Lectures 2021

Vertiges, Fredric Gary Comeau

Lorsque Babélio m’a proposé ce titre, lors d’une opération masse critique privilégiée, j’ai hésité (trop de livres dans ma PAL) et puis son aspect choral a intrigué ma curiosité… Un jour gris, dans Paris, un attentat a lieu, dans une gare. Hope est présente, et apprend très vite la mort du petit Benjamin, un adolescent dont elle ne connaît rien, mais qui lui rappelle ce suicide à Tokyo auquel elle a assisté lorsqu’elle était enfant, un homme s’était jeté sous un camion devant elle. Suite à ce dernier événement, Hope décide de partir, peut-être pour rechercher le poète qui serait l’homme de sa vie, comme le lui serine sa mère, mais sans doute surtout… pour se perdre parfois, faire l’amour souvent et se trouver enfin. Elle rencontre Olivier, qui n’a rien apparemment de l’homme de sa vie, et qu’elle quitte brutalement, pour poursuivre son périple. Pendant ce temps, Naguib, gynécologue, fuit un quotidien qui l’enferme jusqu’à la nausée, Victor organise sa vengeance et Jesus, le poète, se cherche et apprend. D’autres personnages se heurtent dans ce roman très spécial, qui donne effectivement le vertige, tant par sa langue, que par le voyage qu’il entreprend. Et il a tout d’un roman choral, en effet, puisque les personnages se croisent (ou presque), comme par hasard, et leurs chemins sont intimement liés (sans qu’ils ne le sachent). Je suis ressortie de cette lecture à la fois déroutée, et admirative. Les chapitres sont parfois très courts et recèlent de très belles trouvailles. Mais le lecteur peut se perdre dans leur dédale. C’est un récit dont j’ai indubitablement aimé la poésie, peut-être moins l’histoire, tirée un peu par les cheveux. Cependant, alors que je feuillette les pages pour retrouver un extrait qui m’a plu, je me dis qu’il faudrait sans doute que je le relise, à présent que je connais la fin. Vous voulez savoir le fin mot de l’histoire ? Et bien, pour conclure mon propos, ce Vertiges est un drôle d’ovni.

« Hope marche sous la pluie. Elle se rappelle une période de son enfance où elle était convaincue qu’elle était atteinte d’une maladie rare et grave.
A la télévision, sa mère regardait souvent un film documentaire sur la vie de Martin Luther King en retenant ses larmes. Hope croyait que ce film était une sorte de téléthon ayant pour seul but d’aider les chercheurs à trouver un remède. Elle écoutait, émue, le Dr King crier de toutes ses forces : « Keep hope alive ! Keep hope alive ! »

Editions Faubourg Marigny – mars 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babélio
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Lectures 2021

Denali, Patrice Gain

denali

Je participe régulièrement aux opérations « Masse critique » de chez Babélio. C’est dans le cadre de cet événement, sur le thème du « mauvais genre », que j’ai remporté ce poche. J’ai été attirée par la couverture qui me laissait à penser que mon mari, adepte du nature writing, serait sans doute également intéressé par cette lecture… Et effectivement, plus que d’être un thriller ou un roman policier, comme peut le laisser supposer la collection dans laquelle il s’insère, Denali s’inscrit dans la tradition de ce genre de romans, qui en l’occurrence ici tourne un peu mal. D’ailleurs, dès les premières pages, comme un clin d’oeil, il est fait référence à Into the Wild… Le lecteur fait ainsi la connaissance de Matt Weldon, jeune adolescent, réfugié chez sa grand mère, au coeur du Montana, après la disparition de son père, lors de son ascension de la montagne Denali, de l’internement de sa mère et de la fuite de son frère. Le moins que l’on puisse dire est que le récit ne va pas faire de cadeaux à Matt qui perd brutalement sa grand-mère, va se retrouver seul dans sa maison en bois et devoir affronter les autres, la faim et les vicissitudes d’une vie qu’il n’a pas choisie, lui qui rêverait simplement de retrouver son foyer d’avant. De plus, va peu à peu se dessiner le portrait d’un père hanté par un lourd secret, et tout un pan d’un passé dont Matt ignorait tout jusque là. Comment grandir dans de telles conditions ? Matt va de surprises en déceptions, et seule sa nature naïve et courageuse va réussir à le sortir de tout ce fatras que les autres s’évertuent à créer autour de lui. J’ai beaucoup aimé ce roman, que j’ai dévoré en une journée. La nature y est très présente, à la fois belle et dangereuse, mais aussi protectrice quand on sait l’apprivoiser. Le récit est ponctué de scènes de violence, terribles pour le personnage mais pas insoutenables pour le lecteur, qui tremble tout de même pas mal devant la solitude que rencontre continuellement Matt et surtout devant le peu de soutien qu’il peut attendre de son entourage et des autorités.

Editions Le livre de poche  – février 2021

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Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babélio
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Coups de coeur·Lectures 2021

Ce qu’il faut d’air pour voler, Sandrine Roudeix… coup de coeur !

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❤ Ce livre a mis du temps avant de trouver le chemin de ma boîte aux lettres. Il m’avait en effet été d’abord proposé par l’auteure. Ne le voyant pas arriver, je l’avais également demandé lors d’une opération Masse critique de chez Babelio. Et il n’est encore une fois pas arrivé. Un grand merci aux éditions Le Passage d’avoir donc à ce moment là réitéré l’envoi car ce livre est un gros coup de coeur de lecture qui valait largement la persévérance et l’attente ! De Sandrine Roudeix, j’avais lu Les Petites mères et le fabuleux et inoubliable Diane dans le miroir, j’étais donc très impatiente de lire son nouvel opus. Dès les premières pages, j’ai reconnu son écriture précise, juste et forte. L’histoire commence alors que le fils de la narratrice, à peine majeur, décide de quitter le nid familial qu’ils formaient à eux deux, avec ce qui semble être du rejet et une grande indifférence. Cette mère, à la fois blessée et soufflée, retranchée dans sa solitude, se remémore alors tout le chemin parcouru, de la rencontre avec le père de l’enfant à ce moment si particulier et douloureux du départ. Plus que de concentrer son propos sur cet épisode du « nid vide », Sandrine Roudeix nous conte alors la grande épopée intime du lien et de la maternité, les doutes, les erreurs et les réussites, dans un élan très fort de sincérité et de réalisme. Et j’ai été plus que touchée par ce récit, dans lequel je me suis reconnue à de multiples reprises, alors que mon histoire est différente. Mais en ce moment, avec mes enfants âgés de 15 et 20 ans, dans un contexte sanitaire particulier où la promiscuité est exacerbée, presque toujours à la maison, je ressens fortement cette problématique de l’air entre nous qu’il faudrait parfois insuffler pour leur permettre de prendre leur envol. Merci donc à Sandrine Roudeix pour ce partage d’une grande émotion et pour ce roman qui met en lumière cette évidence : quoique l’on fasse en matière d’éducation, nous ferons des erreurs, et quoique l’on fasse, ce sera pour le mieux. Car être mère d’adolescents, je le constate tous les jours, c’est ne rien maîtriser du tout, s’inquiéter beaucoup, grappiller les moments de tendresse et souffrir oui, bien sûr, quand le moment de laisser de l’air entre eux et nous est arrivé. La finesse d’analyse de Sandrine Roudeix dans ce texte, qui m’a fait monter les larmes aux yeux à de multiples reprises, fait battre le coeur, est un superbe cadeau.

« Même si notre conflit à toi et moi ne sera pas fait du même bois, chacun son lien, chacun son récit, tu porteras forcément mes blessures, mes attentes et mes tensions, les mélangeant à celles de ton père pour construire ta souche au sixième rang de cette lignée, et tout ce que j’aurai essayé de faire différemment, plus à l’écoute plus présente moins conventionnelle plus valorisante, n’y changera rien. On abîme toujours d’autres passés en voulant réparer le sien. »

Editions Le Passage – 7 janvier 2021

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Les autres lectures chez… Babelio

Divers et blabla

Le tricot circulaire

Le tricot circulaire a le vent en poupe en ce début d’année 2021. Deux livres viennent en effet de sortir sur cette méthode de tricot que j’affectionne particulièrement, surtout depuis un an, et depuis que je possède un lot d’aiguilles circulaires interchangeables. Avant, j’étais souvent déçue par mes tricots terminés, car autant les morceaux étaient plutôt réussis que des finitions, moins réussies elles, gâchaient en général le résultat final. Et j’étais donc immanquablement déçue. Avec le tricot en aiguilles circulaires, vous tricotez du haut vers le bas, sans coutures, et votre pull (ou autre) prend magiquement forme sous vos mains. Vous pouvez même l’essayer tout du long de votre travail. C’est confortable et absolument satisfaisant. Bref, j’adore ! Et la déception disparaît alors presque totalement, puisque vous avez cette sensation bienfaisante de mieux maîtriser votre ouvrage.

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Le premier livre que je vous présente aujourd’hui, Je tricote mon premier pull en circulaire de Nadège Chenu, du site Nanoulili Design, n’est pas un livre que je possède encore. Mais, Nadège est une personne que j’ai eu la chance de rencontrer, ainsi que Mélinda Blanchet, la photographe. De plus, le modèle de base du livre, décliné en 12 versions, est en réalité le modèle Aurore que j’ai tricoté en début d’année 2020 (voir la photo ci-dessus), avec une facilité déconcertante, et qui m’a mis sans conteste le pied à l’étrier. Depuis, ma fille de 19 ans, m’a piqué ce pull qu’elle porte régulièrement. Je suis très intriguée par les déclinaisons qu’elle propose dans son livre, et forte de mon expérience, je peux vous assurer que vous pouvez sans soucis vous laisser guider par ses instructions claires.

 

 

 

J’ai reçu le deuxième livre, Apprendre le tricot circulaire, grâce à une opération Masse critique de chez Babélio. Autant, celui de Nadège Chenu, a été fait en collaboration avec les laines Fonty, que celui-ci utilise plutôt les laines de We are knitters pour ses modèles. Morgane Mathieu est la blogueuse du site Trust the mojo. Elle vous propose en premier lieu dans son livre diverses fiches techniques illustrées, puis 8 modèles, plutôt simples, des snoods et des bonnets par exemple. J’ai personnellement repéré le gilet et le pull dont l’aspect loose serait parfait pour ma fille. J’ai trouvé son manuel très beau, joliment illustré, et j’ai retrouvé l’ensemble des réponses aux questions que je me suis posée durant l’année 2020. Rien n’est omis.

Que vous choisissiez l’un ou l’autre de ces livres pour débuter, vous serez satisfaits je pense de la technique du tricot en aiguilles circulaires. Je tricote, de mon côté en ce moment, surtout des modèles gratuits du site Drops design pour me faire la main, et passer ensuite certainement à des laines teintes main (plus chères) et des modèles de designeuses. Suite à plusieurs demandes sur le sujet, vous trouverez via ce lien des modèles femmes en top-down (terme sous lequel on trouve la plupart des modèles tricotés du haut vers le bas avec des aiguilles circulaires). Régalez-vous !

Je tricote mon premier pull en circulaire – Editions Eyrolles – 11 mars 2021
Apprendre le tricot circulaire – Editions Mango – janvier 2021

 

Lectures 2021

Le berger, Anne Boquel

J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une opération spéciale de Masse critique de chez Babelio. J’ai hésité à le demander car le thème du religieux et de l’embrigadement est un thème sensible pour moi… et que je préfère en général m’en tenir éloignée. Mais la curiosité l’a emporté. L’histoire ? Lucie est conservatrice dans un petit musée de l’Oise, malheureusement peu fréquenté et peu doté. Malgré son professionnalisme, elle ne peut donc guère s’épanouir dans son métier, ayant par ailleurs une vie de célibataire assez terne. Alors, quand sa collègue et amie lui parle avec enthousiasme de son groupe de prière et l’encourage à l’accompagner, Lucie accepte. Tout d’abord réticente, sur la réserve, elle se laisse assez rapidement prendre par l’atmosphère du groupe. Elle y trouve de la chaleur et sans doute un sens à une vie qui en manquait jusque là. Peu à peu cependant, elle inquiète ses proches. Elle perd beaucoup de poids et a peu de temps pour sa famille. Lucie est fascinée par celui qu’on appelle Le Berger et qui guide les fidèles de La Fraternité. Pour lui plaire, pour que le groupe voit en elle un membre sur lequel ils peuvent compter, elle sera prête à tout, même à se mettre en danger professionnellement… Ce roman décrit très bien comment une âme solitaire, raisonnable et intelligente, peut se laisser prendre par un mouvement sectaire. Le lecteur reste tout de même étonné que les doutes récurrents de Lucie ne prennent jamais le dessus. Il faut dire que Thierry, Le Berger, sait y faire pour la maintenir sous son emprise. J’ai été prise par le côté implacable du récit qui fonctionne très bien, et donne envie de reprendre sa lecture, sans doute pour voir jusqu’à quelle extrémité ira Lucie. Je n’ai pas trouvé l’ambiance glauque ou gênante, le style étant assez simple et fluide. J’aurais d’ailleurs justement aimé un peu plus de relief dans l’écriture je pense, ce qui m’aurait permis de l’apprécier encore davantage. C’est un roman qui a l’intérêt de pointer du doigt la solitude de nos sociétés modernes, solitude qui fait le lit de tels mouvements, bien sûr, mais aussi de toutes les emprises, comme celles des pervers narcissiques par exemple. Il y a d’ailleurs un peu de ce phénomène dans la relation que Thierry, Le Berger, entretient avec Lucie, sa proie.

Editions du Seuil – 4 février 2021

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Coups de coeur·Lectures 2021

Les Bordes, Aurélie Jeannin… coup de coeur !

 

❤ Déjà, j’avais adoré son Préférer l’hiver.  Et voici qu’Aurélie Jeannin de nouveau m’enchante, ou plutôt devrais-je dire,… me bouscule, avec ce nouvel opus. Ce titre est mon premier coup de coeur de l’année et (outch) quel coup de coeur ! Mais je vais peut-être un peu vite… Je dois tout d’abord vous parler du contexte, car chaque lecture a un contexte. J’ai, dernièrement, été amenée à me rappeler de ces années vécues en compagnie de mes enfants en bas âge, années qui n’ont pas toujours été faciles, sans rentrer dans les détails. Quelqu’un, que je connais depuis longtemps, s’en est d’ailleurs rappelé il y a quelques jours, ce qui m’a beaucoup troublé. Le temps a passé, mes petits sont devenus grands, et j’ai tendance à croire en général à la transparence de ce que je vis aux yeux des autres. Bref, pleine de cette émotion, j’ai ouvert le livre d’Aurélie Jeannin et j’ai été immédiatement transportée dans cette époque, moi/le personnage principal au volant, mon/son garçon et ma/sa fille à l’arrière, le désarroi, la solitude, l’épuisement, l’amour fou, et ma/sa conviction de mon/son incompétence maternelle. Ce début de lecture a donc été d’une force énorme. Je me suis sentie en pleine empathie avec ce personnage principal, prénommée Brune, une empathie qui n’a cessé d’être jusqu’à la dernière ligne de ce livre. Même si, ensuite, je ne me suis pas reconnue dans les événements qu’elle vit (fort heureusement). L’histoire ? Brune, jeune mère de jeunes enfants, est en route pour retrouver son mari et sa belle-famille aux Bordes. C’est une femme intelligente, juge de profession, confrontée quotidiennement à l’indicible, et qui a à coeur de maîtriser les risques pour sa propre nichée. Elle redoute les maladies, les accidents, les enlèvements. Alors elle guette, elle anticipe, elle passe sa vie aux aguets, tout en étant complètement anéantie par l’ampleur de la tâche et par son rôle de mère. Comme chaque dernier week-end de juin, il faut retrouver en plus cette belle famille qui la déteste… Ce livre, très fort, a bousculé la mère en moi mais il a aussi le talent de ne pas nous laisser tranquille, de nous tenir en haleine, de nous malmener jusqu’au dénouement final, qui sidère. Et quelle écriture magnifique ! Un livre très fort donc, que j’ai dévoré.

« Le pire était toujours possible ici. Tout lui paraissait plus risqué. Le bord de la baignoire plus glissant. Les arêtes des meubles plus vives. Elle était prise de panique. Tout était noir. Elle ne parviendrait jamais à garder ses enfants vivants. Ils mourraient avant elle. Voilà ce que Les Bordes lui disaient. Ce lieu et ces gens la rendaient noire en dedans. »

Editions Harper Collins – 13 janvier 2021

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Une lecture faite dans le cadre d’une opération Masse critique spéciale de Babélio

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