Lectures 2020

Il est encore temps, Jean-Philippe Blondel

Alors que la continuité pédagogique se termine à la maison, j’ai presque un peu de nostalgie à vous parler de ce livre… En effet, en cours de français, nous avons étudié avec mon fils les discours de Martin Luther King et de Greta Thunberg, le point de départ de discussions entre nous sur l’exaltation de la jeunesse (amplifiées plus tard au moment de l’étude d’Antigone) et le point de départ de ce roman… Nous sommes en 2019. Lou termine sa troisième et passe ses épreuves de Brevet. L’écoute d’un discours de Greta Thunberg la plonge soudain dans un état de sidération intense qu’elle va traîner tout l’été suivant, à la grande inquiétude de ses parents qui consultent un médecin. Lou est persuadée que le monde court à sa perte, qu’il n’y a plus rien à faire et que même la notion de Carpe diem n’est qu’un leurre pour ne pas regarder la vérité en face. Son médecin, complice et compréhensif, lui suggère de gérer son angoisse en se rendant utile. Ils raconteront à ses parents qu’elle souffre d’anémie, pour les rassurer. L’entrée au lycée de Lou va être l’occasion de nouvelles amitiés mais aussi de nouvelles expériences. Et si elle avait réellement le pouvoir d’éveiller les consciences ? J’ai choisi ce roman ado lors d’une opération masse critique de Babélio, pour son thème, le nom de son auteur, et celui de la maison d’édition qui l’édite. Et je n’ai pas été déçue. Dès le début, j’ai aimé sa qualité d’écriture, aimé plonger dans ce combat qui m’est familier et important. Son seul défaut est peut-être d’être bien trop court. A offrir à nos petits troisièmes, qui auront connu une année bien étrange ! Le confinement aura été pour moi l’occasion de passer des moments très intéressants avec mon fils, et de me réconcilier avec ma propre année de troisième, qui n’a pas été la meilleure de ma vie. Me rendre compte que je pouvais comprendre les cours et les lui transmettre, et que j’aimais ça, a été d’un grand réconfort et une surprise. Dans ce roman, la relation de Lou avec ses parents, surtout sa mère, est très jolie et émouvante. Ce livre distille un bel espoir et nous confirme que nous pouvons sans cesse nous réinventer et faire bouger le monde.

Actes Sud Junior – mai 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Coups de coeur·Lectures 2018

Dancers, Jean-Philippe Blondel… Rentrée littéraire 2018

 

❤ Je crois bien que je viens de lire mon premier Jean-Philippe Blondel, aussi étonnant que cela puisse paraître. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir depuis longtemps vu son nom partout sur des couvertures. Ici, il s’agit d’un roman pour adolescents (il écrit aussi pour les adultes) et d’un coup de coeur pour moi ! J’ai une sensibilité particulière envers les récits qui parlent de la danse, surtout quand elle n’est pas classique et est vécue comme une urgence ou une nécessité. C’est sans doute parce que mon corps ne répond pas comme cela, avec autant de force, de souplesse et d’aisance. J’aurais aimé je pense. Nous rencontrons dans ce roman trois personnages, Anaïs, Adrien et Sanjeewa. Ils sont très différents mais vont être amenés à partager le même cours de danse dans un lycée, cette même option dont ils ont tous les trois un besoin essentiel. Adrien a la danse dans la peau, ses parents lui ont d’ailleurs permis d’aménager complètement le sous-sol de leur maison pour qu’il s’entraîne. Anaïs est une ancienne gymnaste que l’on a découragé abruptement de continuer sur cette voie et qui trouve dans la danse la précision et la rigueur qui lui conviennent.  Sanjeewa est lui originaire du Sri Lanka et on dit de lui qu’il parle comme dans les vieux livres dans lequel il a appris à lire le français avec son père. Il est très doué en Hip Hop, car il retrouve dans les mouvements de cette danse les mouvements des danseurs masculins de son pays d’origine. Mais ces trois là vont surtout nous rejouer l’histoire du triangle amoureux. Et si justement quelque chose de beau pouvait éclore de cette situation, pour une fois ? Si la danse et l’amitié pouvaient aplanir toutes les difficultés et toutes les frontières ? Mais ce n’est pas gagné. Avant de parvenir à cet état de grâce, il faudra peut-être en passer avant par la colère. N’hésitez pas à ouvrir ce roman dont l’écriture m’a séduite d’emblée. Jean-Philippe Blondel a su dans le choix de ses mots exprimer à la fois les mouvements du corps, mais aussi les mouvements de l’âme de ces adolescents en recherche de sécurité et de partage, et qui se cachent derrière une volonté affichée d’autonome et de fierté. Dancers exprime tout ce que le porté en danse signifie de lâcher prise et de confiance en son partenaire, et combien il est précieux de grandir dans un monde où chaque porté est réussi. Un très beau roman donc, et mon cinquième coup de coeur de rentrée littéraire !!

Editions Actes Sud junior – 22 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

Lectures 2018

Ueno Park, Antoine Dole… Rentrée littéraire 2018

  

Ma rencontre avec l’auteur Antoine Dole date. Elle s’est faite en réalité via son pseudo Mr Tan, et la collection des Mortelle Adèle que ma grande fille dévorait autrefois. Ma fille a 17 ans à présent, mais elle les lit toujours avec avidité quand l’occasion se présente. Puis, j’ai découvert ses romans, et notamment dernièrement Tout foutre en l’air, publié également dans une petite collection de chez Actes Sud. J’aime cet auteur qui allie à la fois le talent et une très belle personnalité, ravie d’avoir pu échanger rapidement avec lui l’année dernière à Angoulème. Antoine Dole aime le Japon et la culture japonaise. On peut le constater facilement d’ailleurs via ces petites photos magnifiques qu’il prend sous le pseudo de Mr Tan et dont notre petite famille adore l’univers (voir Nendo Stories sur facebook). Je n’ai donc pas été surprise de découvrir son titre de rentrée littéraire, destiné aux adolescents, qui dresse le portrait de huit jeunes gens en route pour assister à l’éclosion des cerisiers en fleurs à l’intérieur du parc Ueno de Tokyo. Ils ont tous en commun le fait d’être considérés comme des êtres sortis de la norme dans cette culture japonaise où la pression sociale est très forte. Ils sont devenus pour la plupart soit des anti-conformistes au look parfois extravagant, soit des fantômes, des exclus. Le premier personnage, Ayumi, est emblématique de ce terme Hikikomori, qui désigne ces adolescents coupés du monde qui n’arrivent plus à sortir de leur chambre. Mais il y a aussi Haruto, dont la vie a été chamboulée par le tsunami de 2011. Fuko, atteinte de leucémie, qui est condamnée et arrive au parc pourtant toute joyeuse dans un fauteuil roulant poussé par sa grande sœur. Noriyuki, qui est devenu sans domicile fixe, après avoir abandonné le domicile familial. Sora, qui affiche un look de genderless kei. Aïri, une fan qui se perd dans son amour obsessionnel pour son idole. Ils ne se connaissent pas mais vont se trouver réunis pour Hanami, le spectacle de l’éclosion des fleurs de cerisiers, pour un moment traditionnel important de grâce, de pause et de réflexion, de renouveau, qui réussira peut-être à changer leur vie. Personnellement, j’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce roman choral dans un Tokyo foisonnant. J’ai pensé par certains aspects au film visionné il y a peu, Les délices de Tokyo, adaptation d’un roman de Durian Sukegawa, surtout avec ce chapitre sur le personnage de Daïsuké, qui travaille dans une échoppe à pancakes et vit encore chez ses parents. Le fait de n’avoir pas fait d’études, de travailler dans un endroit minuscule et peu valorisant pour un salaire de misère, le rend lui aussi de plus en plus transparent. On se demande, en tant que lecteur, quel avenir vont avoir tous ces êtres fragiles dans une société qui ne les attend pas pour avancer. On n’oublie pas aussi de faire le parallèle avec un système scolaire français qui ne laisse plus aux jeunes gens le temps de trouver leur voie, de se tromper ou de grandir. Antoine Dole distille pour autant dans son texte plusieurs éléments positifs, faits de rencontres possibles, de courage et d’espoir, qui font de ce roman un levier  pour oser marquer sa différence et affirmer sa liberté.

Editions Actes Sud junior – 22 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

D’autres lectures chez… Noukette et Jérôme

Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

Lectures 2018

Une fille de…, Jo Witek

       

« Je m’appelle Hanna Sobolev, je suis la fille d’Olga Sobolev, prostituée indépendante. Fille de pute, quoi. Je suis une insulte, la pire des insultes, celle que les gens de mon âge balancent si facilement à la tête de leurs ennemis. »

J’aime beaucoup cette collection de chez Actes Sud Junior, d’une seule voix, que ma fille de 16 ans emprunte également assez facilement en bibliothèque… J’avais déjà eu l’occasion de lire dans le même format Tout foutre en l’air d’Antoine Dole et A la dure de Rachel Corenblit [clic ici ], un très fort souvenir de lecture. Alors, quand nous nous sommes arrêtées devant Jo Witek lors du Printemps du livre de Montaigu, j’ai moi aussi craqué pour ce petit livre-ci. Dans ce court roman, très bien écrit et intense, nous faisons la connaissance d’Hanna, Hanna qui court à perdre haleine sur la ligne verte. Elle court pour oublier, pour échapper au danger, pour se donner de la force, elle court pour sa mère, prostituée, qu’elle aime malgré la honte qui entoure cette activité dont elle ne peut parler à personne et qui l’éloigne fatalement des autres. Fille de pute… voilà ce qu’elle est, et c’est aussi la pire insulte que l’on peut adresser à quelqu’un de son âge. Hanna a déjà passé sa courte vie à sourdre de colère à l’intérieur d’elle contre ceux qui ne comprennent pas que cette vie là n’est jamais un choix. Alors, quand elle rencontre Nolan, qui court aussi sur la ligne verte, elle hésite. Lui parler ? Tout lui confier ? Quel regard va-t-il avoir sur elle après ça ? L’amour est-il possible ? J’ai été bluffée, dans ce texte, par la facilité avec laquelle Jo Witek se glisse dans la peau d’une jeune fille, tiraillée entre l’amour qu’elle porte à sa mère, la conscience de ce qu’elle lui doit, la nécessité où elle va être de devoir encore longtemps faire face, et sa volonté (farouche) de vivre sa propre vie. Rien n’est caché de l’activité d’Olga, de ce que cela signifie être prostituée, de ce qu’elle est obligée de faire, mais rien n’est vulgaire non plus, seulement réaliste et sans fausse pudeur. Le présent est marqué par une écriture en italique qui semble suivre les pas cadencés d’une Hanna contemporaine qui court, et se remémore son passé, tout ce qui l’a amenée à se retrouver bientôt face à Nolan et à la vérité. Encore une lecture très forte de cette superbe petite collection !!

Editions Actes Sud Junior – août 2017 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

En lecture commune avec… Alexandra du Brick a Book

D’autres lectures chez… Jérôme Noukette Mumu

Lectures 2017

La fureur de vivre

Hasards et coïncidences des trouvailles de bibliothèques… il est beaucoup question de la fureur de vivre dans ces deux titres pour adolescents/jeunes adultes empruntés hier avec le DVD du même nom (que tu voulais faire découvrir à ta fille). Dans Tout foutre en l’air, d’Antoine Dole, on tremble qu’une jeune fille tombe sous le joug d’un amoureux indélicat. Ils vont le faire ensemble, ce soir… Les parents sont inquiets… Et toi tu te disais, au cours de ta lecture, hier au soir, mais qu’ils la laissent donc tranquille – enfin – vivre son histoire d’amour… et tu ne t’attendais pas au revirement, à l’indicible, à t’être ainsi laissée duper par le sens des mots. Ouah ! La langue est belle et nous berce de sa poésie… et merci à Antoine Dole pour le message ainsi déposé. Dans A la dure, de Rachel Corenblit, tu as été plus que touchée par ce lien fraternel qui tente de sauver… Arthur accepte de participer à la désintoxication de sa grande sœur, dans cette maison familiale désertée quelques jours par leurs parents. Il est là, la soutient, et un lien à la fois bourru et fort se crée au fil des crises et vomissements… Ils ne s’étaient jamais vraiment sentis aussi proches, tous les deux, lui le bon élève sérieux, et elle la grande sœur à la dérive… Que du bon et de l’intense, donc, dans cette petite collection de chez Actes Sud créée par Jeanne Benameur et Claire David, pour des livres qui ont la belle ambition de se lire d’un seul souffle.

Actes Sud – Janvier 2015 (Tout foutre en l’air, Antoine Dole) 
Février 2017 (A la dure, Rachel Corenblit)

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Jérôme et Noukette ont aussi lu Antoine Dole et Rachel Corenblit… dans le cadre de leurs Pépites jeunesse