Coups de coeur·Lectures 2019

Raisons obscures, Amélie Antoine

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Voici le troisième titre que je lis d’Amélie Antoine. Après les très réussis Les secrets et Avec elle & Sans elle, elle m’étonne encore une fois par sa dextérité à manier la narration et les points de vue… Et il ne va pas être facile de parler de ce roman sans trop en dire, de peur de vous gâcher la surprise. Nous partons en début de récit à la rencontre de deux familles qui s’apprêtent à effectuer leur rentrée scolaire. L’une d’entre elles vient de débarquer dans la région. Laeticia ne supportait plus son travail d’infirmière et Yanis a eu l’idée de déménager pour que toute la famille prenne un nouveau départ et puisse mieux respirer. Mais ils n’avaient pas prévu que Laeticia tombe par hasard sur son amour de jeunesse, et que les plans de renouveau tombent lourdement à l’eau. Les trois enfants du couple ne semblent pas très affectés par les problèmes des adultes. Des trois, Marjorie est d’ailleurs la plus calme et la plus sérieuse. Dans l’autre famille, qui vit elle dans la région depuis longtemps, les inquiétudes sont différentes. On essaye de gérer au mieux la découverte du diabète de Sarah, sa pompe à insuline, et sa volonté que sa maladie reste un secret. Frédéric cache de son côté à sa femme que l’administration pour laquelle il travaille vient de le mettre au placard, et celle-ci que, depuis qu’elle travaille à la maison, elle vit un enfer avec les aboiements du chien du voisin. Mais la vie, malgré tout, suit son cours un peu chaotique… et le lecteur, en milieu de lecture, se surprend même à souffler de soulagement. Pourtant, le premier chapitre nous avait alerté sur un événement tragique à venir… Et à la moitié du livre, en effet, tout bascule soudain vers le point de vue des enfants. Je ne vous en dirai pas plus mais il est à ce moment là question de peur, de destruction progressive, et c’est à la fois bien fait, bien décrit, et parfaitement insoutenable. Je suis ressortie de ce roman un peu tremblante, persuadée que la lecture de ce livre est nécessaire, pour se rendre compte à quel point on peut passer à côté des drames intimes de nos proches, malgré notre vigilance. Je vous recommande chaudement ce livre d’une grande prouesse littéraire. Je pense qu’Amélie Antoine mérite d’être lue plus largement, et qu’elle n’a pas fini de nous surprendre… Bravo à elle pour ce roman magistral, qui n’a pas dû être toujours évident à écrire !

Editions XO – 7 mars 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

D’autres lectures enthousiastes chez… Sandrine et Mes échappées livresques

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Lectures 2019

Zombillénium T4, Arthur de Pins… La BD de la semaine !

J’ai de nouveau participé cette année, avec Rakuten France, à l’opération La BD fait son festival, dans la foulée du festival de la BD d’Angoulême… La réception de l’album gagné a eu lieu dans la bonne humeur à la maison. Mes enfants adorent la série Zombillénium d’Arthur de Pins, dont La fille de l’air est déjà le quatrième tome. Nous avions d’ailleurs vu, avec ma grande fille, l’adaptation de la BD au cinéma. Je vous conseille aussi la Bande originale composée par Marc Bastard. Mais je dois dire que je ne me souvenais pourtant que vaguement de l’épisode précédent, le tome 3, emprunté en bibliothèque. Cela ne m’a au final pas gêné du tout dans ma lecture. Dans ce tome 4, le parc Zombillénium va bien, le taux de fréquentation est au beau fixe, mais il est actuellement toujours aux mains de Behemoth, qui continue ses pratiques démoniaques. Gretchen et Von Bloodt (l’ancien directeur), aidés par Aurélien (qui travaille toujours au Parc), tentent donc d’aider les employés qui le désirent à s’évader, afin de leur offrir une reconversion possible. Mais c’est compter sans la présence d’une toute nouvelle et redoutable sorcière, Charlotte Hawkins, plus puissante que Gretchen, qui intervient avec fracas et vole à cette dernière son fiancé. Aurélien, envoûté par l’enchanteresse, et transformé en monstre, offre un bien beau spectacle aux visiteurs du Parc… Mon fils (13 ans) a été le premier à lire cet opus, qu’il a trouvé moins bon que les précédents… parce qu’il met en place la suite, m’a-t-il dit d’un ton docte. C’est un album de transition. Grande fille (17 ans) l’a feuilleté rapidement. Elle le lira plus tard. Elle a trouvé les dessins toujours aussi magnifiques. Ils sont faits par ordinateur ça se voit, m’a dit celle qui dessine exclusivement avec des crayons. Et je dois dire que je suis d’accord avec eux. En effet, et même si les dessins sont vraiment superbes, j’ai moins aimé ce tome 4, qui amène de nouveaux personnages, sans vraiment expliquer d’où ils viennent, et laisse peu la parole aux anciens, que l’on aimait bien. Heureusement, la policière que Gretchen a partiellement transformée en lapin apporte une note d’humour et de fraîcheur bienvenue dans cet album qui annonce très certainement (donc) une nouvelle ère dans l’histoire de Zombillénium. Et il est peu de dire que Gretchen a vraiment du soucis à se faire. A suivre…

Editions Dupuis – 23 novembre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un album lu dans le cadre de la BD de la semaine ! Les autres liens sont chez Stephie aujourd’hui [clic]

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Lectures 2019

How to stop time, Matt Haig

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De Matt Haig, je connaissais surtout ses écrits sur la dépression, maladie dont il est victime depuis sa jeunesse… J’avais été très marqué notamment par Rester en vie, son opus sur le sujet. Ici, je rencontre l’écrivain dans ce roman pour jeunes adultes, roman avec lequel j’ai passé un agréable moment de lecture, dépaysant et distrayant. Tom Hazard vient de rentrer dans un collège londonien pour enseigner l’histoire. Mais il n’est pas un professeur comme les autres. En effet, et même si Tom a l’air d’avoir la quarantaine, il a en réalité derrière lui déjà plus de 400 d’existence. Il souffre d’anagérie, une affection qui intervient à la puberté et ralenti le vieillissement. Ce mal dont il est atteint a déjà fait souffrir bon nombre de personnes autour de lui, et notamment sa mère, considérée à cause de lui à l’époque comme une sorcière, et condamnée à être noyée sous le regard de son fils. Tom a eu une femme et une fille, dont il a dû se séparer autrefois pour préserver la survie. Mais il s’avère que Marion, sa fille, est atteinte du même handicap. C’est donc pour la retrouver qu’il a finalement accepté de faire partie d’un réseau qui aide les gens comme lui à changer de vie tous les huit ans, afin de ne pas éveiller les soupçons. A travers ses souvenirs, on découvre l’histoire de Tom, les rencontres fabuleuses qu’il a pu faire, William Shakespeare, Scott F Fitzgerald, etc… et on revit l’Histoire avec un grand H comme si on y était. L’affection de Tom est très crédible et habilement utilisée par l’auteur. Elle entraîne le lecteur dans un récit addictif digne des grandes fresques et des grands romans d’aventures. J’ai aimé pour ma part ce voyage là, et que l’histoire soit conjuguée pour une fois au présent. De plus, le fait que le fragile équilibre de Tom puisse être mis en péril par une nouvelle rencontre amoureuse donne du piment à un texte dans l’ensemble bien intéressant. Les droits cinématographiques de ce roman ont apparemment été achetés par l’acteur Benedict Cumberbacht, voilà qui promet également…

Editions Helium – 13 mars 2019

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Une autre lecture chez… Cunéipage

Coups de coeur·Lectures 2018

Marlena, Julie Buntin

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En plus de briller joliment, ce livre est une belle surprise de cette fin d’année, qui me réconcilie avec les publications de La belle colère. Ma grande fille et moi avions adoré les premiers opus de cette collection. Ici, nous rencontrons Cat, 15 ans, débarquée depuis peu à Silver Lake avec son frère aîné et sa mère, suite au divorce de ses parents. Cat est en pleine rébellion et ne voit pas que sa mère a tenté par tous les moyens de refaire sa vie au mieux. Son frère a préféré trouver un travail que continuer ses études, sacrifiant son avenir pour la famille. La maison dans laquelle ils ont trouvé refuge se situe tout près d’une autre maison, dans laquelle, Marlena vit seule avec son père et son petit frère. La jeune fille est accroc au médicaments et à ce qui lui permet d’oublier sa vie. Une amitié très forte naît entre les deux adolescentes, une amitié faite essentiellement de bêtises et de mauvaises fréquentations, mais aussi de moments de grâce. Cat est plongée dans un nouveau milieu, loin de son ancienne école huppée. Elle sèche les cours, traîne avec les amis de Marlena, qui dealent, publient des vidéos sur internet, etc… Elle ne sait pas encore que Marlena sera morte moins d’un an après leur rencontre, et que cette amitié pleine d’effervescence la poursuivra tout sa vie. D’ailleurs, c’est une Cat adulte, que nous retrouvons par ailleurs, à deux doigts de s’asseoir dans un café en compagnie de Sal, le petit frère de Marlena, qui voudrait évoquer avec elle des souvenirs de sa soeur. Cette Cat adulte là a visiblement réussi sa vie, mais se débat avec une addiction à l’alcool qui est en passe de détruire ce qu’elle a construit. Julie Buntin a su dans ce roman retrouver ce qui se passe dans la tête d’une adolescente de quinze ans, qui ne comprend pas complètement le monde qui l’entoure, le regarde à l’aune de ses premières fois, et vit par exemple son premier acte sexuel comme un passage obligé, un peu désagréable. La Cat adulte qui essaye de comprendre ce qui s’est joué cette année là, regarde la Cat adolescente, parfois avec sévérité, et souvent avec compassion. Ce roman a le charme des romans jeunes adultes qui prennent leurs lecteurs au sérieux, et veulent montrer la vie telle qu’elle est, avec ses hésitations, ses erreurs, ses marches étroites, et ses chutes définitives. Un très beau roman sur l’amitié, dans lequel j’ai aimé passer du temps, et que je n’avais pas vraiment envie de terminer. Je l’ai lu aussi en regardant en parallèle la série 13 reasons why, qui faisait comme un écho à cette histoire. Un roman coup de coeur de cette fin d’année !

Editions La Belle colère – 26 octobre 2018

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Coups de coeur·Lectures 2018

Papa est en bas, Sophie Adriansen

❤ Je n’attendais pas que la sortie de romans adultes en cette rentrée littéraire. Le rayon jeunesse regorge aussi de jolies nouveautés… et j’attendais cette nouveauté du jour avec impatience. Avec Sophie Adriansen, j’ai toujours la certitude que je vais aimer lire ce que je vais lire, même si il s’agit comme ici d’un petit roman recommandé à partir de 10 ans. En effet, on retrouve dans ses mots l’humour, la distance respectueuse, l’intelligence qui la caractérisent. Et puis le thème m’intéressait. Dans Papa est en bas, nous rentrons dans l’intimité d’une petite famille, sous le regard de la petite fille de la maison. Quelque chose ne va pas. Papa doit renoncer petit à petit à bien trop d’activités, les efforts sont de plus en plus difficiles. Que se passe-t-il ? Papa finira par avouer qu’il est atteint d’une maladie qu’il appelle pudiquement du joyeux terme de Tartiflette, mais dégénérative, et sans espoir. Jusqu’à ce que Papa ne puisse même plus monter les escaliers et s’installe définitivement en bas. Le trio rivalise d’idées pour rendre le quotidien le plus léger possible et surtout ne pas se laisser entraîner par la morosité. Maman ne perdra presque jamais son sourire. Et l’amour inonde cette maison, ainsi qu’un grand appétit de vivre, alors pourquoi s’attrister. Crêpe partie sur le lit médicalisé. Participation au jeu des 10 000 que Papa gagne haut la main. Il s’agit d’essayer tous les nouveaux gadgets qui rentrent dans la maison, comme le monte escalier installé au début de la maladie, ou ce fauteuil qui permet à Papa de gagner des courses. Mais c’est l’occasion d’observer également combien rien n’est adapté aux personnes en condition de handicap, combien les gens sont parfois désagréables, et combien la vie peut s’avérer parfois aussi bien injuste. J’appose sur ce petit roman jeunesse un joli coup de coeur car il m’a beaucoup touché. Bien entendu, on y retrouve le ton caractéristique des romans de cet âge, un ton drôle et léger, qui permet d’ailleurs d’éviter le pathos et donne la pêche malgré le thème. Sophie Adriansen explique en fin d’ouvrage d’où provient l’idée de cette histoire, que l’expérience vécue auprès de son oncle lui a donné cette leçon : tant qu’on n’est pas mort, on est en vie. Un doux roman jeunesse qui questionne sur notre manière d’enchanter notre quotidien et montre la vie telle qu’elle est parfois, avec ses écueils, ses drames, ses espoirs et ses joies.

Editions Nahtan – 13 septembre 2018

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Coups de coeur·Lectures 2018

Dancers, Jean-Philippe Blondel… Rentrée littéraire 2018

 

❤ Je crois bien que je viens de lire mon premier Jean-Philippe Blondel, aussi étonnant que cela puisse paraître. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir depuis longtemps vu son nom partout sur des couvertures. Ici, il s’agit d’un roman pour adolescents (il écrit aussi pour les adultes) et d’un coup de coeur pour moi ! J’ai une sensibilité particulière envers les récits qui parlent de la danse, surtout quand elle n’est pas classique et est vécue comme une urgence ou une nécessité. C’est sans doute parce que mon corps ne répond pas comme cela, avec autant de force, de souplesse et d’aisance. J’aurais aimé je pense. Nous rencontrons dans ce roman trois personnages, Anaïs, Adrien et Sanjeewa. Ils sont très différents mais vont être amenés à partager le même cours de danse dans un lycée, cette même option dont ils ont tous les trois un besoin essentiel. Adrien a la danse dans la peau, ses parents lui ont d’ailleurs permis d’aménager complètement le sous-sol de leur maison pour qu’il s’entraîne. Anaïs est une ancienne gymnaste que l’on a découragé abruptement de continuer sur cette voie et qui trouve dans la danse la précision et la rigueur qui lui conviennent.  Sanjeewa est lui originaire du Sri Lanka et on dit de lui qu’il parle comme dans les vieux livres dans lequel il a appris à lire le français avec son père. Il est très doué en Hip Hop, car il retrouve dans les mouvements de cette danse les mouvements des danseurs masculins de son pays d’origine. Mais ces trois là vont surtout nous rejouer l’histoire du triangle amoureux. Et si justement quelque chose de beau pouvait éclore de cette situation, pour une fois ? Si la danse et l’amitié pouvaient aplanir toutes les difficultés et toutes les frontières ? Mais ce n’est pas gagné. Avant de parvenir à cet état de grâce, il faudra peut-être en passer avant par la colère. N’hésitez pas à ouvrir ce roman dont l’écriture m’a séduite d’emblée. Jean-Philippe Blondel a su dans le choix de ses mots exprimer à la fois les mouvements du corps, mais aussi les mouvements de l’âme de ces adolescents en recherche de sécurité et de partage, et qui se cachent derrière une volonté affichée d’autonome et de fierté. Dancers exprime tout ce que le porté en danse signifie de lâcher prise et de confiance en son partenaire, et combien il est précieux de grandir dans un monde où chaque porté est réussi. Un très beau roman donc, et mon cinquième coup de coeur de rentrée littéraire !!

Editions Actes Sud junior – 22 août 2018

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Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr