Lectures 2022

Le muret, Fraipont & Bailly… ma BD de la semaine !!

LEMURET

J’ai trouvé cet album lors d’un passage en bouquinerie solidaire (« Aux bouquins frappés » à La Roche sur Yon). Je n’avais pas lu depuis longtemps ce qu’on appelle un « roman graphique », comme cet album est désigné par l’éditeur. J’ai l’impression que cette dénomination est souvent utilisée simplement en raison du choix du noir et blanc… Nous sommes en 1988, en Belgique. Rosie subit une situation peu habituelle à son âge. A treize ans, elle doit se débrouiller seule à la maison, sa mère étant partie et son père étant très occupé par son travail. Heureusement, son amie d’enfance Nath est là. Mais bientôt, l’absentéisme et l’alcoolisme naissant de Rosie creusent un fossé entre les deux jeunes filles. Rosie fait la connaissance d’un garçon, un jour où elle broie du noir, seule sur ce muret où elle partageait avant ses secrets avec Nath. Comme elle, Jo est seul, se débrouille. Avec lui, elle connaît l’attention, mais aussi une certaine vie en marge, attirante et dangereuse à la fois. Le jeune homme de seize ans l’initie à la musique, aux petits trafics et à l’amour… J’ai beaucoup apprécié dans cet album retrouver les grands aplats de noir que j’aime en matière de BD. Le dessin est fin, mobile, expressif. Les auteurs excellent dans la retranscription de la solitude et d’une adolescence à la dérive. Le tout est vraiment très réussi, s’ancre dans les années 80, tout en touchant à l’universel par sa mélancolie. Le lecteur assiste avec inquiétude au quotidien de Rosie, abandonnée bien trop tôt et en quête d’affection. Quand elle porte une première fois une bouteille d’alcool à sa bouche, on voudrait en éloigner le goulot et la prendre dans ses bras. Une très belle trouvaille de bouquinerie !

muretplanche

Editions Autrement – janvier 2014

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Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui 

 

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Lectures 2022

Rien que ta peau, Cathy Ytak

rienquetapeau

Je fouille en ce moment avec plaisir dans mon stock de lectures pour adolescents. J’ai fait l’année dernière de chouettes trouvailles dans le cadre du désherbage de ma bibliothèque. Je voulais découvrir l’écriture de Cathy Ytak, très plébiscitée sur la blogosphère littéraire, depuis longtemps… Ludivine n’est pas tout à fait une jeune fille comme les autres, elle parle peu, elle est lente, elle est obsédée par les couleurs. Ses parents s’inquiètent pour elle. Il paraît qu’elle est comme cela car sa mère a attrapé la toxoplasmose lorsqu’elle était enceinte. Elle rencontre Mathis à la descente du car scolaire, pendant le trajet qui les ramènent chez eux, dans la montagne, et quelque chose de nouveau émerge dans sa vie, le désir. Les deux jeunes gens mettent du temps pour s’apprivoiser, jusqu’à ce qu’ils décident d’aller plus loin dans la découverte réciproque de leurs corps. Ce que les adultes vont avoir bien du mal à accepter… J‘ai beaucoup aimé la poésie incontestable de ce court texte qui, via le regard de Ludivine, sublime tout et rend d’autant plus absurde la réaction terre à terre de ses parents qui ont du mal à comprendre qu’elle grandisse et éprouve les émotions d’une jeune fille ordinaire. J’ai aimé aussi que la police de caractère de cette collection soit spécialement conçue pour une lecture à voix haute. Une bien jolie première rencontre avec cette autrice.

« Rien ne me faisait sourire ni ne m’amusait jamais, j’étais entourée de couleurs qui ne voulaient pas s’associer, il n’y avait que la neige qui me ramenait à la raison, au calme, à la paix, mais je ne riais pas. Toi, tu m’as fait rire, Mathis, et ce soir-là, mon esprit était comme un oiseau, il volait aussi d’un arbre à l’autre, d’un lac gelé à un duvet de montagne… »

 Editions Actes Sud Junior – octobre 2008

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Coups de coeur·Lectures 2022

On s’est juste embrassés, Isabelle Pandazopoulos… coup de coeur !

onsestjusteembrasses

 » – J’ai pas couché avec Walid, je l’ai juste embrassé… Une fois, une seule fois! C’est ça, la vérité! Plus je criais, plus elle souriait. -Mais on s’en fout de la vérité, ça compte pas la vérité… Tu comprends pas ça? Je l’ai regardée un long moment et puis j’ai murmuré: – Non, je comprends pas… Je n’avais plus envie de crier, même plus envie de pleurer, je me sentais juste d’une tristesse à mourir. « 

❤ Ce titre et cet extrait me bouleversent particulièrement. Après avoir tourné longtemps autour, j’ai enfin ouvert ce roman jeunesse de Isabelle Pandazopoulos, qui est aussi fort que je me l’imaginais… Aïcha a le sentiment d’être privilégiée, même si elle vit seule avec sa mère, qui travaille beaucoup. Arabe d’origine, elle se sent surtout française, et bien intégrée. Elle va souvent chez sa meilleure amie Sabrina, mange et dort parfois chez cette famille qui lui fait une place dans leur vie. Un soir, Walid et elle s’embrassent, dans la cuisine, alors que tout le monde est déjà couché. Mais rien de plus. Le lendemain, tout bascule. Walid se vante qu’ils ont couché ensemble et la réputation de Aïcha est faite. Les « autres » la traitent de « pute » et la fuient, même son amie Sabrina, choquée par sa trahison, elle qui déteste son frère.  La vie de Aïcha devient un enfer lorsque sa mère découvre qu’elle sèche les cours. Loin d’en vouloir vraiment à sa fille, cette femme, dont Aïcha découvre qu’elle ignore l’histoire, va s’accuser d’être une mauvaise mère et dépérir petit à petit, laissant Aïcha encore plus seule. Heureusement, Kote, l’ami de toujours, veille… J’ai aimé que ce roman raconte, outre les dérives de la « rumeur », le thème plus large de la « réputation » qui peut détruire des vies, des familles, des destins, et ce sur plusieurs générations, seulement pour des questions d’honneur et de religion. Aïcha découvre avec douleur qu’elle vivait dans un monde d’illusions, fait connaissance avec son histoire et prend de plein fouet aussi la fragilité des adultes. Un très beau roman, très subtil, complexe et émouvant.

 Editions Gallimard jeunesse – juin 2009

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Lectures 2022

Ni prince ni charmant, Florence Medina

niprincenicharmant

Quel plaisir de renouer un peu, après le feu de la rentrée littéraire, avec les lectures pour adolescents. J’avais déjà lu un des quatre premiers titres de cette toute nouvelle collection chez Magnard, La brève, destinée aux collégiens et qui aborde avec des textes courts des thèmes forts. J’ai en effet commencé par le titre de Sophie Adriansen, Au poil. A l’occasion du dernier Printemps du livre de Montaigu, j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec Florence Medina et de me procurer cet exemplaire-ci… Alors que Zoé, sa presque demi-soeur, scrolle sur internet et lui partage ce qu’elle voit, Tristan découvre avec stupéfaction que son meilleur ami Louis est accusé par plusieurs filles d’agression sexuelle et même de viol. Voilà qui perturbe beaucoup Tristan, lui-même assez mal à l’aise depuis qu’il a été lourd avec Amina, il y a quelques temps, en voulant lui toucher les seins avec insistance. Peut-être est-il d’ailleurs considéré sur les réseaux sociaux comme un garçon « problématique » ? Il se dit que ce serait presque mérité. Tandis que peu à peu la prise de conscience fait son chemin en lui, Zoé, elle, pendant ce temps, trouve qu’il y a encore pas mal de chemin à faire. Quand un matin, en arrivant au lycée, il voit cette phrase collée sur un mur, « Tu as toujours le droit de changer d’amis », Tristan prend le message pour lui et décide d’agir… J’ai beaucoup aimé comment Florence Medina aborde toutes les facettes du consentement et des amours adolescentes dans ce petit roman très fort et abordable, qui peut effectivement être lu par des collégiens, et peut servir soit de déclencheur à des discussions sur le sujet, soit de prévention. Dans cette collection, en scannant le QR code en quatrième de couverture, on peut, de plus, entendre le récit en version audio, et donc ici la voix de l’autrice. Il ne faut pas s’en priver. Et j’adore toujours les illustrations de couverture de Manon Bucciarelli.

 Editions Magnard jeunesse – 9 mars 2022

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Lectures 2022

Au poil, Sophie Adriansen

aupoil

J’ai lu un des quatre premiers titres de cette toute nouvelle collection chez Magnard, La brève, destinée aux collégiens et qui aborde avec des textes courts des thèmes forts. J’adore les illustrations de couverture de Manon Bucciarelli… Dans celui-ci, nous découvrons Salomé, collégienne. Sa mère lui fait remarquer un beau jour que ses « poils aux pattes » commencent à « bien se voir ». Ni une ni deux, elle lui prend un rendez-vous chez l’esthéticienne. Ce moment sera vécu comme un enfer par la jeune fille, révoltée par ce diktat absurde et bien décidée à ne plus jamais retenter l’expérience. Mais, assumer ses poils, en France, qui plus est au collège, n’est pas une mince affaire. Elle se rendra compte, lors d’un voyage scolaire, qu’il en est tout autrement en Allemagne, par exemple. Quelle injustice ! Salomé se fait chahuter par ses camarades mais décide tout de même de camper sur ses positions… Sophie Adriansen profite de ce récit pour revenir sur l’histoire de l’épilation, qui existerait en réalité depuis – 3000 ans avant notre ère et aurait vécu des soubresauts, au rythme des modes. Il faut dire qu’aujourd’hui, il existe également un énorme marché commercial autour de cette pratique. Mais les tabous commencent à se lever, tout doucement. J’ai aimé dans le roman de Sophie Adriansen, la fraîcheur de Salomé, sa colère et sa détermination. Ce livre est un bon moyen d’aborder le sujet avec les adolescentes de son entourage. En scannant le QR code en quatrième de couverture, on peut, de plus, entendre le récit en version audio, et donc ici la voix de l’autrice. Il ne faut pas s’en priver. 

 Editions Magnard jeunesse – 9 mars 2022

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Lectures 2022

Amour chrome, Sylvain Pattieu

J’ai testé pour vous le Prix vendredi 2021. La littérature pour adolescents recèle décidément de chouettes opus… Il est possible que je me sois aussi intéressée à l’univers des graffeurs depuis quelques temps, du street art, et qu’en rencontrer au cours d’un récit m’enchante. Nous suivons en effet dans ce qui est, apparemment le premier volume d’une série intitulée Hypallage, Mohammed-Ali, un collégien studieux et assez discret qui, le soir venu, sort taguer. Mais le jeune garçon est également amoureux d’Aimée, une jeune fille très belle qui a une passion pour le foot. Suite à un prêt de chaussettes, tous les espoirs semblent permis. Pourtant, Aimée reste inaccessible. Il va alors obtenir le soutien assez inattendu de ses acolytes d’exposé, Lina et Margaux, qui prennent leur camarade en affection. Il est beaucoup question d’amitié dans ce roman, et aussi de cette période compliquée de fin de collège où les intérêts changent. C’est le moment où l’on peut décrocher, se révéler, quitter les vieux amis pour le sourire d’une fille, faire de mauvais choix pour devenir « populaire ». Sylvain Pattieu a su, avec une grande finesse, et beaucoup de réalisme, se glisser dans la peau d’un collégien qui peut à la fois sortir en douce le soir, et avoir peur de demander à ses parents des sous pour prendre le RER. Et j’ai beaucoup aimé ça, rencontrer cette fragilité alliée aux débuts d’une quête de soi. Je ne m’attendais pas pour autant aux événements qui surviennent dans les dernières pages. Ce choc brutal avec une certaine réalité donne une belle dimension à ce roman.

 Editions L’Ecole des loisirs M+ – 6 janvier 2021

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