Coups de coeur·Lectures 2017

Linea Nigra, Sophie Adriansen ~ Rentrée littéraire 2017

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Depuis ta lecture du Syndrome de la vitre étoilée et ta rencontre avec Sophie Adriansen à Montaigu… tu avais hâte de lire ce roman dont elle t’avait montré avec joie la couverture sur son téléphone… Et c’est un coup de coeur !! Sans doute parce que le thème ici t’a beaucoup parlé, peut-être même plus que dans le premier volet !! Ce titre est la suite de son premier opus, donc, et nous retrouvons effectivement avec bonheur les mêmes personnages… Seulement, Stéphanie n’est plus avec Guillaume, avec lequel elle avait essayé en vain d’avoir un enfant dans le roman précédent. Elle a rencontré Luc, qui l’aime comme une évidence, et même si elle est pleine de réticences, au début, si elle n’est pas certaine de croire vraiment en cette nouvelle histoire, la voici assez rapidement amoureuse elle aussi, entièrement et complètement… et enceinte. Tu as aimé, encore une fois, la manière dont Sophie Adriansen élabore son récit (tu es même très admirative de ce procédé), entrecoupant l’histoire de la grossesse de Stéphanie de digressions sur le même sujet, coupures de presse, extraits de livres, de conversations saisies au vol, textes administratifs, règlements, convictions, etc… Plus largement, il s’agit dans ce livre de parler de la façon dont notre société moderne traite la maternité, et plus spécialement ce moment si particulier de l’accouchement. La France est l’un des pays développés où les médecins pratiquent le plus d’accouchements déclenchés, de césariennes et d’épisiotomies. Tu as bizarrement senti ton ventre se serrer, comme à nouveau secoué par des contractions, pendant toute ta lecture… C’était assez éprouvant, et en même temps très fort. Et pourtant ta dernière grossesse date un peu… 12 ans. Mais le corps semble conserver pour toujours cette trace là, cette mémoire du passage… La Linea Nigra est cette ligne noire verticale apparue en début de grossesse sur le ventre de Stéphanie, et disparue aussi subitement qu’elle était apparue, après l’accouchement. Rien ne se passe réellement comme la jeune femme l’aurait voulu, puisqu’il lui semble que la césarienne subie lui a en quelque sorte, volé son accouchement… Pourtant Ulysse, son fils, est là, il va bien, et n’est-ce pas souvent un peu le cas (cette impression que rien ne s’est réellement passé comme prévu) ? Tu garderas pour toujours le souvenir de tes deux accouchements, si différents, et de cette deuxième grossesse, écourtée de ce mois et demi dont tu te demanderas sans doute encore longtemps où il a disparu, qui te l’a à toi aussi… volé ? Chaque histoire est différente, et chaque femme, devenue mère, pourra se reconnaître dans ce récit qui n’oublie pas de les embrasser toutes… Merci Sophie Adriansen de parler si vrai !! Tu attends à présent avec impatience la suite, puisque donner naissance n’est que le début de l’aventure de la maternité, n’est-ce pas ? Une lecture, loin d’être anecdotique, importante, que tu recommandes chaudement en cette rentrée !

Fleuve éditions – 14 septembre 2017

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Coups de coeur·Lectures 2017

Un funambule sur le sable, Gilles Marchand ~ Rentrée littéraire 2017

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Gilles Marchand est bien le seul capable de nous laisser croire à la possibilité de naître… avec un violon dans la tête. Ce parti pris acquis, plus rien de la poésie douce absurde de l’auteur ne nous surprendra plus dans son roman. Un funambule sur le sable nous raconte donc cette histoire étonnante d’un petit garçon né avec cette infirmité, et de ses difficultés à s’insérer dans une société bien frileuse avec toutes les différences. Heureusement, Stradi rencontre très vite son ami Max, également handicapé, et passionné de musique. Et puis il y a Lélie, avec laquelle il passe de douces heures de complicité amoureuse, et qui ne s’effraie pas de sa particularité. Mais rien n’est prévu dans notre monde pour un jeune garçon qui a ainsi un violon dans la tête, et dont l’instrument se réveille à la moindre occasion, qui parle aux oiseaux… Les moyens pour gérer les difficultés, et notamment la croissance de l’objet, sont douloureuses et Stradi, bien qu’entouré par une famille aimante, doit faire face tous les mois à des soins qui lui rappellent encore plus sa pathologie. Et toi lectrice, tu as plongé dans cette fable avec douceur et précaution. Tu avais déjà aimé Une bouche sans personne, le premier roman de Gilles Marchand, qui possédait déjà cette poésie de l’absurde, et tu as été heureuse de constater que l’auteur n’a rien perdu de sa force d’écriture dans ce second opus, bien au contraire. Et tu as été touchée, à la fois par son talent d’écrivain, qui suit sans failles son fil narratif jusqu’à la fin, et par sa manière d’aborder avec délicatesse le thème des maladies invisibles, de l’handicap, et de l’insertion compliquée. Tu as vu ici et là que l’on comparait cette forme d’écriture à celle de Boris Vian, et tu te dis oui, bien sûr, qu’il y a de l’Ecume des jours dans ce livre là, mais qu’il y a aussi autre chose, un optimisme réel dans les capacités humaines à s’aimer et à se rencontrer. Un très beau livre, à offrir et à s’offrir. Un coup de coeur émerveillé.

Editions Aux Forges de Vulcain – 24 août 2017

Ce titre est un des choix de Moka pour les #MRL17 

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Coups de coeur·Lectures 2017

Nitro Mountain, Lee Clay Johnson ~ Rentrée littéraire 2017

nitromountain 

Tu as succombé d’emblée à cette couverture flamboyante de chez Fayard sans te douter vraiment de ce que ce roman contenait… Et ce qu’il contient est plutôt rude. Sous la plume de Lee Clay Johnson, nous sommes en effet plongés dans une ancienne région minière des Appalaches, auprès d’un jeune garçon, Léon, guitariste looser et paumé, tombé fou amoureux de la distante Jennifer. Autour d’eux, tentent de survivre divers marginaux, piliers de comptoir et laissés pour compte, ravagés par la drogue et l’alcool. Seule la musique élève le niveau et tend parfois au sublime. De nombreux concerts sont organisés dans le coin, notamment grace à l’enthousiasme de deux responsables de boîtes locaux, Larry et Bob. Léon suit un temps le groupe de Jones, un musicien de talent qui compose ses propres chansons (de style Bluegrass) et lui fait confiance, malgré son bras cassé, pour les accompagner en tournée. Mais Jennifer a succombé au magnétisme sulfureux d’un dangereux sociopathe, Arnett, et Léon s’est mis dans la tête de la sauver de ses griffes… et là les choses commencent à réellement encore plus mal tourner. Déjà que la vie n’était pas facile facile dans ce coin perdu d’Amérique… et qu’une autre fille, Rachel, avait il y a quelques jours mystérieusement disparu. Les corps sont mutilés et l’existence de chacun ne tient plus qu’à un fil. Et toi, lectrice, tu es tombée sous le charme de ce roman à la fois désagréable et fascinant, d’excellente facture, qui distille autant d’espoir que de désespérance crasseuse, de beauté que de laideur. Tu as eu le sentiment de tomber sur le premier roman d’un très grand et prometteur écrivain. Lee Clay Johnson a grandi lui même au sein d’une famille de musiciens bluegrass à Nashville, dans le Tenessee. Et tu as beaucoup aimé sa manière de raconter l’ambiance des tournées, la sensation d’être sur scène, le pouvoir de la musique, etc… Tout ce qu’il connaît sans doute très bien. Mais il ne faut pas se tromper, Nitro Mountain est surtout un roman noir, profondément désespéré, qui en glacera plus d’un. Et un terrifiant mais évident coup de coeur pour toi en cette rentrée littéraire !

Editions Fayard – 30 Août 2017

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Coups de coeur·Lectures 2017

Un loup pour l’homme, Brigitte Giraud ~ Rentrée littéraire 2017

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Je crois que tu vas à présent vers les romans de Brigitte Giraud presque les yeux fermés… tellement est ancrée en toi maintenant la certitude que son écriture va te plaire. Et c’est encore une fois le cas. Mais quelle émotion, cette fois-ci de rentrer aussi dans une histoire qui te touche personnellement… (Comprendre enfin le mutisme du père…)  Car pour cette rentrée, Brigitte Giraud nous raconte Antoine, appelé pour l’Algérie, au Printemps 1960. Antoine, dont l’épouse Lila attend un enfant, là-bas en France. Antoine, qui a choisi la formation d’infirmier pour échapper au combat et qui espère rester planqué. Mais tout cela est illusoire, même si les premiers temps ressemblent presque à des vacances, des vacances où il ferait beau tout le temps, où les plages seraient belles, et les mets délicieux. C’est la guerre. Et c’est folie que Lila vienne retrouver Antoine pour vivre près de lui et accoucher en Algérie de leur enfant, folie de croire que tout va rester ainsi, et que tout cela n’est pas dangereux. Antoine voit bien les corps abîmés déferler dans l’hôpital où il apprend à prendre soin d’eux, surtout d’Oscar, cet homme amputé qui le fascine et dont il se sent très vite très proche… Pendant ta lecture, tu songeais combien Brigitte Giraud disait doucement ce qui était pourtant si fort et si intense, et combien ses mots étaient apaisants et justes, hors de tout jugement. Et tu as aimé cela, que l’on te montre avec ce soucis de justesse et de respect les images et les couleurs, la vérité de cette Algérie dont on ne t’avait raconté que le goût des fruits et dont on t’a laissé deviner seulement parfois la terreur tapie. Tu conseilles ce roman aux enfants devenus adultes, qui n’ont jamais eu de réponses à leurs questions, et qui ont du faire avec les silences et les souvenirs muets de ces pères revenus de cette étrange guerre… Tu es heureuse que les romans prennent enfin en main ce temps tabou. C’est un pas vers la compréhension… Avant que les derniers survivants de cette époque ne disparaissent, voilà qui te semble important, surtout de cette manière subtile et bienveillante, à hauteur d’appelé. Et tu assènes à cette lecture un évident coup de coeur !!

Editons Flammarion – 24 août 2017

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