Lectures 2019·Objectif PAL

Eldorado, Laurent Gaudé… mon objectif pal de septembre !

J’ai décidé de sortir ce roman de ma PAL ce mois-ci, en raison de sa couverture, et de notre prochain thème de rencontre du club des lecteurs yonnais sur le thème du voyage. Mais comme je ne lis jamais les quatrièmes de couverture, je me suis retrouvée là en l’occurrence très vite face à des voyages bien particuliers… (Je me suis rendue compte par la même occasion combien ce thème était bien plus riche que prévu.) Nous partons en effet dès les premières pages de ce récit à la rencontre du commandant Piracci, gardien de la citadelle Europe sur sa frégate Zeffiro, qui intercepte depuis maintenant vingt ans les embarcations des clandestins. Ce métier est devenu à la longue un poids pour sa conscience, même si il sauve aussi des vies. D’ailleurs, c’est une de ces rescapées qui l’aborde un beau jour au marché de Catane. Le bateau dans lequel elle était avait été abandonné à son sort par l’équipage, et les migrants laissés sans eau ni nourriture. Son bébé en était mort. Elle vient réclamer une arme au commandant et lui exprime son désir de vengeance envers l’homme d’affaire véreux qui avait affrété le bateau. Cette rencontre ébranle le commandant qui décide au final quelques temps plus tard de tout laisser pour tenter de son côté le voyage en sens inverse… Par ailleurs, le lecteur rencontre deux frères, déterminés eux à quitter le Soudan pour cet Eldorado européen dont tout le monde parle. Ceux qui réussissent ont véritablement vécu l’enfer. Je découvre l’écriture de Laurent Gaudé avec ce titre, une écriture étonnamment simple mais efficace, et assez inspirée par le théâtre. Rien d’étonnant à ce qu’il soit également dramaturge. J’ai aimé cette simplicité du texte qui permet de se fondre dans l’histoire et d’aborder d’assez près les personnages. Il y a aussi une dimension assez symbolique dans ce récit qui porte très bien le sujet, très fort. J’ai été très touchée par ce roman, qui a été un écho à cette exposition vue cet été au lieu unique à Nantes, Incoming de Richard Mosse (voir la vidéo plus bas) qui était très impressionnante. Les migrants y sont notamment représentés, filmés avec une caméra thermique. La lenteur de l’image, le son, tout est fait pour nous faire ressentir leur dépouillement, leur sidération, et leur courage.

Editions Actes Sud – août 2006

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019

Orange amère, Ann Patchett… sélection du Prix Relay des Voyageurs lecteurs 2019

Je continue mes lectures pour le Prix Relay des voyageurs lecteurs… Vous êtes déjà nombreux à avoir lu une grande partie de la sélection, je vous invite donc à élire votre livre préféré en cliquant ci-dessous, à la clé de nombreux cadeaux à gagner, dont un voyage à Séville ! Vous avez jusqu’au 7 juin.

[Lien pour voter – jeu concours]

Dans le roman que je présente aujourd’hui, nous atterrissons tout d’abord en pleine fête de baptême un dimanche de l’été 1964, en Californie. Albert débarque chez des gens qu’il connaît à peine, histoire de fuir sa famille, Teresa, et le bébé qui est encore en route. Il n’a pas vraiment été invité. On baptise le très beau bébé Franny mais c’est sous le charme de sa mère Beverly qu’Albert vient de tomber. Dans la cuisine, pendant cette journée cruciale qui va changer le destin de deux familles, on ne cessera de presser des oranges. Albert et Beverly vont convoler assez rapidement en justes noces et quitter la Californie pour la Virginie, laissant deux ex-époux sur le carreau et créant ainsi une famille recomposée hétéroclite. Les six enfants se retrouveront aux vacances et tous les étés, accueillis de mauvaise grâce par le couple et de temps en temps par les grands parents. Dans ces grandes périodes, ils seront livrés la plupart du temps à eux-mêmes, feront quelques bêtises, drogueront de manière innocente mais répétitive le plus jeune pour qu’il se tienne tranquille, jusqu’à ce que le drame arrive, non loin d’un champ d’orangers. Plus tard, lorsque Fanny sera barmaid et rencontrera l’auteur Léo Posen, sera venu le temps de raconter. Le succès du roman, autant inattendu qu’immense, aura l’avantage de renouer les liens de la fratrie et de rebattre les cartes de leurs relations… Son titre : Orange amère.
Il est peu de dire que j’ai pris un grand plaisir à lire ce récit, cette fresque familiale, qui n’a rien d’amère mais tente de balayer toute la complexité des relations humaines, ses désirs et ses contradictions. Ce roman a l’envergure des plus grands romans. On rentre dans l’intimité de cette famille américaine et peu à peu le temps passe, nouant et déliant des liens, permettant à chacun de changer, ou de faire du sur place. J’ai pensé à Alison Lurie à Alice Munro. Un très beau et intéressant moment de lecture !

Editions Actes Sud – janvier 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Clara

La sélection complète

Lectures 2019

Le quartier, Joakim Zander

Grâce au dernier Masse Critique Mauvais genre de chez Babélio, j’ai eu la chance de recevoir ce titre qui vient tout juste de sortir chez Actes Sud collection Actes noirs… Comme je lis très peu de polars, j’ai été plutôt contente de cette opportunité de sortir ainsi de ma zone de confort. Et c’est effectivement un voyage autant décoiffant que dépaysant que j’ai pu faire dans Stockholm et ses différents quartiers, via ce roman très bien écrit, moderne et prenant. Nous suivons principalement trois personnages dans cette histoire, trois jeunes gens très différents, bien que liés par les événements qui se déroulent à présent à Bergort, un des quartiers défavorisés de la banlieue de Stockholm. Il y a tout d’abord Fadi, un jeune garçon rebelle qui cherche surtout sa voie après le départ de sa soeur. Il est attiré par le beau discours qu’on lui sert, l’intérêt qu’on lui porte et rêve peu à peu de partir en Syrie. Yasmine, sa soeur, a quitté Bergort précipitamment quelques années plus tôt. Elle vit à New-York et exerce la profession de « chercheuse de tendances » mais sa vie n’est pas rose auprès d’un petit ami toxico et violent. Lorsque sa mère lui envoie des photos où Fadi, prétendu mort en Syrie, apparaît, elle fait tout pour retourner à Stockholm à la recherche de son petit frère. En parallèle, nous suivons Klara, qui prépare un rapport destiné aux gouvernements de l’Union Européenne et dont l’ordinateur est volé un soir dans un café alors qu’elle avait sans doute trop bu. Le décès violent d’un de ses collègues et l’attitude étrange de sa chef l’incite à en savoir plus. Les enquêtes des deux jeunes filles vont les amener à se mettre en danger, tandis que Fadi se cache et prépare sa revanche… Après avoir eu quelques difficultés en début de roman à situer les époques et situations, j’ai beaucoup aimé ensuite suivre les péripéties des protagonistes de ce roman qui a le mérite de s’intéresser à tous les milieux d’un Stockholm loin de l’image lisse que l’on nous présente habituellement. Il est question dans ce livre de radicalisation, de pauvreté, de machinations entreprises par de grands groupes, d’intérêts gouvernementaux, mais aussi d’amour, de fidélité et d’amitié. Et ne vous y trompez pas, une fois que l’intrigue est lancée, le lecteur est happé par un enchaînement de rencontres et de situations dignes des plus grandes séries du genre ! J’ai beaucoup aimé.

Editions Actes Sud – 10 avril 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

tous les livres sur Babelio.com
Lectures 2018

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu

Avant d’obtenir le prestigieux prix Goncourt, ce titre de rentrée littéraire avait déjà été repéré par une des marraines de notre sélection Rakuten pour les matchs de la rentée littéraire [clic ici]… raison pour laquelle il était dans ma PAL depuis septembre. Nous sommes à Heillange, au tout début des années 90, deux adolescents qui s’ennuient décident de voler un canoë pour traverser le lac et se rendre sur une plage réputée fréquentée par les naturistes. Cette journée, et les rencontres qui s’y déroulent, d’abord sur cette plage, puis à une fête où Anthony est embarqué par son cousin, le vol de la moto du jeune garçon, vont déterminer les événements de la décennie qui suit. Bien entendu, personne ne peut en avoir conscience en cette journée d’août 1992. Nicolas Mathieu profite de ce point de départ pour dresser le portrait d’une certaine France, d’avant la coupe du Monde de 1998, l’histoire d’une ville moyenne où les familles aisées côtoient mais ne fréquentent  pas, ceux des zones pavillonnaires ou des tours HLM. Là-bas, les pères sont usés par le travail et l’alcool, les mères ont parfois eu leurs enfants très tôt. Certains parents sont restés au bled et ne se voient que pendant les vacances scolaires. Les familles sont ce qu’elles sont, parfois aussi mono-parentales, et les enfants traînent dans les rues tard le soir. Mais, à l’adolescence, tout semble possible, on fréquente les mêmes écoles, les mêmes fêtes, les mêmes endroits, on boit le même alcool, on fume la même herbe. Au seuil de la vie active, cependant, il est difficile de faire la différence, le milieu rattrape parfois celui qui voulait s’en détacher… et la vie peut faire en sorte de vous cloîtrer à Heillange, sans que vous vous en aperceviez. J’ai eu une une lecture assez mitigée de ce livre, dans les premières pages, une impression de déjà lu, d’un peu d’ennui aussi. Mais heureusement, j’ai persévéré, et à partir de la moitié du roman quelque chose m’a attachée, j’ai eu envie de savoir si chaque personnage allait briser le plafond de verre qui brillait au dessus de sa tête. Leurs enfants après eux est un roman qui demande, il me semble, de se laisser prendre par son atmosphère, très désenchantée. Il ne m’a pas semblé très original, par son propos, j’ai déjà lu d’autres romans aussi bien faits sur cette période, mais il reste un des excellents romans de cette rentrée littéraire et il a le mérite de mettre le doigt sur ce déterminisme de classe, de nouveau si présent aujourd’hui, alors que l’on aurait pu le croire, un temps, disparu.

Editions Actes Sud – Août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
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Une autre lecture chez… Moka

« Il en est dont il n’y a plus de souvenirs,
Ils ont péri comme si ils n’avaient jamais existé ;
Ils sont devenus comme s’ils n’étaient jamais nés,
Et, de même, leurs enfants après eux.

Siracide, 44, 9. »

Coups de coeur·Lectures 2017

Tes étoiles de 2017 ~ ce qui t’a fait vibrer cette année

Même si 2017 n’est pas encore terminée (ouf et heureusement loin de là, rien n’est prêt), tu as eu envie hier de fouiller dans tes archives pour dénicher ce que tu as le plus aimé lire en romans, albums BD et jeunesse cette année !! (Tu préviens, il est possible que dans d’autres billets à venir tu regardes encore dans le rétroviseur). Pour corser le tout, tu as décidé de sélectionner seulement trois livres, dans chaque catégorie. C’est donc un peu ton petit prix lectures à toi toute seule que tu décernes à quelques titres aujourd’hui… Vous trouverez donc ci-dessous ce qui t’a particulièrement fait vibrer et battre ton coeur en 2017. De quoi trouver quelques idées supplémentaires à déposer sous le sapin pour Noël.

Pour accéder aux billets, il suffit de cliquer sur les couvertures !! ❤

Catégorie Romans

                      

Catégorie Albums BD

               

Catégorie Romans Jeunesse

                             

Tes autres coups de coeur sont là [clic] et là [clic]

N’hésitez pas non plus à aller lire les meilleurs billets sur notre sélection #MRL17 par ici [clic]

Et bientôt les résultats du vrai Grand Prix des Blogueurs Littéraires !!!

Et vous, vous retiendrez quoi de 2017 ?

Lectures 2017

14 juillet, Eric Vuillard

Puisque Eric Vuillard vient tout juste de recevoir le Prix Goncourt pour L’ordre du jouril était temps d’ouvrir son roman précédent, qu’il t’avait dédicacé à Rennes en mars dernier.

« Pour C.,
14 juillet, où le peuple entre en scène – en souvenir d’une rencontre à Rennes. En sympathie, 18 mars 2017. Eric Vuillard« 

Il est peu de dire que ce jour-là, lors de cette nouvelle session de Rue des livres, vous étiez tombées sous le charme de cet orateur né, Gambadou (sa lecture), Sylire et toi. Finement interrogé, il avait longuement expliqué son travail sur ce livre, ses recherches, lu quelques extraits. Et au moment de la dédicace, tu étais à la fois admirative et intimidée, et pleine aussi de cet entretien. Tu n’as donc pas ouvert 14 juillet tout de suite…

Mais quand est-il donc du roman ? (Maintenant que tu l’as lu) Avec 14 juillet, nous rentrons de plein fouet dans l’histoire avec un grand H, mais à hauteur d’homme de la rue. Nous sommes à la veille de la prise de la Bastille, les esprits s’échauffent, le peuple a faim, et la France marche à deux vitesses. Eric Vuillard se fond dans la foule, suit le mouvement, d’abord pendant l’émeute provoquée par une proposition de Jean-Baptiste Réveillon de réduire les salaires, en avril 1789. Les ouvriers se révoltent, pillent la Folie Titon, la manufacture de papiers peints tenue par Jean-Baptiste Réveillon. Les gendarmes arrivent, les pilleurs sont massacrés ou maîtrisés. On raconte que ce fut la journée la plus meurtrière de la Révolution. Quelques mois plus tard, le 14 juillet, ces mêmes ouvriers, accompagnés du tout Paris, participent à la prise de la Bastille, à la porte du bourg de Paris, du côté de ce faubourg. Les badauds s’arment comme ils peuvent. Et Eric Vuillard les ressuscite, méthodiquement, en leur donnant à chacun leur nom, leur profession, en décrivant leurs vêtements, leurs conditions physiques. On suit leurs pas, jusqu’à l’assaut final. Et c’est sans doute cet effort (louable) de mémoire qui t’a un peu désarçonnée, car Eric Vuillard use énormément de répétition dans son roman, afin sans doute de ne rien oublier des détails qu’il voudrait livrer à la postérité. Et toi lectrice, tu t’es sentie partagée, entre le sentiment très fort d’avoir à faire à un grand texte (certains passages sont d’une beauté époustouflante) et un certain ennui devant ces répétitions. Tu garderas donc de cette lecture le souvenir de ton enthousiasme de Rennes face à l’éloquence contagieuse d’Eric Vuillard, et le souvenir aussi de ces très beaux passages (lyriques) que pour le coup tu as lu deux fois.

Editions Actes Sud – Août 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Krol l’a lu aussi