Lectures 2020

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, JK Rowling

Traduit de l’anglais par Jean-François Ménard

J’ai commencé à lire la série Harry Potter pour répondre à un défi de mon club de lecteurs et je continue au rythme d’un tome par mois. Je suis toujours bluffée par la qualité d’écriture et l’inventivité de JK Rowling. De plus, je n’ai pas vu le film correspondant à ce volume, je suis donc rentrée dans cette nouvelle histoire sans être polluée par des souvenirs d’images vues. Par contre, j’ai beaucoup aimé comprendre enfin tout un tas de références dont ma fille, très fan d’Harry Potter, me parle depuis longtemps, la carte des maraudeurs par exemple et cette expression… Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. Dans ce troisième tome, Harry Potter, qui a passé encore une fois l’été chez son oncle, se trouve en très mauvaise position. Il a utilisé la magie dans le monde des moldus, craint de se faire renvoyer de Poudlard mais apprend qu’en réalité sa vie est en danger. Sirius Black s’est enfui de la prison d’Azkaban et cherche à le tuer. C’est donc une année sous haute protection qui commence pour Harry, qui n’aura de cesse pour autant de braver le danger, muni d’une carte des maraudeurs lui permettant d’emprunter des passages secrets et bien souvent de sa cape d’invisibilité. Les détraqueurs, censés protéger Poudlard, ont un effet terrible sur lui, inexplicable. Le professeur Lupin, nouvel arrivant à Poudlard, va l’aider à le contrer. J’ai encore une fois beaucoup aimé ce tome, rempli de péripéties. On en apprend plus sur le passé des parents de Harry Potter, leurs amis d’alors et les trahisons qui ont eu lieu. Certaines scènes sont assez impressionnantes, et presque poétiques. Ron et Hermione, malgré leurs différents, restent des amis fidèles pour un Harry Potter qui grandit et prend confiance en lui. A suivre…

Editions Folio Junior – 1999

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Harry Potter et la chambre des secrets, JK Rowling

Traduit de l’anglais par Jean-François Ménard

Je vous avoue tout à présent. J’ai commencé à lire la série Harry Potter pour répondre au défi de mon club de lecteurs qui se réunit virtuellement aujourd’hui sur le groupe facebook (à défaut de la rencontre prévue dans notre salon de thé préféré aujourd’hui à Chacun sa part). En effet, lors de notre dernière rencontre, nous avions tous tiré au sort un défi individuel. Je suis tombée sur « Un livre choisi par ton conjoint, ton enfant ou ton chat », et c’est donc ma fille qui a choisi sa série fétiche… J’ai déjà lu le premier tome [ici] avec plaisir et je viens de finir celui-ci. Comme pour le précédent, j’ai été bluffée par la qualité d’écriture de ce tome, même si j’ai aussi été un peu gênée par mes souvenirs trop présents des films vus et revus (normal quand on a une fan à la maison). Dans ce second tome, Harry commence par passer une partie de l’été chez les Dudley, dans des conditions peu agréables, et est heureusement sauvé par son ami Ron et ses frères… à bord d’une voiture volante. C’est d’ailleurs dans cette même voiture que les deux amis vont débarquer et faire une rentrée fracassante à Poudlard. Mais cette deuxième année va surtout sonner le retour de la légende de la chambre des secrets, déjà ouverte il y a cinquante ans, et qui avait été la raison du bannissement du garde chasse Hagrid. Une rumeur court que l’héritier des Serpentard serait à l’origine des incidents qui frappent aujourd’hui les élèves, enfants de Moldus. Harry est soupçonné car on le surprend à parler la fourchelangue, une langue que seuls les serpents peuvent comprendre. Cette deuxième saison n’est pas de tout repos, surtout pour Hermione qui va passer beaucoup de temps à l’infirmerie. J’ai encore une fois beaucoup aimé cette lecture. Le moment où Dobby récupère sa chaussette est quand même un grand moment, non ? Ma fille m’a promis que je serai moins gênée par mes souvenirs des films dans les prochains tomes. J’ai décidé d’en lire un par mois. A suivre donc…

Editions Folio Junior – 1999

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020

Harry Potter à l’école des sorciers, JK Rowling

 

Traduit de l’anglais par Jean-François Ménard

Je ne vais rien vous raconter de très nouveau sur Harry Potter, mis à part que j’ai cédé à son appel à l’aube de mes 47 ans, il était temps… Mon premier souvenir de cette saga date de la sortie chez folio junior de ce premier tome, alors que je travaillais encore en librairie. Après avoir vendu quelques manuels scolaires à une famille, je les ai dirigé vers ma collègue de jeunesse qui leur a tendu ce livre, très sûre d’elle. La couverture n’était pas terrible, enfantine, et je me souviens avoir été très dubitative sur ce choix de retour vers mon rayon (quel nez !). Beaucoup beaucoup plus tard, alors que je ne travaillais plus en librairie, et que Harry Potter et JK Rowling avaient vécu la petite vie que l’on sait… ma fille a eu ce livre entre les mains, dans le cadre de ma volonté un peu vaine de les inciter à lire. Et quel miracle ! Pourtant, on m’avait prévenu. L’engouement a été tel qu’il a fallu aller acheter certains tomes en urgence. Après chaque livre, elle regardait la version film, qu’il a aussi fallu acheter en urgence. Pourtant, mes deux enfants n’avaient pas été séduits plus que ça par le premier volet, acquis en DVD. Et quel engouement, encore ! Les films, regardés la plupart du temps en VO, ont d’ailleurs considérablement amélioré son niveau d’anglais… Et me voici donc, en ce mois d’avril confiné, et pour un petit challenge dont je vous parlerai sans doute plus tard, amenée à ouvrir le premier tome. Ma première surprise a été la qualité de l’écriture, pas du tout mièvre, et loin de la platitude de certains romans ados lus précédemment. Ensuite, j’ai été séduite par la manière de l’auteure d’amener petit à petit tous ces éléments qui créent le monde magique qu’Harry Potter va découvrir en même temps que nous, lecteurs. En effet, orphelin, élevé par un oncle et une tante qui le détestent, Harry ne saura qu’à ses onze ans qu’il est en fait un sorcier et qu’on l’attend à Poudlard (l’école des sorciers) pour la prochaine rentrée scolaire. Ayant déjà affronté Voldemort alors qu’il n’était qu’un bébé, devenu un héros pour cela, Harry va plonger dans un univers fascinant, devoir affronter d’autres dangers et se montrer à la hauteur de sa réputation. J’ai, vous vous en doutez, beaucoup aimé ce premier tome, séduite à mon tour par l’inventivité de JK Rowling. Mon seul bémol aura été mes souvenirs trop présents des films vus et revus et qui ont télescopé pendant ma lecture tout recours à l’imaginaire. Il est peu de dire que ma fille est très contente de me prêter les prochains tomes.

Editions Folio Junior – septembre 1998

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

A obtenu le Prix Sorcières des romans 9/12 ans en 1999

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Sophie Divry

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Sophie Divry a bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

       

Antigone : Bonjour Sophie Divry,
Votre premier roman, La cote 400, publié chez Les Allusifs a marqué votre entrée dans le monde de l’édition. Vous étiez venue, en 2012, à la médiathèque Benjamin Rabier (La Roche sur Yon), présenter ce livre. J’avais assisté à la rencontre. Vous étiez alors la seule auteure française du catalogue de cette maison d’édition canadienne, qui se consacrait surtout à la littérature étrangère. Pouvez-vous nous raconter en quelques mots le sujet de ce premier roman, que j’ai personnellement beaucoup aimé, qui raconte l’histoire d’une bibliothécaire, et l’aventure de cette publication ? Est-ce que la publication de ce livre a changé votre vie ?

Sophie Divry : La Cote 400, c’est le monologue un peu déjanté d’une bibliothécaire enfermée dans son sous-sol au rayon géographie, et qui est prise entre son besoin d’ordre et son besoin d’amour. Ce premier livre ne m’a pas fait devenir riche, si c’est ça la question, mais il a changé ma vie quotidienne, l’orientation que je donnais à mon existence. Même si je crois que c’est plutôt au deuxième roman qu’on devient écrivain.

   

Antigone : Vous avez ensuite publié plusieurs titres chez Noir sur blanc, par exemple Quand le diable sortit de la salle de bain ou La Condition pavillonnaire. Dans vos romans, vos personnages sont souvent contraints, enfermés, empêchés. Pouvez-vous nous dire comment naît, chez vous, l’idée d’un nouveau roman ?
Sophie Divry : J’ai des idées, des valeurs, des thèmes, des mythes, qui sont dans ma tête, et c’est comme une graine qui cherche un terreau : à un moment, ça rencontre l’idée d’une forme, une forme littéraire, et la graine va y pousser. Mais il peut se passer du temps et les graines disparaissent. Par exemple pour le Diable, je voulais parler du chômage, et c’est en lisant Federman que j’ai trouvé la forme.

Antigone : Lors de la rentrée littéraire de 2018, vous aviez publié un roman intitulé Trois fois la fin du monde, un gros coup de coeur de lecture pour moi. En ces temps particuliers, ce souvenir de lecture provoque un drôle d’écho. Dans votre roman en effet, une explosion nucléaire dévaste la France. Les survivants partent à l’abri des radiations, dans la zone sécurisée, tandis que votre personnage principal, Joseph Kamal, qui en a profité pour s’enfuir de prison, choisit de rester seul et de s’inventer une nouvelle vie, loin de tous, dans une petite ferme abandonnée. Pouvez-vous nous raconter comment est né ce personnage, les sentiments que vous aviez pour lui en cours d’écriture ?
Sophie Divry : J’ai eu envie d’écrire un Robinson Crusoé contemporain. Récrire un mythe avec toute son actualité et son côté universel. Mais avec un Robinson normal, qui ne sait pas faire du feu avec deux bouts de bois… Mais bon, moi les personnages ce n’est jamais le départ d’un livre. Ce sont plutôt les lieux : ici la nature, comme ouverture, en demi-teinte, et la prison, comme contraire, la fermeture. Après, Joseph, c’est un peu le premier homme. Une sorte d’Adam.

Antigone : Je vous suis depuis le début du confinement, via votre page facebook. Vous publiez chaque jour un billet sur votre journée, sans rien édulcorer de la difficulté de ce moment, et sans chercher non plus à construire ainsi un objet littéraire. Est-ce qu’au-delà de la création d’un roman, l’écriture peut jouer un rôle pour vous dans la vie quotidienne, de soutien et d’échange avec les autres ?
Sophie Divry : L’écriture a une vertu thérapeutique et j’avais urgemment besoin de cette vertu, dès le 16 mars. Tous les psy ont inventé les Français à faire un journal, après le chat, le chien et l’alcool, ça aide. Ce journal me donne un but, chaque jour, ça me structure. Ça fait appel à la fois à mes qualités d’écrivaine et de journaliste. Je ne cherche pas à jouer à l’écrivaine, en effet, même si je pense que sauver des anecdotes de la vie à Lyon à cette période, et tenter de voir clair dans ce qui nous agite intérieurement, je peux le faire mieux que d’autres, parce que justement, c’est une autre des vertus du métier de l’écrivain de savoir éclaircir ce qui nous agite obscurément. Mais dès que le confinement finira, j’arrêterai. Et, c’est du boulot mine de rien …

Antigone : J’ai hâte de vous lire de nouveau. Vous avez indiqué être entre deux romans en ce moment, en pause d’écriture. Pouvez-vous nous dire quelque chose de votre prochaine actualité littéraire ?
Sophie Divry : Je travaille à une non-fiction, un recueil de témoignages de mutilés pendant les manifestations des gilets jaunes, ainsi qu’à une petite fiction qui se passe très loin de tout cela, sur une autre planète. Mais j’ai peur qu’il vous faille attendre encore six mois pour me lire, au moins !

Un grand merci à vous Sophie Divry.

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Angélique Villeneuve

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Angélique Villeneuve a bien voulu répondre à mes questions et m’a fait un très beau cadeau (scoop inside).

 

Bonjour Angélique Villeneuve,

Vous êtes familière des salons du livre de Bretagne, comme celui de Quintin par exemple, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Vous avez bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Antigone : Vous avez écrit Un territoire, un roman publié en 2012, qui m’avait beaucoup marqué, où il est question de l’enfermement dans une des pièces d’une maison d’une femme par ses deux enfants. Une histoire terrible et pourtant très belle. Mais le public vous a surtout découverte grâce au roman Les fleurs d’hiver, publié chez Phébus en 2014, couronné de nombreux prix. Ce roman raconte l’histoire de Toussaint, de retour à la maison après des années de guerre et un long séjour à l’Hôpital du Val-de-Grâce. Jeanne et sa fille font une place à ce grand homme silencieux, qui porte jour et nuit un bandeau sur le visage, mais le chemin pour se retrouver vraiment est long et laborieux. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a incité à choisir ce thème pour ce roman ? Et comment vous avez vécu l’accueil enthousiaste qui lui a été fait ?
Angélique Villeneuve : Je me souviens du moment précis où l’idée de ce livre est née. Ça n’est pas si souvent le cas. Sur les 8 romans que j’ai écrits, c’est arrivé pour celui-ci et pour le prochain. Les autres sujets sont montés lentement.
Je me trouvais alors à un salon du livre, près de Mâcon, c’était en octobre 2012. À côté de moi se trouvait l’auteure Virginie Ollagnier, et je me suis mise à parcourir la 4e de couverture de son premier roman, Toutes ces choses qu’on abandonne, que vous avez peut-être lu. Il raconte l’histoire d’une jeune novice pendant la guerre de 14, en charge d’un blessé revenu catatonique des combats. Et alors que depuis des semaines je cherchais en vain un sujet – Un territoire venait de sortir, il fallait me remettre à l’établi, comme dit Marie-Hélène Lafon-, j’ai su ce que j’allais faire : écrire sur la peau, sur la blessure et la force du désir. Aussitôt, j’ai visualisé une gueule cassée et, comme toujours, une femme d’origine modeste au centre de tout cela. J’en ai parlé avec Virginie, qui, adorable, m’a poussée dans cette voie.
Nous étions toutes logées (il y avait beaucoup de femmes, à ce salon) chez l’habitant. J’aime beaucoup ça, dormir chez l’habitant. Ceux qui reçoivent les auteurs sont toujours des gens charmants. La dame qui m’hébergeait habitait le village de Replonges. Et chez elle, à la nuit, -pendant laquelle, d’ailleurs, je n’ai pas beaucoup dormi- s’est échafaudé, sous la couette Snoopy de ses petits-enfants, tout le squelette du roman. Il y aurait donc une femme, une ouvrière, dont le mari rentrerait de guerre avec la figure dévastée. Il serait rétréci, empêché, et elle, elle ne se laisserait pas faire.
Au matin, l’embryon des Fleurs d’hiver était là. Jeanne et Toussaint n’avaient pas encore de nom, mais nous avions déjà passé une nuit ensemble… En souvenir de ces heures fécondes j’ai donné, dans le livre, le nom de Replonges au village de l’Ain dont Jeanne est originaire.
Lorsqu’un an plus tard j’ai rendu mon manuscrit à mon éditeur, chez Phébus, j’étais persuadée, va savoir pourquoi, -disons que je suis souvent dans le doute, et ce n’est pas une si mauvaise chose, quand on écrit, le doute – qu’il allait le refuser. Ça n’a pas été le cas, il a même été enthousiaste, et le livre a fait une jolie route par la suite. Il a obtenu quelques prix, dont certains de lecteurs et de libraires – mes préférés. Et ça me rend fière. Quelques années plus tard il est paru en poche, une très bonne nouvelle, car le poche prolonge la vie des textes en les rendant plus abordables (et puis j’aime beaucoup ma nouvelle couverture Libretto !).
C’était un sacré défi, de m’attaquer à ce sujet, quand j’y pense. Je ne suis pas historienne, et ce que vit Jeanne est très éloigné, bien sûr, de mon expérience personnelle. Pourtant, il me semble, si j’en crois les retours, que j’ai réussi à lui donner corps. Ça m’émeut beaucoup. Lorsque je lis un commentaire favorable sur l’un de mes livres, ou que je reçois un prix, c’est toujours à mes personnages que je pense en premier. Comme si, pendant une minute, j’étais à leur hauteur. C’est une façon de rendre honneur à ce qu’ils sont, comme êtres humains. Quand j’ai su, par exemple, que j’avais le grand prix SGDL de fiction pour mon roman Maria, je me suis retournée, aussitôt, dans l’élan. Je savais que Maria, la femme, se tenait derrière moi. Je l’ai prise dans mes bras.
En réalité, j’ai souvent l’impression de ne presque rien inventer des histoires que j’écris. Elles préexistent. Je dois juste gratter la terre pour les trouver. Et les personnages apparaissent, bien vivants et plus forts que moi. Je ne fais que travailler l’écriture de leur corps.

           

Antigone : Nuit de septembre raconte la perte brutale de votre fils en 2014. Pendant que vous l’écriviez, je me souviens que vous postiez des photographies colorées de légumes et autres plantes sur les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous a apporté facebook par exemple, particulièrement à ce moment là, mais également ce qu’il vous apporte encore aujourd’hui ?
Angélique Villeneuve : Ah, des images de légumes et des fleurs ? Ça me fait sourire aujourd’hui, mais c’est sûrement vrai ! Et réconfortant, dans une certaine mesure. Je n’ai jamais utilisé Facebook pour raconter ma vie personnelle, et ce n’est pas avec la mort d’un fils que j’allais commencer. Si j’essaie de me souvenir, il me semble que juste après l’enterrement, j’ai simplement posté une petite fleur d’hortensia que j’avais prise sur le cercueil puis photographiée, posée sur la commode de ma chambre. J’ai dû écrire quelques mots, je ne me rappelle plus, quelque chose de banal qui pouvait passer inaperçu, du genre Avec lui. Plus tard, je m’en souviens, j’ai recopié une phrase des Fleurs d’hiver, écrite bien avant sa mort même si le livre venait de sortir. Je vais la chercher, tiens. C’est vers la fin. Ah, la voilà. Elle serre les dents et tous les muscles de sa figure, reprend sa marche lente. Elle a perdu sa vie d’avant, elle le sait. Il faudra pourtant trouver un moyen. Elle ferme les paupières. À ses épaules, d’autres épaules qui la portent.
Les fleurs et la cuisine, c’est tout ce que j’aime, avec les livres et les gens, alors c’est vrai que c’est présent sur ma page Facebook. À tous les moments de ma vie. La beauté. La joie. Le partage. Et les épaules, qu’on serre contre celles des autres pour s’aider à tenir debout.
Pour moi, Facebook est un outil formidable pour annoncer les rencontres autour des livres, pour se réjouir ensemble des bonnes nouvelles, des articles ou des billets de blog qui paraissent. Et aussi pour permettre aux lecteurs qui le souhaitent d’entrer facilement en contact avec moi. Après la publication de Nuit de septembre, qui, je crois, est un texte de deuil à la fois intime et littéraire, mais aussi pudique, j’ai ainsi été approchée par plusieurs femmes qui, elles aussi, étaient dans la douleur. Je me suis dit qu’elles trouvaient là un soulagement, même minuscule. Et c’était bien. Pour elles, peut-être, pour moi sûrement. Le lien, toujours le lien.

Antigone : Maria, sorti en 2018, cette fois-ci chez Grasset comme votre précédent livre, nous livre le regard d’une grand-mère sur le choix de sa fille d’élever ses enfants hors du déterminisme de genre. Pour ce faire, les parents cachent à tout le monde le sexe de leur second bébé. Ce choix crée un tsunami dans la vie de cette grand-mère. J’ai aimé que votre livre ne prenne pas parti et laisse le lecteur se faire sa propre idée sur le sujet. Comment les lecteurs ont-ils réagi dans l’ensemble à ce roman ?
Angélique Villeneuve : Je suis heureuse que vous ayez noté ça. Je ne prends pas parti. Les questions sont souvent plus intéressantes que les réponses, pas vrai ? Et ô combien je suis consciente de n’avoir aucune réponse. Écrire c’est chercher, ce n’est pas savoir.
Il était clair, cependant, lorsque je suis tombée sur un article racontant l’histoire de ce couple canadien qui avait pris la décision de tenir caché le sexe de leur enfant, que je ne pouvais avoir la mère pour personnage principal. Je ne serais pas parvenue à l’incarner moi-même. Et puis, comme toujours, je préfère écrire sur les femmes qui se trouvent dans la pénombre, à la périphérie des histoires. Celles qui n’ont pas de voix. Maria, modeste coiffeuse, était cette femme en laquelle il était possible de se couler.
Mais ce roman, finalement, tel que je le ressens moi, ne traite pas tant de cette affaire –très contemporaine – du genre. C’est une histoire de lien. Comment il se construit, et se tisse, et s’entretient. Comment on aime un enfant, un petit-enfant, ce qu’on est prêt, par amour, à supporter et donner.

       

Antigone : Vous écrivez également pour la jeunesse. Je vous ai découverte dans ce registre avec Le festin de Citronnette, chez Sarbacanne. Est-ce différent d’écrire de tels albums ? Est-ce que cela peut s’apparenter à une récréation d’écriture quand on écrit par ailleurs des romans si forts émotionnellement ?
Angélique Villeneuve : J’ai écrit un roman pour ado (un texte comique, de loin le plus drôle de tout ce que j’ai écrit, et qui éclaire une facette que peu de mes lecteurs connaissent : j’adore dire des bêtises. J’allais écrire des conneries. (Oui, c’est ça, allez, j’adore dire des conneries), je suis quelqu’un de joyeux, et c’est dans A la recherche du paon perdu (Éditions Les Grandes personnes) que ça se voit le plus !). Mon 8e album, Piccolo, devait sortir début mai chez Sarbacane, illustré par Amélie Videlo. C’est la deuxième fois que nous travaillons ensemble. Avec la crise sanitaire du corona, je ne sais pas si la date va être maintenue, vraisemblablement pas, on verra bien.
Écrire pour la jeunesse, c’est un grand plaisir. Et quelque chose d’important, de sérieux. Car c’est petit qu’on apprend à lire ; je veux dire devenir lecteur, apprécier la langue. On se découvre rarement grand lecteur de littérature tout à coup, à 40 ans. Ça s’apprend, et le plus tôt est le mieux. Les enfants méritent le meilleur, ils sont sensibles à la musique de la langue, à la poésie, j’en suis témoin chaque fois que je les rencontre, et les parents le savent très bien. Je le savais moi aussi quand mes propres enfants -j’en ai trois- étaient petits. Ils comprennent ce qu’on écrit entre les lignes. On peut parler de tout avec eux.
Par exemple, j’ai imaginé l’album Le doudou des bois deux mois après la mort de mon fils. C’est la seule chose que j’aie réussi à écrire à ce moment-là, et ça n’était pas si mal, après tout. Surtout, ce qui a été formidable, c’est que les enfants l’ont vraiment aimé, à trois ou quatre ans, alors qu’au fond c’est une histoire de deuil. Georgette perd son doudou dans la forêt et décide, toute seule, de trouver quelque chose pour le remplacer, au lieu de se lamenter ou de compter sur les adultes pour régler son problème. Je voulais dire aux enfants qu’on peut survivre à la perte, surtout en étant l’acteur de sa vie. Et puis j’aime parler de la beauté de la forêt et des vers de terre. Et les gouaches d’Amélie Videlo ! Magnifiques.
Écrire pour les enfants, c’est une entreprise littéraire et un excellent exercice de construction narrative. Et puis ! Quand je vais dans les classes, ensuite ! L’accueil des enfants ! Leurs yeux ! Ce qu’ils donnent ! Je ne m’en remets pas. (Et qui va encore me dire T’es trop belle, Angélique Villeneuve si ce n’est un enfant de moyenne section ?)

Antigone : Le salon du livre de Caractère de Quintin devait se dérouler du 14 au 15 mars 2020. Que représente ce festival pour vous ? Pouvez-vous nous raconter ce que vous apportent ces rencontres avec d’autres auteurs , et les lecteurs ?
Angélique Villeneuve : L’annonce de l’annulation du salon de Quintin m’a remplie de tristesse. Elle est venue avant et après d’autres, bien sûr. Mais si j’étais déçue, c’est que je sais –non, je ne sais pas, je n’ai jamais été à leur place, disons que j’entrevois une toute petite partie de ce que ça représente, et que cette petite partie m’impressionne beaucoup – la masse de travail et l’investissement, en temps, en émotions, du montage d’un salon. Si j’aime particulièrement celui-ci, c’est sans doute qu’il a été créé par une personne que j’aime, comme femme et comme auteure : Fabienne Juhel, qui vit à Quintin. C’est quelqu’un d’incroyablement généreux, talentueux, et fidèle. Une femme de caractère. C’est drôle, car c’est au salon dont je parlais plus haut, celui où j’ai eu l’idée des Fleurs d’hiver, que nous nous sommes rencontrées. C’était donc il y a 8 ans, mon dieu. Depuis on ne s’est pas lâchées. La boucle est bouclée, car c’est à Quintin que le livre sur Jeanne et Toussaint a été récompensé par un prix de lecteurs, celui du Livre de caractère (justement !). Et puis au salon de Quintin 2020, étaient invités beaucoup d’auteurs que j’apprécie. Et le libraire est formidable. Voici de nombreuses raisons pour lesquelles j’espère que la manifestation sera reportée. De manière générale, je trouve les lecteurs bretons ouverts, curieux. Géniaux !
Certains auteurs n’aiment pas trop faire les salons. C’est vrai que c’est fatigant, ça mord sur le temps d’écriture ou celui qu’on voudrait consacrer aux gens qu’on aime. Mais j’adore ça quand même. Rencontrer d’autres écrivains, des libraires, des lecteurs, des bénévoles. Chaque fois, je suis stupéfiée par la rapidité et l’évidence des liens qui s’y tissent. On a passé deux jours ensemble, on s’aime sinon pour la vie, du moins pour longtemps. On se revoit, on s’écrit. On se lit. Ah, les livres ! Ils sont forts. Et puis j’aime tant apercevoir mes lecteurs. Les revoir, surtout.
Les bloggeuses sont des lectrices particulières. Il m’arrive d’en croiser. Elles me fascinent, je l’avoue. Jamais je n’arriverais à faire ce qu’elles font ! Pour commencer, malheureusement, je ne lis pas autant qu’elles, et je ne sais pas argumenter. J’aime lire leurs billets, qu’ils concernent d’autres livres ou les miens, y compris si elles n’ont pas aimé l’un d’entre eux. J’ai de la chance, ça ne m’est pas arrivé trop souvent (un peu, seulement, et cela a donné lieu à des échanges enrichissants, et surtout sans tension ! Je comprends bien qu’on n’aime pas mon travail, et les bloggeuses ne sont pas des pestes).
Je vais donner un petit scoop, le titre de mon prochain roman, qui sort fin août aux Éditions le Passage. Ça s’appelle La belle lumière. J’y ai passé deux ans et demi, dont une année entière pour les recherches, et ce sera mon « roman américain ». J’espère tellement, mais tellement, que vous l’aimerez ! On s’en reparle bientôt.

Antigone : Un grand merci à vous Angélique Villeneuve.

 

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Stéphanie Pélerin

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Stéphanie Pélerin a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Stéphanie,

Tu as été invitée deux fois au Printemps du livre de Montaigu, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Bonjour Antigone ! Mille mercis pour cette invitation confinée. C’est le cœur lourd que j’ai appris l’annulation du Printemps du Livre (et de bon nombre d’autres salons) qui est un événement incroyable, organisé par une équipe de passionnés.

Antigone : Ton premier roman (Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire a été publié en 2016 aux Editions Mazarine. Peux-tu nous raconter en quelques mots cette expérience ?

Stéphanie : J’ai eu la chance énorme d’être repérée par Alexandrine Duhin sur Facebook. Elle était dans la liste de mes contacts, je ne savais pas qui elle était. J’avais communiqué sur le fait que je m’amusais à écrire un roman. Elle m’a envoyé un message me disant qu’elle aimerait lire le résultat final. A l’époque, Mazarine n’existait pas. Et je me demandais ce que la très sérieuse maison Fayard allait bien pouvoir faire de ma comédie.

Antigone : Ce roman entre dans la catégorie de la Chick lit, comme Le journal de Bridget Jones de Helen Fielding par exemple. Peux-tu nous dire ce qui t’a plu dans le fait d’écrire ce type de roman ?

Stéphanie : Ce qui m’a plu, et tu me connais un peu, c’est tout d’abord le côté comique. Je me suis beaucoup amusée en l’écrivant. Alors aujourd’hui quand, malgré tous ses défauts de premier roman, j’entends des lecteurs dire qu’ils ont ri aussi, je me dis que mon but est atteint. Et puis, je suis quelqu’un qui ne se prend pas trop au sérieux, alors je ne pouvais commencer qu’ainsi.

Antigone : (Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire et sa suite (Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) sont également sortis en édition France Loisirs, ce qui t’a permis de rencontrer un public plus large. Je sais que tu as aimé ces rencontres. Peux-tu nous raconter tes impressions et l’importance de ce réseau pour toi ?

Stéphanie : France Loisirs, pour moi, c’est déjà une histoire de famille. Je suis rentrée dans la lecture par ce biais, finalement. Ma mère recevait le catalogue et j’adorais le compulser et y commander des livres. Alors y voir mes propres romans, je dois reconnaître que ce fut très émouvant.

Ensuite, j’ai découvert une équipe de passionnés, des gens qui ont porté mon roman, qui m’ont portée. J’ai gardé des contacts avec une partie d’entre eux, j’en revois même quelques-uns aussi souvent que nos agendas nous le permettent.

Antigone : Tu tiens un blog http://www.milleetunefrasques.fr, sur lequel tu postes régulièrement des avis de lectures BD, mais aussi des romans, et sur lequel tu tiens chaque premier mardi du mois le rendez-vous Le mardi c’est permis. Peux-tu nous raconter les débuts de ton blog, et son importance pour toi ?

Stéphanie : Tout a commencé quand j’ai découvert le blog de Leiloona, Bric à Book. J’ai adoré ses conseils lecture. Et à mon tour, j’ai eu envie de tenir un journal de lecture en ligne. C’est ainsi que l’aventure a commencé un 28 décembre 2008, à l’époque où nous n’étions encore qu’une poignée.

Ce blog, c’est un peu chez moi. Même si j’ai des moments de creux dans sa tenue, j’y tiens énormément. J’y ai consigné mes lectures, des textes, des coups de gueule. J’y ai confié des choses souvent, pudiquement, entre les lignes.

           

Antigone : Tu as également publié sous pseudo et en collaboration avec un autre auteur. Peux-tu nous raconter cette expérience d’écriture à 4 mains ?

Stéphanie : Tout a commencé en 2017. Les éditions Charleston m’ont confié le suivi éditorial d’une superbe saga historique (en poche désormais sous l’appellation La trilogie vénitienne). J’ai donc travaillé avec Emma Mars qui en est l’autrice. Enfin l’auteur, car Emma ne cache plus s’appeler en réalité Frédéric. Je pense ne pas trop m’avancer en disant que nous avons beaucoup aimé travailler ensemble. Quelques mois plus tard, Frédéric me contactait. Il avait 30 pages d’un projet extra et ambitieux et il souhaitait qu’on l’écrive ensemble. Je pense que sa proposition est à ce jour ma plus grande fierté. Nous nous sommes régalés à écrire les deux premiers tomes de ce qui devait devenir une série de douze. Puis la maison d’éditions a rendu cette histoire sordide. Je ne m’épancherai pas trop sur cette maison d’éditions qui a déjà fait couler de l’encre notamment sur le webzine Actualitté.

Antigone : Tu as également contribué à la sortie du roman de Joëlle Sancéau Plage Sainte Anne paru aux éditions du 38 en 2017. Peux-tu nous raconter également cette expérience ?

Stéphanie : Joelle et moi participions au même atelier d’écriture virtuel « une photo quelques mots » qui se déroule depuis de longues années sur le blog de Leiloona. Un jour, j’ai lu un de ses textes et je lui ai écrit qu’elle tenait là un début de roman. Elle a fini par se lancer, l’a écrit. Et je lui ai proposé de le défendre auprès des éditions du 38 et de devenir en quelque sorte son éditrice pour pousser le texte encore plus loin. Depuis, elle n’a pas cessé d’écrire et publie désormais chez City. Je suis tellement heureuse de lui avoir donné cette pichenette qui a révélé la romancière.

Antigone : Tu es professeure de Français et tu as décidé cette année de prendre un temps partiel annualisé pour écrire. Cette période vient tout juste de débuter. Quels sont tes projets d’écriture à ce stade ?

Stéphanie : Je n’aurais pas imaginé mon temps partiel en confinement… J’avais décidé d’aller écrire là où je me sens le mieux pour le faire : dans les cafés… Je rêvais d’une liberté propre à la création… J’avoue avoir du mal à m’y mettre.

Néanmoins, j’ai deux projets principaux. Un roman à finir : une histoire d’amour atypique, mais sur un ton différent de ce que j’ai écrit jusqu’à présent. Et un projet qui se lance : une dystopie pour grands ados ; un projet à quatre mains avec Sophie Noel dont j’aime la plumé, l’engagement et la grande sincérité.

Ensuite, ma tête fourmille de plus d’envies et projets qu’une vie entière pourra en contenir.

Antigone : Un grand merci à toi Stéphanie.

Stéphanie : C’est moi qui te remercie de ce bel espace de parole. En espérant venir bientôt fouler le sol des rues de Montaigu.