Coups de coeur·Lectures 2020

Quelques heures, Joel Orff… la BD de la semaine !

❤ J’ai eu un joli coup de coeur pour cet album de chez çà et là assez discret. Petit en taille, sobre de couverture, il contient à l’intérieur des dessins en noir et blanc qui peuvent surprendre un peu par leur graphisme, peu soigné en apparence. En réalité, tout cela fonctionne très bien et on fait très vite fi de cette première impression négative, tant l’histoire est par ailleurs touchante. Bob est chauffeur de taxi. Il reçoit une carte postale de son ex, Wanda, lui annonçant à la fois sa paternité et l’arrivée de sa fille, déjà adolescente. Casey apparaît effectivement un beau jour sur son perron. Bob la reçoit le mieux possible et gère cette jeune fille visiblement un peu perdue et en recherche de repères qui n’avait pas demandé à être là. Ces deux êtres apprennent à s’apprivoiser et tissent peu à peu des liens… Et c’est ce que rendent très bien les dessins et la mise en page de Joel Orff, toute la patience déployée par Bob pour amadouer cette jeune fille tombée du ciel, et tous ces moments paisibles où la connivence s’installe. Quelques heures est un joli album qui met en lumière tout ce que l’écoute, la patience, le don de soi, peuvent apporter dans une relation parent/adolescent, mais aussi la cruauté de certains adultes. L’action se déroule à Minneapolis, et on peut se rendre compte également de la précarité dans laquelle les individus peuvent se retrouver là-bas du jour au lendemain, dès qu’un grain de sable vient gripper la machine. La résignation des personnages face à cet état de fait est pour le moins sidérante et donne à réfléchir.

Lu dans le cadre de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui !

Editions çà et là – 17 janvier 2020

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Coups de coeur·Lectures 2019

Kafkaïen, Peter Kuper… coup de coeur !

❤ Je suis loin d’être une spécialiste de Kafka. J’ai sans doute tout de même Le Château dans ma bibliothèque (à vérifier) et mon fils a fait un devoir au collège sur La Métamorphose, que j’ai ainsi pu lire rapidement en diagonale… Je ne suis pas une spécialiste, mais je sais tout de même que l’univers kafkaïen est particulier. D’ailleurs, le terme est devenu un adjectif utilisé dans le langage courant pour désigner une atmosphère absurde, oppressante et sans issue, à l’image de ses romans.  Et c’est tout à fait cet univers là que l’on retrouve reproduit avec talent par Peter Kuper dans cet album, qui met en dessins quatorze nouvelles de Kafka. Le parti pris du dessin noir et blanc épais est parfait pour impressionner les esprits et mettre en scène des histoires parfois extrêmement courtes que le crayon de l’artiste transfigure véritablement. Je dirais même qu’il apporte (au delà des mots de Kafka inscrit dans les bulles) une dimension supérieure aux textes. Tout cela est donc noir, épais, violent, absurde, sans issue, affreux et moche. Et j’ai adoré. Car le talent de Peter Kuper explose à chaque page de manière indéniable. C’est assez difficile à expliquer, et peut-être n’est-ce qu’un sentiment personnel, mais il m’a semblé que chaque planche fonctionnait parfaitement et que je retrouvais soudain l’excitation que j’avais ressenti en découvrant Maus de Art Spiegelman autrefois. Bref, j’ai été bluffée par ce génial Peter Kuper que je ne connaissais pas encore.

« Kafka est mort à l’âge de quarante quatre ans, il y a près d’un siècle, mais ses histoires résonnent comme si elles avaient été écrites hier. Il se peut, comme le suggère le disciple de Kafka Gustav Janouch, que ses écrits soient « un miroir de demain ». Leur place est ici et maintenant, ses fables sont des feuilles de route pour notre condition humaine. Elles nous avertissent des dangers de nos institutions, nous rappellent nos faiblesses et nous poussent à rire de nos absurdités. Alors que notre monde mérite de jour en jour davantage l’adjectif « kafkaïen », les messages que Kafka nous souffle à l’oreille et entre les cases prennent un sens renouvelé. »

Les éditions ça et là – 22 novembre 2019

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