Lectures 2022

Ida, Chloé Cruchaudet (BD)

ida1

Difficile d’oublier le magnifique Mauvais genre, lu en 2014. Alors, lorsque j’ai trouvé cet album chez Aux bouquins frappés, une bouquinerie solidaire de ma ville, le nom de Chloé Cruchaudet et la beauté de la couverture ont emporté la partie… Cet album est le premier volet d’une série. Nous sommes à la fin du XIXème siècle. Ida, vieille fille, issue d’une famille aisée, originaire du canton de Bâle, en Suisse, est acariâtre et hypocondriaque. Son médecin est convaincu que le grand air lui fera le plus grand bien et lui prescrit une cure sur la côte d’azur. A la stupéfaction de tout le monde, l’intéressée y compris, l’effet est immédiat, Ida ne souffre plus. Forte de ses souvenirs d’une exposition universelle où elle s’était rendue petite, elle décide d’entreprendre un voyage qui va l’emmener tout d’abord à Tanger, puis vers Saint-Louis… Et j’ai beaucoup aimé l’humour qui se dégage de cet album, dépaysant et irrévérencieux, qui fait la part belle aux femmes, toutes corsetées qu’elles sont. Ida fait en effet fi de la bienséance de l’époque, partant sur les routes en suivant son seul désir, et prenant par exemple comme compagne de route, Fortunée, mariée plusieurs fois, et connue pour sa lubricité. Bien entendu, il y a aussi une critique du colonialisme de l’époque, qui fantasmait beaucoup les pays exotiques. J’ai cru voir que la série contenait trois volumes, à suivre donc…

idaplanche

Editions Delcourt – octobre 2009

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 5 5

 

 

 

Lectures 2022

Crushing, Sophie Burrows… ma BD de la semaine !!

Crushing_1824

J’avais repéré ce titre chez Noukette, vu sur la liste du dernier rendez-vous Masse critique de chez Babélio, coché allègrement, puis heureusement gagné. Et c’est tout ce que j’adore ! Les éclats de rouge sur les personnages principaux, que l’on devine très vite amenés à se rencontrer un jour. Les dessins expressifs, qui ont aussi un petit côté Léa Mazé. Tout cela est très tendre, mélancolique… Trouver quelqu’un dans la solitude des grandes villes n’est pas chose aisée. Il faut dire que nos deux personnages (en rouge donc) ne sont pas non plus très doués, voire extrêmement maladroits. La solitude pèse, s’accroche, semble être là pour toujours. Et pourtant, le coeur bat, le lecteur ne voit d’ailleurs que ça, cette aura rouge autour de ces deux êtres qui passent leur temps à passer l’un à côté de l’autre, tellement faits pourtant l’un pour l’autre. Les cases pleines pages alternent avec des planches plus traditionnelles. Le temps peut même s’arrêter sur des doubles pages. Le bonheur est peut-être au coin de la rue, mais en attendant les surprises désagréables s’accumulent aussi, entre les petites humiliations du quotidien, les mauvaises rencontres, les jobs pas très sympathiques… J’ai aimé comment les personnages de Sophie Burrows ne perdent jamais espoir, et vont trouver les moments de joie dans une main qui se tend, une soirée pizza réussie, un concert, le vol des oiseaux dans le parc. Un album qui n’est pas aussi désenchanté qu’il en a l’air, qui fait beaucoup de bien, et qui m’a beaucoup plu, émue. Et je me rends compte seulement maintenant que toute cette tendre histoire là est en plus sans paroles. 

crushingplanche

Editions Gallimard BD – 12 janvier 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

La fiche du livre chez Babelio

Tous les autres liens sont chez Stephie aujourd’hui 

 

Lectures 2022

Hercule Poirot, drame en trois actes de Frédéric Brémaud & Alberto Zanon… ma BD de la semaine !!

Hercule-Poirot--Drame-en-trois-actes-BD_648

J’ai voulu faire une petite incursion dans l’univers, rangé et rassurant, d’Agatha Cristie. En effet, on sait un peu d’où l’on part (un meurtre) et où l’on arrive (l’arrestation d’un assassin que personne n’avait envisagé) dans cet univers. Bref, peu de surprises en vue, au premier abord. Je craignais donc un peu de découvrir aussi un album sans grande envergure, et j’ai été en réalité bien étonnée par son rythme et sa qualité, pour un sympathique moment de lecture… L’histoire ? En plein milieu d’une réception donnée par Sir Charles Cartwright, le révérend Babbington s’écroule.  Puis, c’est au tour du docteur Strange de décéder chez lui, au cours d’un repas. L’amie de Sir Charles Cartwright, Hermione Lytton Gore, décide de mener l’enquête, aidée par ses acolytes, et notamment par un certain Hercule Poirot, qui va finalement s’intéresser de très près à ces étranges décès. Les deux affaires semblent avoir un lien, mais lequel ? … Comme je le disais plus haut, j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture. J’ai trouvé les dessins très réussis, les visages très expressifs. Hercule Poirot a un rôle assez mineur dans cette enquête, animée surtout par la jeune amie du célèbre acteur Sir Charles Cartwright. Et cette jeune femme, étrangère au milieu dans lequel ont eu lieu les meurtres, est très attachante et bien mise en valeur dans le scénario. Cet album s’est donc avéré une belle surprise. Les auteurs ont su donner du peps à une histoire assez bavarde et dépourvue de rebondissements rocambolesques. Je suis très tentée de découvrir les autres opus de cette série qui possède déjà dix autres volumes. Les couvertures sont magnifiques et donnent envie de commencer une collection.

plancheagatha

Editions Paquet – 16 février 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

La collection chez les éditions Paquet

Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui 

 

Lectures 2022

Moon, Cyrille Pomès… ma BD de la semaine et c’est un coup de coeur !!

moon

❤ J’avais pu écouter Cyrille Pomès nous parler de l’élaboration de cet album lors d’un zoom avec l’Ecole des loisirs en février dernier et c’était drôlement intéressant, et déjà les dessins, l’ambiance, m’avaient plu. Moon nous raconte l’histoire d’une station balnéaire de Méditerranée, hors saison. Un jour, la foudre s’abat sur l’antenne-relais du coin, internet est coupé jusqu’à nouvel ordre. Tous les adolescents sont soudain à l’arrêt et tentent de se réinventer, avec plus ou moins de succès. Cet incident vient de sauver Luna, la fille populaire sur les réseaux, d’un drame, sa copine venait malencontreusement de partager massivement une photo intime. Gabriel, dit Cosmos, lui ne voit aucun changement à sa vie, son père, qui se remet difficilement de son veuvage, lui interdit d’avoir un portable… J’ai absolument adoré cet album. L’ambiance un peu désolée des bords de mer l’hiver, que je connais bien, est très bien rendue. Il y a des doubles pages absolument magnifiques de paysages, en tons jaunes/bleus et verts que l’on a presque envie d’encadrer.  La bande d’adolescents est attachante. Bien entendu, on retrouvera les profils habituels, le bad boy, le paumé, la populaire, la bonne copine, mais je n’ai pas trouvé que le scénario rentrait pour autant dans la caricature. Le récit est truffé de détails amusants et décalés, de temps suspendus. C’est plein de grâce et de talent, c’est vraiment chouette. Merci à Rue de Sèvres de proposer de tels albums, j’en redemande !

Editions Rue de Sèvres BD – 23 mars 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Mylène

Tous les autres liens sont chez Stephie aujourd’hui 

Lectures 2022

Ce que nous sommes, Zep… ma BD de la semaine !!

Ce-que-nous-sommes_1727

Nous sommes d’accord, cette couverture est magnifique ! Depuis que Zep explore d’autres sphères que l’univers qu’il a créé avec son personnage Titeuf, j’ai lu avec bonheur Un bruit étrange et beau et The EndJ’ai par contre moins aimé Paris 2119. Mais il était évident que je n’allais pas passer à côté de ce nouvel opus… Les premières planches sont très belles, paisibles, nous plongeons aux côtés de Constant dans l’océan, près d’une baleine bleue, puis un drame arrive, et le réveil. Tout cela n’était en fait pas réel, une réalité augmentée dans laquelle évoluent à loisir les habitants de ce futur proche, deuxième génération à être née avec un cerveau numérique. Tout va bien, jusqu’à ce que Constant déconnecte subitement et perde toute mémoire, sortant ainsi du monde protégé du projet DataBrain. Il est d’abord recueilli par une famille, puis par une jeune femme vivant en marge, qui va l’aider à cerner son identité … J’ai retrouvé dans cet album l’esthétique de The End, avec ses planches aux couleurs un peu passées, sépia. L’histoire, bien que moyennement originale, captive réellement. Les personnages secondaires sont en effet très attachants et semblent tellement humains après la froideur d’un monde essentiellement numérique. Constant, rebaptisé Treize, puis Melville découvre le plaisir simple d’exister dans le regard des autres, un plaisir direct, dans lequel n’intervient aucun tiers. Bien entendu, c’est une BD à message, et Zep l’assume complètement. Nous sommes nombreux à constater aussi combien la technologie est présente dans notre quotidien, imposée, devenue essentielle même pour ceux qui résistaient encore, générant une fracture numérique potentiellement discriminatoire. Se déconnecter un peu plus permettrait sans doute de se connecter davantage à soi et à ce qui nous entoure. A méditer.

« On voulait faire un humain augmenté, on a créé l’humain assisté. »

planche

Editions Rue de Sèvres BD – 16 mars 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Stephie

Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui 

 

Lectures 2022

Baby Face, Olivier Balez… ma BD de la semaine !!

babyface

J’avais gagné cette BD après un zoom très intéressant en février dernier avec la maison d’édition au sujet des nouveautés. Olivier Balez avait parlé longuement de l’élaboration de cet album, de la manière d’installer le décor, et même des choix de couleur pour la couverture et c’était très chouette ! Et il s’avère, après réception, et lecture, que j’ai été extrêmement touchée par cette adaptation du roman éponyme de Marie Desplechin… A l’école, personne ne semble aimer Nejma, mis à part son meilleur ami Freddy, son voisin d’immeuble. Il faut dire qu’elle se cache derrière ses vêtements, une stature imposante et un caractère bien trempé. Bref, Nejma, il ne faut pas l’embêter. Quand Isidore, qui travaille au supermarché, lui dit un jour qu’elle est « puissante », c’est comme si il avait trouvé la clé qui explique tout. Nejma prend ce mot pour un cadeau. Mais malheureusement, quelques jours plus tard, un camarade d’école se fait bousculer par deux amis, certainement influencés par l’école de catch qui vient de se monter, et Nejma, qui se trouvait là, au mauvais endroit au mauvais moment, est désignée naturellement comme la coupable idéale. Elle pense être seule, avec cette mère absente qui travaille tard, et son impuissance à se défendre, mais la jeune fille peut en réalité compter sur ses deux amis… Vous l’aurez compris, Baby face, qui en catch désigne celui qui joue le bon dans un duel, traite de différence et d’exclusion. Derrière l’apparence et l’attitude de Nejma, se cachent une grande sensibilité et pas mal de solitude. Isidore et Freddy ont su déceler en elle tout cela. Le graphisme est superbe. J’ai aimé particulièrement la manière dont Olivier Balez a croqué la banlieue à la tombée de la nuit et retranscris les pensées de Nejma.

Editions Rue de Sèvres BD – 16 février 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

 

Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui