Coups de coeur·Lectures 2018

Marlena, Julie Buntin

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En plus de briller joliment, ce livre est une belle surprise de cette fin d’année, qui me réconcilie avec les publications de La belle colère. Ma grande fille et moi avions adoré les premiers opus de cette collection. Ici, nous rencontrons Cat, 15 ans, débarquée depuis peu à Silver Lake avec son frère aîné et sa mère, suite au divorce de ses parents. Cat est en pleine rébellion et ne voit pas que sa mère a tenté par tous les moyens de refaire sa vie au mieux. Son frère a préféré trouver un travail que continuer ses études, sacrifiant son avenir pour la famille. La maison dans laquelle ils ont trouvé refuge se situe tout près d’une autre maison, dans laquelle, Marlena vit seule avec son père et son petit frère. La jeune fille est accroc au médicaments et à ce qui lui permet d’oublier sa vie. Une amitié très forte naît entre les deux adolescentes, une amitié faite essentiellement de bêtises et de mauvaises fréquentations, mais aussi de moments de grâce. Cat est plongée dans un nouveau milieu, loin de son ancienne école huppée. Elle sèche les cours, traîne avec les amis de Marlena, qui dealent, publient des vidéos sur internet, etc… Elle ne sait pas encore que Marlena sera morte moins d’un an après leur rencontre, et que cette amitié pleine d’effervescence la poursuivra tout sa vie. D’ailleurs, c’est une Cat adulte, que nous retrouvons par ailleurs, à deux doigts de s’asseoir dans un café en compagnie de Sal, le petit frère de Marlena, qui voudrait évoquer avec elle des souvenirs de sa soeur. Cette Cat adulte là a visiblement réussi sa vie, mais se débat avec une addiction à l’alcool qui est en passe de détruire ce qu’elle a construit. Julie Buntin a su dans ce roman retrouver ce qui se passe dans la tête d’une adolescente de quinze ans, qui ne comprend pas complètement le monde qui l’entoure, le regarde à l’aune de ses premières fois, et vit par exemple son premier acte sexuel comme un passage obligé, un peu désagréable. La Cat adulte qui essaye de comprendre ce qui s’est joué cette année là, regarde la Cat adolescente, parfois avec sévérité, et souvent avec compassion. Ce roman a le charme des romans jeunes adultes qui prennent leurs lecteurs au sérieux, et veulent montrer la vie telle qu’elle est, avec ses hésitations, ses erreurs, ses marches étroites, et ses chutes définitives. Un très beau roman sur l’amitié, dans lequel j’ai aimé passer du temps, et que je n’avais pas vraiment envie de terminer. Je l’ai lu aussi en regardant en parallèle la série 13 reasons why, qui faisait comme un écho à cette histoire. Un roman coup de coeur de cette fin d’année !

Editions La Belle colère – 26 octobre 2018

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Coups de coeur·Lectures 2018

Papa est en bas, Sophie Adriansen

❤ Je n’attendais pas que la sortie de romans adultes en cette rentrée littéraire. Le rayon jeunesse regorge aussi de jolies nouveautés… et j’attendais cette nouveauté du jour avec impatience. Avec Sophie Adriansen, j’ai toujours la certitude que je vais aimer lire ce que je vais lire, même si il s’agit comme ici d’un petit roman recommandé à partir de 10 ans. En effet, on retrouve dans ses mots l’humour, la distance respectueuse, l’intelligence qui la caractérisent. Et puis le thème m’intéressait. Dans Papa est en bas, nous rentrons dans l’intimité d’une petite famille, sous le regard de la petite fille de la maison. Quelque chose ne va pas. Papa doit renoncer petit à petit à bien trop d’activités, les efforts sont de plus en plus difficiles. Que se passe-t-il ? Papa finira par avouer qu’il est atteint d’une maladie qu’il appelle pudiquement du joyeux terme de Tartiflette, mais dégénérative, et sans espoir. Jusqu’à ce que Papa ne puisse même plus monter les escaliers et s’installe définitivement en bas. Le trio rivalise d’idées pour rendre le quotidien le plus léger possible et surtout ne pas se laisser entraîner par la morosité. Maman ne perdra presque jamais son sourire. Et l’amour inonde cette maison, ainsi qu’un grand appétit de vivre, alors pourquoi s’attrister. Crêpe partie sur le lit médicalisé. Participation au jeu des 10 000 que Papa gagne haut la main. Il s’agit d’essayer tous les nouveaux gadgets qui rentrent dans la maison, comme le monte escalier installé au début de la maladie, ou ce fauteuil qui permet à Papa de gagner des courses. Mais c’est l’occasion d’observer également combien rien n’est adapté aux personnes en condition de handicap, combien les gens sont parfois désagréables, et combien la vie peut s’avérer parfois aussi bien injuste. J’appose sur ce petit roman jeunesse un joli coup de coeur car il m’a beaucoup touché. Bien entendu, on y retrouve le ton caractéristique des romans de cet âge, un ton drôle et léger, qui permet d’ailleurs d’éviter le pathos et donne la pêche malgré le thème. Sophie Adriansen explique en fin d’ouvrage d’où provient l’idée de cette histoire, que l’expérience vécue auprès de son oncle lui a donné cette leçon : tant qu’on n’est pas mort, on est en vie. Un doux roman jeunesse qui questionne sur notre manière d’enchanter notre quotidien et montre la vie telle qu’elle est parfois, avec ses écueils, ses drames, ses espoirs et ses joies.

Editions Nahtan – 13 septembre 2018

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Coups de coeur·Lectures 2018

Dancers, Jean-Philippe Blondel… Rentrée littéraire 2018

 

❤ Je crois bien que je viens de lire mon premier Jean-Philippe Blondel, aussi étonnant que cela puisse paraître. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir depuis longtemps vu son nom partout sur des couvertures. Ici, il s’agit d’un roman pour adolescents (il écrit aussi pour les adultes) et d’un coup de coeur pour moi ! J’ai une sensibilité particulière envers les récits qui parlent de la danse, surtout quand elle n’est pas classique et est vécue comme une urgence ou une nécessité. C’est sans doute parce que mon corps ne répond pas comme cela, avec autant de force, de souplesse et d’aisance. J’aurais aimé je pense. Nous rencontrons dans ce roman trois personnages, Anaïs, Adrien et Sanjeewa. Ils sont très différents mais vont être amenés à partager le même cours de danse dans un lycée, cette même option dont ils ont tous les trois un besoin essentiel. Adrien a la danse dans la peau, ses parents lui ont d’ailleurs permis d’aménager complètement le sous-sol de leur maison pour qu’il s’entraîne. Anaïs est une ancienne gymnaste que l’on a découragé abruptement de continuer sur cette voie et qui trouve dans la danse la précision et la rigueur qui lui conviennent.  Sanjeewa est lui originaire du Sri Lanka et on dit de lui qu’il parle comme dans les vieux livres dans lequel il a appris à lire le français avec son père. Il est très doué en Hip Hop, car il retrouve dans les mouvements de cette danse les mouvements des danseurs masculins de son pays d’origine. Mais ces trois là vont surtout nous rejouer l’histoire du triangle amoureux. Et si justement quelque chose de beau pouvait éclore de cette situation, pour une fois ? Si la danse et l’amitié pouvaient aplanir toutes les difficultés et toutes les frontières ? Mais ce n’est pas gagné. Avant de parvenir à cet état de grâce, il faudra peut-être en passer avant par la colère. N’hésitez pas à ouvrir ce roman dont l’écriture m’a séduite d’emblée. Jean-Philippe Blondel a su dans le choix de ses mots exprimer à la fois les mouvements du corps, mais aussi les mouvements de l’âme de ces adolescents en recherche de sécurité et de partage, et qui se cachent derrière une volonté affichée d’autonome et de fierté. Dancers exprime tout ce que le porté en danse signifie de lâcher prise et de confiance en son partenaire, et combien il est précieux de grandir dans un monde où chaque porté est réussi. Un très beau roman donc, et mon cinquième coup de coeur de rentrée littéraire !!

Editions Actes Sud junior – 22 août 2018

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Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

Lectures 2018

Ueno Park, Antoine Dole… Rentrée littéraire 2018

  

Ma rencontre avec l’auteur Antoine Dole date. Elle s’est faite en réalité via son pseudo Mr Tan, et la collection des Mortelle Adèle que ma grande fille dévorait autrefois. Ma fille a 17 ans à présent, mais elle les lit toujours avec avidité quand l’occasion se présente. Puis, j’ai découvert ses romans, et notamment dernièrement Tout foutre en l’air, publié également dans une petite collection de chez Actes Sud. J’aime cet auteur qui allie à la fois le talent et une très belle personnalité, ravie d’avoir pu échanger rapidement avec lui l’année dernière à Angoulème. Antoine Dole aime le Japon et la culture japonaise. On peut le constater facilement d’ailleurs via ces petites photos magnifiques qu’il prend sous le pseudo de Mr Tan et dont notre petite famille adore l’univers (voir Nendo Stories sur facebook). Je n’ai donc pas été surprise de découvrir son titre de rentrée littéraire, destiné aux adolescents, qui dresse le portrait de huit jeunes gens en route pour assister à l’éclosion des cerisiers en fleurs à l’intérieur du parc Ueno de Tokyo. Ils ont tous en commun le fait d’être considérés comme des êtres sortis de la norme dans cette culture japonaise où la pression sociale est très forte. Ils sont devenus pour la plupart soit des anti-conformistes au look parfois extravagant, soit des fantômes, des exclus. Le premier personnage, Ayumi, est emblématique de ce terme Hikikomori, qui désigne ces adolescents coupés du monde qui n’arrivent plus à sortir de leur chambre. Mais il y a aussi Haruto, dont la vie a été chamboulée par le tsunami de 2011. Fuko, atteinte de leucémie, qui est condamnée et arrive au parc pourtant toute joyeuse dans un fauteuil roulant poussé par sa grande sœur. Noriyuki, qui est devenu sans domicile fixe, après avoir abandonné le domicile familial. Sora, qui affiche un look de genderless kei. Aïri, une fan qui se perd dans son amour obsessionnel pour son idole. Ils ne se connaissent pas mais vont se trouver réunis pour Hanami, le spectacle de l’éclosion des fleurs de cerisiers, pour un moment traditionnel important de grâce, de pause et de réflexion, de renouveau, qui réussira peut-être à changer leur vie. Personnellement, j’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce roman choral dans un Tokyo foisonnant. J’ai pensé par certains aspects au film visionné il y a peu, Les délices de Tokyo, adaptation d’un roman de Durian Sukegawa, surtout avec ce chapitre sur le personnage de Daïsuké, qui travaille dans une échoppe à pancakes et vit encore chez ses parents. Le fait de n’avoir pas fait d’études, de travailler dans un endroit minuscule et peu valorisant pour un salaire de misère, le rend lui aussi de plus en plus transparent. On se demande, en tant que lecteur, quel avenir vont avoir tous ces êtres fragiles dans une société qui ne les attend pas pour avancer. On n’oublie pas aussi de faire le parallèle avec un système scolaire français qui ne laisse plus aux jeunes gens le temps de trouver leur voie, de se tromper ou de grandir. Antoine Dole distille pour autant dans son texte plusieurs éléments positifs, faits de rencontres possibles, de courage et d’espoir, qui font de ce roman un levier  pour oser marquer sa différence et affirmer sa liberté.

Editions Actes Sud junior – 22 août 2018

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D’autres lectures chez… Noukette et Jérôme

Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

Coups de coeur·Lectures 2018

Sauveur & fils T1, Marie-Aude Murail

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Depuis le temps que je voyais ce roman jeunesse (le premier tome d’une série) récolter des petits coeurs enthousiastes sur tous les blogs que je fréquente, je me suis dit qu’il était temps pour moi de l’ouvrir à mon tour… Je ne peux pas dire que j’ai été séduite d’emblée par Sauveur et son fils. Il m’a fallu m’acclimater à eux, rentrer dans leur famille, rencontrer leurs amis, et surtout faire connaissance avec la ribambelle de clients de Monsieur Sauveur Saint-Yves, psychologue de son état. Sauveur se pense d’ailleurs parfois piètre psychologue, ses patients actuels présentent en effet tous des cas vers lequel il s’avance en tâtonnant beaucoup. Une jeune fille qui se taillade le bras, une autre qui cumule les absences scolaires, ce petit garçon atteint d’énurésie, cette fratrie qui n’accepte pas que leur mère soit partie de la maison pour aimer une autre femme, etc. Sauveur Saint-Yves a aussi d’autres problèmes à régler, qui proviennent de ses origines antillaises : sa couleur noire d’abord, qui fait de son fils Lazare un métis, et provoque à l’occasion des réactions racistes, et son passé, qui le rattrape soudain sous la forme de menaces inquiétantes. Cependant, tout préoccupé qu’il est par les cas qu’il rencontre, et notamment par celui du jeune Gabin dont la mère est victime d’une bouffée délirante, Sauveur ne voit pas que son fils espionne les dialogues qu’il entretient avec ses patients, ni qu’il voudrait mieux connaître son histoire. Le jeune garçon se sent peut-être aussi un peu seul, même s’il y a Paul, son meilleur ami. Alors, un hamster entre dans leur maison, puis un autre (parce que le premier n’a pas survécu)… et de fil en aiguille il se pourrait aussi que la naissance de petits hamsters réussissent à créer un lien entre les personnages de cette histoire, qui a prise, au fil de ma lecture, de plus en plus de consistance et d’intérêt jusqu’à avoir du mal à éteindre la lumière hier au soir. Me voici donc à mon tour séduite, et toute prête à lire les tomes 2, 3 et 4 de cette série qui a déjà fait ses preuves, et dont le premier opus a fini par terriblement me passionner.

Ce premier tome vient de sortir en format poche.

Editions Médium Poche – mai 2018 – 

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Une autre lecture chez… Noukette

Lectures 2018

Le vieux monde est derrière toi, Sylvie Baussier & Pascale Perrier

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J’ai reçu ce titre dans le cadre d’une des dernières opérations Masse critique de chez Babélio… Ce roman est destiné aux adolescents et mélange deux thèmes que je ne pensais pas retrouver dans un tel livre, les manifestations de mai 1968 et la cécité chez les adolescents. Et il s’avère que ce mélange fonctionne, et que l’histoire imaginée par les deux auteures se révèle plutôt prenante. Nous commençons par faire connaissance avec l’INJA (Institut National des Jeunes Aveugles) de 1968, alors que le jeune Bruno fait sa rentrée. Jusque là, sa mère lui donnait des cours à la maison, faute de mieux. Madeleine, sa soeur, plus âgée, et voyante, l’accompagne. A cette occasion, elle va faire la rencontre de Joël, un jeune homme de son âge, élève de l’école depuis quelques années. Entre eux, le courant passe tout de suite, mais le handicap de Joël freine les premiers élans. Heureusement, leurs parents respectifs se lancent dans la création d’une association regroupant les parents d’élèves de l’école, une occasion supplémentaire de se croiser plus souvent. Les événements de 1968, qui prennent de plus en plus d’importance dans les rues de Paris et les informations, qui passionnent Madeleine, vont jouer aussi un rôle important dans leur idylle. Enfin, tout semble possible, les tags sur les murs le clament… Tout serait parfait, si il n’y avait cette inquiétude au sujet d’Annie, la petite soeur de Joël, cette crainte qu’elle soit atteinte du même mal que son frère. Tout serait parfait si le frère de Joël, voyant et sportif, n’avait pas lui aussi des vues sur Madeleine, et si son père n’avait pas ce caractère ombrageux qui décourage toute la famille… J’ai beaucoup aimé ce roman qui permet de poser une attention particulière sur les difficultés pratiques et scolaires du handicap visuel. Nous sommes à une époque où l’avenir pour les personnes atteintes de cécité était bien étroit. L’INJA préparait alors essentiellement au métier d’accordeur de piano. C’est un roman intéressant en ce sens car il témoigne du chemin parcouru pour insérer les handicapés dans la société, et de tout ce qu’il reste encore à faire. Une lecture enrichissante.

Editions Fleurus – avril 2018 – 

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« Le vieux monde est derrière eux. C’est exactement ce qu’ils ressentent tous deux. Le vieux monde de l’enfance, le vieux monde fané qu’ils ont subi pendant des années. Désormais, la jeunesse est capable de se diriger vers le meilleur, d’enlever la poussière accumulée pendant des siècles, et de VIVRE enfin. »

Un titre lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez  Mon profil sur Babelio.com