Lectures 2020

Miroir de nos peines, Pierre Lemaitre

Ce que j’aime beaucoup depuis quelques temps, ce sont ces livres qui tournent dans mon service, au travail, ces prêts entre collègues, et échanger après à la pause café (ou thé) sur ces lectures vers lesquelles nous ne nous serions peut-être pas dirigés. Ce livre est un de ces prêts, fait avant le confinement. Il faudra que j’attende un peu avant de le rendre à sa propriétaire… De Pierre Lemaitre, j’avais lu seulement la version BD de Au revoir là-haut. Nous retrouvons d’ailleurs quelques personnages de cette histoire dans ce nouvel opus, mais rassurez-vous, ce n’est en rien gênant de le lire seul. En effet, même si Louise est de nouveau présente, beaucoup plus âgée, les autres personnages n’interviennent que peu dans l’histoire. Nous sommes au printemps 1940, alors que Louise, la trentaine donc, accepte de se déshabiller devant un vieux docteur, client du restaurant où elle sert, le pays est entré en guerre et tente tant bien que mal de défendre ses frontières dans le nord. Le docteur se tire une balle dans la tête et meurt sous les yeux de la jeune femme qui s’enfuit en courant, nue dans la rue. Louise va apprendre, après ce décès spectaculaire, ce qui la reliait en réalité à cet homme, les secrets de sa mère et s’engage sur les routes à la recherche de son passé, tandis que la France part aussi en exode vers le sud. En parallèle, le lecteur fait la connaissance de deux soldats, Gabriel et Raoul, aussi différents qu’inséparables, mais aussi de Désiré (l’homme caméléon) et de Fernand. Tout ce petit monde va se croiser, s’éviter, s’aimer ou se détester, se sauver la vie. Et je dois reconnaître à Pierre Lemaitre sa grande faculté à raconter des histoires, rendre vivant ses personnages, faire s’enchaîner des scènes, qui s’avèrent aussi visuelles que littéraires. Chapeau bas. Je ne me suis pas ennuyée une seconde dans ce pavé. J’ai par contre été très troublée par cette ambiance spéciale de début de guerre, où les gens hésitent, ne prennent pas la mesure de ce qui est train de se passer, sont dans le déni avant de réaliser que la guerre est bien là, et que la vie d’avant n’est plus. Cela m’a rappelé ce que l’on est en train de vivre, toute mesure gardée.

Editions Albin Michel – janvier 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture (en audio)… chez Sylire

Lectures 2019

Le Prix, Cyril Gely… sélection du Prix Relay des Voyageurs lecteurs 2019

Je continue mes lectures pour le Prix Relay des voyageurs lecteurs… et j’en profite d’ailleurs pour vous signaler que les votes sont ouverts. Vous êtes déjà nombreux à avoir lu une grande partie de la sélection, je vous invite donc à élire votre livre préféré en cliquant ci-dessous, à la clé de nombreux cadeaux à gagner, dont un voyage à Séville !

[Lien pour voter – jeu concours]

Dans le roman que je présente aujourd’hui, nous sommes à Stockholm en 1946. Otto Hahn s’apprête à recevoir le prix Nobel de chimie. Il patiente dans sa chambre d’Hôtel en compagnie d’Edith, sa femme. Depuis plusieurs années, ils dorment dans des chambres séparées, depuis cette fameuse nuit de 1938 où Lise, la collaboratrice d’Otto, juive, a été obligée de fuir l’Allemagne pour se réfugier en Suède. Cet événement a en effet traumatisé tout le monde, mais Edith suggère que ce serait une bonne idée de profiter de ce voyage pour reprendre contact avec elle… La cérémonie débute dans la soirée, le discours est prêt, les tenues seront enfilées un peu plus tard, le jour s’est levé depuis peu, et soudain Lise apparaît devant Otto, dans sa chambre d’Hôtel. Vient-elle pour le féliciter ? Non, elle vient pour en découdre, pour régler ses comptes. S’ensuit alors un échange où sera disséqué les responsabilités et droits de chacun. Pourquoi Otto n’a-t-il pas signé avec elle sa découverte de la fission nucléaire et porte-t-il aujourd’hui seul la gloire liée à cette découverte ? Lise a-t-elle le droit de se plaindre, alors qu’Otto lui a donné sa chance en tant que femme scientifique, et lui a très certainement sauvé la vie ? Le Prix est un huis clos qui se déroule sur le temps d’une journée. C’est un roman facile à lire, et la tension qui y règne donne envie de tourner les pages rapidement. Il est tiré d’une histoire vraie. Otto Hahn a réellement existé et a reçu en 1944 un Prix Nobel de chimie qu’il n’a pu venir chercher en Suède qu’en 1946. Cependant, j’ai fini par m’ennuyer de ce face à face qui tourne un peu en rond. Dans un genre similaire, L’idée ridicule de ne jamais te revoir, de Rosa Montero, qui raconte la relation de Marie Curie avec son mari était autrement beaucoup plus passionnante à lire. Pour autant, je suis heureuse d’avoir pu découvrir, grâce à ce livre, un pan de l’histoire dont j’ignorais tout, et l’auteur a tout de même le talent de nous laisser voir deux personnalités complexes, douées d’une intelligence remarquable, vouées à la science, et à l’origine d’une découverte qui a changé nos vies.

Editions Albin Michel – janvier 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Joëlle

La sélection complète

Lectures 2018

Le courage qu’il faut aux rivières, Emmanuelle Favier

Aucun texte alternatif disponible.

On ne parle que rarement des conditions dans lesquelles on lit un livre, et surtout de l’impact que ces conditions peuvent avoir sur la qualité de notre lecture… J’ai emprunté ce roman en bibliothèque dans une version pour malvoyants (corps 20). C’est un peu gros, même pour moi. Mais voilà qui explique sans doute pourquoi je suis passée à côté de l’émotion contenue dans cette histoire, très étonnante et particulière. Il aurait peut-être fallu une écriture plus resserrée, me lover avec les personnages entre les pages de mon livre. Je ne sais pas. Dans les premières lignes, nous rencontrons tout d’abord Manushe, une « vierge jurée » qui a renoncé à sa condition de femme, très jeune, pour échapper à un mariage avec le vieux Panush. Manushe vit et s’habille comme un homme et est pour cela respectée dans ce village des Balkans où elle réside de manière paisible et routinière. Un visiteur met pourtant ce jour là le village en effervescence. Adrian est un homme à la fois attirant et mystérieux. Chaque famille a le souhait de l’accueillir chez elle. Manushe et lui passent du temps ensemble, jusqu’à ce que les secrets de chacun soient dévoilés. Le désir vient s’en mêler, ainsi que l’imprudence. Le lecteur découvre alors qui est réellement Adrian, et son histoire pleine de rebondissements et de dangers.  Même si je suis restée un peu en retrait de l’émotion contenue dans ce roman, je reconnais son aspect envoûtant, par moments très poétique, voire lyrique et mystérieux. On pourrait croire même avoir affaire à un conte tant les repères sont à la fois flous et universels dans ce récit qui contient de belles images et beaucoup de violence, à l’image de notre monde actuel. Les questionnements que soulèvent les difficultés rencontrées par les femmes dans ce roman sont très modernes et je dirais qu’il met en lumière… le courage qu’il faut parfois aux femmes pour être des hommes comme les autres.

Editions Albin Michel – août 2017  

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole

Lectures 2018

L’été circulaire, Marion Brunet

Je lis aussi dans le cadre de mon groupe de bibliothèque… ce qui me permet d’élargir un peu mes horizons et de partager en dehors d’internet. C’est dans ce contexte que j’ai ouvert L’été circulaire, assez heureuse finalement d’entamer un titre à l’écriture dynamique, d’une auteure spécialisée jusque là en jeunesse.  Jo et Céline sont deux soeurs de quinze et seize ans. Elles partagent la même chambre dans le pavillon de leurs parents au milieu d’un lotissement écrasé par le soleil du Midi de la France. La première scène est d’une violence inouïe. Manuel a appris que sa fille Céline est enceinte et il la frappe violemment.  Céline ne veut pas avouer qui est le père et part travailler pour l’été dans la ferme de ses grands parents. Jo est plus sérieuse, plus raisonnable, même si elle rêve de théâtre et de quitter cette vie morne qui ne lui convient pas. Les avances de Saïd, qu’elle connaît depuis toujours, ne la font pas rêver… Un drame couve et monte peu à peu dans l’ambiance glauque de cet été caniculaire. Il y a la rage et l’orgueil des hommes qui veulent en découdre et le silence des femmes. L’été circulaire est un roman noir qui se lit avec facilité et qui déconcerte en même temps. J’ai apprécié ce tableau d’une société à deux vitesses où les riches méprisent ceux qui travaillent pour eux, où personne ne semble pouvoir échapper à sa condition ni à son destin. J’ai eu envie de secouer Séverine, la femme de Manuel, grand-mère a à peine 40 ans. J’ai cru que Jo, avec son intelligence et ses yeux vairons, sa foi en l’ailleurs, allait pouvoir sauver sa famille de cet été glauque qui n’en finit pas de coller aux doigts, comme une barbe à papa de fête foraine. Mais j’ai moins aimé ce qu’il me restait en fin de lecture, ce malaise qui persiste. Une lecture en demi teinte donc, pour moi au final, et sans doute un livre qui ne tombe pas au bon moment, mais qui plaira très certainement aux adeptes du genre.

Editions Albin Michel – janvier 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Grand Prix de littérature policière 2018

Une autre lecture chez… Noukette

Ce titre était dans la première sélection des coups de coeur de la blogo.

Lectures 2017

Newland, Stephanie Janicot

Tu lis parfois aussi pour ton club de lecture de bibliothèque… et là quelle surprise que de tomber pour une fois sur une dystopie, écrite par Stéphanie Janicot, accessoirement par ailleurs rédactrice en chef de l’excellentissime revue Muze. Tu ne savais trop à quoi t’attendre, et les premiers pas de l’intrigue de ce roman ressemblent à s’y méprendre aux premiers pas de Divergente… alors tu restes sur tes gardes, même si tu te doutes bien des contraintes et codes du genre. Nous sommes à Newland, unité de Brittonie, an 2262 de l’ère ancienne, an 104 de l’ère nouvelle. L’Europe a pris des mesures drastiques pour vivre enfin en paix et en harmonie. Les naissances sont contrôlées et gérées par des matrices. Un système de castes a été instauré. Les Blancs, la caste la mieux considérée, transmettent leurs gênes. Les Bleus éduquent leurs enfants. Les Noirs, quant à eux, entreprenants, doivent se débrouiller pour réussir et sont la caste des travailleurs. A quatorze ans, chaque enfant se voit dirigé vers la catégorie qui lui convient. Marian est persuadée d’être une Blanche, et se projette depuis toujours dans cet avenir, à l’instar de sa soeur Myrtille. Mais au moment de la Sélection, son bracelet lui désigne le camp des Noirs. Le choc est immense pour Marian, qui se prépare douloureusement à un destin qu’elle n’envisageait pas. Elle décide de se venger, ce sera son moteur, de gravir les échelons, pour aller défier SOL, le gouverneur qui se cache derrière les décisions de l’ordinateur central. Pour cela, il faudra être têtue, forte et risquer sa vie… Et toi lectrice, tu t’es laissée embarquer dans cette histoire, véritable Page Turner, consciente de l’originalité relative du scénario, mais emportée par la qualité du texte de Stéphanie Janicot et de l’univers créé par elle. Ses réflexions sur le passé, l’évolution de notre monde t’ont semblées pertinentes et documentées. De plus, les différents personnages qui gravitent autour de Marian, jeune fille en colère, sont fouillés.  A noter, un très intéressant voyage dans le passé, bourré de contrastes. Bref, voici une lecture divertissante, que tu as lue avec beaucoup de plaisir. A conseiller aux adeptes du genre, mais pas seulement !

Editions Albin Michel – mars 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5