Lectures 2022

Cher connard, Virginie Despentes… rentrée littéraire !

Sous l’effet d’un véritable achat d’impulsion, ce livre de rentrée littéraire est arrivé chez moi après une journée sympathique passée sur Nantes. Il faut dire que je garde un très bon souvenir de ma lecture du tome 1 de Vernon Subutex en 2017. Je n’avais pourtant pas continué la série à l’époque, ce qui reste d’ailleurs un mystère. Mais l’autrice m’avait déjà beaucoup plu dans King Kong théorie et j’ai aimé à chaque fois lire ses interviews… Alors ? A la lecture, Cher connard s’est avéré beaucoup moins virulent que le titre ne le laissait à penser, première constatation. En réalité, pour ceux qui l’ont lu, ce roman est un peu une version trash de Quand souffle le vent du Nord de Daniel Glattaeur, un roman épistolaire, mais par mails, entre deux personnes qui n’auraient jamais du s’écrire. Rebecca est actrice, cinquantenaire, assez égoïste et accroc aux drogues. Oscar est un peu plus jeune, écrivain, souvent sous l’emprise de l’alcool, et il est depuis quelques jours sur les réseaux la cible d’une jeune femme, Zoé, qui l’accuse publiquement de harcèlement. Le scandale est énorme, et Oscar a eu l’idée de contacter, dans ce contexte, l’ancienne meilleure amie de sa soeur qu’est Rebecca. S’ensuit un dialogue inattendu entre ces êtres que tout oppose, sur le papier. Et le lecteur est entraîné dans un discours où il apparaît très vite que rien n’est simple, ni si manichéen que l’on voudrait bien le croire. Au delà de la culpabilité et du pardon, chacun faisant comme il peut avec ses angoisses, ses névroses, ses failles, sa manière de s’engager… J’ai beaucoup aimé que ce livre soit plus subtil et complexe que je ne m’y attendais. Par exemple, j’ai aimé le rapport que Rebecca entretient dans ses lettres avec son âge, ses questionnements. Vieillir bien, c’est sans doute accepter que la vie soit un changement permanent, et Rebecca s’en rend compte, peu à peu. J’ai beaucoup aimé, plus largement, que les personnages de Virginie Despentes soient des êtres imparfaits, insolents, désobéissants, humains. J’ai beaucoup aimé tous les passages qui racontaient une jeunesse contemporaine de la mienne. J’ai beaucoup aimé que le féminisme y tienne une belle place, mais qu’elle montre aussi sa fragilité, à la manière d’une maigre Antigone. Et j’ai aimé que l’amitié y triomphe, et que ce soit l’espoir qui teinte la fin de cette lecture.

Editions Grasset –  17 août 2022

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Une autre lecture chez… Roseleen

Lectures 2022

Le Boiseleur T1 & 2, Hubert & Gaëlle Hersent… ma BD de la semaine !!

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Je n’avais pas encore entendu parler du Boiseleur lorsque Babélio m’a proposé ces deux tomes dans le cadre d’une opération Masse critique spéciale. A réception, j’ai trouvé les albums superbes, mais peut-être un peu datés, esthétiquement parlant, j’étais dubitative. Et puis le charme de l’histoire a fait le reste et j’ai en réalité beaucoup aimé ma lecture, appréciant au final cette esthétique qui colle parfaitement à ce récit hors du temps.
Dans le tome 1, le lecteur entre auprès d’Ilian, un jeune apprenti sculpteur, dans la ville de Solidor. Le jeune Ilian est très doué et son maître profite largement de son habileté. Le commerce des cages en bois est florissant dans cette ville où posséder un oiseau exotique est légion. Lorsqu’un jour Ilian a l’idée de sculpter un de ces oiseaux pour la fille de son maître, les ennuis commencent. Le succès est phénoménal, mais le chant des oiseaux, que le jeune homme aimait tant, disparaît peu à peu de la ville.
Dans le tome 2, un maître de Bélizonde, la cité connue pour être dirigée par des artistes, qui est tombé par hasard sur un des oiseaux en bois d’Ilian, part à sa recherche. Mais Ilian est introuvable à Solidor, jusqu’à ce que Tullio parvienne enfin à découvrir sa cachette et réussir à le convaincre d’intégrer son atelier. Ilian ignore alors qu’un duel est en préparation, dans lequel il aura sa partition à jouer.
Un tome 3 aurait dû paraître. A la disparition d’Hubert, Gaëlle Hersent a imaginé un épilogue de remplacement qui est intégré au tome 2, et c’est ainsi que se termine l’histoire d’Ilian.
Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’univers de ces deux albums. J’ai été sensible au thème de la recherche artistique, au format conte du récit et aussi à la présence des oiseaux. C’est un très beau cadeau que m’ont fait là Babélio et les éditions Soleil que je remercie. Je pense que je n’oublierai pas de sitôt ce voyage exceptionnel.

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Editions Soleil – octobre 2019 et août 2022

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Un titre lu dans le cadre de…

Tous les autres liens sont chez Stephie aujourd’hui 

 

Coups de coeur·Lectures 2022

On s’est juste embrassés, Isabelle Pandazopoulos… coup de coeur !

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 » – J’ai pas couché avec Walid, je l’ai juste embrassé… Une fois, une seule fois! C’est ça, la vérité! Plus je criais, plus elle souriait. -Mais on s’en fout de la vérité, ça compte pas la vérité… Tu comprends pas ça? Je l’ai regardée un long moment et puis j’ai murmuré: – Non, je comprends pas… Je n’avais plus envie de crier, même plus envie de pleurer, je me sentais juste d’une tristesse à mourir. « 

❤ Ce titre et cet extrait me bouleversent particulièrement. Après avoir tourné longtemps autour, j’ai enfin ouvert ce roman jeunesse de Isabelle Pandazopoulos, qui est aussi fort que je me l’imaginais… Aïcha a le sentiment d’être privilégiée, même si elle vit seule avec sa mère, qui travaille beaucoup. Arabe d’origine, elle se sent surtout française, et bien intégrée. Elle va souvent chez sa meilleure amie Sabrina, mange et dort parfois chez cette famille qui lui fait une place dans leur vie. Un soir, Walid et elle s’embrassent, dans la cuisine, alors que tout le monde est déjà couché. Mais rien de plus. Le lendemain, tout bascule. Walid se vante qu’ils ont couché ensemble et la réputation de Aïcha est faite. Les « autres » la traitent de « pute » et la fuient, même son amie Sabrina, choquée par sa trahison, elle qui déteste son frère.  La vie de Aïcha devient un enfer lorsque sa mère découvre qu’elle sèche les cours. Loin d’en vouloir vraiment à sa fille, cette femme, dont Aïcha découvre qu’elle ignore l’histoire, va s’accuser d’être une mauvaise mère et dépérir petit à petit, laissant Aïcha encore plus seule. Heureusement, Kote, l’ami de toujours, veille… J’ai aimé que ce roman raconte, outre les dérives de la « rumeur », le thème plus large de la « réputation » qui peut détruire des vies, des familles, des destins, et ce sur plusieurs générations, seulement pour des questions d’honneur et de religion. Aïcha découvre avec douleur qu’elle vivait dans un monde d’illusions, fait connaissance avec son histoire et prend de plein fouet aussi la fragilité des adultes. Un très beau roman, très subtil, complexe et émouvant.

 Editions Gallimard jeunesse – juin 2009

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Lectures 2022

Ni prince ni charmant, Florence Medina

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Quel plaisir de renouer un peu, après le feu de la rentrée littéraire, avec les lectures pour adolescents. J’avais déjà lu un des quatre premiers titres de cette toute nouvelle collection chez Magnard, La brève, destinée aux collégiens et qui aborde avec des textes courts des thèmes forts. J’ai en effet commencé par le titre de Sophie Adriansen, Au poil. A l’occasion du dernier Printemps du livre de Montaigu, j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec Florence Medina et de me procurer cet exemplaire-ci… Alors que Zoé, sa presque demi-soeur, scrolle sur internet et lui partage ce qu’elle voit, Tristan découvre avec stupéfaction que son meilleur ami Louis est accusé par plusieurs filles d’agression sexuelle et même de viol. Voilà qui perturbe beaucoup Tristan, lui-même assez mal à l’aise depuis qu’il a été lourd avec Amina, il y a quelques temps, en voulant lui toucher les seins avec insistance. Peut-être est-il d’ailleurs considéré sur les réseaux sociaux comme un garçon « problématique » ? Il se dit que ce serait presque mérité. Tandis que peu à peu la prise de conscience fait son chemin en lui, Zoé, elle, pendant ce temps, trouve qu’il y a encore pas mal de chemin à faire. Quand un matin, en arrivant au lycée, il voit cette phrase collée sur un mur, « Tu as toujours le droit de changer d’amis », Tristan prend le message pour lui et décide d’agir… J’ai beaucoup aimé comment Florence Medina aborde toutes les facettes du consentement et des amours adolescentes dans ce petit roman très fort et abordable, qui peut effectivement être lu par des collégiens, et peut servir soit de déclencheur à des discussions sur le sujet, soit de prévention. Dans cette collection, en scannant le QR code en quatrième de couverture, on peut, de plus, entendre le récit en version audio, et donc ici la voix de l’autrice. Il ne faut pas s’en priver. Et j’adore toujours les illustrations de couverture de Manon Bucciarelli.

 Editions Magnard jeunesse – 9 mars 2022

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Lectures 2022

Vivre vite, Brigitte Giraud… rentrée littéraire !

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Adepte de tout ce qu’écrit Brigitte Giraud, je n’avais rien lu d’elle depuis la sortie de Jour de courage. Il était évident qu’un passage en librairie suffirait pour que je craque sur son nouvel opus de rentrée littéraire. Ce titre, avec Quelque chose à te dire de Carole Fives (lu également), est dans la première liste du Goncourt 2022 (15 titres sélectionnés pour l’instant)… J’ai retrouvé dans ce livre l’écriture précise de Brigitte Giraud que j’aime tant. Elle revient sur le drame qui a bouleversé son existence, l’accident de moto qui a coûté la vie à son mari le 22 juin 1999. Avec les mots, et une accumulation de « et si » elle tente l’impossible, réécrire l’histoire. Cette vaine tentative d’essayer de tordre la réalité, de comprendre, de trouver des réponses à l’impensable, suscite chez le lecteur une grande émotion. On voudrait croire au pouvoir de l’écrivain en lisant ce récit. Oui, Brigitte Giraud va réussir à modifier le temps, à faire en sorte qu’un simple déménagement, et tous les concours de circonstances autour, ne parviennent pas à ce drame inéluctable. C’est une enquête sans concessions que mène l’autrice, qui en profite pour faire revivre Claude, mais également tous les détails d’une époque, les petits riens de ce 22 juin qui aurait dû se terminer autrement… Vingt ans après, alors que cette maison tant désirée, en quelque sorte coupable du drame (et que Claude a à peine connue), est en passe d’être vendue, Brigitte Giraud nous fait l’état des lieux de toutes ses questions restées sans réponse. Et elle fait battre notre coeur un peu plus vite, accrochés que nous sommes au compte à rebours qu’elle enclenche dès les premières pages.

Editions Flammarion – 24 août 2022

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Sélection Goncourt 2022

 

Lectures 2022

Qui se souviendra de Phily-Jo ?, Marcus Malte… rentrée littéraire et coup de coeur !

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❤ Ce titre est dans la sélection finale (5 titres) du Prix des adhérents fnac 2022, dont le titre lauréat devrait être annoncé sous peu. J’ai donc eu la chance de lire celui-ci et je peux vous dire que cette lecture est véritablement vertigineuse, un brin exigeante peut-être, mais terriblement addictive. Bref, un coup de coeur ! Aux Etats-Unis, dans son pavillon de banlieue sans prétention, Phily-Jo est encore un tout jeune homme lorsqu’il invente la FreePow, un outil révolutionnaire qui utiliserait l’énergie libre. L’inventeur décède dans des circonstances étranges, après avoir exprimé ses craintes sur une organisation prête à tout pour arrêter ses recherches, et sa soeur et son beau-frère finissent par croire à l’idée d’une conspiration qui aurait décidé de censurer ce projet, une conspiration de grande ampleur, menée par les géants du capitalisme. Ils se lancent tous les deux dans une quête de vérité, qu’ils vont mener à leurs risques et périls. En effet, des ombres (la pieuvre ?) donnent l’impression de roder. Bien trop d’accidents, de phénomènes inexpliqués, jalonnent le parcours de ceux qui vont chacun à leur tour tenter de résoudre le mystère, ou de s’y intéresser même épisodiquement, quitte à s’y perdre, ou y perdre la vie. Ce récit nous emporte dans des recoins étonnants, avec un souffle surprenant, faisant de la conspiration son sujet principal. Le beau-frère de Phily-Jo, Gary Sanz, est professeur de lettres et la manipulation devient de temps en temps également littéraire, pour le plus grand bonheur du lecteur. J’ai trouvé ce roman grandiose et assez magistral. Il pose des questions sur notre temps, s’inscrit véritablement dans les préoccupations de la période que nous traversons. Il nous aide à réfléchir, à faire un pas de côté, à réorganiser notre pensée, au-delà des apparences, à douter. Et c’est aussi un implacable thriller.

Editions Zulma – 18 août 2022

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Sélection Prix Fnac 2022

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