Lectures 2019

L’étincelle, Karine Reysset… Rentrée littéraire de janvier

Aucune description de photo disponible.

Karine Reysset est de ces auteurs dont je surveille l’actualité, et j’avais hâte de lire son nouveau roman en cette rentrée de janvier, certaine d’y retrouver ce qui me plaît, ce qui m’est familier dans ses productions (cf mes lectures de A ta place, Les yeux au ciel, Comme une mère et La fille sur la photo). Et je ne pensais pas si bien tomber… Nous sommes à l’été 1993. Coralie, tout juste majeure, est étudiante. Et elle est ravie de quitter pour quelques semaines sa mère, nouvellement divorcée et le triste pavillon dans lequel elles vivent avec son jeune frère. Elle accompagne exceptionnellement Soline, cette meilleure amie rencontrée pendant l’année scolaire, dans la maison secondaire familiale. Pour la jeune fille, c’est l’occasion de côtoyer un autre monde, des gens cultivés, dont l’aisance l’émerveille. D’ailleurs, elle n’a de cesse de prendre des notes et de s’imprégner de cette atmosphère à la fois légère et très codifiée. Tout vole cependant en éclats lorsque une petite fille disparaît dans le camping que surplombe la villa. La légèreté abandonne les lieux. Coralie est très affectée par cette disparition et s’y intéresse beaucoup, sans doute de trop, car sa curiosité n’est pas sans conséquences parmi les estivants. Pour autant, peut-être poussée par cette ambiance troublante, elle devient l’amante de deux des habitants de la grande maison, trompant l’attention de tous, pensant être seulement transparente, et persuadée de vivre simplement là sa vie telle qu’elle doit la vivre, de la manière la plus intense possible… Je dois dire que le sentiment de familiarité pendant la lecture de ce roman a été immédiat. J’étais également étudiante en 1993, et il m’arrivait de passer l’été à garder des enfants dans de grandes maisons telles que celle décrite dans ce roman, pas en tant qu’invitée certes, mais évidemment en tant qu’employée, et jeune-fille transparente. J’ai trouvé beaucoup de points communs entre Coralie et moi, en dehors de son expérience sensuelle, ses désirs d’écriture, sa manière d’exister, et cela m’a plu de me replonger dans cette époque si bien reproduite par Karine Reysset. Et effectivement cet âge là est celui de tous les apprentissages et de toutes les premières expériences de l’âge adulte, de ces expériences dont on se souvient en général toute sa vie. Ce roman est donc à la fois un roman d’atmosphère, où les vacances, la chaleur moite, et la détente des corps semblent rendre tout possible, et à la fois aussi le roman d’une adulte qui regarde du haut de ses quarante ans la jeune fille qu’elle était, avec distance et étonnement. J’ai beaucoup aimé.

« Il est paradoxal de se souvenir de soi comme d’une autre, étrangère à soi-même le temps d’une parenthèse. Je ne me reconnais guère dans ce portrait d’une jeune-fille en feu, ou plutôt de jeune femme. J’avais traversé le fleuve, j’étais passée de l’autre côté, nul retour en arrière possible. J’avais vécu ce rite de passage à l’âge adulte comme une succession d’épreuves initiatiques. J’en ressortis grandie dans tous les sens du terme. Aguerrie. Comme si je m’étais livrée à un corps à corps, un combat contre moi-même sans merci que j’avais gagné haut la main. »

Editions Flammarion – 9 janvier 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…12345

Une autre lecture chez… Mes miscellanées

Publicités
Lectures 2019

Et que nos âmes reviennent, Sabrina Philippe

L’image contient peut-être : 1 personne

Je me suis laissée tenter par ce roman de Sabrina Philippe alors que tout dans son aspect me sortait de ma zone de confort, la couverture, le titre, la quatrième de couverture et l’ambiance ésotérique de tout cela… Pour autant, j’ai été sensible à l’accroche. Et si toutes nos rencontres avaient un sens caché ? Même les plus malheureuses… Qui n’a pas en effet été confronté dans sa vie à une rencontre difficile qui lui a cependant permis d’avancer ? Mais le propos est ici en réalité un peu différent, je m’explique. Alors que l’héroïne, ancienne chroniqueuse-psychologue de télévision, s’apprête à prendre quelques mois de repos, elle rencontre un homme pour lequel elle sent progressivement une attirance, et qui a tout du prince charmant, délicatesse et richesse. Mais n’est-il pas également froid et distant ? Peu importe, elle n’avait pas envisagé de vivre avec quelqu’un et voilà que l’homme parfait débarque dans sa vie, pourquoi ne pas profiter du bien-être d’être aimée ? Les premiers actes de violence ne tardent cependant pas à venir, ainsi que tous les signes qu’elle s’est laissée piéger dans les filets d’un homme au comportement de pervers narcissique. L’ancienne chroniqueuse reconnue commence à douter d’elle-même, toutes les pistes de travail s’effondrent, l’isolement est de plus en plus profond… Alors elle consulte, tente de s’échapper de ce piège qui la consume et se fait jour soudain pour elle une réalité encore plus troublante… Et si se rejouait entre eux deux une histoire déjà vécue ? Et si les âmes pouvaient revenir pour réparer ou consolider des liens ? Et si l’ombre d’Auschwitz planait encore sur le présent ? Je dois dire que je ne pensais pas dévorer ce livre, lu en une journée. Il peut paraître dérangeant pour des esprits cartésiens mais donne à réfléchir sur les événements parfois inexplicables qui nous arrivent, nos rêves et intuitions. Ne passez pas à côté !

Editions Flammarion – 6 février 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…12345

Lectures 2019

La Petite Prigent, Hélène Hérault

Aucune description de photo disponible.

Voilà, j’ai le trac… au moment de rédiger un billet de lecture sur le recueil de nouvelles du jour. Peur de ne pas être à la hauteur des textes, et surtout de la qualité d’écriture de ces textes ! Et puis, j’ai l’impression que cela change quelque chose dans mon approche que l’auteure soit vendéenne, et habite à quelques kilomètres seulement de chez moi. Phénomène étrange qui met subtilement la pression, qui donne à la fois proximité et responsabilité. Il faut dire qu’Hélène Hérault écrit merveilleusement bien, et que je voudrais parler au mieux de son travail. Déjà, je dois dire que la réception de l’ouvrage a été une belle surprise, l’objet livre est magnifique. Moi qui traîne de temps à autre dans le port de St Gilles Croix de vie, et qui a un mari qui aime tellement la mer, j’ai aimé cette couverture au visuel familier et réconfortant. La découverte de son écriture a été la deuxième bonne surprise. Héléne Hérault a en effet un style à la fois élégant, touchant et assuré, qui est un véritable plaisir de lecture. Mais elle a le don de surprendre aussi par la structure même de ses nouvelles, faisant fi de cette manière si agaçante qu’ont parfois certains auteurs de les terminer brutalement, souvent par une pirouette, comme si il s’agissait d’effectuer en écrivant un mouvement de gymnastique. Non, Hélène Hérault respecte trop ses personnages et leur cohérence pour cela. Elle nous a permis en effet de rencontrer dans chaque nouvelle des personnes, avec une histoire, une présence palpable, qu’elle va laisser doucement s’éloigner en fin de texte, soit en fermant soigneusement une porte, soit en faisant quelques pas de côté. Ainsi, le lecteur laisse Eléonore passer sa main sur son ventre rebondi, Alice applaudir à tout rompre, Suzanne compter les cents mots qu’elle a dans sa tête, une femme dessiner un arc en ciel sur un quai… Tout cela est bourré de tendresse, d’air marin, de rencontres, de jolies surprises et de tristesses emportées par le vent. J’ai vivement apprécié la manière de l’auteure de conclure ses textes et je ne me suis pas sentie lésée par le format court de ses nouvelles. J’aimerais beaucoup lire Hélène Hérault dans le cadre d’un texte plus long, un roman… à venir je l’espère.

« Je vous écris du fond d’une poche. Dans le noir et bien seule. Pour me rassurer un peu, je vais essayer de tout vous raconter. J’ai eu tellement peur, alors cela va me donner du courage et j’aurai l’impression d’avoir de la compagnie. »

Editions Delphine de Montalant – novembre 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
12345

Prix Ozoir’Elles 2018 et finaliste du prix révélation de la SGDL

Lectures 2019

Et boire ma vie jusqu’à l’oubli, Cathy Galliègue

Ce roman est arrivé chez moi sans que je le demande, ce qui n’est pas toujours une entrée en matière facile pour un livre… Et je l’ai effectivement laissé attendre un peu (shame on me). Et puis son tour est enfin venu, après un lot de BD. J’ai vite compris alors que Et boire ma vie jusqu’à l’oubli n’était pas un roman dans lequel on entre en fanfaronnant. D’abord, quelques citations nous accueillent, puis on nous prévient de rester prudent sur la valeur à accorder aux souvenirs, puis nous rencontrons Betty qui boit, seule, dans la nuit qui tombe, son fils enfin couché, pour oublier la mort de son mari, mais aussi sans doute le départ de sa mère lorsqu’elle était enfant… Voilà, le décor est planté, la situation ce qu’elle est, et rien ne semble fait pour qu’elle s’améliore. Betty ne le souhaite pas vraiment. Ces soirées alcoolisées sont à la fois son trou noir et son refuge pour braver la mort de l’être aimé, et se souvenir de lui. Sauf que son père l’a vue, allongée sur son lit, au milieu des vêtements de Simon, et qu’il va bien falloir enfin parler, toute honte derrière soi, et regarder également le passé en face… Je dois dire que lire ce roman a été plutôt une bonne surprise de lecture, une lecture qui réclame pour autant de prendre son temps, de goûter chaque moment suspendu dans toute sa complexité, sa vérité et sa crudité. Les chapitres sont courts, entrecoupés de nombreuses citations, comme pour reprendre son souffle entre deux plongées dans l’enfer d’une vie où l’espoir et le bonheur semblent avoir vidé les lieux inexorablement. Heureusement, et comme souvent, la parole libère et redistribue les cartes. Je vous conseille vivement ce roman discret qui explore l’alcoolisme au féminin, mais également la force de l’amour parental.

« J’émerge doucement. Les années qui passent creusent et creusent encore, me plantent de grands coups de pelle dans le crâne, remuent la vase, infatigables, me rappellent sans cesse qu’un jour, elle est partie et que moi du coup, je suis tombée dans un trou de mémoire. Construire sa vie là-dessus. Elle est partie.
C’est tout.
Rien devant, rien derrière. Et arrête avec tes questions ! »

Editions Emmanuelle Collas – octobre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
12345

Une autre lecture chez… l’Irrégulière

Lectures 2018

Antigone, Jop

Aucun texte alternatif disponible.

Depuis quelques temps, j’essaye de participer le plus régulièrement possible aux opérations Masse critique de chez Babélio, car j’apprécie de pouvoir choisir le titre qui me fait envie et le fait de passer par une plateforme me donne un certain sentiment de liberté dans ma lecture… Lors de cette dernière session graphique, je n’étais cependant pas très emballée par les propositions jusqu’à ce que je tombe sur ce titre, qui était évidemment fait pour moi. A la réception, j’ai été très étonnée par la minceur de l’album, son petit format. Il faut dire que cet Antigone là est la première publication de Jop, et qu’il est très certainement destiné à un public plutôt adolescent, d’où sans doute la brièveté de l’ouvrage. L’auteur a choisi de faire de son héroïne un personnage moderne, recueillie par son Oncle Créon, préfet de son état. L’Antigone de Jop défend une ZAD (Zone à Défendre), est la meilleure amie d’Ismène, qu’elle considère comme sa soeur, et se fait bien entendu prendre sur le fait pas la police, qui en réfère immédiatement à son Oncle Créon. La qualité du dessin, la dominante bleue de l’ensemble, les extraits connus de la pièce d’Anouilh mélangés à un langage plus moderne, font de cet album un magnifique objet et une belle approche du mythe d’Antigone, très bien repris d’ailleurs dans un dossier en fin de récit. J’ai peut-être trouvé l’ensemble un peu court, j’aurais aimé que l’intrigue soit plus développée, mais pour un album à petit prix, ce livre est d’une qualité indéniable. J’ai hâte de suivre Jop dans une autre publication, son trait étant très prometteur ! De plus, l’envoi de ce titre m’a permis de découvrir une maison d’édition, Goater, qui semble contenir réellement de belles trouvailles.

Résultat de recherche d'images pour "antigone jop"

Editions Goater – 11 Janvier 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Eimelle

tous les livres sur Babelio.com
Lectures 2018

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu

Avant d’obtenir le prestigieux prix Goncourt, ce titre de rentrée littéraire avait déjà été repéré par une des marraines de notre sélection Rakuten pour les matchs de la rentée littéraire [clic ici]… raison pour laquelle il était dans ma PAL depuis septembre. Nous sommes à Heillange, au tout début des années 90, deux adolescents qui s’ennuient décident de voler un canoë pour traverser le lac et se rendre sur une plage réputée fréquentée par les naturistes. Cette journée, et les rencontres qui s’y déroulent, d’abord sur cette plage, puis à une fête où Anthony est embarqué par son cousin, le vol de la moto du jeune garçon, vont déterminer les événements de la décennie qui suit. Bien entendu, personne ne peut en avoir conscience en cette journée d’août 1992. Nicolas Mathieu profite de ce point de départ pour dresser le portrait d’une certaine France, d’avant la coupe du Monde de 1998, l’histoire d’une ville moyenne où les familles aisées côtoient mais ne fréquentent  pas, ceux des zones pavillonnaires ou des tours HLM. Là-bas, les pères sont usés par le travail et l’alcool, les mères ont parfois eu leurs enfants très tôt. Certains parents sont restés au bled et ne se voient que pendant les vacances scolaires. Les familles sont ce qu’elles sont, parfois aussi mono-parentales, et les enfants traînent dans les rues tard le soir. Mais, à l’adolescence, tout semble possible, on fréquente les mêmes écoles, les mêmes fêtes, les mêmes endroits, on boit le même alcool, on fume la même herbe. Au seuil de la vie active, cependant, il est difficile de faire la différence, le milieu rattrape parfois celui qui voulait s’en détacher… et la vie peut faire en sorte de vous cloîtrer à Heillange, sans que vous vous en aperceviez. J’ai eu une une lecture assez mitigée de ce livre, dans les premières pages, une impression de déjà lu, d’un peu d’ennui aussi. Mais heureusement, j’ai persévéré, et à partir de la moitié du roman quelque chose m’a attachée, j’ai eu envie de savoir si chaque personnage allait briser le plafond de verre qui brillait au dessus de sa tête. Leurs enfants après eux est un roman qui demande, il me semble, de se laisser prendre par son atmosphère, très désenchantée. Il ne m’a pas semblé très original, par son propos, j’ai déjà lu d’autres romans aussi bien faits sur cette période, mais il reste un des excellents romans de cette rentrée littéraire et il a le mérite de mettre le doigt sur ce déterminisme de classe, de nouveau si présent aujourd’hui, alors que l’on aurait pu le croire, un temps, disparu.

Editions Actes Sud – Août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…
1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Moka

« Il en est dont il n’y a plus de souvenirs,
Ils ont péri comme si ils n’avaient jamais existé ;
Ils sont devenus comme s’ils n’étaient jamais nés,
Et, de même, leurs enfants après eux.

Siracide, 44, 9. »