Lectures 2020

Les disparues du tableau, Daria Desombre

Traduit du russe par Julia Chardavoine

J’ai choisi ce titre parmi d’autres lors de ma sélection pour le dernier masse critique « Mauvais genre » de chez Babélio. J’ai été attirée par cette intrigue mêlant les arts et la ville de Moscou. Et j’ai fait une très bonne pioche… même si en réalité cet opus se trouve être le deuxième volet d’une série. Rien de gênant cependant, et je me suis empressée de mettre dans mon panier de librairie le premier volet qui est sorti en format poche au printemps : Tous les pêchés sont capitaux. Macha Karavaï, jeune stagiaire à la police de Moscou, reste traumatisée, dans ce deuxième volet, par sa précédente enquête, dans laquelle elle a découvert l’identité de l’assassin de son père. Andreï, son collègue et amoureux, devine qu’une seconde enquête pourrait la faire sortir de sa torpeur, et de chez elle, malgré l’avis de sa mère. Justement, un tueur en série semble sévir de nouveau dans Moscou. Des cadavres de jeunes filles sont retrouvés dans leur lit, peu de temps après leur disparition, un dessin authentique d’Ingres dans leurs mains. Que cela signifie-t-il ? Macha, férue d’art, se passionne en effet pour cette nouvelle série de meurtres et remarque assez rapidement que les jeunes filles, d’apparence ordinaire, ont toutes des ressemblances avec les femmes du Bain turc, le célèbre tableau de Jean-Auguste-Dominique Ingres conservé au musée du Louvre à Paris. Et tandis que des expertises mettent au jour des faux un peu partout, que l’enquête prend des dimensions internationales, un copieur de génie enlève des jeunes filles pour les peindre et les tuer… Je suis ressortie de cette lecture haletante enchantée. Les personnages, inventés par Daria Desombre ont en effet une belle densité, et l’enquête est assez sophistiquée et prenante pour être addictive. J’ai aimé aussi rentrer avec les enquêteurs dans les musées, dans des ateliers, fureter dans des archives. La vie personnelle de Macha et d’Andreï se mêle bien sûr à l’enquête mais elle est là plus pour servir l’intrigue que pour l’en éloigner. Un policier qui n’a rien d’original dans sa forme mais qui est plutôt brillant et rempli bien sa fonction de nous faire battre le coeur un peu plus vite.

Editions du Masque – mars 2020

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Lectures 2020

Frères soleil, Cécilia Castelli

Lors de l’avant dernier rendez-vous Masse critique de chez Babelio, j’ai choisi ce titre de rentrée littéraire, forte de ma lecture du dernier roman d’Angélique Villeneuve, édité chez le même éditeur. Cécilia Castelli nous entraîne, dans son récit, à la rencontre d’une famille d’origine Corse. Rémi retrouve chaque été ses cousins sur l’île. Venu du continent, la différence entre eux est palpable dans les premiers jours mais se dissipe au fil de l’été, dans cette bulle protectrice que constitue la demeure familiale. Les adultes profitent du soleil, des vacances et taisent en eux les blessures du passé, ainsi que le quotidien qu’il faudra retrouver dès la rentrée. Tout cela est baigné aussi de mysticisme et de légendes. Plus les enfants grandissent, plus leurs préoccupations changent et se durcissent, moins les adultes se retrouvent pendant les vacances. Les cousins s’intéressent dorénavant aux filles, et lorsque Rémi les rejoint sur l’île, devenu un jeune adulte un peu perdu, aimer la Corse prend soudain un autre sens, moins festif et moins léger, plus engageant, plus combatif… Je suis restée en lisière de ce roman. Ma lecture en a été un peu laborieuse, malgré la beauté de l’écriture et du texte. Je n’ai pas su je crois m’attacher aux personnages et rentrer dans cette musique corse. Dommage. Comme souvent avec les lectures mitigées, c’est un livre que je vais tenter de faire circuler dans d’autres mains, histoire de lui donner une seconde chance…

Editions Le passage – 20 août 2020

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Une autre lecture chez… Mémo Emoi

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Lectures 2020

Il est encore temps, Jean-Philippe Blondel

Alors que la continuité pédagogique se termine à la maison, j’ai presque un peu de nostalgie à vous parler de ce livre… En effet, en cours de français, nous avons étudié avec mon fils les discours de Martin Luther King et de Greta Thunberg, le point de départ de discussions entre nous sur l’exaltation de la jeunesse (amplifiées plus tard au moment de l’étude d’Antigone) et le point de départ de ce roman… Nous sommes en 2019. Lou termine sa troisième et passe ses épreuves de Brevet. L’écoute d’un discours de Greta Thunberg la plonge soudain dans un état de sidération intense qu’elle va traîner tout l’été suivant, à la grande inquiétude de ses parents qui consultent un médecin. Lou est persuadée que le monde court à sa perte, qu’il n’y a plus rien à faire et que même la notion de Carpe diem n’est qu’un leurre pour ne pas regarder la vérité en face. Son médecin, complice et compréhensif, lui suggère de gérer son angoisse en se rendant utile. Ils raconteront à ses parents qu’elle souffre d’anémie, pour les rassurer. L’entrée au lycée de Lou va être l’occasion de nouvelles amitiés mais aussi de nouvelles expériences. Et si elle avait réellement le pouvoir d’éveiller les consciences ? J’ai choisi ce roman ado lors d’une opération masse critique de Babélio, pour son thème, le nom de son auteur, et celui de la maison d’édition qui l’édite. Et je n’ai pas été déçue. Dès le début, j’ai aimé sa qualité d’écriture, aimé plonger dans ce combat qui m’est familier et important. Son seul défaut est peut-être d’être bien trop court. A offrir à nos petits troisièmes, qui auront connu une année bien étrange ! Le confinement aura été pour moi l’occasion de passer des moments très intéressants avec mon fils, et de me réconcilier avec ma propre année de troisième, qui n’a pas été la meilleure de ma vie. Me rendre compte que je pouvais comprendre les cours et les lui transmettre, et que j’aimais ça, a été d’un grand réconfort et une surprise. Dans ce roman, la relation de Lou avec ses parents, surtout sa mère, est très jolie et émouvante. Ce livre distille un bel espoir et nous confirme que nous pouvons sans cesse nous réinventer et faire bouger le monde.

Actes Sud Junior – mai 2020

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Lectures 2019

Dans la barbe du Père Noël, Ghislaine & David Trouilloud

J’ouvre mon petit calendrier de l’avent personnel avec ce titre. J’ai en effet décidé cette année de présenter quelques livres sur le thème de Noël sur ce blog (mais pas tous les jours, rassurez-vous)… Il faut dire que Noël est un des thèmes du prochain rendez-vous du club de lecture que j’anime et que c’est aussi une manière de m’y préparer. J’ai demandé cet album dans le cadre du dernier Masse critique jeunesse de chez Babélio. J’ai craqué sur cette magnifique couverture, qui donne envie (n’est-ce pas ?) de faire un gros câlin au père noël. A réception, j’ai laissé grande fille le regarder, car ses réactions (même à son âge, 18 ans) sont toujours intéressantes. Sur le sujet, elle a conservé son âme d’enfant. Bien que moins séduite par les dessins des pages intérieures, elle s’est exclamée à plusieurs reprises sur l’histoire et a conclu en me disant… c’est trop mignon. En effet, les dessins des pages intérieures peuvent rebuter notre esthétique d’adultes mais ont tout pour plaire aux plus petits, faces rondes, grands yeux et personnages colorés. De plus, la narration suit un fil qui fonctionne à chaque fois, élément perturbateur de départ, interrogation, quête et résolution progressive de l’interrogation du départ, puis happy end. Mais que se passe-t-il donc au pays du père noël ? A quelques jours de la livraison des cadeaux, une grande partie d’entre eux ont disparu. Un lutin plus malin que les autres a deviné. La barbe du père noël a tellement poussé depuis plusieurs saisons que beaucoup de choses s’y sont perdues. Et pas que des cadeaux ! On y retrouve ainsi notamment un hérisson de l’automne précédent, le château de sable de l’été dernier et quelques fleurs des prés du printemps. Tout le monde est rassuré. Les cadeaux vont pouvoir être distribués. Mais ne serait-ce pas une bonne idée que de couper un peu cette fameuse barbe ? Au final, voici un album qui plaira certainement aux plus petits et les fera rêver en cette période de l’avent, même si personnellement j’ai été un peu déçue par son esthétique.

Editions Thot –  13 Septembre 2019

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Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babelio

Lectures 2019

Terrible vertu, Ellen Feldman

Lorsque l’on m’a proposé ce livre du Cherche midi éditeur dans le cadre d’un Masse critique privilégié de chez Babélio, je dois avouer que j’ai seulement craqué sur l’esthétique de la couverture, ce que je supposais du roman, et répondu assez vite par l’affirmative… Mais, fidèle à ma propension de ne pas lire les quatrième de couverture, j’ai en réalité été bien surprise par les premières pages de Terrible vertu. Car autant je n’ai pas été complètement séduite par le style, et cette utilisation de la première personne un peu déstabilisante, autant j’ai été enchantée par son sujet. Ce roman s’avère être en effet la biographie romancée d’une grande dame américaine, Margaret Sanger, à l’origine d’un mouvement du XXème siècle pour le contrôle des naissances, du planning familial et de la pilule. Elle naît en 1879 dans une famille ouvrière d’origine irlandaise, sixième des onze enfants du couple. Sa mère a subit en tout 18 grossesses. Et c’est ce qui révolte dès le plus jeune âge cette jeune fille intrépide et libre, la soumission des femmes au mari, la non égalité devant le plaisir sexuel, et ces grossesses à répétition qui entretiennent la misère des classes les plus pauvres. Pourtant, Margaret se marie et a des enfants. Mais justement, c’est ce choix dans ses désirs de grossesse, ce choix de disposer de son corps, qu’elle revendique. Très vite, Margaret met en danger sa jeune famille pour ses idées, les négligeant malgré son amour, prenant des amants, bravant les institutions. Son but est de réduire le nombre d’avortements qu’elle constate dans sa profession d’infirmière et de sage-femme dans les quartiers les plus pauvres de New York. Le mariage est souvent pour ces femmes au départ un choix économique, ou amoureux, puis les enfants commencent à arriver, et chaque naissance aggrave la situation. La contraception n’est pas encore entrée dans les mœurs très puritaines de l’Amérique du début du XXème siècle et inciter ses concitoyens à la pratiquer un acte illégal. Margaret Sanger le constate lorsqu’elle sort en 1914 sa revue The Woman Rebel. Mais rien n’arrête cette femme qui cherchera sans cesse des appuis et à étendre ses connaissances sur le sujet. Est-ce parce que son personnage est controversé qu’il a disparu de la mémoire collective ? On l’accusa d’être trop libertine, et d’eugénisme (ce que Ellen Feldman réfute). En 1951, elle incite pourtant un biologiste américain à mettre au point la contraception orale qui deviendra la pilule. Je suis ressortie de cette lecture enchantée d’avoir tant appris sur ce mouvement qui a sans conteste libéré la femme, et admirative devant la force de conviction et l’obstination de Margaret Sanger. Mes bémols sur le style se sont vite envolés devant l’intérêt de l’histoire que l’on me racontait. J’ai repensé également à cette série que j’avais beaucoup aimé regarder sur Netflix, Call the Midwife, et qui illustre parfaitement le contexte dans lequel Margaret Sanger a commencé son combat, même si l’intrigue se déroule dans les années 50 dans un quartier pauvre de Londres.

Le Cherche midi éditeur – 3 octobre 2019

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«Les femmes rebelles réclament : le droit à la paresse, le droit d’être mère célibataire, le droit de détruire, le droit de créer, le droit d’aimer, le droit de vivre.»

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Lectures 2019

La plus précieuse des marchandises, Jean-Claude Grumberg… lu par Pierre Arditi

Lors du premier rendez-vous du club de lecteurs que j’anime, Mumu avait parlé de ce conte de Jean-Claude Grumberg. Je n’ai donc pas hésité à le demander lors du Masse critique de Babélio consacré à la rentrée littéraire. Cependant, je n’avais pas réalisé que j’avais demandé la version audio, lue par Pierre Arditi. Grosse surprise donc à réception de recevoir ce format avec lequel je ne suis pas très à l’aise. Heureusement, le texte est court (1h30) et la voix de Pierre Arditi toujours très belle… Et puis, de Jean-Claude Grumberg, je connaissais Les courtes, texte théâtral fort et symbolique, je savais donc peu ou prou où je mettais les pieds. Dès le début du récit, nous rencontrons les personnages. D’un côté, ce couple et ses deux bébés, des jumeaux, dans un train à bestiaux en provenance de Drancy. De l’autre, une pauvre bûcheronne en mal d’enfants qui longe tous les jours la voie ferrée et récupère la plupart du temps des petits papiers pliés. Dans le train, il n’y a soudain plus assez de lait pour les deux enfants. En voyant cette vieille femme suivre le train dans la neige, le père décide donc de sauver l’un des deux. Il entoure un des bébés de son magnifique châle de prière et le lance dans la neige. La pauvre bûcheronne récupère le paquet, qu’elle pense provenir du Dieu du train et découvre alors une bien précieuse marchandise. Elle manque cependant de lait, et son époux est hostile à cette enfant récupérée du train des sans coeurs. Mais la pauvre bûcheronne va tenir bon, trouver des solutions, tandis que loin de là la famille de la petite arrive dans un camp… Je ne vais pas vous en dire plus sur ce texte, très court, symbolique et fort, qui raconte la déportation d’une manière subtile et émouvante. Il fait partie de ces textes essentiels, à l’instar de Matin brun, à avoir chez soi et à transmettre. J’ai été un peu gênée par le format qui m’a demandé de m’isoler pour l’écouter, ou d’attendre que je sois seule. Ce n’est décidément pas un format pour moi.

Lizzie – août 2019

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