Lectures 2020

Fille, Camille Laurens

Si je comprends bien les mentions sur la quatrième de couverture, la date d’édition notée sur Babélio, la sortie de ce livre était prévue pour mars, et le voici dans la pleine lumière de la rentrée littéraire… Et je vais dire, tant mieux ! J’aime lire Camille Laurens depuis longtemps, et même à une époque où il était moins facile de s’en vanter, quand a eu lieu par exemple cette polémique avec Marie Darrieussecq… je l’aimais encore, surtout que j’avais été bouleversée par son Philippe. J’ai été très heureuse d’avoir eu l’opportunité d’assister à une rencontre avec elle dans ma ville en 2011 [lire ici], qui restera un de mes meilleurs souvenirs de rencontre je crois. Depuis toujours, Camille Laurens mêle l’intime à la fiction. Difficile donc de reconnaître la part autobiographique de ce récit de vie, et d’ailleurs peu importe. Laurence naît fille, au grand dam de ses parents, mais surtout de son père, qui avait espéré avoir un garçon après sa grande soeur Claude. Camille Laurens explore, aux côtés de Laurence, tout ce que « être une fille » signifie. Plus elle grandit, plus Laurence comprend qu’elle passera toujours après, après l’oncle aux mains baladeuses, après le gynécologue incompétent. Son sort, ce qu’elle ressent, n’a pas d’importance, du moment qu’elle reste à sa place et se taise. Elle s’est sentie brièvement forte, quand elle a porté un garçon dans son ventre, reconnue. Mais c’est la naissance de sa fille, en réalité, qui va tout bousculer. Cette enfant qui n’aura de cesse de vouloir s’habiller comme les garçons. J’ai eu du mal à trouver ma place dans les premières pages de ce récit, et puis j’ai été glacée par l’épisode de l’oncle, par les cauchemars qui ont hanté ensuite la petite fille et l’indifférence dans laquelle elle a baigné derrière. Ensuite, le deuil de son petit garçon m’a touchée et j’ai été emportée par le combat de Laurence pour grandir, s’affirmer, devenir elle-même au milieu de ses proches. De cette lecture, restent de la douleur et de la peine, mais aussi de l’espoir.

« La différence, maman, entre hommes et femmes, tu vois, c’est que les hommes ont peur pour leur honneur, tandis que les femmes, c’est pour leur vie. Le ridicule ne tue pas, la violence, si. »

Editions Gallimard – 20 août 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Jostein

Lectures 2017

La petite danseuse de quatorze ans, Camille Laurens ~ Rentrée littéraire 2017

Tu connaissais cette sculpture de Degas… mais tu n’as jamais été très intéressée par le monde de la danse, et les peintures de l’artiste sur le sujet ne t’émeuvent pas plus que ça. C’est sur le nom de Camille Laurens, en fait, que s’est arrêtée ton attention, avec ce livre, en cette rentrée. Tu aimes la fronde intime de son écriture, habituellement, et tu avais hâte de la retrouver. Mais là, point de fronde intime, et c’est sans doute ce qui t’a tenue à l’écart de ce titre. Camille Laurens cherche en effet dans ce livre, qui s’apparente bien plus à un documentaire qu’à un roman, à mieux connaître la jeune fille, le petit rat, qui a servi à Degas de modèle pour sa sculpture, Marie Geneviève Van Goethem. Nous sommes en 1880, et la jeune-fille danse à L’Opéra de Paris. A l’époque, les danseuses n’ont pas l’image qu’elles ont aujourd’hui. Il est surtout question de pauvreté, de dur labeur, de mères poussant leurs filles à gagner la vie de la famille, et de prostitution… Tu as alors compris des expressions parfois rencontrées dans tes lectures, comme celle, bourgeoise, d’avoir sa danseuse, pour certains messieurs. C’est dans ce contexte que le peintre Edgard Degas, l’engage comme modèle pour une sculpture qu’il souhaite exécuter en cire. Sa vue n’étant plus ce qu’elle était il a décidé de privilégier ce procédé, plus tactile. Camille Laurens s’intéresse alors au contexte, et nous apprend beaucoup. Tout cela a été franchement passionnant à lire et parfois aussi assez terrible à imaginer. Cette sculpture est en effet mal reçue lors de sa première exposition, on lui trouve des allures vicieuses, on lui reproche de ne pas être de l’art. Est-elle trop réaliste ? Mais que vivaient donc ces enfants en 1880 ? Aujourd’hui, on peut admirer à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, des reproductions en bronze de la version originale en cire, mais Marie Geneviève Van Goethem a disparu des mémoires. Et c’est à une sorte de réhabilitation que Camille Laurens s’emploie, avec succès, dans ce livre, même si tu as hâte, toi lectrice, de la retrouver plutôt dans une autre forme d’écriture, plus intime.

Editions Stock – 30 août 2017

La lecture de Joëlle

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