Lectures 2022

Porté disparu, Brigitte Giraud

portedisparu

Qu’est-il donc advenu de Livio après son jour de courage ? Brigitte Giraud a décidé de continuer à faire vivre dans de nouvelles pages son personnage et ne peut que constater qu’il n’est plus là, qu’il a disparu… Nous sommes quelques semaines après ce jour où, en cours d’histoire, Livio, 17 ans, a fait un exposé. Il avait choisi de parler de Magnus Hirschfeld, un médecin juif-allemand qui s’intéressait particulièrement aux droits des homosexuels dès le début du XXème siècle, de l’institut de sexologie qu’il a créé, et de l’autodafé nazi qui a détruit son œuvre et ses travaux. Il a été le premier à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et dans sa globalité, et est connu pour être un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle, en luttant par exemple contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175, paragraphe au nom duquel de nombreux homosexuels ont par exemple été envoyés en camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale. La classe est restée suspendue aux lèvres du jeune homme et à son exposé brillant, mais les sentiments sont largement partagés, et la fronde qui suivra ensuite sur les réseaux en sera une des conséquences. Camille a observé silencieusement celui qui était censé être encore quelques minutes plus tôt son petit ami faire son coming out, et alors qu’il a aujourd’hui disparu, veut tout faire pour le retrouver. Madame Martel, la professeur d’histoire, regrette d’avoir laissé là le jeune homme, pressée qu’elle était d’honorer un rendez-vous avec le proviseur. Les parents de Livio accusent le coup, se reprochent de n’avoir rien vu et su exprimer… Avec une grande justesse, Brigitte Giraud reprend dans cette « suite » le cours de la vie des protagonistes de « Jour de courage » et c’est encore une fois subtil, émouvant et très intéressant. J’ai beaucoup aimé ce livre, présenté comme un écho, et qui est en lui même à nouveau d’une grande force.

Editions l’Ecole des loisirs – 28 septembre 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Sélection Goncourt 2022

 

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Lectures 2022

Brigitte Giraud… (rattrapage)

Je démarre sur ce blog une nouvelle rubrique, nommée « rattrapage », qui va me permettre de rapatrier d’anciens billets, en provenance de mon ancien blog. Après le billet sur Annie Ernaux, je profite de la sélection de Vivre vite de Brigitte Giraud au Goncourt 2022 (à l’heure où j’écris ces mots, ils ne sont plus que quatre), pour partager avec vous mon admiration pour cette autrice que je lis fidèlement.  Bref, il m’a paru encore une fois inconcevable que ces lectures ci-dessous ne soient pas ici…  Le reste de mes lectures de Brigitte Giraud sont à retrouver là [clic].

uneanneeetrangere (le billet de 2009)

Une année étrangère

« Il faut que j’aie des antennes, que je sois double en permanence, à l’affût du moindre signe, du moindre indice.
Mais ce qui complique la donne est que la fille au pair n’est pas une fille dans une simple situation de travail. On attend d’elle un service rendu mais aussi une présence particulière, une façon d’être, la construction d’un lien, on attend d’elle qu’elle donne de son temps, de sa patience, de son énergie, comme le ferait une grande soeur éternellement bien disposée. On attend d’elle qu’elle mette en scène la touche d’exotisme qui fait la différence, celle pour quoi on l’a choisie et qui valorise la famille par sa présence « si particulière », par son style français inimitable, qu’elle même ignore évidemment. » 
Nous sommes dans les années 80, à l’ère de Cure, des cassettes audio, du Mark fort et des mobylettes. Laura a dix-sept ans, et pour fuir une ambiance familiale tendue, la jeune française décide de partir en Allemagne comme jeune-fille au pair. Elle arrive chez les Bergen, un couple et deux enfants, qui semblent vivre sans se soucier du temps qui passe, des tâches à accomplir, ou de lui signifier quel est véritablement son rôle… Je suis (du verbe suivre) Brigitte Giraud depuis quelques temps déjà, fascinée par mes précédentes lectures (La Chambre des parentsJ’apprends ou L’amour est très surestimé). Ce titre là, dont je n’attendais pas grand chose, m’a d’emblée séduite et ce dès les premières pages. Je suis donc heureuse de mon choix en cette rentrée littéraire, et de ma lecture !! Qui s’est déjà retrouvée dans cette situation là, intégrer un foyer pour s’occuper d’enfants, dormir chez cette famille, y passer tout son temps, saura que l’auteure a su trouver les mots qu’il faut pour décrire au mieux la gêne, l’adaptation nécessaire, l’extrême acuité que cela suppose dans les premiers temps, barrage de la langue existant – ou pas, et la transformation de soi que cela implique aussi, inévitablement. J’ai beaucoup aimé ici l’écriture, la description de journées longues comme un puits sans fond, ce petit rythme qui se met doucement en place, les rapprochements affectifs qui se nouent et se dénouent. J’ai aimé le personnage de Laura, terriblement attachante avec sa coiffure en pétard, ses découvertes littéraires tendancieuses et sa manière d’être si mûre et si fragile à la fois. Dans une ambiance qui peut sembler morose, mais qui permet à Laura de comprendre qui elle est, ce roman poursuit une route « en quête de soi » au charme certain. Et j’ai été charmée. « Mon empressement et mon application n’apportent rien à cette famille hors du commun. J’ai voulu être irréprochable, disponible et parfaite, toujours prête à me charger d’une corvée, à me rendre utile, malgré la sensation que j’avais de m’éloigner de moi. Je préférais nettoyer le four ou promener le chien plutôt que me confronter à ma vacuité. A vrai dire, je ne sais ce que je préfère, me rapprocher de moi avec le risque de me trouver, de supporter le vrai visage de ma solitude, ou m’inventer un double, brave soldat toujours prêt à exécuter les ordres, soumis et vigilant, un être qu’on utilise, qu’on épuise et qu’on oublie. »

aveclesgarcons (le billet de 2010)

Lecture musicale du texte Babyfoot (voix de Brigitte Giraud, musique de Fabio Viscogliosi), extrait du texte de Brigitte Giraud, Avec les garçons.

« Ca commence comme ça. Les yeux du garçon dans ceux de la fille. Quelque chose est arrivé. »

Voici ce que j’ai écouté il y a quelques jours, la nouvelle Baby-foot, accompagnée de musique, musique créée en écho au texte, texte écrit dans le but d’être accompagné de musique. Il s’agit ici d’une performance autour de l’écriture, et d’affinité musicale. J’ai aimé le récit de Brigitte Giraud qui trouve décidément toujours des mots justes et simples, évidents, pour parler du présent, j’ai été moins sensible au mélange voix et musique. A l’occasion de ces deux rendez-vous j’ai pu constater à quel point l’auteure a une personnalité attachante, souriante et accessible. J’espère beaucoup la sortie d’un nouveau roman pour bientôt. Baby-foot conte un amour d’été à hauteur d’adolescence, chaleur, regards, et passage de l’enfance à cet autre chose que l’on ne perçoit pas encore, mais qui chavire le corps et le coeur, ce quelque chose que l’on peut appeler aussi grandir.

pasdinquietude (le billet de 2011)

Pas d’inquiétude

« Ce fut […] un début en douceur, sans la violence des mots, une auscultation tout en retenue, et en rentrant tournait dans ma tête la dernière phrase prononcée par le médecin. Plus je remâchais ce pas d’inquiétude, plus ma gorge se serrait. Pas d’inquiétude n’était pas compatible avec sans tarder, le médecin se contredisait, et en même temps je me rassurais, non, rien de plus normal, il voulait juste qu’un spécialiste prenne le relais, son sérieux était réconfortant, il valait mieux envisager les choses à temps. » Pas d’inquiétude raconte l’histoire d’une famille ordinaire, qui vient tout juste de prendre possession d’une maison neuve, dans un lotissement tel qu’il en pousse partout aujourd’hui, après avoir vécu pendant des années dans l’exiguïté d’un appartement trop petit pour quatre. Le couple a décidé de garder les finitions pour plus tard, pour eux, par soucis d’économie. Le rêve est donc là, enfin à portée de main, mais c’est la maladie qui s’invite. Medhi, le plus jeune est atteint d’un cancer. Alors, les travaux attendront, il faut s’organiser, prendre des congés. La mère venant tout juste de commencer un nouveau travail où elle doit faire ses preuves, c’est au père qu’incombe de laisser le sien de côté pour faire face à l’urgence. Le présent prend tout à coup toute la place. Ce roman est d’un charme discret et profond. Brigitte Giraud excelle encore une fois, après son magnifique Une année étrangère, à se mettre à la place d’autrui. Ici, le narrateur est un homme. D’habitude, en de telles circonstances, c’est la douleur d’une mère qui nous est offerte, placée immédiatement au creux du ventre. Un homme, lui, ne sait pas toujours quoi faire de son inquiétude, il n’a pas les codes, il réagit différemment. Alors il tait sa peur, son infini désarroi et offre ce qu’il peut, sa présence, ses initiatives, et parfois ses maladresses. L’auteure a vraiment trouvé ici dans son écriture le ton juste pour nous en parler. J’ai reconnu également dans ces pages l’attitude qui a été la nôtre lors du séjour de Petit Dernier en service de néonatologie par exemple, cette volonté de minimiser l’inquiétude auprès de l’entourage, cette propension à s’isoler autour du noyau étroit et dur que l’on forme soudain. A ce moment là, comme ce qui se passe dans ce roman-ci et que je tairai pour conserver le mystère de la découverte, tout geste de générosité, de compassion sincère, devient terriblement réconfortant et lourd de sens. Une lecture de rentrée qui mérite vraiment que l’on s’y intéresse.

avoiruncorps (le billet de 2013)

Avoir un corps

« Je m’habitue à l’idée d’être là, d’avoir une place, même si ma place a changé. J’accepte d’avoir à nouveau une présence, une épaisseur, un corps qui n’est pas fait que de lignes brisées, qui évite les pierres sur le chemin, qui transpire en haut du col. […] Je sens comme cohabitent le petit animal en short de l’enfance qui escalade le toboggan, la gymnaste marchant sur la poutre, l’adolescente qui danse sur Imagine, l’amoureuse qui monte derrière la moto, la libraire en équilibre sur un escabeau, la mère qui maintient Yoto contre sa hanche. Je marche sur le sentier et cette sensation devient concrète, je suis faite de toutes ces pièces, comme si mon corps était une maison où vivent ensemble le vif de l’existence, fait de désirs, de force et de pulsations, mais aussi l’absence. Tous ces corps de fille évoluent sous le même toit et tissent une mémoire serrée. Je suis ici mais aussi là. » Par le prisme de l’évolution d’un corps, Brigitte Giraud nous emmène dans Avoir un corps à la découverte d’une petite fille qui devient grande, puis mère. Et c’est toute l’aventure de la vie qui nous est contée ici, quotidienne, faite d’expériences, de blessures, de douceurs, de pudeur et d’impudeurs. La conscience de soi passe sans transition de l’illusion de la maîtrise du corps, frôlant l’anorexie, à cette infinie confiance/ inconscience qui mène chaque femme à la maternité. Cette petite fille que Brigitte Giraud regarde grandir, et dont elle s’approprie les rêves et les désirs par le « je » est un peu nous, un peu elle sans doute, et est très ancrée dans une époque. Et c’est là que l’auteure excelle, quand elle raconte l’enfance, la naissance du frère, les jeux, les premiers émois, l’envie d’enfanter contre lequel on lutte d’abord puis se soumet. J’ai aimé que règne dans son roman une réflexion sous-jacente sur le libre arbitre, et qu’elle souligne combien la féminité est une valeur sociale avec ses codes. Etre un corps d’enfant, se transformer, puis être une femme, être une mère, et tout cela sans jamais perdre la conscience de soi, de sa peau, sans se perdre, s’oublier, oublier de se regarder, de se voir… tout cela est parfois si difficile, fragile, sur le fil. Avoir un corps est une lecture coup de coeur en cette rentrée littéraire, il serait étonnant qu’il en soit autrement.

nousseronsdesheros (le billet de 2015)

Nous serons des héros

« La première nuit dans la maison fut particulière. J’étais isolé sous le toit, je voyais le ciel par le velux ouvert, la petite chambre était une fournaise. A ce moment là de l’année, il y avait beaucoup d’étoiles, je les observais depuis mon lit, j’avais l’impression que le ciel bougeait, que mon matelas tanguait. Ma tête tournait, se vidait, se remplissait d’images trop vives, celles du Portugal sous le soleil. Je voyais mon père sur un cargo, qui flottait sur l’océan, toujours cette même image. Je me surprenais encore à demander quand il allait rentrer. Puis j’entendis ma mère et Max qui parlaient en bas. J’avais envie de faire un sac et de partir dans la forêt, vivre avec Oceano, j’étais fatigué. » Olivio et sa mère fuient la dictature portugaise, redoutant des représailles. Le père d’Olivio a été arrêté et est mort en prison. Mais le jeune garçon l’ignore, alors que le train l’emmène du Portugal vers La France. Il s’imagine le revoir, il ne sait pas ce qui l’attend dans ce pays inconnu vers lequel il roule, et il sert contre lui son petit chat Oceano. En France, aidés par des compatriotes, ils sont confrontés à une nouvelle langue, doivent refaire leur vie modestement. La mère d’Olivio trouve enfin du travail, rencontre Max, s’installe avec lui dans un pavillon de banlieue. Le quotidien devient morne, souvent tendu et inconfortable pour le jeune Olivio qui se réfugie le plus souvent possible auprès de son ami Ahmed. En effet, Max préfère visiblement son fils Bruno qu’il reçoit en garde alternée. La mère d’Olivio est partagée, passe son énergie à apaiser et composer, à se faire sa place dans cette nouvelle vie. Un jour pourtant, la révolution des oeillets a lieu, et revoir Le Portugal redevient une possibilité. J’ai retrouvé dans ce roman la voix tranquille et posée de Brigitte Giraud qui sait ici très bien se mettre dans la peau d’un petit garçon confronté à l’exil, au déracinement, puis à l’enracinement. Les petits garçons sont capables de supporter beaucoup de chamboulements du moment que l’amour est là, l’affection. Dans cette histoire, la solidité des adultes n’est pas acquise. Heureusement, Olivio peut compter sur l’attention de son chat et de son meilleur ami Ahmed, mais cela semble tellement peu. Nous serons des héros ne fait pas dans le tapage et la grandiloquence mais met réellement en lumière l’actualité de cette rentrée par le prisme d’anciennes migrations. C’est certainement un hasard, mais cette coïncidence m’a émue et touchée.

lamourpingpong (le billet de 2016)

L’amour Ping-Pong – Albin de la Simone & Brigitte Giraud

J’ai décidé d’aller à cette soirée jeudi soir, celle qui réunit Brigitte Giraud et Albin de la Simone… et j’ai passé un super moment. L’écriture de Brigitte Giraud, bien entendu… mais également la voix, l’inventivité, la grâce d’Albin de la Simone. Bref, c’était vraiment bien. Je pense vous mettre quelques unes de ses chansons très bientôt. Si le programme passe dans votre ville, allez-y, foncez. 

Lectures 2022

Vivre vite, Brigitte Giraud… rentrée littéraire !

vivrevite

Adepte de tout ce qu’écrit Brigitte Giraud, je n’avais rien lu d’elle depuis la sortie de Jour de courage. Il était évident qu’un passage en librairie suffirait pour que je craque sur son nouvel opus de rentrée littéraire. Ce titre, avec Quelque chose à te dire de Carole Fives (lu également), est dans la première liste du Goncourt 2022 (15 titres sélectionnés pour l’instant)… J’ai retrouvé dans ce livre l’écriture précise de Brigitte Giraud que j’aime tant. Elle revient sur le drame qui a bouleversé son existence, l’accident de moto qui a coûté la vie à son mari le 22 juin 1999. Avec les mots, et une accumulation de « et si » elle tente l’impossible, réécrire l’histoire. Cette vaine tentative d’essayer de tordre la réalité, de comprendre, de trouver des réponses à l’impensable, suscite chez le lecteur une grande émotion. On voudrait croire au pouvoir de l’écrivain en lisant ce récit. Oui, Brigitte Giraud va réussir à modifier le temps, à faire en sorte qu’un simple déménagement, et tous les concours de circonstances autour, ne parviennent pas à ce drame inéluctable. C’est une enquête sans concessions que mène l’autrice, qui en profite pour faire revivre Claude, mais également tous les détails d’une époque, les petits riens de ce 22 juin qui aurait dû se terminer autrement… Vingt ans après, alors que cette maison tant désirée, en quelque sorte coupable du drame (et que Claude a à peine connue), est en passe d’être vendue, Brigitte Giraud nous fait l’état des lieux de toutes ses questions restées sans réponse. Et elle fait battre notre coeur un peu plus vite, accrochés que nous sommes au compte à rebours qu’elle enclenche dès les premières pages.

Editions Flammarion – 24 août 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Sélection Goncourt 2022

 

Lectures 2019

Jour de courage, Brigitte Giraud… coup de coeur !

❤ Je suis une adepte de l’écriture de Brigitte Giraud. Il était donc évident que j’allais lire son roman de rentrée littéraire… Avec cette auteure, j’ai pourtant toujours la crainte d’être déçue, comme avec les choses que l’on aime… Allais-je retrouver ce plaisir de lecture déjà rencontré dans Avoir un corps ou Pas d’inquiétude  ? Allais-je retrouver ce style qui me laisse à penser que je suis à la maison, confortablement installée dans une écriture qui me plaît et me convient ? La réponse est oui. Mais ceux qui ont déjà lu ce titre peuvent le dire, combien la forme de ce nouveau roman de Brigitte Giraud est surprenante ! Nous sommes dans un lycée, en cours d’histoire, et Livio, 17 ans, s’apprête à faire un exposé. Il a choisi de parler de Magnus Hirschfeld, un médecin juif-allemand qui s’intéressait particulièrement aux droits des homosexuels dès le début du XXème siècle, de l’institut de sexologie qu’il a créé, et de l’autodafé nazi qui a détruit son oeuvre et ses travaux. Il fut le premier à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et dans sa globalité, et est connu pour être un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle, en luttant par exemple contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175, paragraphe au nom duquel de nombreux homosexuels ont par exemple été envoyés en camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale. Le lecteur est suspendu aux lèvres du jeune homme et à l’exposé brillant qu’il délivre sous nos yeux. Mais, le regard s’attarde aussi sur Camille, sur Madame Martel, la professeur d’histoire, sur les camarades du jeune homme, qui semblent à la fois s’ennuyer et s’intéresser au vrai message que tente d’exprimer Livio. Car Livio est en même temps en train de faire son coming out, devant celle qui pensait être encore sa petite amie il y a quelques minutes, devant sa classe et tout le lycée par extension. Quelles seront les conséquences de cet aveu ? Brigitte Giraud se contente d’énoncer les faits, n’apporte aucun jugement de valeurs, ni ne cherche à convaincre. Seul Livio émet une opinion sur ce qu’aurait pu être le monde si Magnus Hirschfeld avait pu continuer librement ses travaux, sur le temps que l’on aurait gagné (peut-être) en acceptation et en changement des mentalités sur le sujet… Livio se heurte aussi à l’indifférence polie de son éditoire et c’est une souffrance pour le lecteur de constater cet état de fait, comme si tant de connaissance et d’intelligence étaient bêtement gâchées. Merci alors à Brigitte Giraud pour son livre, d’avoir mis ce Magnus Hirschfeld en lumière et de porter par son écriture le courage de tous les Livio de la terre ! Un livre fort, émouvant, que l’on referme en frissonnant.

Flammarion – 21 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Joëlle

Lectures 2017

Les matchs de la rentrée littéraire 2017 avec Price Minister – Rakuten

Aujourd’hui est le grand jour où tu annonces que tu es de nouveau marraine de la rentrée littéraire pour Price Minister cette année !! Et tu en es ravie car cela te permet de vous gâter encore une fois. En effet, nous étions 5 marraines à travailler dans l’ombre pendant tout l’été pour vous concocter une sélection de rentrée : LeiloonaSylireMokaPlume de Cajou et toi. Encore une rentrée littéraire pas comme les autres vécue avec un petit sel supplémentaire, et des échanges sympathiques !

Les matchs de la rentrée littéraire (#MRL17), ce sont donc 5 marraines qui choisissent chacunes 3 romans, considérés par elles comme des pépites ou des incontournables de cette rentrée littéraire. Vous pouvez découvrir ta sélection ci-dessous (lien vers les billets en cliquant sur les couvertures) et la sélection des autres marraines sur leur blog respectif aujourd’hui. En ce qui te concerne, ce sont ces livres qui se sont imposés à toi…

                   

Ensuite, il vous reste à choisir le livre que vous souhaiteriez recevoir en échange d’un avis. Pour participer, c’est simple, il suffit d’avoir soit un blog, un compte Instagram ou Youtube. Vous avez jusqu’au 9 septembre. Toutes les informations sont ici avec le formulaire d’inscription [clic].

La sélection complète… (aussi sur la page Rentrée littéraire de Price Minister)

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Coups de coeur·Lectures 2017

Un loup pour l’homme, Brigitte Giraud ~ Rentrée littéraire 2017

     ❤

Je crois que tu vas à présent vers les romans de Brigitte Giraud presque les yeux fermés… tellement est ancrée en toi maintenant la certitude que son écriture va te plaire. Et c’est encore une fois le cas. Mais quelle émotion, cette fois-ci de rentrer aussi dans une histoire qui te touche personnellement… (Comprendre enfin le mutisme du père…)  Car pour cette rentrée, Brigitte Giraud nous raconte Antoine, appelé pour l’Algérie, au Printemps 1960. Antoine, dont l’épouse Lila attend un enfant, là-bas en France. Antoine, qui a choisi la formation d’infirmier pour échapper au combat et qui espère rester planqué. Mais tout cela est illusoire, même si les premiers temps ressemblent presque à des vacances, des vacances où il ferait beau tout le temps, où les plages seraient belles, et les mets délicieux. C’est la guerre. Et c’est folie que Lila vienne retrouver Antoine pour vivre près de lui et accoucher en Algérie de leur enfant, folie de croire que tout va rester ainsi, et que tout cela n’est pas dangereux. Antoine voit bien les corps abîmés déferler dans l’hôpital où il apprend à prendre soin d’eux, surtout d’Oscar, cet homme amputé qui le fascine et dont il se sent très vite très proche… Pendant ta lecture, tu songeais combien Brigitte Giraud disait doucement ce qui était pourtant si fort et si intense, et combien ses mots étaient apaisants et justes, hors de tout jugement. Et tu as aimé cela, que l’on te montre avec ce soucis de justesse et de respect les images et les couleurs, la vérité de cette Algérie dont on ne t’avait raconté que le goût des fruits et dont on t’a laissé deviner seulement parfois la terreur tapie. Tu conseilles ce roman aux enfants devenus adultes, qui n’ont jamais eu de réponses à leurs questions, et qui ont du faire avec les silences et les souvenirs muets de ces pères revenus de cette étrange guerre… Tu es heureuse que les romans prennent enfin en main ce temps tabou. C’est un pas vers la compréhension… Avant que les derniers survivants de cette époque ne disparaissent, voilà qui te semble important, surtout de cette manière subtile et bienveillante, à hauteur d’appelé. Et tu assènes à cette lecture un évident coup de coeur !!

Editons Flammarion – 24 août 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5