Lectures 2020

Ce que seraient nos vies, Yann de Saint-Rat

Ce roman a attiré mon attention avec sa couverture sombre et son résumé, comme toujours parcouru rapidement et (si possible) très vite oublié… Et, dès les premières pages, il s’avère que c’est dans le Grand-Duché de Luxembourg que nous emmène Yann de Saint-Rat, auprès d’Eva, une jeune trentenaire plutôt docile, qui vient d’accepter de passer en horaires de nuit dans la station-service où elle travaille. Ce décalage l’inquiète un peu mais elle est bien accueillie par celle qu’elle va remplacer, espère un peu que son couple va en ressentir des effets positifs et se fait très vite à sa nouvelle situation. Elle s’attache par exemple rapidement à Marc, cet homme mystérieux et généreux, qui vient toutes les nuits passer du temps dans la station et boire un café. Il étudie toujours le même dossier, avec gravité, et semble soucieux quand il jette un coup d’oeil à son téléphone. Il y a également ce jeune couple d’adolescents, clients réguliers de la station, qui viennent chercher là un peu d’intimité. Eva doit gérer des incidents inhérents à la nuit, décider qui laisser entrer et laisser dehors. Tout irait bien si un passé douloureux ne remontait pas de temps en temps à la surface, et si son mari ne devenait pas de jour en jour tout sauf l’homme avec lequel elle avait envie de continuer à vivre. Yann de Saint-Rat a su, dans ce roman, créer une panoplie de personnages attachants et sympathiques. De plus, j’ai aimé découvrir auprès d’Eva cet univers particulier de la nuit dans une station-service. J’ai dévoré ce roman en deux jours. En effet, même si les premiers chapitres sont un peu lents, le lecteur a très vite envie de savoir si Eva va pouvoir tirer son épingle du jeu qui se met en place, entre ce travail de nuit, peu payé et peu valorisant, mais qui lui plaît, et l’ambiance de son foyer, auprès d’un mari, narcissique et indifférent. L’auteur surfe sur l’esprit feel good sans vraiment s’y attarder, ce que j’ai apprécié. J’ai par contre été un peu déçue par l’écriture plate du roman, cette forme d’écriture déjà rencontrée auparavant, que je ne saurais définir, mais qui donne l’impression que le livre a été « écrit au kilomètre ». Voilà qui est un peu dommage car ce roman a par ailleurs tous les ingrédients pour être un roman formidable. Eva, bardée de son courage, restera tout de même un personnage dont je me souviendrai longtemps.

Editions Anne Carrière – avril 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Amiralecteur

Lectures 2020

L’ombre du soir, Malik Zidi… ma rentrée de l’hiver 2020 !

Malik Zidi est acteur. Lire son premier roman était donc pour moi une curiosité… Dès les premières pages, ses phrases étonnent. Elles sont abruptes et recèlent un imaginaire aussi foisonnant qu’intime. On comprend très vite que Medhi, le narrateur, est un enfant seul et perdu dans un monde d’adultes effrayant. Sa mère est pharmacienne, en région parisienne. Ils vivent dans l’appartement d’à côté. Elle annonce constamment à son fils sa mort prochaine, à coup de grandes phrases grandiloquentes. Elle est originaire de Bretagne, où toute la famille se rend parfois en vacances. Medhi nous raconte alors des souvenirs confus et presque bienheureux, entre mémé lapin et un grand père aux larges mains affectueuses. Mais rien ne peut remplacer les souvenirs de l’Algérie, et de la prime enfance passée au soleil, sous la tendresse des ses grands parents paternels. Medhi est roux. Est-il légitime avec ses taches de rousseur ? La colère potentielle de son père, la folie de sa mère, envoient l’enfant dans sa chambre, ou sous la soupente, son repère, dans un univers onirique et fabuleux où vivent des monstres, des amis imaginaires, et l’ombre du soir. Malgré tous mes efforts pour essayer de m’immerger justement dans cet univers particulier, dans ce livre, je dois dire que je suis malheureusement restée en dehors. Je n’ai pas adhéré à cette écriture qui part pourtant des tripes et possède une force réelle. Les personnages qui tournent autour de Medhi sont restés trop esquissés pour mon goût. Trop d’éléments restent entre parenthèses, laissant le lecteur deviner tout seul les tenants et aboutissants. Je n’ai pas réussi à sortir du brouillard ainsi créé, ni à m’y sentir bien, ce qui n’est en aucune façon le but recherché non plus par l’auteur, qui entretient un climat où fantasmes et craintes se mêlent. Dommage. Ce n’était pas un livre pour moi.

« Souvent en classe, quand il faut faire silence et rendre sa copie, crac, ou au centre commercial dans les rayons des choses inaccessibles, crac, ou à la table de famille qui mange dans son bruit, crac. Des fois dans le bus, devant les autres élèves, je fais semblant de lacer mes chaussures à scratchs. Personne ne s’en aperçoit. Ils voient pas que je décède devant eux, que je me plie sous mes habits. Que j’ai envie de crever vite. Je ressemble à un vrai enfant pourtant qui fait gentiment ses lacets. Mais rien n’est vrai dans ces moments-là. Je suis pas un vrai enfant. »

Editions Anne Carrière – 24 janvier 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019

Les simples de Yannick Grannec… dans « ma rentrée littéraire » !

   Ma rentrée littéraire

Les raisons sont souvent multiples lorsque l’on passe à côté d’un livre… Le roman précédent était excellent et nous sommes encore dedans, le thème de cette nouvelle lecture ne nous plaît pas, ou nous avions peut-être trop d’attente en regard des titres précédents de l’auteur. Je ne saurais dire ce qui n’a pas fonctionné pour moi cette fois-ci avec le dernier roman de Yannick Grannec, que j’avais pourtant adoré lire dans Le bal mécanique ou La déesse des petites victoiresLa magie, l’alchimie qui se crée parfois entre un livre et un lecteur, n’a pas fonctionné ici, et je me suis même un peu ennuyée à sa lecture. Je remercie d’ailleurs l’auteure qui a eu le fair-play et la délicatesse de ne pas s’en émouvoir en tombant sur mon commentaire sur facebook, et de me dire que ce n’était pas une science exacte, et que sans doute le prochain serait au rendez-vous. Très certainement. Je ne vais pas en rester là. Mais que nous raconte donc Les simples ? Nous sommes en 1584, au sein de l’abbaye Notre Dame du loup, un lieu préservé où les bénédictines mènent une existence paisible, vouée à Dieu, à la prière et aux autres. Une partie de l’abbaye renferme effectivement un hôpital, qui reçoit principalement des femmes et des enfants, tous les malades ayant eu le courage d’atteindre ce lieu. La communauté bénéficie d’une autonomie assez inhabituelle, liée à son histoire, à la faveur d’un roi ayant profité des soins des soeurs, et à ce que leur rapporte les préparations qu’elles vendent, la plupart élaborées par l’herboriste soeur Clémence qui ramasse des simples dans les alentours. Cette richesse attise la convoitise du nouvel évêque de Vence, Jean de Solines, qui dépêche des émissaires pour tenter d’en percer les secrets. Malheureusement, un des jeunes vicaires, Léon, tombe sous le charme des traits lumineux de Gabrielle, et c’est un peu comme si le Diable s’était agrippé à son vêtement depuis le bureau de l’évêque et avait poussé avec lui les portes de l’abbaye. Le Malin va pouvoir dorénavant s’en donner à coeur joie. Yannick Grannec a une écriture absolument magnifique dans ce texte, dont j’ai d’ailleurs apprécié la structure qui alterne dictons, poésies et récit. Je crois que j’ai moins aimé par ailleurs être toute bonnement plongée ainsi dans le XVIème siècle, qui plus est au sein d’une congrégation religieuse. De plus, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, même les plus sympathiques. Tous sont en effet tourmentés par des conflits intérieurs, se retrouvent à un moment donné en contradiction avec eux-mêmes et sont tentés de suivre leur part sombre. Pour autant, tout ce qui concerne les soins, les plantes, la manière de s’isoler ou de s’en sortir malgré les épreuves, m’ont beaucoup intéressée. L’époque était loin d’être tendre, et le déterminisme lié à la naissance, à son rang dans la fratrie, très fort. Il ne faut donc pas s’étonner des désordres provoqués par ces vocations orientées. Une lecture de rentrée littéraire plutôt mitigée de mon côté donc, mais un roman qui rencontre par ailleurs un beau succès sur la blogosphère (voir le billet de Nicole). N’hésitez donc pas à vous en faire votre propre idée !

Anne Carrière – 23 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole

Lectures 2019

Marée haute, Quentin Desauw

J’attaque ma PAL urgente, délaissée ces derniers temps, et pleine des acquisitions de ce début d’année… Il était donc temps de sortir ce premier roman de Quentin Desauw, choisi essentiellement pour son thème maritime. Nous faisons connaissance avec Manu, jeune marin du Nord de la France (Dunkerque), qui a eu une enfance difficile, a connu une famille d’accueil et se retrouve aujourd’hui embarqué dans un trafic de réfugiés qu’il aide à faire passer en Angleterre. Pourtant, Manu a la vie de tous les jeunes de son âge, et même si il travaille dur sur le chalutier qui l’emploie, il trouve l’énergie de jouer au foot et de rêver encore à une sélection. Alors, comment expliquer cette propension qui semble lui coller aux semelles de faire les mauvais choix ? Sans doute son enfance, qui revient le hanter tous les jours, l’absence inexplicable de son frère Julien, l’attitude de sa mère biologique, le souvenir de sa maman de cœur trop tôt disparue. Manu pourra compter sur la bienveillance de son chef quand les événements vont commencer à mal tourner, une manière de comprendre que les relations familiales peuvent être différentes, et que surtout le bonheur est parfois dans la fuite et le renouveau… J’ai beaucoup pensé à ma lecture récente de Rade amère en lisant ce roman. On y retrouve la même ambiance à la fois maritime, dure et désenchantée. Et les mêmes mauvais choix. J’ai apprécié ma lecture mais j’ai regretté que la narration soit parfois un peu nébuleuse. Nous vivons en effet l’histoire du point de vue de Manu, via son regard, souvent extérieur et quelque peu hébété (fumette oblige). Toutes les explications ne sont donc pas données. J’aurais aimé comprendre pourquoi par exemple Manu suit aveuglément les ordres des « cousins » qui organisent les trafics, et qui ils sont réellement pour lui. J’aurais aimé en savoir plus aussi sur la disparition de son frère Julien, disparition qui le hante constamment, sur sa mère de coeur dont il a été très proche dans les derniers jours. Les personnages secondaires m’ont semblé parfois trop esquissés, à l’instar de Caroline, amante conciliante qui finit par regarder notre anti-héros avec un regard désabusé, et par le quitter. Un roman qui n’a donc pas totalement rempli son objectif avec moi mais qui a un charme certain et promet beaucoup sur l’avenir de cet écrivain. On ne peut en effet dénier un beau talent d’écriture à Quentin Desauw et surtout un regard plein de promesses.

Editions Anne Carrière – mars 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… L’ivresse littéraire