Lectures 2020

Miss Charity t1, Loïc Clément & Anne Montel… la BD de la semaine !

D’après le roman de Marie-Aude Murail

Je continue mes lectures BD d’adaptations de romans avec cet album, le premier tome d’une série, et encore une fois tiré d’un livre, cette fois-ci un de ceux de Marie-Aude Murail que je voulais lire depuis longtemps… Nous découvrons dans ces pages une petite fille, Charity, née dans la bonne société anglaise des années 1880. Elle devrait normalement être sage, invisible, rester tranquille. Mais Charity se révèle très vite vivement intéressée par l’extérieur, les animaux, la science et enfin le dessin. Sa bonne, Tabitha, est une étrange créature qui ouvre l’esprit de la petite fille aux contes, à la superstition et à l’imaginaire. Sa préceptrice, Blanche, sera celle qui lui fera découvrir l’aquarelle. Le moment où Charity reçoit de son père une palette à Noël est d’ailleurs un des plus beaux moments de cet album. Charity a également des cousins, élevés différemment de la petite fille. Dans cet opus, nous avons un peu le sentiment d’aller à la rencontrer de Sophie (des Malheurs de Sophie), car Charity va faire de nombreuses bêtises, tuer beaucoup d’animaux, avant de trouver un équilibre et créer une petite ménagerie heureuse dans sa chambre. Nous sommes loin de l’ambiance du film Miss Potter par exemple (vu il y a quelques années, avec Renée Zellweger, plus idyllique) et j’ai aimé ce réalisme, parfois un poil dégoûtant, en même temps que la beauté des planches proposées, très colorées et enfantines. De plus, rien ne sera épargné à la petite fille, de la tristesse du monde des adultes, et de la difficulté de se faire une place dans leur vie. Un bien prometteur premier tome !

Une autre lecture chez… Mes pages versicolores !

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Moka aujourd’hui !

Editions Rue de Sèvres – février 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Le prince de ce monde, Emmanuelle Pol

Lorsque j’ai accepté de recevoir ce livre, le confinement n’avait pas encore commencé, et je savais que son thème pouvait me filer un peu les chocottes, à la manière de Rosemary’s baby (que je vous conseille si vous ne l’avez déjà lu)… Et effectivement, c’est un peu le cas, surtout en ce moment, chocottes garanties !! Ce qui est flippant, et bien fait avec ce roman, est le contexte extrêmement proche de nous dans lequel vit la narratrice. Le lecteur peut se croire plongé dans l’ambiance récente des manifestations des gilets jaunes, sauf qu’ici le pays est également confronté à la canicule et à la montée manifeste des extrêmes qui accèdent alors au pouvoir dans un contexte de migration forte. Et notre narratrice n’est pas loin d’attribuer tous ces événements à sa rencontre avec l’autre, cet homme étrange et fascinant, à la fois laid et séduisant, rencontré chez des amis et dont elle deviendra l’amante, la proie, la victime au départ consentante. Pourtant, cette femme a tout pour être heureuse, un mari aimant et attentionné, Paul, une adolescente lumineuse et artiste, Violette, mais elle a succombé à celui qu’elle nommera très vite le diable et dont elle verra les manifestations dorénavant partout. Le mal et la violence semblent en effet s’être répandus en France comme une épidémie, dont même le Musée pour lequel elle travaille ne sera épargné. Est-elle seulement une femme sous l’influence d’un manipulateur pervers narcissique ? Ou bien une personne sensible devenue paranoïaque et malade ? Ce sera au lecteur d’en juger, en lisant ce récit extrêmement troublant dans lequel se démène un personnage de femme d’âge mûr, citadine et intellectuelle, en pleine remise en question spirituelle. J’ai lu ce roman, très bien écrit, avec avidité et tension.

« Combien de temps fallut-il pour que ma chute soit avérée ? Deux semaines ? Davantage ? Je ne peux le dire avec précision car mes notes, malheureusement, ne comportent aucune date. Je n’ai pour me repérer que des indications relatives aux saisons, à la scolarité de Violette ou à des épisodes clairement situés dans le temps. »

Editions Finitude – mars 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Dehors, la tempête ~ Clémentine Mélois

Je continue ma quête du regard sur soi, et de la contemplation, avec ce livre de Clémentine Mélois qui explore d’une manière toute personnelle l’activité de lecture, mais dans laquelle je me suis complètement retrouvée… Elle commence d’emblée par expliquer comment mettre son nez dans un livre. A chaque lecture, un souvenir olfactif. Puis, viennent les premières pages qui décideront de tout. Arriverons nous à nous laisser embarquer ? Ensuite, elle raconte comment elle a essayé de retrouver dans la vraie vie les saveurs croisées dans des romans, le goût des sandwichs de Maigret par exemple, la fameuse madeleine de Proust et des recettes décrites. Mais il y a aussi l’océan, l’aventure, comme dans les lectures d’enfance.

« A cause de Marie-Pierre Planchon, de Houat et de Moby Dick, j’ai vécu sur une île.« 

Jusqu’à ce qu’un drame dans son entourage la ramène sur terre, loin des romans, vers la poésie d’abord, puis vers Le seigneur des anneaux, auquel elle va vouer un véritable culte, jusqu’à décorer sa chambre comme si c’était un des éléments du Pays du milieu... Clémentine Mélois a dans cet essai sans queue ni tête, une langue pleine de fraîcheur, que je découvre. J’y ai retrouvé mes enthousiasmes de lectures enfantines, mes bizarreries et obsessions de lectrice. Ce livre parlera à tous ceux qui ont les mêmes, le goût des mots et des phrases, du détail.

« Je lis pour faire diversion. Détourner ma propre attention et essayer d’oublier l’absurdité du monde. Tromper l’ennui. »

C’est un livre qui fait du bien, à sa manière, qui réveille l’intellect et donne envie de contempler un moment son propre rapport aux livres.

Editions Grasset – mars 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Cathulu

Lectures 2020

Gatsby le magnifique, Melchior & Bachelier… la BD de la semaine !

D’après l’oeuvre de F. Scott Fitzgerald

Début mars, j’ai eu la chance d’assister à une soirée en compagnie de Benjamin Bachelier qui nous a tout d’abord offert un concert-dessiné sur le mythe d’Orphée et d’Eurydice (Frédéric Deville au violoncelle) puis un échange avec Stéphane Melchior (son scénariste pour Gatsby). J’ai aimé voir le dessin en train de se faire. Le lendemain, il y a eu encore une rencontre, avec cette fois-ci la découverte d’une exposition autour de ses planches originales. A cette occasion, j’ai acheté l’album que je vous présente aujourd’hui… Il faut savoir que c’est Stéphane Melchior qui a eu l’idée de cette adaptation, et de situer l’action dans un Shanghai actuel, pour lui absolument le reflet du New York des années 20, époque où un vieux monde disparaissait au profit d’une certaine modernité et déchéance de classe. Et effectivement, ce contexte différent ne choque pas du tout. J’ai retrouvé avec plaisir la trame que je connaissais du roman, très bien retranscrite par le scénariste. J’ai toujours le même frisson lorsque le secret de Gatsby est dévoilé. Je ne peux pas dire que j’ai été complètement abasourdie par le dessin, le flou des traits des personnages par exemple. Mais certaines planches sont vraiment superbes, à l’instar de cette case, reproduite en couverture, dans laquelle des poissons volent. C’est le genre d’album que l’on peut relire à plusieurs reprises et aimer de plus en plus à chaque lecture, redécouvrant alors des détails et des trouvailles visuelles. J’ai beaucoup aimé ce que j’ai vu des productions de Benjamin bachelier, que je vais continuer à suivre. Son dessin évolue en fonction des albums. Il travaille actuellement sur un projet se situant dans le japon ancien, et son dessin en est effectivement complètement modifié. De plus, j’ai aimé qu’il évoque son travail. Dessiner dans de petites cases est semble-t-il assez épuisant et peut devenir déprimant, alors le dessinateur se transforme parfois aussi en peintre et brode ses chemises pour agrandir son espace de création. Il a également évoqué son travail sur ordinateur, dont il ne reste aucune trace aujourd’hui, les fichiers étant rapidement corrompus. Il souhaite revenir le plus possible au travail sur papier, qui permet de garder des traces. Gatsby a été réalisé par ordinateur.

Une autre lecture chez… Noukette!

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette  aujourd’hui !

Editions Gallimard – janvier 2013

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Lectures 2020

Une femme au téléphone, Carole Fives

Vous vous en souvenez peut-être, j’ai assisté il y a peu à une rencontre avec Carole Fives, pendant laquelle elle a lu de larges extraits de ce texte, avec une mise en scène simple et efficace. Une sonnerie de téléphone rythmait la lecture. J’avais adoré. J’ai donc mis la main sur le livre… Il s’agit d’un roman téléphonique (écrit comme un roman épistolaire, mais au téléphone). Nous n’aurons d’ailleurs, tout au long du roman, qu’une partie des conversations téléphoniques, celles de Charlène, la soixantaine, cette femme au téléphone qui la plupart du temps se sent seule, malade et qui harcèle sa fille. Les réponses ne nous sont pas données mais l’imagination est capable de les retranscrire sans problème. Et parfois d’ailleurs seul le répondeur enregistre. Le personnage m’a émue. A la fois touchante et toxique, Charlène alterne pourtant les caresses et les reproches, telle une véritable douche écossaise. C’est un roman sur la solitude et la culpabilité, sur les choix de vie, mais aussi sur une certaine misère humaine… Charlène cherche l’amour sur internet, fustige ses enfants, et traverse pour autant l’épreuve du cancer avec un certain courage. Carole Fives nous renvoie à ce qu’il y a d’imparfait en nous, à nos attentes, mais aussi à notre manière de traiter notre entourage. En ces jours un peu troublés, comment communiquons nous ? Comment téléphonons nous ? Quels sont nos rapports avec nos proches ? Carole Fives nous a déclaré en rencontre, qu’il y avait un peu d’elle, et un peu de sa mère aussi dans ce personnage. A quel point sommes nous donc des Charlène en puissance ? J’ai sans doute préféré la version abrégée et auditive de la rencontre avec Carole Fives mais c’est un livre qui interroge et émeut, et fait aussi beaucoup sourire.

« J’aimerais bien que tu m’appelles chaque jour, l’heure qui te conviendra, disons, quand je me réveille le matin, vers sept-huit heures, et le soir, quand je cafarde, vers cinq-six heures. La journée, je me dirais, tiens, ça va être l’heure de son coup de fil, et après avoir raccroché, je repenserais à ce qu’on s’est dit. Je ne te demande pas grand-chose, juste entendre le son de ta voix, même si tu ne me dis rien de bien passionnant. Pour toi, ce n’est rien, mais moi, ça m’aide ; je ressens vachement la solitude affective. »

Editions Folio – décembre 2018

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Une autre lecture chez… Gambadou

Lectures 2020

La couleur de l’espoir, Susan Madison

Traduit de l’anglais par Régina Langer

J’aime beaucoup (j’adore) constater combien les livres ont la capacité de voyager. Ce titre m’a été prêté par une collègue alors qu’elle l’avait elle-même récupéré dans la boîte à livres d’une salle d’attente… Elle me l’a prêté car il est question d’adolescents dans ce roman, et que c’est un sujet de conversation récurrent entre nous. Je ne m’attendais cependant pas à pleurer avec cette lecture comme une madeleine… Les Connelly passent comme à leur habitude les vacances d’été dans leur maison de Nouvelle-Angleterre. Ruth, la mère, est avocate d’affaires à Boston, et elle profite de cette période pour continuer à entretenir des relations fructueuses avec ses riches voisins, dans un cadre pour autant plus détendu. Mais Josie, la fille de Ruth et Paul, qui a tout juste 16 ans, ne veut pas participer à ce qu’elle réprouve de plus en plus. Exaltée, ayant la volonté de continuer dans la peinture, où elle excelle, la jeune fille n’a de cesse de se disputer violemment avec sa mère et de remettre en question leur mode de vie. William, son jeune frère, fête son anniversaire. Toute la famille fait l’effort de se réunir ce jour-là pour un pique-nique et prend la mer. Une violente tempête va alors faire basculer le destin des Connelly dans le drame. Josie disparaît en pleine mer et reste introuvable. Chacun va ensuite devoir survivre chaotiquement avec son chagrin et sa culpabilité en bandoulière. Le couple ne tiendra pas, mais Ruth et Paul devront faire face à encore bien d’autres épreuves et se soutenir malgré tout… Je m’attendais avec ce titre à partir dans une lecture légère, et même facile, mais même si certaines émotions semblent un peu surfaites, même si Ruth est souvent profondément agaçante, et même si le roman souffre de quelques longueurs, j’ai beaucoup aimé ce portrait de femme qui lâche prise avec difficulté. Ruth se bat en effet tout au long du roman contre l’émotion, refusant de réouvrir la maison familiale, continuant à travailler avec acharnement, jusqu’à ce que les digues craquent de toutes parts et que l’évidence d’un changement de vie s’impose. De plus, il faut être honnête, elle vit en une vie tout ce que les parents redoutent au plus haut point, qu’il arrive quelque chose de grave à leurs enfants, et mon petit coeur de maman en a été sans surprise chamboulé.

Ce roman est sorti en format poche chez Pocket.

Editions France Loisirs – mai 2000

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