Lectures 2019

Ordinary people, Diana Evans… dans « ma rentrée littéraire » !

    Ma rentrée littéraire

Voici un livre de rentrée littéraire qui arrive sur les étals avec sa personnalité toute particulière et son prix du Meilleur livre du New yorker 2018… et je suis heureuse d’en parler aujourd’hui, car il mérite amplement que l’on s’y intéresse. J’ai été personnellement séduite par le pitch de l’éditeur qui donnait à penser qu’il s’agissait d’une simple histoire de couples quarantenaires au bord de la rupture. Ce genre de résumé fonctionne toujours avec moi… et parfois la déception est au bout de la lecture. Mais rien de tout cela avec ce roman qui est bien plus qu’une histoire banale de crise de quarantaine. En réalité, lorsque Mélissa et Mickael emménagent dans leur nouvelle maison, juste après la naissance de Blake, dans ce quartier de Londres appelé « Paradis », tout se met très vite à dérayer. Mélissa, qui a quitté son travail de journaliste pour devenir pigiste et s’occuper des enfants, constate très vite que vivre dans cette maison n’est pas sans conséquences. Il faut dire que la propriétaire précédente semblait très pressée de vendre. Des rayures étranges apparaissent dans la cage d’escalier, leur fille Ria se met à boiter, quand elle ne parle pas au fantôme d’une petite fille. Et est-ce que par ailleurs la naissance de Blake peut expliquer la fragilité soudaine de Mélissa, le fait qu’elle repousse sans cesse Mickael ? Ou est-ce encore un effet de la maison ? Difficile de l’expliquer. Chez leurs amis, Damian est aussi en plein doutes, contrairement à sa femme Stéphanie, qui manage leur famille d’une main ferme. Il a perdu son père il y a peu et le vide est immense. Pourtant, ce défenseur virulent de la cause noire n’était pas forcément agréable à vivre, et Damian se souvient avec peine du manque de présence féminine dans l’appartement qu’ils partageaient. L’intrigue commence alors que Barack Obama vient d’être élu, et le décès de Mickael Jackson intervient en cours de récit. Et c’est grâce à ces références là, aux plats parfois confectionnés, et aux quelques allusions à la couleur de peau des protagonistes que l’on devine de quelle origine ils sont. Mais c’est ce que j’ai aimé dans ce roman intelligent, Diane Evans n’en fait absolument pas un élément déterminant. Elle préfère s’immiscer dans l’intimité de ces couples, en ausculter les déboires amoureux, les ambitions déçues, les pensées secrètes, et donner ainsi une photographie de cette génération moins préoccupée par l’intégration que par les perspectives limitées d’une classe moyenne en perte de repères. Il faut aimer prendre son temps, aimer se perdre dans un livre, aimer s’intéresser aux autres, pour apprécier la lecture de ce roman assez envoûtant dans lequel je me suis sentie tout simplement bien.

Editions Globe – 11 septembre 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019

C’est toi, maman, sur la photo ?, Julie Bonnie

Juin est une période difficile pour se concentrer sur une lecture, surtout quand de multiples événements familiaux (et autres) viennent la perturber… J’ai donc commencé ce titre sous des auspices un peu étranges, en étant peu attentive, le nez à moitié sur ma messagerie à moitié sur les pages du livre. Et puis finalement, je me suis laissée emporter par la musique que me jouait Julie Bonnie dans son récit, toute autre que celle que je pensais trouver. En effet, loin d’être seulement le récit d’une femme de 46 ans (tiens comme moi) qui regarde son passé et réalise combien elle a changé, ce livre est le portrait d’une époque révolue, qui venait de voir le mur de Berlin s’écrouler, et qui ne connaissait pas encore les smartphones pour communiquer. Julie Bonnie a rendez-vous avec Julie, treize ans, puis avec une Julie au crâne rasé le violon en main. Comment ses enfants peuvent-ils s’imaginer leur mère ainsi ? Comment peut-elle à 46 ans s’imaginer avoir été ainsi ? Les souvenirs remontent à la surface, photos à l’appui bien sûr, mais également grâce aux archives d’un des membres du groupe, qui a pratiquement tout conservé, preuve que tout cela a réellement existé. Plongé dans le passé, le lecteur suit donc avec bonheur les péripéties de ce petit groupe toulousain dans lequel Julie jouait du violon, un petit groupe plein d’ambition et de fougue, et qui a traversé l’Europe, jouant sur les scènes les plus improbables, peu regardant sur le confort et la fatigue. Et c’est ce que j’ai aimé dans ce récit, c’est parcourir les routes, m’installer avec le groupe dans leur camionnette, chercher un endroit où dormir, m’inquiéter un peu pour eux en les regardant mélanger l’alcool, la fatigue, la musique et les clopes (herbeuses). La fin du siècle dernier était une époque désenchantée et grise, mais également pleine de promesses. J’ai aimé être jeune à cette époque là, étudiante. Il me semble que l’avenir était alors moins tracé qu’aujourd’hui. Et lorsque l’on rentrait à 4h du matin, après une soirée bien occupée, le blouson puant l’alcool et la cigarette, le rimmel un peu coulé au bord des yeux, la mine défaite et l’enthousiasme gonflé à bloc, le monde nous appartenait un peu. Loin d’être le coup de coeur attendu, ce texte de Julie Bonnie a tout de même su, comme vous pouvez le constater, irrésistiblement m’emporter vers un passé pas si lointain et m’a permis de me poser la question de ce que j’avais fait des ambitions de mon adolescence !

Editions Globe – mai 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Sylire