Lectures 2021

Trois heures du matin, Gianrico Carofiglio

Traduit de l’italien par Elsa Damien

Ce titre a reçu à sa sortie un bel accueil sur la blogosphère littéraire, il m’attirait donc beaucoup, ma curiosité ayant été titillée… Et je n’ai pas été déçue. L’histoire ? Antonio, lycéen italien, est atteint d’épilepsie depuis son plus jeune âge. Ses parents avaient décidé il y a quelques années déjà de consulter un praticien renommé de Marseille. Les voici donc en juin 1983, son père et lui, débarquant dans cette ville pour un énième rendez-vous, le dernier peut-être. Le médecin annonce au jeune-homme qu’il est sans doute guéri, mais qu’il doit pour le vérifier passer un test, qui consiste à ne pas dormir pendant 48h, tout en prenant à intervalles réguliers des amphétamines. D’abord surpris et déboussolés, le père et le fils décident de faire le test tout de suite et donc de rester tout ce temps sur Marseille. Pour ce faire, le père d’Antonio gère avec une facilité déconcertante ses obligations en tant que professeur de mathématiques à l’université. C’est une occasion pour les deux hommes de déambuler dans la ville, de la découvrir, mais également d’apprendre à mieux se connaître tous les deux. Ces 48h s’avèreront des moments hors du temps où tout semble possible et les confessions naturelles. Ils font des rencontres, découvrent une boîte de jazz, etc… De mon côté, je suis tombée sous le charme de cette déambulation dans les rues de Marseille. C’est un livre qui prend dans ses filets, presque par mégarde. Ce récit initiatique aurait très bien pu être édité en collection jeunesse tant il se met à hauteur adolescente. Les questionnements d’Antonio sur cette maladie qui le marginalise, ses rapports avec ses parents divorcés, sont sensibles et intéressants. De plus, son père se montre au fil des heures beaucoup plus complexe que le jeune homme ne le pensait. Trois heures du matin est vraiment un très beau roman qui laisse en fin de lecture un sentiment de dépaysement poétique assez inattendu et agréable.

Editions Slatkine & Compagnie – mars 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… En lisant en écrivant

Lectures 2021·Objectif PAL

La grand-mère de Jade, Frédérique Deghelt… mon objectif pal du mois !

J’ai acheté ce livre en février 2013, lors d’une séance de dédicace de Frédérique Deghelt dans ma librairie habituelle. Ce roman avait à l’époque un grand succès sur la blogosphère littéraire, et je crois que j’ai pris mon après-midi pour ne pas manquer cette opportunité de rencontrer l’auteure. Quand je suis arrivée, il n’y avait personne. Nous avons beaucoup discuté. J’étais morte de timidité. Je ne sais même plus si je me suis présentée en tant que blogueuse… Puis, j’ai mis du temps, un très long temps, à ouvrir ce livre. Les romans feel-good ne sont pas toujours ma tasse de thé et je redoute parfois des histoires familiales trop mièvres. De plus, la couverture ne m’inspirait guère. Et j’avais tort ! La couverture n’est en effet pas représentative du tout du contenu de ce roman qui met en valeur le lien familial, mais surtout la lecture, l’écriture et la littérature… L’histoire ? Lorsque sa grand-mère est à deux doigts d’intégrer une maison de repos, Jade décide d’enlever sa Mamoune et de l’inviter à vivre chez elle dans son appartement parisien. C’est une véritable révolution pour les deux femmes, mais aussi un moyen de mieux se connaître. Mamoune se révèle une lectrice cachée et une femme bien plus complexe que ce que Jade imaginait. Jade se révèle douce et prévenante et apprécie la compagnie de cette grand-mère qui chamboule sa vie et lui propose même son aide pour la rédaction de son roman. Jade est par ailleurs journaliste de métier. Impossible pour les deux femmes d’imaginer une autre issue que celle qu’elles ont choisi de concert, cette cohabitation merveilleuse qui ne va générer pour toutes les deux que du bienfait… J’ai pris un grand plaisir à la lecture de ce roman, qui bien sûr tire sur des ficelles positives, mais sait aussi parler du manque d’écoute, des secrets, des choix de vie. Et j’ai aimé je crois que la situation de Jade et sa grand-mère soit aussi décalée de ce qui se fait d’ordinaire, elle montre combien la force et l’audace de réinventer sa vie ouvre parfois le champ des possibles et propose de nouvelles rencontres.

Editions Babel – août 2012

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un roman lu dans le cadre de…

Lectures 2021

Les Indésirables, Kiku Hughes… ma BD de la semaine !!

En décembre 1941, le Japon frappe la base navale américaine de Pearl Harbor. Suite à cette frappe, l’opinion publique américaine bascule. Un décret est alors signé accordant aux militaires de pouvoir arrêter et incarcérer toute personne d’origine japonaise. 120 000 nippo-américains seront donc arrêtés et incarcérés de force dans des camps d’internement à cette période… Les éléments racontés dans cet album sont un mélange de réel et de fiction. Kiku Hughes imagine en effet un procédé de déplacement dans le temps pour raconter l’histoire de sa grand-mère, qui a vécu ces événements alors qu’elle était encore adolescente. Nous retrouvons donc Kiku, adolescente d’aujourd’hui, transposée dans les années 40, prise contre son gré dans le groupe des nippo-américains détenus. Elle partage ainsi le quotidien de sa grand-mère, tout en n’osant guère l’approcher. Elle se rend compte qu’elle ne connaissait rien de ce passé. La langue japonaise a disparu de sa famille, et bon nombre de traditions aussi. Ceci s’explique par le traumatisme de cet enfermement forcé et surtout par la légende de « minorité modèle » dans laquelle les nippo-américains se sont ensuite enfermés dans les années 60. J’ai beaucoup aimé le procédé qui permet à Kiku Hughes d’effectuer des liens subtils entre présent et passé. Le lecteur ne croit pas deux secondes à la réalité de ce transport dans le temps mais bizarrement ne peut en vouloir à l’auteure tant tout ce qu’on apprend par ce biais est édifiant. Dans le présent, l’investiture de Trump et ses discours jettent un voile inquiétant qui aident à la remontée des souvenirs douloureux. Le graphisme est doux et simple et est au service de la découverte de ce pan de l’histoire méconnu, qui méritait effectivement que l’on s’y intéresse.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Mes échappées livresques

Editions Rue de Sèvres – 6 janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2021

Prends soin de toi, Grégory Mardon… ma BD de la semaine !!

J’ai fait dernièrement un stock d’albums en médiathèque, portant mon attention principalement sur l’esthétique de la couverture et des planches intérieures. Et je suis rarement déçue par les publications de Futuropolis, qui correspondent souvent à mon goût… Voici donc comment j’ai choisi cet album. Achille sort tout juste d’une rupture amoureuse difficile et a acheté un vieil appartement qu’il a décidé de rénover lui-même pendant ses congés. Sous le revêtement usagé, il découvre une lettre, que le facteur avait sans doute glissé sous la porte, destinée à Suzanne, l’ancienne propriétaire décédée, et datant de 1976. Un certain Tristan y déclare son amour et lui dit qu’il l’attend à Marseille. Achille décide alors de profiter de ses vacances pour faire le trajet Paris-Marseille en scooter et porter en mains-propres la lettre à son expéditeur, qu’il imagine encore vivant et souhaitant connaître la vérité. Le lecteur suit alors le jeune-homme dans son périple entre moments joyeux et souvenirs omniprésents d’une rupture encore douloureuse… Je ne me suis pas trompée en choisissant cet album sur un critère esthétique. Les planches sont la plupart du temps vraiment magnifiques, même si je n’aime peut-être pas spécialement la façon de Grégory Mardon de dessiner les visages. Certaines doubles pages donnent même envie de s’arrêter un instant et de plonger à l’intérieur tant elles évoquent la beauté de la nature et son pouvoir salvateur. Même si j’ai trouvé l’histoire guère originale, j’ai trouvé par contre que Grégory Mardon avait su admirablement évoquer le passage du temps, ce doux pansement posé sur toutes les souffrances amoureuses, et comment la vie peut ainsi renaître de nouveau, de chaque petit rien… un sourire donné, des conversations d’enfants, des paysages, le soleil, la mer, la liberté. C’est un album qui commence sous de sombres auspices, un peu dépressifs, puis qui fait du bien et donne au final un bel espoir de résilience. Une chouette trouvaille de bibliothèque, donc !

« Bonjour Achille.
Ce sera mon dernier message. Je me sens obligée de te l’écrire à nouveau, et je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas l’entendre depuis un moment. C’est totalement fini. J’ai rencontré quelqu’un avec qui j’ai des projets… Je n’ai pas à me justifier de quoi que ce soit. Je suis heureuse… Tu dois absolument renoncer… Prends soin de toi. »

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Le petit carré jaune et Noukette

Editions Futuropolis – mai 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2021

Billy Symphony, David Périmony… ma BD de la semaine !!

Normalement, ce mois de janvier aurait du commencer avec l’objectif d’aller passer le dernier week-end à Angoulême. J’avais même prévu cette fois-ci une sortie en famille, mais bon. Ce qui est intéressant à Angoulême, outre les expositions, ce sont aussi toutes ces maisons d’édition réunies sous la tente des indépendants. Et j’aime particulièrement y rencontrer les Editions de la Gouttière, toujours très accueillants… Je suis donc ravie d’avoir demandé et reçu ce titre via la dernière opération Masse critique de chez Babélio, dont je n’ai raté en 2020 aucun rendez-vous. La couverture un peu désuète, dans les tons marrons, qui faire référence à une esthétique ancienne, comme ceux des premiers films de Mickey Mouse ou de Tex Avery, peut rebuter. Elle n’a d’ailleurs pas attiré mes enfants. Mais ce serait un tort ! L’histoire, sans paroles, dans laquelle on s’engage dans les pages de cet album est en effet d’une infinie douceur et tendresse. Elle m’a personnellement complètement fait fondre. Elle nous raconte l’amitié improbable entre un jeune garçon sans le sou, rêvant de devenir musicien et de gagner sa vie ainsi, et d’un petit oiseau qui souhaite seulement chanter. Un compromis, une collaboration étonnante, se fait entre les deux, pour le meilleur et pour le pire. Et le succès est là, mais à quel prix ? L’album est à la fois triste et doux, dynamique et inventif. J’ai beaucoup aimé le lire, oubliant l’absence de bulles, ravie des expressions des personnages, et le refermant effectivement avec le sentiment d’avoir vu ainsi un de ces petits courts métrages sans paroles d’autrefois, de ceux qui ont bercé mon enfance.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Sabine

Editions de la Gouttière – janvier 2020

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Lectures 2020

Les heures silencieuses, Gaëlle Josse

Ce livre n’est pas mon premier roman de Gaëlle Josse. J’ai déjà lu d’elle Le dernier gardien d’Ellis Island, Un été à quatre mains, L’ombre de nos nuits et Une femme en contre-jour.  J’ai même eu la chance de la rencontrer. Le moins que l’on puisse dire est que Gaëlle Josse n’a pas son pareil pour inventer une histoire à partir de peu de choses, ici le tableau de la couverture, Intérieur avec femme à l’Epinette de Emmanuel de Witte… Nous sommes à Delft, en novembre 1667. Magdalena tient son journal. Elle évoque son présent, avec son époux, qui a commandé le tableau, mais aussi ses enfants. Régulièrement, ils se retrouvent en famille pour faire de la musique, mais l’occupation de la maisonnée, et leur source de revenus principal, ce sont les bateaux de la Compagnie des Indes Orientales. Lorsqu’elle était jeune, elle suivait d’ailleurs son père un peu partout sur le port, puis elle est devenue femme, et tout a changé. Elle revient dans son journal, sur un lourd secret qui a marqué son enfance, mais aussi sur ses tristesses et ses joies de mère et d’épouse. Sa seule rébellion est cette volonté qu’elle exprime via ce tableau, celle de rester de dos. Si vous aimez Gaëlle Josse, vous retrouverez dans ce livre l’écriture fine, lumineuse et musicale qui la caractérise ainsi que tout le déploiement de son imagination délicate. C’est un tout petit livre, d’un peu moins de 100 pages, mais qui ouvre une large fenêtre sur l’histoire inventée d’un tableau et qui nous donne l’impression d’avoir été le contempler dans un musée et d’être par magie rentré dedans.

Editions J’ai lu – janvier 2011

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5