Lectures 2021

Lettre à toi qui m’aimes, Julia Thévenot

Lettre-a-toi-qui-maimes_557

Voir des avis enthousiastes un peu partout sur ce livre, m’avait donné envie d’aller à sa rencontre. Une opération Masse critique de Babélio est passée par là, et je l’ai reçu… Nous sommes ici dans un livre jeunesse, et le ton est tout de suite donné avec la rencontre de Pénélope, lycéenne. Yliès vient se présenter auprès de son groupe pour être guitariste. Il a répondu à une annonce. Avant, il jouait du métal, mais il s’habituera. Il n’a tout de suite d’yeux que pour la jeune fille, qui chante et compose. Et elle ne peut faire autrement que de le constater, avec gêne. Que faire de cet amour trop lourd, non réciproque, qui n’empêche pourtant pas le sentiment d’amitié ? Pénélope décortique ses émotions, les reproches qu’on lui fait. Car, Yliès et Pénélope ont tout du couple fait pour s’aimer. Joue-t-elle avec lui ? Même pas. Pénélope comprend que Yliès soit déçu, moins que ses amis lui en veuillent d’avoir laissé ce Roméo aux jolies boucles s’approcher trop près d’elle. Tout ça à cause de ces films romantiques à la noix, ces chansons sirupeuses, qui laissent croire que lorsque l’on coche toutes les cases, que l’on fait tout ce qu’il faut, l’amour survient obligatoirement. Et bien, non, ce n’est pas si simple. L’amour ne se commande pas. J’ai beaucoup aimé la musique de ce livre, ce texte en forme de lettre, en forme de poème, ce rapport amoureux inversé peu exploité dans les romans, et qui montre toute la douleur de celui qui n’aime pas, qui doit repousser gentiment et lutter. Un joli petit livre, de plus, que l’on a envie de relire une seconde fois, juste la dernière page tournée.

Regarde-moi clairement un instant :
                                            entre nous,
il y a un paquet de trucs qui n’arriveront jamais.

 Editions Sarbacane – avril 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Moka

La fiche du livre sur Babélio

Lectures 2021

Montagnes Russes, Gwénola Morizur & Camille Benyamina … ma BD de la semaine !!

Cet album sort aujourd’hui en librairie, et le hasard du calendrier fait que j’enchaîne deux lectures BD sur le thème de la maternité. Vous allez voir qu’ici il ne s’agit pour autant pas que de cela, mais également d’amitié… et que nous ne sommes pas loin également du thème du Train des enfants. Aimée et Jean font tout pour avoir un enfant mais toutes les tentatives se soldent par un échec. Aimée travaille dans une crèche et voit passer beaucoup de familles. Un jour, c’est Charlie qui passe la porte de l’établissement. Elle souhaite inscrire le dernier de ses trois enfants, Julio. Aimée est estomaquée par la décontraction de cette jeune et jolie mère célibataire qui semble de prime abord négligente, surtout préoccupée par la formation de maquilleuse qu’elle doit entreprendre prochainement. Les chaussures du petit garçon sont trop petites, et Charlie a oublié d’apporter des chaussons le premier jour. Aimée a le coeur qui se serre et pour éviter que Julio reste seul à la maison, elle prend en charge le petit garçon au cours d’un week-end, puis de temps en temps, régulièrement. Sous couvert d’aider Charlie, tout cela commence un peu à ressembler à voler l’enfant d’un autre, se créer l’illusion d’une famille, faire la charité. Alors que du côté de Charlie, tout est clair. Cette dernière a seulement le sentiment d’avoir trouvé une amie… J’ai beaucoup aimé dans cet album les dessins de Camille Benyamina qui savent accompagner les gestes et expressions des personnages, et surtout la douleur que ressent Aimée à chaque fois que l’espoir d’une grossesse disparaît. Et j’ai beaucoup aimé aussi cette histoire qui confronte deux vies de femmes qui sont rarement amenées à se rencontrer. Entre la mère dépassée et la mère nullipare, il y a bien sûr un enfant mais surtout de l’amour à recevoir. Et il est émouvant de constater que, même débordée, Charlie a encore beaucoup à donner à Aimée qui pensait être la seule à pouvoir le faire. J’ai dévoré cet album qui est véritablement une très belle histoire.

 

Editions Bamboo/GrandAngle – 2 juin 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui 

Lu aussi dans le cadre d’une opération masse critique spéciale de Babelio [la page du livre ici]

Lectures 2021

Petite histoire des Artistes femmes, Susie Hodge

petitehistoiredesartistesfemmes

Encore un titre reçu grâce à une opération Masse critique de chez Babélio. Je dois avouer que j’ai été attirée par cette couverture assez réussie, et par le thème. Comment résister à un ouvrage qui met en avant les artistes femmes, quand elles ne sont souvent que mises en marge ? Bon, soyons honnête, à réception j’ai été un peu déçue par le côté classique des pages intérieures, qui contrastent énormément avec la couverture, et c’est mon principal bémol sur ce livre, qui a par ailleurs beaucoup d’intérêt et a énormément intrigué mon fils, qui s’oriente vers une spécialité Art Plastiques en première et qui s’est dernièrement intéressé au surréalisme pour un devoir. L’ouvrage revient notamment sur les principaux mouvements artistiques, de la Renaissance à l’Art conceptuel, sous forme de fiches, mettant donc en avant les femmes phares de ces mouvements. Nous trouvons donc par exemple Berthe Morisot et Mary Cassat pour l’impressionisme, Marie Laurencin pour le cubisme, Tamara de Lempicka pour l’Art déco. Ces fiches sont très bien faites. Ensuite, le focus est mis sur certaines oeuvres. Je me suis arrêtée sur Autoportrait avec deux élèves de Adélaïde Labille-Guiard car j’avais vu un reportage sur Arte sur ces femmes peintres (dont elle fait partie) qui ont eu le courage de braver le machisme au XVIIIème en montant notamment des écoles de peinture pour femmes. Le recueil s’intéresse ensuite aux grands tournants, puis aux différents thèmes abordés, le tout permettant de brosser largement et d’une manière différente les oeuvres féminines. Ce livre est un catalogue, un dictionnaire, qui se picore bien plus qu’il ne se lit, vers lequel on revient, sur lequel on peut s’interroger. J’y ai retrouvé pour l’instant des artistes et mouvements connus mais aussi pas mal d’oeuvres dont j’ignorais l’existence. Mon fils m’a fait comprendre que cet ouvrage pouvait être pour lui à la fois source d’informations mais également source d’inspiration, et j’ai aimé que le biais exclusivement féministe ne l’interroge pas le moins du monde. Il ne faut donc pas s’arrêter sur l’esthétisme des pages intérieures de ce livre, qui pourrait freiner un lecteur qui se contenterait de le feuilleter, car ses fiches synthétiques sont très réussies et documentées, d’un grand intérêt. Pour peu qu’on s’intéresse un peu à l’art au féminin, on peut se rendre compte rapidement combien les femmes ont plus compté dans l’histoire de l’art qu’elle ne veut bien le laisser penser en général.

Editions Flammarion – avril 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babélio
La page du livre sur le site

Lectures 2021

Vertiges, Fredric Gary Comeau

Lorsque Babélio m’a proposé ce titre, lors d’une opération masse critique privilégiée, j’ai hésité (trop de livres dans ma PAL) et puis son aspect choral a intrigué ma curiosité… Un jour gris, dans Paris, un attentat a lieu, dans une gare. Hope est présente, et apprend très vite la mort du petit Benjamin, un adolescent dont elle ne connaît rien, mais qui lui rappelle ce suicide à Tokyo auquel elle a assisté lorsqu’elle était enfant, un homme s’était jeté sous un camion devant elle. Suite à ce dernier événement, Hope décide de partir, peut-être pour rechercher le poète qui serait l’homme de sa vie, comme le lui serine sa mère, mais sans doute surtout… pour se perdre parfois, faire l’amour souvent et se trouver enfin. Elle rencontre Olivier, qui n’a rien apparemment de l’homme de sa vie, et qu’elle quitte brutalement, pour poursuivre son périple. Pendant ce temps, Naguib, gynécologue, fuit un quotidien qui l’enferme jusqu’à la nausée, Victor organise sa vengeance et Jesus, le poète, se cherche et apprend. D’autres personnages se heurtent dans ce roman très spécial, qui donne effectivement le vertige, tant par sa langue, que par le voyage qu’il entreprend. Et il a tout d’un roman choral, en effet, puisque les personnages se croisent (ou presque), comme par hasard, et leurs chemins sont intimement liés (sans qu’ils ne le sachent). Je suis ressortie de cette lecture à la fois déroutée, et admirative. Les chapitres sont parfois très courts et recèlent de très belles trouvailles. Mais le lecteur peut se perdre dans leur dédale. C’est un récit dont j’ai indubitablement aimé la poésie, peut-être moins l’histoire, tirée un peu par les cheveux. Cependant, alors que je feuillette les pages pour retrouver un extrait qui m’a plu, je me dis qu’il faudrait sans doute que je le relise, à présent que je connais la fin. Vous voulez savoir le fin mot de l’histoire ? Et bien, pour conclure mon propos, ce Vertiges est un drôle d’ovni.

« Hope marche sous la pluie. Elle se rappelle une période de son enfance où elle était convaincue qu’elle était atteinte d’une maladie rare et grave.
A la télévision, sa mère regardait souvent un film documentaire sur la vie de Martin Luther King en retenant ses larmes. Hope croyait que ce film était une sorte de téléthon ayant pour seul but d’aider les chercheurs à trouver un remède. Elle écoutait, émue, le Dr King crier de toutes ses forces : « Keep hope alive ! Keep hope alive ! »

Editions Faubourg Marigny – mars 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babélio
La page du livre sur le site

Lectures 2021

Denali, Patrice Gain

denali

Je participe régulièrement aux opérations « Masse critique » de chez Babélio. C’est dans le cadre de cet événement, sur le thème du « mauvais genre », que j’ai remporté ce poche. J’ai été attirée par la couverture qui me laissait à penser que mon mari, adepte du nature writing, serait sans doute également intéressé par cette lecture… Et effectivement, plus que d’être un thriller ou un roman policier, comme peut le laisser supposer la collection dans laquelle il s’insère, Denali s’inscrit dans la tradition de ce genre de romans, qui en l’occurrence ici tourne un peu mal. D’ailleurs, dès les premières pages, comme un clin d’oeil, il est fait référence à Into the Wild… Le lecteur fait ainsi la connaissance de Matt Weldon, jeune adolescent, réfugié chez sa grand mère, au coeur du Montana, après la disparition de son père, lors de son ascension de la montagne Denali, de l’internement de sa mère et de la fuite de son frère. Le moins que l’on puisse dire est que le récit ne va pas faire de cadeaux à Matt qui perd brutalement sa grand-mère, va se retrouver seul dans sa maison en bois et devoir affronter les autres, la faim et les vicissitudes d’une vie qu’il n’a pas choisie, lui qui rêverait simplement de retrouver son foyer d’avant. De plus, va peu à peu se dessiner le portrait d’un père hanté par un lourd secret, et tout un pan d’un passé dont Matt ignorait tout jusque là. Comment grandir dans de telles conditions ? Matt va de surprises en déceptions, et seule sa nature naïve et courageuse va réussir à le sortir de tout ce fatras que les autres s’évertuent à créer autour de lui. J’ai beaucoup aimé ce roman, que j’ai dévoré en une journée. La nature y est très présente, à la fois belle et dangereuse, mais aussi protectrice quand on sait l’apprivoiser. Le récit est ponctué de scènes de violence, terribles pour le personnage mais pas insoutenables pour le lecteur, qui tremble tout de même pas mal devant la solitude que rencontre continuellement Matt et surtout devant le peu de soutien qu’il peut attendre de son entourage et des autorités.

Editions Le livre de poche  – février 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babélio
La page du livre sur le site

Coups de coeur·Lectures 2021

Ce qu’il faut d’air pour voler, Sandrine Roudeix… coup de coeur !

cequilfautdairpourvoler

❤ Ce livre a mis du temps avant de trouver le chemin de ma boîte aux lettres. Il m’avait en effet été d’abord proposé par l’auteure. Ne le voyant pas arriver, je l’avais également demandé lors d’une opération Masse critique de chez Babelio. Et il n’est encore une fois pas arrivé. Un grand merci aux éditions Le Passage d’avoir donc à ce moment là réitéré l’envoi car ce livre est un gros coup de coeur de lecture qui valait largement la persévérance et l’attente ! De Sandrine Roudeix, j’avais lu Les Petites mères et le fabuleux et inoubliable Diane dans le miroir, j’étais donc très impatiente de lire son nouvel opus. Dès les premières pages, j’ai reconnu son écriture précise, juste et forte. L’histoire commence alors que le fils de la narratrice, à peine majeur, décide de quitter le nid familial qu’ils formaient à eux deux, avec ce qui semble être du rejet et une grande indifférence. Cette mère, à la fois blessée et soufflée, retranchée dans sa solitude, se remémore alors tout le chemin parcouru, de la rencontre avec le père de l’enfant à ce moment si particulier et douloureux du départ. Plus que de concentrer son propos sur cet épisode du « nid vide », Sandrine Roudeix nous conte alors la grande épopée intime du lien et de la maternité, les doutes, les erreurs et les réussites, dans un élan très fort de sincérité et de réalisme. Et j’ai été plus que touchée par ce récit, dans lequel je me suis reconnue à de multiples reprises, alors que mon histoire est différente. Mais en ce moment, avec mes enfants âgés de 15 et 20 ans, dans un contexte sanitaire particulier où la promiscuité est exacerbée, presque toujours à la maison, je ressens fortement cette problématique de l’air entre nous qu’il faudrait parfois insuffler pour leur permettre de prendre leur envol. Merci donc à Sandrine Roudeix pour ce partage d’une grande émotion et pour ce roman qui met en lumière cette évidence : quoique l’on fasse en matière d’éducation, nous ferons des erreurs, et quoique l’on fasse, ce sera pour le mieux. Car être mère d’adolescents, je le constate tous les jours, c’est ne rien maîtriser du tout, s’inquiéter beaucoup, grappiller les moments de tendresse et souffrir oui, bien sûr, quand le moment de laisser de l’air entre eux et nous est arrivé. La finesse d’analyse de Sandrine Roudeix dans ce texte, qui m’a fait monter les larmes aux yeux à de multiples reprises, fait battre le coeur, est un superbe cadeau.

« Même si notre conflit à toi et moi ne sera pas fait du même bois, chacun son lien, chacun son récit, tu porteras forcément mes blessures, mes attentes et mes tensions, les mélangeant à celles de ton père pour construire ta souche au sixième rang de cette lignée, et tout ce que j’aurai essayé de faire différemment, plus à l’écoute plus présente moins conventionnelle plus valorisante, n’y changera rien. On abîme toujours d’autres passés en voulant réparer le sien. »

Editions Le Passage – 7 janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Les autres lectures chez… Babelio