Lectures 2021

Coup-pure, Florentine Hennon

Si vous avez aimé le film Mange prie aime, mais également Un plus une de Lelouch, vous êtes dans de bonnes dispositions pour aimer, comme moi, ce petit roman qui se dévore idéalement pendant l’été, à l’heure des remises en question et des pauses… Avant de partir en vacances, je ne sais combien de fois j’ai dit que j’avais besoin de couper. J’ai donc emporté avec moi en voyage ce Coup-pure. Tara a pourtant déjà fait des choix dans sa vie lorsque le lecteur fait sa connaissance. A 43 ans, elle a quitté son premier mari, avec lequel elle s’ennuyait, trouvé l’homme de sa vie, fait avec lui des enfants. Malgré ce bonheur apparent, le 7 mai 2017, lorsqu’Emmanuel Macron accède à la présidence, Tara sombre. En réalité, son meilleur ami, Thierry, plein d’enthousiasme, lui a asséné un coup accidentel. Au réveil, et les jours suivants, Tara constate que ses sens sont décuplés, ce qui l’amène à vivre des expériences sensorielles inédites et surprenantes. Cependant, ce petit traumatisme va avoir des conséquences également dramatiques. En effet, la voici de nouveau attirée par son ex-mari et visiblement un peu trop libérée. Alors qu’elle fête son anniversaire, les maladresses s’accumulent, jusqu’à l’inacceptable pour sa famille. Tara va finir par ne voir qu’une solution à ses problèmes, utiliser le cadeau de ses amis, et aller en Inde, expurger sa honte et sa culpabilité auprès d’Amma. D’une écriture franche et moderne, Florentine Hennon sait nous intéresser aux conflits intérieurs de Tara, à son voyage initiatique en Inde, car elle pourrait être chacune d’entre nous, confrontée à une impasse, celle de se remettre en question pour reprendre le contrôle de sa vie. Même si le lecteur peut peiner à adhérer au principe du traumatisme amenant une exagération des capteurs sensoriels, le biais est bien trouvé car il permet d’accepter le comportement désinhibé du personnage. Un roman sans prétention, mais qui m’a plu par son côté attachant, son message et son intrigue plus subtile qu’il n’y paraît. 

 Editions Kiwi – juin 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2021

L’enfant de l’étranger, Alan Hollinghurst

Lenfant-de-letranger_8565

Traduit de l’anglais par Bernard Tule

Lors d’un rendez-vous du Club des lecteurs que j’organise dans ma ville, j’ai emprunté ce titre qui était un coup de coeur de lecture pour une des participantes. Il est noté en quatrième de couverture que Alan Hollinghurst est un des plus grands romanciers anglais contemporains, voilà qui était donc parfait pour le mois anglais (qui avait lieu en juin), même si je suis au final un peu en retard… La première scène, qui va s’avérer fondatrice pour le reste du roman, est le séjour de Cecil Valance aux Deux Arpents en 1913, invité par George Sawle, un camarade de Cambridge. Le poète, désinvolte et charismatique, fait une forte impression sur Daphné, la jeune soeur de George, et sur l’ensemble de la famille Sawle, à des degrés divers. En réalité, Cecil est l’amant de George, ce qui ne l’empêche pas de séduire l’impressionnable jeune femme, en lui écrivant un poème sur son carnet de dédicaces. Alors que Cecil meurt à 25 ans, en 1916, sur le champ de bataille, lors de la première guerre mondiale, son poème, devenu célèbre prend un autre sens, ainsi que sa romance supposée avec Daphné… Des biographes vont ensuite vouloir s’emparer de sa mémoire, de sa correspondance. Le roman prend alors l’allure d’une grande fresque, qui se poursuit jusqu’à nos jours, au moment où l’homosexualité peut enfin publiquement s’afficher. Nous suivons Daphné, qui a épousé le frère de Cecil, George, également marié, et le devenir de ces demeures bourgeoises, autrefois flamboyantes, ramenées à leur état de pierres au fil des années et des générations. Je ne vais pas vous mentir, ce roman est un pavé, exigeant par son volume, son nombre de personnages et sa lenteur. Et pourtant, j’ai adoré le lire, car il est d’une grande puissance littéraire. Il est très intéressant de constater que des événements, anodins lorsque l’on est en train de les vivre, peuvent s’avérer fondamentaux lorsque les protagonistes deviennent célèbres, et pour autant être déformés par l’histoire et le temps, les récits, ce qui est tu ou ignoré. Alan Hollinghurst s’attache aussi à observer le déclin de ces grandes familles que le temps n’épargne pas non plus. Les différences de point de vue forment un kaléidoscope dont peu de personnages ressortent épargnés, sauf sans doute Cecil, poète trop tôt disparu, auréolé de cette aura que conservent les jeunes gens de talent fauchés en pleine jeunesse. 
Ce roman a reçu le Prix du meilleur roman étranger en 2013.

Editions du Livre de Poche – janvier 2015

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Allantvers sur Babélio (le roman est par ailleurs très mal noté par la plupart des lecteurs)

Lectures 2021

Hystériques, Sophie Adriansen

hystériques

Si, comme moi, vous avez aimé, avez été touché, par Le syndrome de la vitre étoilée, Linéa Nigra et La remplaçante de Sophie Adriansen, vous êtes prêts à ouvrir Hystériques. Mais si vous n’avez encore rien lu de Sophie Adriansen, et que lire sur la maternité vous intéresse, n’hésitez pas non plus… Car dans cet opus, la couverture vous en donne un indice, il est question d’utérus. Et sous le prétexte de raconter l’histoire d’une famille, l’autrice explore tous les mystères de ce drôle d’organe, que l’on pensait autrefois à l’origine de l’hystérie des femmes (rien que ça). Nous rencontrons ainsi Diane, Clémentine et Noémie, trois sœurs au parcours de maternité bien différents. Alors que Diane a eu un premier accouchement difficile, que Clémentine se réveille elle d’un déni vieux de 16 ans, Noémie apprend qu’il va falloir qu’elle subisse une hystérectomie. Sylviane, la mère, n’aime pas le tour que prennent les événements, entre révélations, intimités mises au grand jour et demandes gênantes. Comment devenir femme et mère quand parler règles et accouchements est un tel tabou chez ses parents ? Noémie est inscrite à un protocole qui induit un don d’utérus, de préférence celui de sa mère, ou d’une soeur. Réussira-t-elle à vivre son rêve de maternité ? Sophie Adriansen s’intéresse à beaucoup de thèmes autour de la procréation telle qu’elle est vécue aujourd’hui dans son roman, il est donc assez naturel de tomber, au détour d’une page, sur un élément qui touche, une scène, une réflexion, un passage. Et je vous préviens, quand le point est sensible, il peut remuer un peu : violences chirurgicales, maladies, grossesses non désirées, etc. Plus qu’un roman, Sophie Adriansen nous offre donc ainsi un panorama de nos rapports complexes avec notre utérus. Et il ne faut donc pas s’attendre à un récit romantique, comme le nom de la maison d’édition où il est édité pourrait le laisser à penser. C’est un voyage, chaotique au creux de nous même, que Sophie Adriansen nous propose et on s’attache aux figures féminines qu’elle a choisi pour le faire. J’ai été touchée pour ma part par sa manière d’aborder aussi plus largement la complexité des liens familiaux.

 Editions Charleston – juin 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Anouk Library

Lectures 2021·Objectif PAL

Arrowood, Mick Finlay… mon objectif pal du mois !

arrowood

Vous aimez Sherlock Holmes ? N’en dites surtout rien à Arrowood, vous le fâcheriez. Car, en effet, dans le Londres de 1895, et tandis que le célèbre détective fleure avec le beau monde, voit ses exploits relatés dans la presse, Arrowood, qui déteste son illustre concurrent, s’intéresse plus particulièrement aux bas-fonds qui sont son quotidien. J’ai dans ma PAL deux tomes de cette série, que j’ai mis bien trop longtemps à ouvrir. Et je le regrette car ce premier volet est excellent. Rien de très glamour pourtant chez Arrowood et son acolyte Barnett, mis à part beaucoup de saleté et de pauvreté. Mais leur aspect n’empêche pas Caroline Cousture de faire appel au duo pour retrouver son frère, mystérieusement disparu. Le détective est assez réticent de devoir affronter encore une fois M Cream, le malfrat notoire qui les avait déjà rencontrés dans une affaire précédente. Le frère de Caroline Cousture travaillait pour lui. Ils acceptent cependant l’affaire, car les caisses sont vides, et la jeune femme semble cacher des secrets qui intriguent beaucoup Arrowood. Voici donc le lecteur embarqué aux côtés de nos deux compères enquêteurs dans les quartiers surpeuplés du sud de Londres, écumant les pubs, ces maisons étroites où braillent des enfants affamés, mais aussi des maisons plus bourgeoises. Des échauffourées ont lieu, des cambriolages. Les irlandais sont de la partie, semblent avoir infiltré la police. Il est question également d’une maison close. La maîtresse du disparu est assassinée. En quoi cela concerne-t-il donc Thierry le français, avec ses boucles blondes ? L’enquête, trépidante, nous promène comme dans un film dans un Londres d’autrefois que le lecteur semble voir réellement sous ses yeux. J’ai aimé ce sentiment de faire connaissance avec une période méconnue, et aussi, je crois cotoyer de loin, bien malgré Arrowood, l’univers de Sherlock Holmes. Arrowood, avec ses aventures, en est un pendant très réussi.

Editions Harper Collins poche – février 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un roman lu dans le cadre de…

Lectures 2021

Ressac, Diglee

ressac

Pour commencer, je ne sais pas vous, mais j’adore la simplicité de cette couverture, sa grâce. C’est ce qui m’a attirée vers ce livre, puis le nom de Diglee, une illustratrice que je suis depuis longtemps sur les réseaux… Mais, ce qui vous convaincra certainement de le lire, est l’histoire que ce récit nous conte, celle d’une fuite, d’une retraite, d’une parenthèse pour se trouver ou se retrouver. Maureen Wingrove, alias Diglee, a décidé en effet, en février 2020, juste avant le premier confinement, de partir quelques jours dans une abbaye bretonne. Son beau-père, qu’elle adore mais qui souffre depuis des années de bipolarité, vient d’avoir un accident. Elle quitte son appartement de Lyon, l’homme qu’elle aime, sa vie trépidante pour un endroit où la déconnexion est possible. Elle a besoin de ça, et le lecteur ressent cette urgence en même temps qu’elle la vit. Comment cinq jours peuvent à ce point changer les choses ? D’abord, il y a cette chambre toute simple qu’elle va peu à peu faire sienne, encombrer de ses lectures et de ses dessins, les repas à heures fixes qui permettent des rencontres étonnantes, le village et la proximité de la mer. Le téléphone, avec ses messages et ses notifications, est oublié dans un coin. Il s’agit de vivre, tout simplement, la vie présente, dans toute sa nudité. J’ai aimé le sens du doux et du calme qui règnent dans ce récit, la remontée des souvenirs, les rencontres qui ont un sens, l’incursion évidente de l’ésotérisme dans les échanges que Diglee entretient avec le lieu et les gens. Ce genre de livre est de ceux qui peuvent arriver au bon moment entre nos mains. Il n’a fait, de mon côté, que confirmer mes aspirations du moment. Je me rends compte, depuis le déconfinement, que bouger continuellement, avoir mille projets, n’est plus par exemple ce que je souhaite non plus dorénavant pour moi, que vivre plus doucement, en conscience, plus simplement surtout, est ce qui me plaît vraiment, quitte à dire souvent non, à dire oui aussi parfois, mais à faire des choix. Comme vous le supposez, Ressac peut être lu sur une plage bretonne, avec le bruit de la mer en toile de fond sonore, mais pas seulement…

 Editions La ville brûle – mai 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Mes pages versicolores

Lectures 2021

Lettre à toi qui m’aimes, Julia Thévenot

Lettre-a-toi-qui-maimes_557

Voir des avis enthousiastes un peu partout sur ce livre, m’avait donné envie d’aller à sa rencontre. Une opération Masse critique de Babélio est passée par là, et je l’ai reçu… Nous sommes ici dans un livre jeunesse, et le ton est tout de suite donné avec la rencontre de Pénélope, lycéenne. Yliès vient se présenter auprès de son groupe pour être guitariste. Il a répondu à une annonce. Avant, il jouait du métal, mais il s’habituera. Il n’a tout de suite d’yeux que pour la jeune fille, qui chante et compose. Et elle ne peut faire autrement que de le constater, avec gêne. Que faire de cet amour trop lourd, non réciproque, qui n’empêche pourtant pas le sentiment d’amitié ? Pénélope décortique ses émotions, les reproches qu’on lui fait. Car, Yliès et Pénélope ont tout du couple fait pour s’aimer. Joue-t-elle avec lui ? Même pas. Pénélope comprend que Yliès soit déçu, moins que ses amis lui en veuillent d’avoir laissé ce Roméo aux jolies boucles s’approcher trop près d’elle. Tout ça à cause de ces films romantiques à la noix, ces chansons sirupeuses, qui laissent croire que lorsque l’on coche toutes les cases, que l’on fait tout ce qu’il faut, l’amour survient obligatoirement. Et bien, non, ce n’est pas si simple. L’amour ne se commande pas. J’ai beaucoup aimé la musique de ce livre, ce texte en forme de lettre, en forme de poème, ce rapport amoureux inversé peu exploité dans les romans, et qui montre toute la douleur de celui qui n’aime pas, qui doit repousser gentiment et lutter. Un joli petit livre, de plus, que l’on a envie de relire une seconde fois, juste la dernière page tournée.

Regarde-moi clairement un instant :
                                            entre nous,
il y a un paquet de trucs qui n’arriveront jamais.

 Editions Sarbacane – avril 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Moka

La fiche du livre sur Babélio