Atelier d'écriture

Atelier d’écriture

© Romaric Cazaux

Tu me manques touts les jours. Et tous les jours je viens vers toi. C’est une attraction irrésistible. Comme un rendez-vous. Cette conversation quotidienne que nous avons. A peine une demi-heure. Moi et ma demi-fesse, assises sur un banc, installées sous ta fenêtre. Toi et ta grande carcasse, posés sur un tabouret, encastrés dans le cadre de ton entrée. Chaque jour au réveil tu me manques. Et je hume l’air pour entendre le message. Et tous les bruits du monde m’amènent finalement à toi. Il n’y a rien à comprendre. Seulement l’évidence d’un équilibre. Toi et moi. Nous deux. Réunis sur le seuil de ta maison. Tous les jours. Rien de palpable. Rien à récupérer dans le flot ininterrompu de nos conversations. Tu es celui avec lequel j’aime parler. Et c’est un peu de l’amour cet échange journalier. Un amour qui n’aurait pas besoin des corps pour respirer. Et tu me manques de nouveau. Avec fulgurance. Lorsque je me lève pour aller vaquer à mes occupations habituelles. Lorsque le reste du monde reprend ses droits sur notre parenthèse. Et je sais alors ton regard sur mon dos, mes jambes, mon départ. Attentif à conserver mon image. Jusqu’au lendemain. Nous parlons de tout. Sauf de nous. Nous craignons la transgression. Celle qui ferait tanguer l’équilibre. Celle qui gâcherait tout. Celle qui ferait mourir la poésie de ces instants que nous attendons tous les deux. J’en suis persuadée. Que je te manque aussi tous les jours. Que tous les matins toi aussi tu m’attends. Sinon pourquoi aurais-tu eu ce scintillement dans les yeux quand je t’ai dit tout à l’heure… à demain.

Un texte rédigé dans le cadre de l’atelier d’écriture de Leiloona… une photo, quelques mots. Les autres textes de l’atelier sont à lire [ici].

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Coups de coeur·Lectures 2017

Un funambule sur le sable, Gilles Marchand ~ Rentrée littéraire 2017

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Gilles Marchand est bien le seul capable de nous laisser croire à la possibilité de naître… avec un violon dans la tête. Ce parti pris acquis, plus rien de la poésie douce absurde de l’auteur ne nous surprendra plus dans son roman. Un funambule sur le sable nous raconte donc cette histoire étonnante d’un petit garçon né avec cette infirmité, et de ses difficultés à s’insérer dans une société bien frileuse avec toutes les différences. Heureusement, Stradi rencontre très vite son ami Max, également handicapé, et passionné de musique. Et puis il y a Lélie, avec laquelle il passe de douces heures de complicité amoureuse, et qui ne s’effraie pas de sa particularité. Mais rien n’est prévu dans notre monde pour un jeune garçon qui a ainsi un violon dans la tête, et dont l’instrument se réveille à la moindre occasion, qui parle aux oiseaux… Les moyens pour gérer les difficultés, et notamment la croissance de l’objet, sont douloureuses et Stradi, bien qu’entouré par une famille aimante, doit faire face tous les mois à des soins qui lui rappellent encore plus sa pathologie. Et toi lectrice, tu as plongé dans cette fable avec douceur et précaution. Tu avais déjà aimé Une bouche sans personne, le premier roman de Gilles Marchand, qui possédait déjà cette poésie de l’absurde, et tu as été heureuse de constater que l’auteur n’a rien perdu de sa force d’écriture dans ce second opus, bien au contraire. Et tu as été touchée, à la fois par son talent d’écrivain, qui suit sans failles son fil narratif jusqu’à la fin, et par sa manière d’aborder avec délicatesse le thème des maladies invisibles, de l’handicap, et de l’insertion compliquée. Tu as vu ici et là que l’on comparait cette forme d’écriture à celle de Boris Vian, et tu te dis oui, bien sûr, qu’il y a de l’Ecume des jours dans ce livre là, mais qu’il y a aussi autre chose, un optimisme réel dans les capacités humaines à s’aimer et à se rencontrer. Un très beau livre, à offrir et à s’offrir. Un coup de coeur émerveillé.

Editions Aux Forges de Vulcain – 24 août 2017

Ce titre est un des choix de Moka pour les #MRL17 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2017

Un bruit de balançoire, Christian Bobin ~ Rentrée littéraire 2017

Lire Christian Bobin, c’est entrer dans un autre monde… Alors tu as ouvert ce titre avec précaution, presque sans bruit, pour ne pas déranger le rêve que son écriture promet toujours. L’objet livre est magnifique, s’ouvre sur la très belle calligraphie d’un auteur qui parle souvent directement au coeur. Toi aussi, tu as pris avec lui alors, dès les premières lignes, le parti pris du contrepied, contre les tambours modernes : désenchantement, raillerie, nihilisme… pour mettre en route bienveillance, grâce et beauté. Et tu as commencé ta lecture. Christian Bobin livre ici un titre essentiellement fait de lettres. Chacune est adressée à quelqu’un, sa mère, monsieur le coucou, frère nuage… ou ce poète Ryokan, qui a été une révélation deux ans auparavant. Ce sont des réflexions sur la vie, l’écriture, le temps, les priorités, l’instant. Et toi lectrice tu es parfois revenue picorer une phrase déjà lue, et tu t’es arrêtée, comme saisie par tout ce qui t’avait échappé à la première lecture. Ce sont des phrases qui se lisent comme des haïkus, des phrases dont on s’imprègne longuement. Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d’une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n’être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d’une parole claire en son obscurité. Un ovni littéraire en cette rentrée. Christian Bobin dans toute sa simplicité, sa candeur éveillée et le miracle de son écriture. Tu as hâte de le lire de nouveau plus longuement, également sous une autre forme.

L’iconoclaste – 30 août 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

 

Lectures 2017

Les pleureuses, Katie Kitamura ~ Rentrée littéraire 2017

Tu succombes de temps en temps aux jolies couvertures roses de la collection La cosmopolite de chez Stock, et y découvre souvent de jolies pépites, mais c’est un peu moins le cas cette fois-ci… Ce roman là a été traduit de l’anglais et son titre original est A Séparation. Des flammes courent sur la couverture de la version anglaise… et voilà qui donnait sans doute mieux une idée de l’ambiance du roman que cette version française… un peu édulcorée. En effet, tu as appris très vite que la narratrice est séparée de son mari, Christopher, que personne ne l’a su jusque là. Elle avait promis. Et que quand sa belle-mère l’appelle pour la sommer de partir à la recherche de son ex-époux, la voici bien embêtée. Il a disparu depuis plusieurs jours. Elle est à deux doigts de lui dire qu’ils sont séparés, qu’elle a un autre homme dans sa vie, puis accepte finalement de partir à sa recherche dans le Péloponnèse pour finaliser leur divorce. Elle s’installe dans l’hôtel où il avait réservé, et attend, sans que Christopher ne donne de signes de vie, même si les traces de sa présence sont palpables… Son mari préparait un livre sur le deuil et les enterrements, et s’intéressait plus particulièrement à la pratique ancestrale des pleureuses, payées pour pleurer les morts. Dans sa chambre, elle retrouve des tas de notes et papiers divers, ainsi que des vêtements éparpillés sur le sol… La nature aux alentours a été ravagée dernièrement par un terrible incendie, l’hôtel est pratiquement vide, ce qui donne à ce séjour des allures de fin du monde et de mélancolie profonde… La jeune femme s’interroge sur son mariage, les motivations de sa présence, les relations entre les personnes qu’elle rencontre (notamment les employés de l’hôtel)… Le drame plane, l’inquiétude monte… Et toi tu as été un peu déçue par la lourdeur du style de ce roman, qui répète beaucoup ses phrases et pense pesamment. C’est donc une légère déception, malgré une intrigue bien ficelée, et une histoire qui a réussi à te tenir en haleine jusqu’à sa fin…  Une lecture de rentrée mitigée donc, mais dont tu as tout de même goûté les moments de grâce, et notamment cette plongée assez réussie elle dans une Grèce moderne encore très secrète, dépendante du tourisme, et bercée par ses traditions.

Editions Stock – 23 août 2017

 J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

 Badge Lecteur professionnelLu via Net Galley