Coups de coeur·Lectures 2021

Betty, Tiffany McDaniel… coup de coeur !

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Traduit de l’américain par François Happe

❤ A l’approche de la prochaine rentrée littéraire, me voici en train de lire le phénomène de la rentrée littéraire de l’année dernière et le lauréat du prix fnac 2020. J’aime beaucoup ce décalage qui m’a permis de découvrir ce titre en toute sérénité… Je craignais un peu la déception, j’ai failli m’ennuyer en tout début de lecture, mais au final Betty est un grand coup de coeur de lecture ! Nous sommes dans les années 60. Betty Carpenter est la sixième de huit enfants. La rencontre entre son père et sa mère est déjà toute une histoire, improbable à l’époque, car si sa mère est blanche, son père est cherokee. Les premières années de la famille sont ponctuées de déménagements. Le père de Betty peine à trouver du travail et ceux qu’il déniche sont toujours très physiques, quand il n’est pas victime de racisme. Puis, la famille trouve refuge dans une maison abandonnée, laissée à leurs bons soins, à Breathed, et c’est une nouvelle page qui commence alors pour Betty et sa fratrie. La « petite indienne » qu’elle est, plus foncée que ses soeurs métisses, devra affronter l’hostilité à l’école. Leur père est un conteur, qui ne perd pas une occasion de tout transformer en légendes ou en magie. C’est un père enveloppant, tendre et sage, qui ne peut pourtant pas préserver Betty des mots de sa mère, et des noirs secrets qu’elle lui dévoile. La petite fille écrit sans cesse et enfouit dans la terre ce qu’on lui raconte, ce qu’elle voit, ce qu’elle devine. Au fur et à mesure que Betty grandit elle s’aperçoit qu’elle devra arracher sa liberté avec ses dents, sa rage et son intelligence pour ne pas perdre l’espoir et laisser le loup de la haine grandir en elle… Ce roman devient petit à petit sombre et émouvant. Il ne prend pas le coeur en otage tout de suite. J’ai aimé son atmosphère, à la fois mystique et très américaine. J’ai aimé le personnage de Betty, qui montre toute la complexité de grandir en tant que femme, de plus dans un environnement hostile, mais aussi les membres de sa famille, avec leurs singularités. J’ai frémi souvent. J’ai eu peur et j’ai eu de la peine. C’était fou, c’était bien. Un roman magistral, inspiré par la mère de l’autrice, qui mérite amplement, de mon point de vue, son succès.

« Papa disait toujours que nous étions les descendants de grands guerriers. Cette grandeur n’était-elle pas en moi ? La puissance d’une femme immémoriale, mais jeune en son temps.  Je l’imaginais telle qu’elle avait été. Son esprit farouche; Sa bravoure incontestable. Comment pourrais-je ne pas être aussi puissante ? Pourquoi ne pourrais-je pas me trouver belle alors que je la voyais comme la plus belle de toutes les femmes ? »

 Editions Gallmeister – août 2020

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Lectures 2021

Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont… sélection prix Relay des voyageurs lecteurs

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❤ Depuis 2018, on me propose de lire la sélection du Prix Relay des Voyageurs lecteurs, et c’est toujours une très belle expérience. Je vous présente aujourd’hui le quatrième titre de la sélection, alors que le Prix Relay des voyageurs lecteurs a été attribué à Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andréa le 10 juin dernier. Ma préférence, de mon côté, va plutôt à ce dernier titre lu, un coup de coeur, sans doute parce qu’habitant en Vendée je suis plus sensible au thème qui y est abordé, la construction d’un pont, reliant une île au continent. En Vendée, au début des années 70, Noirmoutier a connu ce phénomène. Avant, l’île était accessible en voiture, seulement à certaines heures, en fonction des marées, via le passage du gois, toujours en fonctionnement. Et puis, ici, nous avons l’île d’Yeu, bien trop loin du continent pour être reliée par un pont, une île magnifique. Dans le roman de Martin Dumont, Léni, jeune père séparé, travaillant dans un petit chantier naval en déroute sur l’île observe sans s’impliquer le phénomène en train de se produire, la construction de ce fameux pont qui va bouleverser sans conteste la vie de la communauté. Les marins pêcheurs tentent de bloquer les travaux. Mais n’est-ce pas un peu tard ? Et puis, lors du référendum, plus de la moitié des îliens ont voté pour. Léni est un taiseux, de ceux que l’on doit bousculer un peu pour sortir faire la fête. Mais il est aussi fidèle en amitié, un habitué du café de Christine, un père attentionné, un fils présent. Quand Chloé, photographe, vient s’installer quelques temps sur l’île pour effectuer un reportage sur le grand chantier, la jeune femme ne laisse pas le loup solitaire indifférent. Va-t-il réussir à exprimer enfin ses sentiments ? J’ai mis quelques pages à me laisser faire par l’ambiance de ce roman mais son charme rugueux a fini par agir sur moi et j’ai finalement adoré passer quelques temps avec lui. Il m’a rappelé nos nombreuses vacances en Bretagne, les changements observés, plus près de chez moi, dans le port de Saint-Gilles Croix de vie depuis mon enfance, mais également ce projet détesté de port à Bretignolles sur mer, le passage inexorable du temps qui finit par plier les volontés. Vers plus de progrès ? Pas si sûr.

Editions Les Avrils – mai 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Mumu dans le bocage

Lu dans le cadre du…

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Coups de coeur·Lectures 2021·Objectif PAL

Les Immortalistes, Chloe Benjamin… coup de coeur & objectif pal du mois !

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Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Florence Moreau

❤ Sois je suis émotive en ce moment, sois je ne lis que de bons livres, car il se trouve que ma sortie de PAL du mois est encore un coup de coeur ! Ce roman m’a en effet touché à plusieurs reprises, et fait monter les larmes aux yeux, ce qui est assez rare pour le souligner. Le récit commence à New York, en 1969. Alors que la chaleur de l’été est presque insupportable, quatre enfant d’une même fratrie décident d’aller consulter une voyante dont ils ont entendu parler. Daniel a de l’argent dans sa poche. La démarche est assez excitante pour tromper leur ennui. Cette voyante est censée prédire la date exacte de leur mort. Chacun passe à son tour dans l’appartement crasseux où la sentence leur sera  effectivement administrée, les laissant un peu pantois à la fin de la consultation. Ils tentent ensuite d’oublier la prophétie mais ils n’imaginent cependant pas à quel point elle va diriger leur vie. Simon décide en effet de vivre la sienne à fond et suit sa soeur à San-Francisco où tous les deux vont tenter de concrétiser leurs rêves, tandis que les deux aînés font leur devoir, non sans une certaine rancoeur vis à vis des plus jeunes, et restent près de leur mère. Au premier décès de l’un d’entre eux, la prophétie se vérifie. S’agit-il d’une autodétermination ou d’une réelle fatalité ? J’ai été profondément touchée par le premier décès, quand il arrive à la date prévue, tellement je m’étais attachée au personnage que Chloé Benjamin nous apprenait à aimer depuis les premières pages. Et c’est tout le talent de cette romancière, de réussir à nous lier à cette famille, de nous malmener ensuite avec le couperet de la fatalité, tout en nous bombardant de mille questions. Est-ce que l’autosuggestion a un tel pouvoir ? Doit-on croire à la voyance ? Quel est notre libre arbitre ? J’ai été sonnée par cette fresque familiale originale et étonnante qui approfondie avec beaucoup de délicatesse la psychologie de chacun de ses membres et explore également le contexte et l’époque. Je ne m’attendais pas à être aussi emballée par ce roman dont je n’avais jusque là pas entendu parler. Une chouette sortie de PAL donc !

 Editions Le livre de poche – avril 2019

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Une autre lecture chez… Natiora (coup de coeur également)

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Coups de coeur·Lectures 2021

Ce qu’il faut d’air pour voler, Sandrine Roudeix… coup de coeur !

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❤ Ce livre a mis du temps avant de trouver le chemin de ma boîte aux lettres. Il m’avait en effet été d’abord proposé par l’auteure. Ne le voyant pas arriver, je l’avais également demandé lors d’une opération Masse critique de chez Babelio. Et il n’est encore une fois pas arrivé. Un grand merci aux éditions Le Passage d’avoir donc à ce moment là réitéré l’envoi car ce livre est un gros coup de coeur de lecture qui valait largement la persévérance et l’attente ! De Sandrine Roudeix, j’avais lu Les Petites mères et le fabuleux et inoubliable Diane dans le miroir, j’étais donc très impatiente de lire son nouvel opus. Dès les premières pages, j’ai reconnu son écriture précise, juste et forte. L’histoire commence alors que le fils de la narratrice, à peine majeur, décide de quitter le nid familial qu’ils formaient à eux deux, avec ce qui semble être du rejet et une grande indifférence. Cette mère, à la fois blessée et soufflée, retranchée dans sa solitude, se remémore alors tout le chemin parcouru, de la rencontre avec le père de l’enfant à ce moment si particulier et douloureux du départ. Plus que de concentrer son propos sur cet épisode du « nid vide », Sandrine Roudeix nous conte alors la grande épopée intime du lien et de la maternité, les doutes, les erreurs et les réussites, dans un élan très fort de sincérité et de réalisme. Et j’ai été plus que touchée par ce récit, dans lequel je me suis reconnue à de multiples reprises, alors que mon histoire est différente. Mais en ce moment, avec mes enfants âgés de 15 et 20 ans, dans un contexte sanitaire particulier où la promiscuité est exacerbée, presque toujours à la maison, je ressens fortement cette problématique de l’air entre nous qu’il faudrait parfois insuffler pour leur permettre de prendre leur envol. Merci donc à Sandrine Roudeix pour ce partage d’une grande émotion et pour ce roman qui met en lumière cette évidence : quoique l’on fasse en matière d’éducation, nous ferons des erreurs, et quoique l’on fasse, ce sera pour le mieux. Car être mère d’adolescents, je le constate tous les jours, c’est ne rien maîtriser du tout, s’inquiéter beaucoup, grappiller les moments de tendresse et souffrir oui, bien sûr, quand le moment de laisser de l’air entre eux et nous est arrivé. La finesse d’analyse de Sandrine Roudeix dans ce texte, qui m’a fait monter les larmes aux yeux à de multiples reprises, fait battre le coeur, est un superbe cadeau.

« Même si notre conflit à toi et moi ne sera pas fait du même bois, chacun son lien, chacun son récit, tu porteras forcément mes blessures, mes attentes et mes tensions, les mélangeant à celles de ton père pour construire ta souche au sixième rang de cette lignée, et tout ce que j’aurai essayé de faire différemment, plus à l’écoute plus présente moins conventionnelle plus valorisante, n’y changera rien. On abîme toujours d’autres passés en voulant réparer le sien. »

Editions Le Passage – 7 janvier 2021

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Les autres lectures chez… Babelio

Coups de coeur·Lectures 2021

Florida, Olivier Bourdeaut… coup de coeur !

❤ Après avoir beaucoup aimé En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, ce titre qui a connu un succès retentissant et mérité, j’avais fait l’impasse sur le deuxième roman de l’auteur, Pactum Salis, de peur sans doute de ne pas retrouver la ferveur de son premier. Aujourd’hui sort son Florida, dont j’avais l’intuition qu’il serait à la hauteur de mes attentes, et je n’ai pas été déçue… bien au contraire. Par contre, les amoureux de feel good devront passer leur tour. Florida est un roman qui dérange et qui gratte, et qui sous ses faux airs du Lolita de Nabokov explore jusqu’au bout les facettes et les dérives de la représentation du corps féminin. Tout commence bien (si l’on veut). Le jour de ses sept ans, Elizabeth est entrainée par sa mère à un concours de mini-miss, qu’elle gagne miraculeusement. Sa mère, enchantée, veut renouveler l’exploit. Commencent alors des années de préparations et de compétitions. L’enfer pour Elizabeth et une raison de vivre pour sa mère qui devait sans doute s’ennuyer ferme à la maison auprès de son mari. Les week-ends sont remplis, le corps de la petite fille exposé, photographié, mais le premier miracle ne se reproduira jamais plus. Au mieux, Elisabeth parvient-elle à la seconde place. Comment se rebeller ? Comment exister alors hors du regard de sa mère, du jury, des autres parents ? En prenant du poids à l’adolescence, en devenant laide, en redevenant belle plus tard et en sculptant son corps ? Mais à quel prix ? Elisabeth tente de s’approprier une enveloppe corporelle, que l’on a exposée trop tôt comme un objet sexuel juvénile, victime d’une ambition par procuration, victime de parents toxiques. Et j’ai été complètement bluffée par ce personnage, happée par son histoire, avide d’être à ses côtés, et intriguée par la force d’écriture d’Olivier Bourdeaut qui a écrit ici un roman ambitieux, passionnant et réussi.

Editions Finitude – 4 mars 2021

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En lecture commune avec Sylire

Coups de coeur·Lectures 2021

Les Bordes, Aurélie Jeannin… coup de coeur !

 

❤ Déjà, j’avais adoré son Préférer l’hiver.  Et voici qu’Aurélie Jeannin de nouveau m’enchante, ou plutôt devrais-je dire,… me bouscule, avec ce nouvel opus. Ce titre est mon premier coup de coeur de l’année et (outch) quel coup de coeur ! Mais je vais peut-être un peu vite… Je dois tout d’abord vous parler du contexte, car chaque lecture a un contexte. J’ai, dernièrement, été amenée à me rappeler de ces années vécues en compagnie de mes enfants en bas âge, années qui n’ont pas toujours été faciles, sans rentrer dans les détails. Quelqu’un, que je connais depuis longtemps, s’en est d’ailleurs rappelé il y a quelques jours, ce qui m’a beaucoup troublé. Le temps a passé, mes petits sont devenus grands, et j’ai tendance à croire en général à la transparence de ce que je vis aux yeux des autres. Bref, pleine de cette émotion, j’ai ouvert le livre d’Aurélie Jeannin et j’ai été immédiatement transportée dans cette époque, moi/le personnage principal au volant, mon/son garçon et ma/sa fille à l’arrière, le désarroi, la solitude, l’épuisement, l’amour fou, et ma/sa conviction de mon/son incompétence maternelle. Ce début de lecture a donc été d’une force énorme. Je me suis sentie en pleine empathie avec ce personnage principal, prénommée Brune, une empathie qui n’a cessé d’être jusqu’à la dernière ligne de ce livre. Même si, ensuite, je ne me suis pas reconnue dans les événements qu’elle vit (fort heureusement). L’histoire ? Brune, jeune mère de jeunes enfants, est en route pour retrouver son mari et sa belle-famille aux Bordes. C’est une femme intelligente, juge de profession, confrontée quotidiennement à l’indicible, et qui a à coeur de maîtriser les risques pour sa propre nichée. Elle redoute les maladies, les accidents, les enlèvements. Alors elle guette, elle anticipe, elle passe sa vie aux aguets, tout en étant complètement anéantie par l’ampleur de la tâche et par son rôle de mère. Comme chaque dernier week-end de juin, il faut retrouver en plus cette belle famille qui la déteste… Ce livre, très fort, a bousculé la mère en moi mais il a aussi le talent de ne pas nous laisser tranquille, de nous tenir en haleine, de nous malmener jusqu’au dénouement final, qui sidère. Et quelle écriture magnifique ! Un livre très fort donc, que j’ai dévoré.

« Le pire était toujours possible ici. Tout lui paraissait plus risqué. Le bord de la baignoire plus glissant. Les arêtes des meubles plus vives. Elle était prise de panique. Tout était noir. Elle ne parviendrait jamais à garder ses enfants vivants. Ils mourraient avant elle. Voilà ce que Les Bordes lui disaient. Ce lieu et ces gens la rendaient noire en dedans. »

Editions Harper Collins – 13 janvier 2021

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Une lecture faite dans le cadre d’une opération Masse critique spéciale de Babélio

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