Coups de coeur·Lectures 2018

Sauveur & fils T1, Marie-Aude Murail

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Depuis le temps que je voyais ce roman jeunesse (le premier tome d’une série) récolter des petits coeurs enthousiastes sur tous les blogs que je fréquente, je me suis dit qu’il était temps pour moi de l’ouvrir à mon tour… Je ne peux pas dire que j’ai été séduite d’emblée par Sauveur et son fils. Il m’a fallu m’acclimater à eux, rentrer dans leur famille, rencontrer leurs amis, et surtout faire connaissance avec la ribambelle de clients de Monsieur Sauveur Saint-Yves, psychologue de son état. Sauveur se pense d’ailleurs parfois piètre psychologue, ses patients actuels présentent en effet tous des cas vers lequel il s’avance en tâtonnant beaucoup. Une jeune fille qui se taillade le bras, une autre qui cumule les absences scolaires, ce petit garçon atteint d’énurésie, cette fratrie qui n’accepte pas que leur mère soit partie de la maison pour aimer une autre femme, etc. Sauveur Saint-Yves a aussi d’autres problèmes à régler, qui proviennent de ses origines antillaises : sa couleur noire d’abord, qui fait de son fils Lazare un métis, et provoque à l’occasion des réactions racistes, et son passé, qui le rattrape soudain sous la forme de menaces inquiétantes. Cependant, tout préoccupé qu’il est par les cas qu’il rencontre, et notamment par celui du jeune Gabin dont la mère est victime d’une bouffée délirante, Sauveur ne voit pas que son fils espionne les dialogues qu’il entretient avec ses patients, ni qu’il voudrait mieux connaître son histoire. Le jeune garçon se sent peut-être aussi un peu seul, même s’il y a Paul, son meilleur ami. Alors, un hamster entre dans leur maison, puis un autre (parce que le premier n’a pas survécu)… et de fil en aiguille il se pourrait aussi que la naissance de petits hamsters réussissent à créer un lien entre les personnages de cette histoire, qui a prise, au fil de ma lecture, de plus en plus de consistance et d’intérêt jusqu’à avoir du mal à éteindre la lumière hier au soir. Me voici donc à mon tour séduite, et toute prête à lire les tomes 2, 3 et 4 de cette série qui a déjà fait ses preuves, et dont le premier opus a fini par terriblement me passionner.

Ce premier tome vient de sortir en format poche.

Editions Médium Poche – mai 2018 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Noukette

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Atelier d'écriture

Ecrire

Tu es si beau mon ange. Mais c’est un crime de t’aimer. Ma famille a été claire. C’est un crime aussi de t’écrire. Tu es l’ennemi, de l’autre côté, pas comme nous, infréquentable. Toutes mes tentatives pour te faire accepter ont été vaines. La tempête a grondé en ma défaveur. J’ai déplacé la lutte, improvisé, tatoué mon corps de ta peau. Un signe visible par manquement dépassé. A chaque fois que je t’ai vu, embrassé, touché. Trois fois depuis l’interdiction. Ils pensent que je veux me rapprocher d’eux, que j’ajoute à chaque tatouage la marque de mon acceptation. Le corps de mon père est recouvert des victoires de notre clan. Elles ne sont pas miennes. Elles ne le sont plus. Ma famille, c’est toi. Tu es si loin mon ange. Le manque de toi court le long de ma nuque, alourdit mes épaules. Je passe à côté de mon été, des rires de mes cousins, de la joie marquée sur les visages. Ils ne se doutent pas du halo qui m’entoure et tourne autour de moi, de notre double regard, du timbre de ta voix dans ma tête. Je suis amoureuse pour la première fois, et c’est comme un incendie qui aurait détruit tout ce que j’étais avant, la petite fille qui pouvait sauter dans l’eau sans se soucier de rien, mon innocence. Je ne peux pas dire que j’aime ça, ma vie est devenue si inconfortable, fébrile. Mais il n’y a aucun retour possible. Tu es devenu mon essentiel et mon urgence. Tu es si beau mon ange. Ce soir nous avons décidé d’une autre rencontre, une autre étoile à rajouter à la naissance de mes cheveux si nous réussissons à nous voir. Tu m’embrasseras là où je tatouerai ma peau demain, à l’endroit même où tes lèvres auront marqué mon épiderme de leur trace brûlante. Je suis en maillot de bain, les cheveux mouillés plein de sel, la mer clapote contre mon ventre. Elle est un peu froide. Ma cousine m’observe. Sur son nez perle des gouttes d’océan. Dans son regard, je vois qu’elle devine, qu’elle sait. Quelque chose dans mon maintien sans doute, dans la raideur de mon corps qui irradie d’attente. Elle se relève et tourne son buste vers le groupe que forment nos parents, amoncellement de draps de bain, de parasols et de glacières. Des rires et des éclats de voix nous parviennent. Son profil se découpe sur le bleu du ciel. J’ai le sentiment que le temps est soudain suspendu, qu’elle tient ma soirée dans le pincement de ses lèvres. Son expression est indéfinissable. Puis elle se retourne vers moi et dans un sourire plonge de nouveau, son mouvement me douchant d’une grande gerbe d’eau.

Crédit photo – Free Sweet Col Lemaire Photos

Lectures 2018

Il y a toujours un rêve qui veille, Joëlle Sanceau

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Je vous propose aujourd’hui un livre de saison – une sympathique lecture d’été au goût de romance – que j’ai lu en Bretagne avec plaisir, entre diverses lectures de rentrée plus austères… Joëlle Sanceau, alias la blogueuse Albertine Proust, nous avait déjà régalé l’année dernière avec son Plage Sainte-Anne. La revoici dans une toute autre ambiance. Car son nouvel opus ne fait pas seulement que respecter les codes du roman feel good, il émeut aussi beaucoup. Jeanne en est le personnage principal. La quarantaine bien tassée, professeure de lettres dans une khâgne, surnommée par ses élèves Madame travail et rigueur, elle exerce en région parisienne, loin de sa Bretagne natale. La vie suit son cours bien huilé, quoique un peu terne. Mais tout va changer quand tante ronchon décède. Jeanne prend alors quelques jours pour assister à l’enterrement et aider sa mère à vider la maison de sa tante. Depuis 26 ans, et le décès accidentel de son fiancé à la veille de leurs noces, Jeanne ne venait plus que pour une brève visite à Noël sur les lieux du drame. Mais voici que le jeune frère de Pierre est là, Gabin, propriétaire d’une fabrique de chocolat. Voici que peu à peu Jeanne se laisse prendre par l’ambiance de son village natal. De là-haut, tante ronchon ne serait-elle pas en train de lui souffler qu’il est grand temps de tourner la page, et de – pourquoi pas – racheter sa maison, s’installer ici ? Si vous avez aimé les livres de Stéphanie Pelerin ou le Hâte toi de vivre de Laure Rollier, vous serez séduits par ce roman dans lequel j’ai retrouvé la même dynamique et ambiance. Jeanne est un personnage aux multiples facettes. Elle se terre depuis longtemps dans un deuil qui l’empêche de vivre sa vie, écrit dans le plus grand secret une série policière à succès, dont l’enquêtrice vénitienne a les traits de caractère impétueux de sa mère, coiffeuse, et est en même temps, une petite femme au corps maigre et fragile qui ne demande qu’à se laisser choyer par le bienveillant Gabin. J’ai été sensible à ce thème du corps fragilisé qu’aborde Joëlle Sanceau avec beaucoup de tact, et j’ai été émue par le personnage de Luce, élève anorexique, passionnée de littérature. Je crois que cela m’a rappelé à quel point à une époque je pesais peu. Mais ce roman est avant tout plein d’humour et de positivité, et il donne envie de rencontrer réellement les gens qui nous entourent.

Les éditions du 38 – mai 2018 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Saxaoul

Coups de coeur·Lectures 2018

América (épisode 1), Jason Pearson & Alé Garza & Jon Hughes

Il se peut que je vous étonne un peu avec mon coup de coeur du jour !  Mais je dois dire que grâce à mon garçon (13 ans,) je baigne dans l’univers des super héros depuis longtemps. La semaine dernière, nous étions d’ailleurs au rendez-vous pour la sortie au cinéma du deuxième épisode des Indestructibles. Ce qui arrive à America, dans le tout premier épisode de cette série que je vous présente aujourd’hui, a quelques liens avec le thème de ce deuxième opus, car elle met sans conteste le féminin à l’honneur. Mais loin d’être devenue la meilleure super héroine du moment, America a perdu elle, de manière complètement étonnante, et depuis peu, tout pouvoir d’indestructibilité. America travaille pour HeroCorp, une entreprise de super héros, et ce depuis dix ans, elle n’a donc pas l’intention d’arrêter ses activités. D’ailleurs, la voici toujours sur la brèche, et devenue accroc à cette nouvelle sensation jusque alors inconnue d’elle : la douleur. Ses employeurs ne sont pas chauds de la laisser travailler ainsi, et son contrat d’assurance est ainsi rompu quand elle refuse de porter la nouvelle combinaison qu’on lui a fabriquée. Mais America ne s’en laisse pas compter et démontre qu’elle reste malgré ses nouvelles failles une super héroïne. Personnellement, j’ai beaucoup aimé dans ce premier épisode, les dialogues savoureux et percutants écrits par Jon Hughes, le créateur d’Overground Comics. Les dessins de Jason Pearson et Alé Garza sont également très beaux, et d’une violence esthétique plutôt sobre. Ils ont su donner au corps de la jeune Bernadette Callaway, force et fragilité. Ce sont d’ailleurs les plus belles planches de l’album, celles où l’on découvre le corps de le jeune femme, belle, rebelle, mais blessée. J’ai hâte de suivre la suite des aventures de cette héroïne attachante qui découvre soudain ce qu’être devenue mortelle signifie. Et j’aime sortir aussi qualitativement de ma zone de confort.

Editions Graph Zeppelin – 10 juillet 2018

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Divers et blabla

Tully

Le thème de l’épuisement maternel m’intéresse depuis longtemps… On en parlait peu quand mes enfants étaient petits. A l’aube de l’an 2000, être mère était devenu presque une fin en soi pour les femmes, qui se devaient d’en être obligatoirement épanouies, au risque sinon d’être regardées de travers et taxées de mauvaises mères. Hors du baby blues qui pouvait être éventuellement diagnostiqué, il n’y avait pas de place pour le doute, les angoisses et la fatigue. Je suis contente de voir que les mentalités évoluent un peu, et qu’aujourd’hui la maternité est prise dans toute sa complexité… Le film ci-dessous peut sembler un peu excessif, voire négatif, mais en fait il ne l’est pas du tout. Je l’ai trouvé plein d’espoir. Il donne envie d’aimer ses enfants, tout en continuant à ne pas s’oublier… Charlize Théron y est remarquable. A voir !

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