Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Alexandra Koszelyk

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

La première à répondre à mes questions a été Alexandra Koszelyk.

Bonjour Alexandra,
Tu étais invitée au Printemps du livre de Montaigu cette année, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.
Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais, qui se faisait une joie de te rencontrer à cette occasion.
Antigone : A crier dans les ruines est ton premier roman. Il est sorti aux Forges de Vulcain le 23 août 2019. Pourrais-tu nous le résumer en quelques mots ?
Alexandra : C’est l’histoire de deux êtres séparés de force par la catastrophe de Tchernobyl. L’une part, tandis que l’autre reste. Comment se reconstruire, quand on quitte un pays, qu’on fait face à une nouvelle culture ? Comment savoir ce qui est bon pour soi ? Est-ce l’éducation reçue ? Comment replanter ses racines quand le déracinement a eu lieu … A crier dans les ruines serait pour moi une odyssée intérieure qui débute par la catastrophe de Tchernobyl. C est un roman que j’ai voulu teinté de légendes et de mythes.
Antigone : Écrire est une chose, mais décider de commencer un roman en est une autre. Peux-tu nous expliquer à quel moment tu as sauté le pas ? Est-ce ton premier manuscrit ?
Alexandra : Cela faisait plusieurs années que l’écriture me démangeait, chaque semaine j’écrivais un texte court à partir d’une photographie, mais jamais je n’aurais osé sauter le pas. Toutefois, mener cet atelier m’a fait rencontrer de nombreuses personnes, certains sont même devenus des amis très proches. Grâce à ce média, j’ai notamment rencontré Pierre Raufast, nous avons échangé autour de l’écriture, et un jour il m’a demandé pourquoi je ne passais pas à l’écriture longue, que j’avais tout pour la mener à bien. Je l’ai cru, j’ai osé, je m’y suis mise. 9 mois après, j’avais mon premier jet, je l’ai envoyé à quelques éditeurs . Entre temps, j’ai continué d’étoffer mon manuscrit … Un an après mes premiers envois, je signais aux Forges. Commença alors le travail de correction avec mon éditeur. 8 mois après, le roman partait chez l’imprimeur.
C’est mon premier manuscrit, oui. En discutant avec d’autres auteurs, je me rends compte de la chance que j’ai d’avoir publié le premier manuscrit écrit.
Antigone : Parlons un peu de toi, et aussi de la blogueuse que tu es sur http://www.bricabook.fr. Peux-tu nous dire à quel moment tu as commencé ton blog, avec quelles motivations ? Est-ce que tenir un blog est un terrain idéal pour entraîner son écriture ?
Alexandra : Oh cela fait un bail que le blog est ouvert ! 2007, je crois ! Quand j’ai ouvert cet espace, je ne savais pas du tout ce qu’était un blog, j’ai notamment été la première surprise quand j’ai vu qu’on pouvait laisser des commentaires sur mon blog. La vraie béotienne, donc ! Je l’ai ouvert car je voulais partager avec d’autres mes lectures. Dans mon entourage, personne ne lisait et je me sentais frustrée de ne pas en parler.
Un jour, j’ai eu envie d’écrire un texte, c’était un besoin impérieux, la fameuse écriture cathartique. J’ai été surprise des retours des lecteurs, ils m’ont conseillé de continuer. J’ai alors ouvert l’atelier d’écriture pour me contraindre à écrire au moins une fois par semaine.
Je ne serais jamais passée à l’écriture si le blog n’avait pas été là.
Antigone : Tu tiens depuis de nombreuses années un atelier d’écriture virtuel sur ton blog (auquel j’ai d’ailleurs souvent participé). Pourrais-tu nous expliquer ce que t’apporte cet exercice ?
Alexandra : Selon moi, s’exercer est primordial. Quand on débute, les premiers textes sont balbutiants, on cherche son style, son rythme, ses histoires aussi. Et puis, comme un sportif, l’exercice devient de plus en plus facile… Ecrire quotidiennement est essentiel, selon moi. Mais pas au sens vital du terme, mais bien pour progresser. Un artiste ne crée par tout le temps, je passe toujours par une phase de maturation, de recherches. Je peux remplir 3 carnets de notes avant de passer à la véritable écriture.
Antigone : Pour en revenir à ton roman, tu m’as raconté comment l’enthousiasme des lecteurs lui avait permis de poursuivre un beau chemin depuis sa sortie. Peux-tu nous raconter ce que t’apportent ces rencontres que tu fais avec les lecteurs ? As-tu été parfois surprise par leurs réactions ?
Alexandra : Mon livre a eu (et a encore, c’est fou!) un parcours idéal. Il a été porté dès le début par les libraires : avant sa parution du roman, dès le mois de juillet, mon éditeur m’envoyait leur retour. Puis à sa sortie, les libraires l’ont effectivement mis en avant, et les lecteurs passionnés que sont les blogueurs l’ont aussi porté. Le bouche à oreille a ensuite opéré.
A chacune des rencontres, je mesure la chance que j’ai : pouvoir échanger autour de mon roman à des lecteurs passionnés. Chaque lecteur a abordé le roman à travers son histoire, son caractère, c’est intéressant de voir que le livre vit à travers d’autres gens. N’y a-t-il pas plus joli cadeau pour un auteur ? Que son univers soit parcouru par d’autres individualités ?
Antigone : J’ai beaucoup pensé à toi en découvrant le personnage de Léna, puis j’ai oublié vos ressemblances pour m’attacher au personnage. Léna connaît un exil très fort. Pourrais-tu nous raconter l’importance de ce thème pour toi ?
Alexandra : Je suis petite-fille d’immigrés et je porte un nom aux consonances étrangères : même si je fais partie de la troisième génération, c’est quelque chose que je porte en moi. Je crois beaucoup aussi à la transmission intergénérationnelle : ce que mes grands-parents ont vécu dans leur exil s’est ancré en moi, ne serait-ce que par les histoires qu’ils racontaient, mais aussi une façon de vivre. Quand on vit l’exil, on reconstruit tout, jusqu’à une famille, car on laisse derrière soi ses proches.
C’est un thème qui me parcourt et me hante.
Antigone : Léna se plonge dans la littérature et la mythologie pour oublier son exil mais aussi se donner de la force et du courage. Quand on te connaît un peu, on sait combien tu aimes la mythologie, et bien sûr la littérature. Pourrais-tu nous parler un peu de ton métier de professeur et de ce goût que tu essayes de transmettre à ton tour à tes élèves ? Ont-ils lu ton roman ?
Alexandra : Oh, je risque d’avoir du mal de parler de mon métier, sans doute serait-il plus juste de faire parler mes élèves. Mais j’essaie un maximum de rendre la littérature vivante, de susciter des émotions, de bouger les barrières, de les pousser dans leurs retranchements. Un cours de lettres se vit et se monte en fonction d’eux, de leurs réactions face à un texte. Parce que la littérature et les mythes seront toujours là pour expliquer notre monde.
Certains de mes élèves ont lu mon livre, oui, des anciens aussi. J’ai même revu lors d’une dédicace une élève que j’avais eue en Terminale voici 17 ans ! Quelle émotion !
J’aime la pudeur de mes élèves : en classe, ils ne me parlent jamais de mon livre, je suis là pour enseigner, mais ils viennent souvent m’en parler à la fin du cours.
Antigone : Un grand merci à toi Alexandra.
Alexandra : Merci à toi, Antigone !
Coups de coeur·Lectures 2019

A crier dans les ruines de Alexandra Koszelyk… dans « ma rentrée littéraire » !

   Ma rentrée littéraire

Voici mon deuxième coup de coeur de cette rentrée littéraire. Un coup de coeur pas aussi évident qu’il peut le paraître. Car oui, effectivement, je connais Alexandra depuis une éternité, en tant que copine blogueuse, mais aussi organisatrice de l’atelier d’écriture auquel je participe régulièrement… J’étais donc très enthousiaste à l’idée de découvrir son premier roman. Et justement, ce n’est pas si facile de se laisser entraîner par une écriture quand on connaît si bien l’auteure… et je dois dire que recevoir ce titre, ce premier roman tellement attendu, a été l’objet d’une grande émotion. Dans cet état, je n’ai pas apprécié tout de suite ma lecture. J’ai dû en réalité m’arrêter à plusieurs reprises (je vous dis tout), car je faisais bien trop attention à la tournure des phrases, à ce que je reconnaissais des thèmes fétiches d’Alexandra (à ses tics de langage ?) pour me laisser prendre par l’histoire. Il y avait des oh et des ah, et des comment a-t-elle fait pour imaginer et décrire tout ça ? Il a donc fallu faire une pause, et j’en ai été bien mortifiée. J’ai repris son livre, une quinzaine de jours plus tard, et cette deuxième tentative a été la bonne… ouf ! J’ai oublié Alexandra pour m’intéresser enfin à Léna, son héroïne. Nous sommes en 1986, Léna vit avec ses parents à deux pas de la centrale, dans la ville de Pripiat. Lorsque la catastrophe survient à Tchernobyl, ses parents quittent la ville, la séparant d’Ivan, le jeune garçon dont elle est proche depuis toujours et dont elle a frôlé les lèvres pour la première fois il y a peu encore. Convaincue qu’il est mort, elle tente de refaire sa vie en France, en Normandie, comme ses parents le souhaitent. Mais un vide persiste en elle, qui va la poursuivre jusqu’à l’âge adulte, moment où elle décide de retourner sur les lieux de son enfance. La zone est depuis devenue un lieu touristique, malgré le danger des radiations. La nature a repris ses droits, et les ruines de Pripiat fascinent. Mais, plus que d’être un roman sur Tchernobyl, A crier dans les ruines nous parle du déracinement, de l’appel des origines, et du pouvoir des schémas familiaux. Ce qui va sauver Léna de la vie terne à laquelle elle se destine avec résignation, c’est sans conteste la littérature et la mythologie, les contes, la force des mots. La présence du personnage d’Antigone (Sophocle,) page 116, en est un exemple frappant, exemple qui ne pouvait m’échapper. Comme beaucoup de jeunes filles discrètes, aux parents taiseux, ou stricts, Léna se construit à travers ces figures de papier, fortes et émouvantes. Elle mettra pour autant du temps à se rendre compte qu’elle peut aussi agir et essayer de retrouver cette part amputée d’elle même qui lui manque depuis trop longtemps. Et c’est ce que j’ai aimé dans le roman d’Alexandra, toute la part onirique qui parcourt son texte, la présence de cette amie, Armelle, qui croit à la magie celte… la poésie qui regorge à chaque page. J’ai eu beaucoup d’admiration, tout au long de ma lecture, pour la qualité de son récit, sa force, les portraits complexes des personnages qu’elle nous permet de rencontrer, et la beauté des images qu’elle nous transmet. Si vous avez aimé lire Thomas Vinau par exemple, dans ce qu’il évoque poétiquement de la nature, ou imaginer la fin du monde dans le Trois fois la fin du monde de Sophie Divry (gros coup de coeur de l’an dernier), ce livre est fait pour vous, foncez !

Aux Forges de Vulcain – 23 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole