Lectures 2018

Un dieu dans la machine, Alexis Brocas

Je n’attendais rien du tout de ce petit roman de rentrée… et je me suis laissée totalement emporter par son intrigue. Voilà qui arrive parfois, et à chaque fois c’est un heureux étonnement de lecture. Un dieu dans la machine est un roman moderne, qui commence pourtant par le récit désabusé des galères d’un anti-héros, mais se termine dans un feu d’artifice futuriste. Roman d’anticipation ? Fable moderne ? Critique de notre société ultra-connectée ? L’histoire que nous raconte Alexis Brocas contient un peu de tout ça. Nous rencontrons tout d’abord notre narrateur, fraîchement père, fraîchement divorcé et fraîchement au chômage.  Sa vie a été saccagée par deux trois lignes de trop dans un roman qu’il a publié. Il sait que pour s’en sortir, et pour briller de nouveau dans les yeux de sa fille Emma, il va devoir accepter ce travail étrange chez Larcher. Là-bas, on fait appel à ses compétences rédactionnelles, mais il faut aussi s’accommoder de ce que l’on ne comprend pas et surtout ne pas poser de questions. Larcher cultive l’art du secret. Notre narrateur fait croire à son entourage qu’il rédige des notices pour appareils ménagers. En réalité, il s’agit d’utiliser une machine, qui se nourrit d’informations statistiques, de données de masse, et à qui un beau jour le personnage d’Alexis Brocas a l’idée de demander l’espérance de vie de sa fille, alors qu’elle n’a encore que 6 ans. On lui répond qu’à 17 ans Emma décédera d’un accident, au milieu d’une foule, et qu’il sera présent. S’ensuit alors un contre la montre pour la vie et contre la machine. Je vous recommande réellement ce court roman haletant et très bien écrit, qui vous fera certainement comme à moi parfois froid dans le dos, mais qui a le mérite de mettre en lumière la manipulation des algorithmes qui tendent aujourd’hui à nous gouverner. Alexis Brocas croit aux pouvoirs de l’empathie et de l’humain, et c’est je crois ce qui m’a le plus touchée aussi. Un livre à glisser aussi dans des mains adolescentes.

Phébus – 23 août 2018

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Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

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Lectures 2018

Chroniques du léopard, Appollo & Tehem

       

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas présenté d’album BD ici… mais comme je refais des passages en médiathèque en ce moment, les occasions sont revenues. L’album que je vous présente aujourd’hui est le fait de deux auteurs qui connaissent bien l’île de La Réunion pour y avoir tous les deux vécu. Et cela se sent dans ces chroniques du léopard, qui relatent l’histoire de deux jeunes gens, internes dans le lycée huppé de Lecomte-de-Lisle pendant la seconde guerre mondiale. Dans ce lycée aux méthodes très strictes, Lucien et Charles côtoient le sérieux et brillant jeune Raymond Barre, ainsi que les prometteurs frères Vergès. Mais ce qui intéresse surtout Lucien est de former un groupe de rébellion, tandis que le régime de Vichy règne en maître sur l’île. Le lecteur apprend beaucoup sur l’histoire de la Réunion durant cette période, mais surtout sur l’organisation de cette société de forme coloniale où il vaut mieux être riche et blanc que noir. Avec un Lucien exalté, qui traîne à sa suite son ami Charles, plus pondéré, on visite également les différentes parties de l’île, où le climat est parfois très différent et les dialectes et les habitudes aussi. Même si le propos est souvent espiègle, les planches de cet album traitent avec sérieux d’une période intéressante de l’histoire de La Réunion et de son rôle dans la seconde guerre mondiale, dont j’ignorais tout. J’ai beaucoup aimé lire cet album de grande qualité, que je vous recommande. Il y règne aussi une ambiance à la Cercle des poètes disparus extrêmement séduisante. En résumé, une belle découverte, et une chouette BD avec laquelle j’ai passé un agréable moment de lecture.

Aucun texte alternatif disponible.

Dargaud – 31 août 2018

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Toutes les autres lectures du jour sont chez Noukette !

Lectures 2018·Objectif PAL

Liberté, égalité… Mathilde, Sophie Chérer ~ Objectif pal de septembre

Comme tous les ans à la même période, je suis un peu enlisée dans la rentrée littéraire… alors je n’avais pas forcément envie de perdre du temps avec ma lecture de PAL du mois. J’ai donc pris la semaine dernière le plus petit livre que j’y ai trouvé, et comme le week-end dernier se tenaient les journées du patrimoine, je trouvais ce livre jeunesse finalement très adapté. Il y est question de cette journée spéciale où se rassemble sur Paris, tous les ans, le Parlement des enfants créé en 1994 par Philippe Séguin. Il s’agit, l’année du récit, du samedi 5 juin. La classe de CM2 de Mathilde a été retenue pour y participer. Mathilde est très enthousiaste, mais elle doit avant tout être élue par sa classe pour les représenter… La maîtresse a eu une bonne idée de mettre cet événement en route, une bonne occasion pour Mathilde et sa classe de mieux connaître les institutions de la démocratie et le respect des règles. Les enfants sont amenés à faire des propositions qui seront étudiées sérieusement et éventuellement mises en place. Une seule proposition sera retenue. Mathilde voudrait que la culture soit accessible à tous, mais elle se rend vite compte que les autres enfants ont des propositions tout aussi importantes… Et si le Parlement donnait la parole à tous au lieu de désigner bêtement un seul vainqueur ? Mathilde fait souffler un vent de révolte sur l’assemblée réunit là pour les écouter. Ce petit livre est un livre jeunesse intelligent, au propos éducatif évident, mais qui n’oublie cependant pas d’être drôle. J’en ai aimé d’ailleurs beaucoup les illustrations croustillantes. Mais sa couverture m’a également remis en mémoire l’été que l’on vient de passer. Je crois que j’avais rarement vu autant de drapeaux tricolores flotter fièrement en France. C’est un peu cette énergie qui anime Mathilde dans ce texte, une énergie positive qui rassemble, loin du formatage que cette journée est devenue. Partie d’une bonne intention, en effet, le Parlement des enfants a dévié de sa mission initiale qui était que les propositions des enfants soient sérieusement étudiées afin de devenir force de loi.

Editions L’école des loisirs – 2011

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Une autre lecture chez… Cathulu

Lectures 2018

Helena, Jeremy Fel… Rentrée littéraire 2018

  

Voici le roman outch de ma rentrée. L’année dernière, j’avais lu, dans un genre un peu similaire Nitro Moutain, de Lee Clay Johnson, et en avait fait un de mes choix pour les matchs de la rentrée littéraire. Je ne peux pas dire cependant que je sois très adepte de ce genre de lectures où la violence est ainsi tellement extrêmement présente. L’histoire ? Nous sommes au Kansas, il fait chaud. Une jeune fille, Hayley, s’apprête à partir une semaine chez sa tante, afin de se préparer sérieusement à son prochain tournoi de golf. Elle s’est remise à ce sport en hommage à sa mère, décédée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Hayley est préoccupée par la trahison récente de son petit ami, et prend la route dans la voiture que son père lui a offerte, un peu fébrile et décidée à réussir son challenge. Un peu plus loin, Norma vit dans une grande maison, seule avec ses trois enfants, au milieu des champs et de nulle part. L’aîné, Graham, voudrait partir à New York avec sa petite amie, poursuivre des études de photographie. Tommy, le deuxième, a quitté les études, travaille dans une épicerie, et s’adonne à des actes violents dans le secret d’un abattoir désaffecté. Tous les espoirs de Norma pour une vie meilleure convergent vers Cindy, la plus jeune, qu’elle présentera bientôt à un concours de mini Miss. Quand Hayley tombe en panne sur la route, et que Norma lui vient en aide, aucune des deux n’a conscience de mettre les pieds dans un terrible engrenage que bientôt personne ne pourra arrêter. Il suffira d’une nuit de trop dans une maison familiale pour que l’équilibre bascule. Helena est véritablement un roman addictif, mais avant tout un thriller psychologique qui ne laisse pas son lecteur en paix. Certaines scènes resteront gravées très longtemps dans ma mémoire, comme ce visage enfantin éclaté par un club de golf par exemple, qui signe un point de non retour dans l’histoire. Le sang gicle souvent, beaucoup de personnes meurent, et pourtant de nombreux passages sont d’une douceur et d’un espoir incroyables. Et c’est assez fascinant comme l’on ressort de cette lecture des questions encore plein la tête. Quel est l’impact de cette fameuse Helena sur toute cette histoire ? Qui sont les véritables coupables dans ce roman ? Peut-on croire à la malédiction de certains lieux ? Et jusqu’où peut-on aller pour protéger l’avenir de ses enfants ? J’ai beaucoup aimé ce roman de Jérémy Fel, d’une grande qualité narrative, mais il me faudra je crois quelques temps pour me remettre de sa lecture.

D’autres lectures chez… Leiloona et Mumu

Editions Rivages – 22 août 2018

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Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

Lectures 2018

Ueno Park, Antoine Dole… Rentrée littéraire 2018

  

Ma rencontre avec l’auteur Antoine Dole date. Elle s’est faite en réalité via son pseudo Mr Tan, et la collection des Mortelle Adèle que ma grande fille dévorait autrefois. Ma fille a 17 ans à présent, mais elle les lit toujours avec avidité quand l’occasion se présente. Puis, j’ai découvert ses romans, et notamment dernièrement Tout foutre en l’air, publié également dans une petite collection de chez Actes Sud. J’aime cet auteur qui allie à la fois le talent et une très belle personnalité, ravie d’avoir pu échanger rapidement avec lui l’année dernière à Angoulème. Antoine Dole aime le Japon et la culture japonaise. On peut le constater facilement d’ailleurs via ces petites photos magnifiques qu’il prend sous le pseudo de Mr Tan et dont notre petite famille adore l’univers (voir Nendo Stories sur facebook). Je n’ai donc pas été surprise de découvrir son titre de rentrée littéraire, destiné aux adolescents, qui dresse le portrait de huit jeunes gens en route pour assister à l’éclosion des cerisiers en fleurs à l’intérieur du parc Ueno de Tokyo. Ils ont tous en commun le fait d’être considérés comme des êtres sortis de la norme dans cette culture japonaise où la pression sociale est très forte. Ils sont devenus pour la plupart soit des anti-conformistes au look parfois extravagant, soit des fantômes, des exclus. Le premier personnage, Ayumi, est emblématique de ce terme Hikikomori, qui désigne ces adolescents coupés du monde qui n’arrivent plus à sortir de leur chambre. Mais il y a aussi Haruto, dont la vie a été chamboulée par le tsunami de 2011. Fuko, atteinte de leucémie, qui est condamnée et arrive au parc pourtant toute joyeuse dans un fauteuil roulant poussé par sa grande sœur. Noriyuki, qui est devenu sans domicile fixe, après avoir abandonné le domicile familial. Sora, qui affiche un look de genderless kei. Aïri, une fan qui se perd dans son amour obsessionnel pour son idole. Ils ne se connaissent pas mais vont se trouver réunis pour Hanami, le spectacle de l’éclosion des fleurs de cerisiers, pour un moment traditionnel important de grâce, de pause et de réflexion, de renouveau, qui réussira peut-être à changer leur vie. Personnellement, j’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce roman choral dans un Tokyo foisonnant. J’ai pensé par certains aspects au film visionné il y a peu, Les délices de Tokyo, adaptation d’un roman de Durian Sukegawa, surtout avec ce chapitre sur le personnage de Daïsuké, qui travaille dans une échoppe à pancakes et vit encore chez ses parents. Le fait de n’avoir pas fait d’études, de travailler dans un endroit minuscule et peu valorisant pour un salaire de misère, le rend lui aussi de plus en plus transparent. On se demande, en tant que lecteur, quel avenir vont avoir tous ces êtres fragiles dans une société qui ne les attend pas pour avancer. On n’oublie pas aussi de faire le parallèle avec un système scolaire français qui ne laisse plus aux jeunes gens le temps de trouver leur voie, de se tromper ou de grandir. Antoine Dole distille pour autant dans son texte plusieurs éléments positifs, faits de rencontres possibles, de courage et d’espoir, qui font de ce roman un levier  pour oser marquer sa différence et affirmer sa liberté.

Editions Actes Sud junior – 22 août 2018

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D’autres lectures chez… Noukette et Jérôme

Un roman lu dans le cadre d’une collaboration Rentrée littéraire avec la chaîne de librairies Decitre et Decitre.fr

Lectures 2018

Ce que l’homme a cru voir, Gautier Battistella… Rentrée littéraire 2018

  

Ce roman de Gautier Battistella était en première place sur ma liste d’envies de lectures pour cette rentrée… En effet, j’avais adoré son premier roman en 2014, Un jeune homme prometteur, actuellement disponible en format poche, un titre brillant que je vous recommande chaudement de découvrir. Et je n’ai pas été déçue non plus par ce deuxième opus dans lequel on retrouve tout le talent d’écriture de l’auteur, et sa façon toute particulière de ménager des surprises et des ambiances troublantes. J’ai même versé une petite larme en toute fin de lecture, cela ne m’arrive pas souvent. Simon Reijik est en couple avec Laura. Son métier est d’effacer les réputations numériques. On le paye pour cela, effacer le passé et se racheter une vie. Il excelle d’ailleurs dans ce tour de passe passe virtuel. Mais Simon a lui aussi maille à partir avec son passé, un passé dont il parle très peu à sa compagne, créant ainsi de grands fossés de non-dits entre eux, et mettant son couple en danger. Jusqu’au jour où une certaine Sarah lui téléphone, le pressant de revenir sur les lieux où il a grandi. Antoine est en train de mourir. Simon abandonne tout, laisse Laura sans explications, et se retrouve bientôt seul dans une maison sombre, en compagnie du corps à peine refroidi de son ami d’enfance. Le voici alors obligé de composer avec tous les protagonistes de l’incident qui a eu lieu il y a déjà vingt ans, et qui a tout figé en lui, le décès accidentel de son jeune frère Benjamin. Que s’est-il passé cette nuit là ? Simon peut-il se soustraire encore longtemps à l’attraction de cette terre qu’il aime malgré tout ? Le temps du pardon est-il enfin arrivé ? Voici un roman qui m’a fait régulièrement frissonner, tant son personnage principal semble être à fleur de peau, toujours à deux doigts de se blesser définitivement, et que j’ai trouvé d’une très belle sensibilité. Il parle des secrets de famille, des non-dits, et de ces fardeaux que l’on porte des années sans savoir où les poser. Il parle aussi de l’amour retrouvé, et de tout ce qu’il est possible de faire quand on désire réellement prendre le temps de s’aimer sincèrement.

Editions Grasset – 22 août 2018

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