfants, navigue entre envies d’écriture, de théâtre, et son travail temporaire de formatrice pour adultes. Un jour, lui est donnée enfin l’opportunité d’écrire sur cet oncle, de mettre à jour une vérité qui lui rendrait hommage… mais c’est compter sans l’opposition de sa famille maternelle et les silences de ceux qui savent. J’ai beaucoup aimé cette première plongée dans l’univers un peu feutré et particulier des grandes familles dans laquelle Juliette a du mal à trouver sa place, puis ensuite son parcours de jeune-fille amoureuse, de mère débordée, de femme déterminée à vivre son rêve, et son travail d’écrivain en butte aux difficultés du milieu. Un roman qui a su réveiller mes souvenirs de jeunesse étudiante, mais aussi m’émouvoir, avec son écriture personnelle et fraîche, délicatement séduisante.

« Je suis un être émerveillé », écrit oncle Paul. J’aimerais qu’il me transmette l’ardeur. Les noms des présidents de la IIIe, de la IVe ou de la Ve République, je les aurais oubliés l’an prochain. Sciences Po, pourquoi ? Cette nuit, j’ai encore rêvé de Jean-Michel. J’étais sous un grand sapin. Maïté me remettait un grand paquet. A l’intérieur, une robe rouge et une lettre de lui : il me disait qu’il m’aimait, qu’il m’attendait. Comment le chasser de mon esprit ? On dirait qu’il s’est glissé dans chacune des cellules de mon crâne. »

Editions Héloïse d’Ormesson – juin 2019

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Une autre lecture chez… Agathe the book

Lectures 2019

En lieu sûr, Ryan Gattis

« En dernier lieu, ne pas nuire. »

Ryan Gattis est connu pour être l’auteur de Six jours, prix Lire du roman noir 2015. Je n’ai pas eu l’occasion de lire ce titre, et me suis donc engagée à la découverte de l’auteur avec ce nouvel opus. Les romans noirs de chez Fayard sont toujours de très grande qualité ! Un principe qui ne se dément pas, encore une fois. Nous sommes à Los Angeles, en 2008. Ancien délinquant et toxicomane, Ricky Mendoza force des coffres-forts pour des agences gouvernementales… jusqu’à ce qu’il prélève un beau jour un peu trop d’argent pour son compte. Il sait que quelqu’un l’a sans doute observé de loin, vu mettre un gros sac dans son coffre. Il sait qu’il sera puni pour ça, sévèrement, mais bizarrement il s’en moque. Pourquoi ? Dans sa voiture, tourne en boucle la cassette que Rose lui a confiée avant de mourir, pour qu’il pense à elle. Mais Ricky, dit Ghost dans le métier, est surtout pressé de revoir Mira et de lui confier l’argent récupéré. Pourquoi ? Quel est le plan ? Ce sont les questions que se pose aussi Glasses, l’homme de main de Rooster, qui suit de loin les agissements de ce type et trouve son comportement bien étrange. Serait-il devant un Robin des bois d’un nouveau genre ? Il faut se faire, dans les premières pages, au langage utilisé, vif et percutant, aux deux voix qui racontent l’histoire, au flou qui règne autour des résolutions de Ricky. Lire un thriller peut vraiment fortement dépayser. Mais je peux dire que j’ai été happée par cette histoire, au rythme soutenu, qui se déroule sous peu de jours, et attrape par moments les codes de la tragédie. Et il y a une poésie à laquelle je ne m’attendais pas dans ces pages, qui vient contrebalancer la violence d’un univers à la Tarantino. J’ai donc beaucoup aimé ce mélange des genres, et son cocktail savamment orchestré, dans une lecture qui décoiffe !

Editions Fayard – mars 2019

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Une autre lecture chez… Yvon

Coups de coeur·Lectures 2019

Sauveur & fils saison 2, Marie-Aude Murail

Je n’ai pas pu résister à cette deuxième saison de Sauveur & fils, tant j’avais aimé me plonger dans la première [ici].... Et quoi de mieux que la sortie toute récente en format poche de ce tome 2 pour craquer ?!! Pour autant, je ne savais pas si l’alchimie allait de nouveau prendre. Mais c’était méconnaître le pouvoir de séduction de Sauveur Saint Yves, psychologue clinicien à Orléans, heureux père de Lazare, amoureux de Louise, et propriétaire d’un hamster femelle sur le point de mettre au monde pas moins de sept bébés hamsters. Dans ce nouvel opus, nous retrouvons avec plaisir des patients déjà connus dans le tome précédent, mais également quelques nouveaux, dont Samuel, cet adolescent obnubilé par les filles et qui a visiblement un gros problème d’hygiène, ou Raja, jeune réfugiée traumatisée. Louise est également bien empêtrée dans ses difficultés avec le père de ses enfants, et ses complexes. Elle se demande comment réussir à convaincre Alice d’accepter sa nouvelle vie avec Sauveur, quand celle-ci ne jure que par son père, sa toute jeune belle-mère et les vidéos des youtubeuses beauté. Gabin squatte lui toujours à l’occasion chez son ancien psy, devenu peu ou prou un second père. Et c’est avec décontraction qu’un vieil homme, SDF et recueilli également par Sauveur, s’incruste dans cette tribu recomposée. Avec son air de ne pas y toucher, et ses failles apparentes, Sauveur Saint Yves a un sacré talent, celui qui permet à chacun de se révéler à lui-même. Mais peut-être ne fait-il qu’entrouvrir des portes qui ne demandaient qu’à être poussées ? C’est le mystère du travail psychologique. Quant à moi, j’ai aimé me plonger dans cette saison 2, délaissant pour quelques heures tout le reste, dévorant mon exemplaire, encore touchée !! Ce roman est classé en jeunesse et il peut en effet très bien être lu par des adolescents qui reconnaîtront via de nombreux personnages plusieurs de leurs préoccupations. Mais c’est un roman qui plaît également beaucoup aux adultes. Alors pourquoi ne pas partager cette série en famille ?

Editions Médium Poche – mai 2019

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Une autre lecture chez… Saxaoul

Lectures 2019·Objectif PAL

Nouvelles, Salinger… Objectif pal de juin

Le bilan de l’Objectif pal de juin sort demain sur le blog,… il était donc grand temps que je vous parle de ma lecture de PAL du mois. Ce recueil de nouvelles de Salinger a été acheté il y a fort fort longtemps dans une bouquinerie sur Nantes. En ce temps là, nous passions de temps en temps des journées mémorables dans cette ville entre blogueuses (et copines), et revenions alors chez nous les bras chargés de livres d’occasion. Nos PALs étaient un peu moins fournies (quoique), et les services de presse n’existaient pas encore. J’ai donc ouvert ce mois-ci un livre conseillé en son temps par Bel Gazou. Mon exemplaire était déjà vieux quand je l’ai acheté, il date de 1981, heureusement je suis plus vieille mais moins jaune que lui (mais je m’égare). Découvrir la première nouvelle de ce recueil a été un choc esthétique assez moderne et étonnant. En effet, dans Un jour rêvé pour le poisson-banane, la première nouvelle du recueil, nous assistons d’emblée à une scène équivoque qui met tout de suite le lecteur dans l’ambiance. Je dois dire que cela m’a mise un peu mal à l’aise, ne sachant ce que j’allais trouver dans les écrits suivants… Et j’ai trouvé en effet une deuxième couche de perversion latente au fond de chaque récit. En lisant ces nouvelles de Salinger, j’ai assez vite pensé à Nabokov, à son roman Lolita, puis à Gatsby le magnifique. Je pense que je cherchais des repères, histoire d’appréhender au mieux le drôle d’objet littéraire qui m’était tombé dans les mains. Salinger, connu principalement pour son roman l’Attrape coeur (que je n’ai pas encore lu), est en réalité un nouvelliste hors pair, qui n’a pas besoin de comparaisons, tant il semble se faire fi des contraintes liées au genre, tout en les respectant, et en nous laissant à chaque fois perplexes et un brin admiratifs aussi en fin de lecture. J’ai surtout beaucoup aimé deux de ses nouvelles, celles qui mettent en scène des enfants particuliers, le premier frappé d’autisme et le second de précocité, En bas sur le canot et Teddy. Ces deux nouvelles, à la fois douces et impressionnantes, sont bouleversantes et d’une grande qualité. Elles donnent à ces enfants une présence brûlante qui dépasse les adultes et ces derniers ne peuvent ressortir que fracassés par les échanges étranges qu’ils pensent partager avec eux. Finalement, les premières hésitations passées, lire Salinger s’est avéré une aventure que je ne suis pas prête d’oublier.

Editions J’ai lu – 1981

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