Lectures 2020

Eloge du métèque, Abnousse Shalmani

Je crois que la métèquerie est inscrite dans mes gênes, comme si j’avais été d’ailleurs, dans une autre vie, ou comme si mes ancêtres étaient venus d’ailleurs… Mais rien de tout cela, mon arbre généalogique en témoigne. Pour autant, certains de mes ascendants ont physiquement hérité de traits espagnols ou marocains, d’une couleur de peau qui pourrait laisser penser le contraire. J’ai toujours été fascinée par les récits d’exil, touchée au plus profond de mon être par les histoires de déracinement. Je voulais en faire le thème de mon mémoire de maîtrise pendant mes études de lettres. Je me suis donc plongée dans cet Eloge du métèque par Abnousse Shalmani avec une grande attention. Bien entendu, la chanson de Georges Moustaki nous vient en tête en premier lieu. Elle est celle qui a donné ses lettres de noblesse aux déracinés de l’époque. Mais Abnousse Shalmani revient surtout sur tous les héros de la littérature et sur les personnages réels auxquels on peut attribuer ce qualificatif, qui a le mérite d’être à la fois ancien et universel. Ce mot désignait simplement, dans le Grec ancien, celui qui changeait de cité avant de devenir une insulte. Avec érudition, elle évoque aussi bien Hérode que Martin Eden, Esméralda que la muse de Baudelaire, Hercule Poirot que Romain Gary, ou Salman Rushdie. Tous sont des êtres sans terre, concernés par l’exil, ces autres qui fascinent et inquiètent, à la fois libres et condamnés à l’identité mouvante. Il n’est pas facile de parler de cet essai. J’en ai aimé la ferveur et l’érudition. J’ai aimé aussi la beauté qui se dégage de ce texte, une beauté mêlée de tristesse et d’orgueil. C’est un ouvrage qui réchauffe le coeur, et qui donne le sentiment qu’être d’ailleurs, c’est faire partie d’une grande famille, unifiée par ce mot magique qui simplifie et explique tout, métèque.

« Le sens de la beauté métèque se niche dans l’absence, celle du pays natal et de l’enfance, se nourrit de nostalgie triste et joyeuse, s’exprime dans une forme qui emprunte à l’incohérence, au rapport mystérieux que chaque métèque entretient avec son exil et ses masques, se compose d’influences opposées qui brouillent les limites.« 

Editions Grasset – octobre 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

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