Lectures 2021

Le berger, Anne Boquel

J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une opération spéciale de Masse critique de chez Babelio. J’ai hésité à le demander car le thème du religieux et de l’embrigadement est un thème sensible pour moi… et que je préfère en général m’en tenir éloignée. Mais la curiosité l’a emporté. L’histoire ? Lucie est conservatrice dans un petit musée de l’Oise, malheureusement peu fréquenté et peu doté. Malgré son professionnalisme, elle ne peut donc guère s’épanouir dans son métier, ayant par ailleurs une vie de célibataire assez terne. Alors, quand sa collègue et amie lui parle avec enthousiasme de son groupe de prière et l’encourage à l’accompagner, Lucie accepte. Tout d’abord réticente, sur la réserve, elle se laisse assez rapidement prendre par l’atmosphère du groupe. Elle y trouve de la chaleur et sans doute un sens à une vie qui en manquait jusque là. Peu à peu cependant, elle inquiète ses proches. Elle perd beaucoup de poids et a peu de temps pour sa famille. Lucie est fascinée par celui qu’on appelle Le Berger et qui guide les fidèles de La Fraternité. Pour lui plaire, pour que le groupe voit en elle un membre sur lequel ils peuvent compter, elle sera prête à tout, même à se mettre en danger professionnellement… Ce roman décrit très bien comment une âme solitaire, raisonnable et intelligente, peut se laisser prendre par un mouvement sectaire. Le lecteur reste tout de même étonné que les doutes récurrents de Lucie ne prennent jamais le dessus. Il faut dire que Thierry, Le Berger, sait y faire pour la maintenir sous son emprise. J’ai été prise par le côté implacable du récit qui fonctionne très bien, et donne envie de reprendre sa lecture, sans doute pour voir jusqu’à quelle extrémité ira Lucie. Je n’ai pas trouvé l’ambiance glauque ou gênante, le style étant assez simple et fluide. J’aurais d’ailleurs justement aimé un peu plus de relief dans l’écriture je pense, ce qui m’aurait permis de l’apprécier encore davantage. C’est un roman qui a l’intérêt de pointer du doigt la solitude de nos sociétés modernes, solitude qui fait le lit de tels mouvements, bien sûr, mais aussi de toutes les emprises, comme celles des pervers narcissiques par exemple. Il y a d’ailleurs un peu de ce phénomène dans la relation que Thierry, Le Berger, entretient avec Lucie, sa proie.

Editions du Seuil – 4 février 2021

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Coups de coeur·Lectures 2021

Les Bordes, Aurélie Jeannin… coup de coeur !

 

❤ Déjà, j’avais adoré son Préférer l’hiver.  Et voici qu’Aurélie Jeannin de nouveau m’enchante, ou plutôt devrais-je dire,… me bouscule, avec ce nouvel opus. Ce titre est mon premier coup de coeur de l’année et (outch) quel coup de coeur ! Mais je vais peut-être un peu vite… Je dois tout d’abord vous parler du contexte, car chaque lecture a un contexte. J’ai, dernièrement, été amenée à me rappeler de ces années vécues en compagnie de mes enfants en bas âge, années qui n’ont pas toujours été faciles, sans rentrer dans les détails. Quelqu’un, que je connais depuis longtemps, s’en est d’ailleurs rappelé il y a quelques jours, ce qui m’a beaucoup troublé. Le temps a passé, mes petits sont devenus grands, et j’ai tendance à croire en général à la transparence de ce que je vis aux yeux des autres. Bref, pleine de cette émotion, j’ai ouvert le livre d’Aurélie Jeannin et j’ai été immédiatement transportée dans cette époque, moi/le personnage principal au volant, mon/son garçon et ma/sa fille à l’arrière, le désarroi, la solitude, l’épuisement, l’amour fou, et ma/sa conviction de mon/son incompétence maternelle. Ce début de lecture a donc été d’une force énorme. Je me suis sentie en pleine empathie avec ce personnage principal, prénommée Brune, une empathie qui n’a cessé d’être jusqu’à la dernière ligne de ce livre. Même si, ensuite, je ne me suis pas reconnue dans les événements qu’elle vit (fort heureusement). L’histoire ? Brune, jeune mère de jeunes enfants, est en route pour retrouver son mari et sa belle-famille aux Bordes. C’est une femme intelligente, juge de profession, confrontée quotidiennement à l’indicible, et qui a à coeur de maîtriser les risques pour sa propre nichée. Elle redoute les maladies, les accidents, les enlèvements. Alors elle guette, elle anticipe, elle passe sa vie aux aguets, tout en étant complètement anéantie par l’ampleur de la tâche et par son rôle de mère. Comme chaque dernier week-end de juin, il faut retrouver en plus cette belle famille qui la déteste… Ce livre, très fort, a bousculé la mère en moi mais il a aussi le talent de ne pas nous laisser tranquille, de nous tenir en haleine, de nous malmener jusqu’au dénouement final, qui sidère. Et quelle écriture magnifique ! Un livre très fort donc, que j’ai dévoré.

« Le pire était toujours possible ici. Tout lui paraissait plus risqué. Le bord de la baignoire plus glissant. Les arêtes des meubles plus vives. Elle était prise de panique. Tout était noir. Elle ne parviendrait jamais à garder ses enfants vivants. Ils mourraient avant elle. Voilà ce que Les Bordes lui disaient. Ce lieu et ces gens la rendaient noire en dedans. »

Editions Harper Collins – 13 janvier 2021

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Une lecture faite dans le cadre d’une opération Masse critique spéciale de Babélio

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Billy Symphony, David Périmony… ma BD de la semaine !!

Normalement, ce mois de janvier aurait du commencer avec l’objectif d’aller passer le dernier week-end à Angoulême. J’avais même prévu cette fois-ci une sortie en famille, mais bon. Ce qui est intéressant à Angoulême, outre les expositions, ce sont aussi toutes ces maisons d’édition réunies sous la tente des indépendants. Et j’aime particulièrement y rencontrer les Editions de la Gouttière, toujours très accueillants… Je suis donc ravie d’avoir demandé et reçu ce titre via la dernière opération Masse critique de chez Babélio, dont je n’ai raté en 2020 aucun rendez-vous. La couverture un peu désuète, dans les tons marrons, qui faire référence à une esthétique ancienne, comme ceux des premiers films de Mickey Mouse ou de Tex Avery, peut rebuter. Elle n’a d’ailleurs pas attiré mes enfants. Mais ce serait un tort ! L’histoire, sans paroles, dans laquelle on s’engage dans les pages de cet album est en effet d’une infinie douceur et tendresse. Elle m’a personnellement complètement fait fondre. Elle nous raconte l’amitié improbable entre un jeune garçon sans le sou, rêvant de devenir musicien et de gagner sa vie ainsi, et d’un petit oiseau qui souhaite seulement chanter. Un compromis, une collaboration étonnante, se fait entre les deux, pour le meilleur et pour le pire. Et le succès est là, mais à quel prix ? L’album est à la fois triste et doux, dynamique et inventif. J’ai beaucoup aimé le lire, oubliant l’absence de bulles, ravie des expressions des personnages, et le refermant effectivement avec le sentiment d’avoir vu ainsi un de ces petits courts métrages sans paroles d’autrefois, de ceux qui ont bercé mon enfance.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Sabine

Editions de la Gouttière – janvier 2020

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Les disparues du tableau, Daria Desombre

Traduit du russe par Julia Chardavoine

J’ai choisi ce titre parmi d’autres lors de ma sélection pour le dernier masse critique « Mauvais genre » de chez Babélio. J’ai été attirée par cette intrigue mêlant les arts et la ville de Moscou. Et j’ai fait une très bonne pioche… même si en réalité cet opus se trouve être le deuxième volet d’une série. Rien de gênant cependant, et je me suis empressée de mettre dans mon panier de librairie le premier volet qui est sorti en format poche au printemps : Tous les pêchés sont capitaux. Macha Karavaï, jeune stagiaire à la police de Moscou, reste traumatisée, dans ce deuxième volet, par sa précédente enquête, dans laquelle elle a découvert l’identité de l’assassin de son père. Andreï, son collègue et amoureux, devine qu’une seconde enquête pourrait la faire sortir de sa torpeur, et de chez elle, malgré l’avis de sa mère. Justement, un tueur en série semble sévir de nouveau dans Moscou. Des cadavres de jeunes filles sont retrouvés dans leur lit, peu de temps après leur disparition, un dessin authentique d’Ingres dans leurs mains. Que cela signifie-t-il ? Macha, férue d’art, se passionne en effet pour cette nouvelle série de meurtres et remarque assez rapidement que les jeunes filles, d’apparence ordinaire, ont toutes des ressemblances avec les femmes du Bain turc, le célèbre tableau de Jean-Auguste-Dominique Ingres conservé au musée du Louvre à Paris. Et tandis que des expertises mettent au jour des faux un peu partout, que l’enquête prend des dimensions internationales, un copieur de génie enlève des jeunes filles pour les peindre et les tuer… Je suis ressortie de cette lecture haletante enchantée. Les personnages, inventés par Daria Desombre ont en effet une belle densité, et l’enquête est assez sophistiquée et prenante pour être addictive. J’ai aimé aussi rentrer avec les enquêteurs dans les musées, dans des ateliers, fureter dans des archives. La vie personnelle de Macha et d’Andreï se mêle bien sûr à l’enquête mais elle est là plus pour servir l’intrigue que pour l’en éloigner. Un policier qui n’a rien d’original dans sa forme mais qui est plutôt brillant et rempli bien sa fonction de nous faire battre le coeur un peu plus vite.

Editions du Masque – mars 2020

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Lectures 2020

Frères soleil, Cécilia Castelli

Lors de l’avant dernier rendez-vous Masse critique de chez Babelio, j’ai choisi ce titre de rentrée littéraire, forte de ma lecture du dernier roman d’Angélique Villeneuve, édité chez le même éditeur. Cécilia Castelli nous entraîne, dans son récit, à la rencontre d’une famille d’origine Corse. Rémi retrouve chaque été ses cousins sur l’île. Venu du continent, la différence entre eux est palpable dans les premiers jours mais se dissipe au fil de l’été, dans cette bulle protectrice que constitue la demeure familiale. Les adultes profitent du soleil, des vacances et taisent en eux les blessures du passé, ainsi que le quotidien qu’il faudra retrouver dès la rentrée. Tout cela est baigné aussi de mysticisme et de légendes. Plus les enfants grandissent, plus leurs préoccupations changent et se durcissent, moins les adultes se retrouvent pendant les vacances. Les cousins s’intéressent dorénavant aux filles, et lorsque Rémi les rejoint sur l’île, devenu un jeune adulte un peu perdu, aimer la Corse prend soudain un autre sens, moins festif et moins léger, plus engageant, plus combatif… Je suis restée en lisière de ce roman. Ma lecture en a été un peu laborieuse, malgré la beauté de l’écriture et du texte. Je n’ai pas su je crois m’attacher aux personnages et rentrer dans cette musique corse. Dommage. Comme souvent avec les lectures mitigées, c’est un livre que je vais tenter de faire circuler dans d’autres mains, histoire de lui donner une seconde chance…

Editions Le passage – 20 août 2020

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Une autre lecture chez… Mémo Emoi

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Lectures 2020

Il est encore temps, Jean-Philippe Blondel

Alors que la continuité pédagogique se termine à la maison, j’ai presque un peu de nostalgie à vous parler de ce livre… En effet, en cours de français, nous avons étudié avec mon fils les discours de Martin Luther King et de Greta Thunberg, le point de départ de discussions entre nous sur l’exaltation de la jeunesse (amplifiées plus tard au moment de l’étude d’Antigone) et le point de départ de ce roman… Nous sommes en 2019. Lou termine sa troisième et passe ses épreuves de Brevet. L’écoute d’un discours de Greta Thunberg la plonge soudain dans un état de sidération intense qu’elle va traîner tout l’été suivant, à la grande inquiétude de ses parents qui consultent un médecin. Lou est persuadée que le monde court à sa perte, qu’il n’y a plus rien à faire et que même la notion de Carpe diem n’est qu’un leurre pour ne pas regarder la vérité en face. Son médecin, complice et compréhensif, lui suggère de gérer son angoisse en se rendant utile. Ils raconteront à ses parents qu’elle souffre d’anémie, pour les rassurer. L’entrée au lycée de Lou va être l’occasion de nouvelles amitiés mais aussi de nouvelles expériences. Et si elle avait réellement le pouvoir d’éveiller les consciences ? J’ai choisi ce roman ado lors d’une opération masse critique de Babélio, pour son thème, le nom de son auteur, et celui de la maison d’édition qui l’édite. Et je n’ai pas été déçue. Dès le début, j’ai aimé sa qualité d’écriture, aimé plonger dans ce combat qui m’est familier et important. Son seul défaut est peut-être d’être bien trop court. A offrir à nos petits troisièmes, qui auront connu une année bien étrange ! Le confinement aura été pour moi l’occasion de passer des moments très intéressants avec mon fils, et de me réconcilier avec ma propre année de troisième, qui n’a pas été la meilleure de ma vie. Me rendre compte que je pouvais comprendre les cours et les lui transmettre, et que j’aimais ça, a été d’un grand réconfort et une surprise. Dans ce roman, la relation de Lou avec ses parents, surtout sa mère, est très jolie et émouvante. Ce livre distille un bel espoir et nous confirme que nous pouvons sans cesse nous réinventer et faire bouger le monde.

Actes Sud Junior – mai 2020

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