Lectures 2019

Pourquoi je déteste Noël, Robert Benchley

J’ai décidé cette année de lire en décembre quelques titres sur le thème de Noël et de l’hiver. C’est également le sujet des prochaines rencontres de mon club de lecture… J’ai donc fureté en librairie et déniché quelques poches. Ce que j’ai aimé chez celui-ci est l’écho trouvé en couverture de ce que j’ai pu entendre à l’approche des fêtes. Il y a de multiples raisons d’aimer Noël mais aussi de multiples autres de le détester. Ce tout petit livre d’une centaine de pages, que l’on trouve en mini format renferme en fait un recueil de 12 nouvelles de Robert Benchley. Le titre est sorti en France chez Wombat en 2011 sous une couverture un peu moche mais peut-être plus explicite car on y voit un Père Noël à peine déguisé parler à un enfant assis sur ses genoux et qui se bouche les oreilles (voir plus bas)… Je dois dire que je n’ai pas vraiment aimé cette lecture. En effet, les nouvelles incluses dans ce livre sont satiriques, certes, mais assez datées et pour certaines franchement dérangeantes. L’auteur est décédé en 1945. Je note d’ailleurs le remarquable travail d’éditeur de Points qui donne pourtant à ce mini poche des allures extrêmement attirantes. Cela dit, certaines nouvelles de ce recueil sont quand même excellentes et relèvent le niveau de l’ensemble. La première nouvelle par exemple s’amuse de l’idée d’un bon vieux Noël à l’ancienne qui serait, selon les dires de tout le monde, le Noël parfait. Le narrateur décrit un Noël à la campagne chez ses beaux parents avec tous les codes d’un Noël réussi, le froid, la nourriture trop abondante, le temps passé assis (soit à manger, soit à ne rien faire, soit à écouter le tic-tac de l’horloge), l’ennui profond. La deuxième nouvelle est sans doute ma préféré. Elle raconte la création de la carte de voeux par un homme, nommé Ferderber, qui n’ayant rien sous la main, mis à part du papier a l’idée une année de souhaiter Noël en découpant quelques cartes et en y ajoutant des pensées relatives à la saison. L’idée lui vient aussi de dessiner une feuille de houx. Les cartes de voeux deviennent un tel phénomène qu’un jour plus personne ne les lit et qu’un autre personnage a lui l’idée de formuler plutôt des voeux agressifs et déplaisants. Il faudra une année pour enrayer le processus et déclarer officiellement l’interdiction de la fabrication des cartes de voeux. Les nouvelles suivantes sont malheureusement moins drôles (de mon point de vue) ou d’un humour un peu dépassé. Elles mettent en scène la plupart du temps des enfants, qui reçoivent des taloches si ils n’écoutent pas les contes de l’Oncle Edith par exemple ou se retrouvent suspendus à un lustre en fin de réveillon car ils ont dérangé des cambrioleurs. Après la lecture de ce titre, vous ne risquez pas d’aimer Noël davantage. Et il faut vraiment avoir un certain humour décalé et absurde pour l’apprécier, ce qui n’est peut-être pas tout à fait mon cas en ce moment.

Editions Points –  novembre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019

La succession, Jean-Paul Dubois

J’ai une PAL énorme mais je ne résiste pas pour autant aux propositions de prêts de livres de mes collègues ou amis… A défaut de ne pas lire tout de suite le titre de l’auteur ayant été primé au Goncourt, on m’a donc prêté celui-ci. Je l’ai lu en gardant à l’esprit ce que disait l’écrivain lors d’une interview, qu’il n’écrivait que sur le mois de mars, à raison de huit pages par jour. A le lire, parions qu’il effectue tout de même un énorme travail de préparation en amont ! Ceci-dit, j’ai retrouvé avec grand plaisir dès les premières pages ce qui m’avait plu par exemple dans Kennedy et moi. Cette façon à la fois masculine, et désabusée, de voir la vie. Il faut dire que le personnage du roman de Jean-Paul Dubois a des raisons d’être porté à la mélancolie. Toute sa famille, sauf son père, se sont suicidés. Installé à Miami, joueur de Cesta Punta, il a trouvé loin de Toulouse une forme de bonheur, entre son bateau, son travail, ses amis. Un beau jour, il sauve même un petit chien de la noyade, qui devient aussitôt son compagnon fidèle. Mais la macabre tradition familiale finit par rattraper son père. Après une dernière consultation, ce médecin discret, a en effet sauté du toit de l’immeuble de son patient, sans explications. Il a pris soin d’entourer son visage de scotch, pour éviter peut-être de crier. Paul retourne en France, abandonnant son poste, devant faire face à son héritage et aux souvenirs familiaux. Il a fait lui aussi des études de médecine, et on le presse de prendre la suite de son père. Mais Paul a réussi à trouver quelque chose qui ressemble au bonheur à Miami… et il lui tarde de reprendre le cours de sa vie là-bas. Cependant, le sort en décidera autrement. Son absence lui a fait perdre momentanément son poste et son sport connaît une vague de mouvement syndical sans précédent. Reprendre le cours de sa vie va demander à Paul des ajustements, comme trouver un autre travail. Il va servir quelques temps dans un restaurant… J’ai pris énormément de plaisir à lire ce roman dont l’écriture est savoureuse. Malgré mon peu d’affection pour le sport et l’ambiance macabre du roman, j’ai eu de l’empathie pour Paul et ses tentatives pour esquiver un destin tenace. L’héritage familial est lourd. Il y a pour autant beaucoup d’humour et d’allégresse dans les pages de ce livre. Un très bon roman sur le pouvoir des schémas familiaux.

« Je ne dirai jamais assez combien la compagnie et la présence de ce chien me furent précieuses durant cette période où la mémoire des morts allait et venait au gré des flux et des marées de la mémoire. Parfois je lui parlais et il me donnait le sentiment de tout comprendre, de la plus insignifiante de mes remarques à mes questionnements d’humain et le bien-fondé de mes doutes sur la solidité de mon patrimoine génétique. »

Editions Points – octobre 2017

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Une autre lecture chez… Cathulu

Objectif PAL

Trente ans et des poussières, Jay McInerney… objectif pal été 2018

J’avais trouvé les deux premiers tomes de ce qui s’avère être aujourd’hui une trilogie, imaginée par Jay McInerney, en bouquinerie il y a bien longtemps… Et j’ai choisi d’en lire le premier opus pour mon objectif pal de cet été [bilan prévu sur ce blog le 31]. Nous rencontrons dès les premières pages Russell, éditeur, et Corinne, courtière en bourse, jeune couple trentenaire et marié, plutôt populaire, et à qui tout semble réussir, dans ce New York des années 80. Ils sont beaux, sortent et reçoivent pratiquement tous les soirs, fréquentent des auteurs en vue, des mannequins. Mais la trentaine est là, qui semble les narguer et leur donner envie de passer à un degré supérieur, chacun le sien. Autant Russell se sent soudain pousser des ailes, quitte à tenter une OPA pour prendre la direction de la maison d’édition qui l’emploie, que Corinne, elle, a plutôt envie de se poser. Elle arrête de boire, de manger, est hantée par l’idée d’avoir un enfant, et se met à observer de plus en plus le monde qui l’entoure, la misère surtout, dont elle ne parvient pas à détourner le regard. La drogue circule, le sida commence à faire parler de lui, le marché boursier s’affole… soudain la vie facile et superficielle, légère, que connaissaient Russell et Corinne dérape. Que va-t-il advenir d’eux ? Voici un roman foisonnant dont j’ai hâte de lire la suite (sans doute avec l’objectif pal de septembre) mais qui demande d’avoir du temps devant soi car ce pavé de plus de 500 pages contient je trouve aussi quelques longueurs dans la narration. Nous suivons en effet, en parallèle de l’histoire du couple phare, plusieurs autres personnages dans des paragraphes, pas tous complètement intéressants. Cependant, je conseille aux adeptes du genre ce portrait grinçant d’une certaine époque. J’ai eu personnellement envie de surligner plusieurs passages. En effet, le ton de Jay McInerney, son regard sur la société, est ce qui m’a le plus séduit dans ce roman.

Editions Points – 1998

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Lectures 2017

L’archipel d’une autre vie, Andreï Makine

Sortir pour une fois de ta zone de confort… et avoir le sentiment de renouer avec certaines de tes lectures adolescentes (Jack London, Robert Stevenson), voilà qui n’était pas une mauvaise idée. Et pourtant, au tout départ, tu as été un peu perdue dans les premières pages de ce roman, si différent de ta lecture précédente (très féminine). Pour autant, tu avais gardé un très bon souvenir du Testament français, qui a reçu en 1995 à la fois le Prix Goncourt et le Medicis, alors tu savais que ce récit allait finir par t’entraîner dans son sillage, et c’est ce qu’il a fait, pas à pas. Nous sommes dans les premières pages, plongés dans les années 70, à Tougour, en Sibérie extrême orientale, près d’un jeune garçon intrigué par un autre homme au comportement secret, qui semble vouloir tout faire pour ne pas se faire remarquer. Sur un coup de tête, et n’ayant rien de mieux à faire, le jeune garcon décide de suivre ses traces dans la Taïga. Cet homme s’appelle Pavel Gartsev, et il va lui raconter son histoire, et notamment cette course poursuite effectuée il y a plusieurs années sous l’ère stalinienne. Alors, cinq hommes (dont lui) sont dépêchés afin de récupérer un fugitif du goulag. Mais l’évadé les tient à distance. Entre épuisement et blessures, l’équipe va peu à peu perdre chacun de ses membres, jusqu’à ce que Pavel se retrouve seul face à l’inconnu… sans se douter que par cette quête il va également retrouver le sens du verbe « vivre ».

« Je n’aurais jamais cru que l’homme avait besoin de si peu. »

Et toi lectrice, tu as aimé te laisser embarquer dans ce voyage viril et déstabilisant, au fin fond d’une Taïga à la fois hostile (pour ceux qui n’ont pas l’esprit pur) et protectrice. Les différents protagonistes de cette histoire ont chacun un profil particulier de l’époque, une époque où la suspicion et les dénonciations sont légion, du fidèle du parti obsédé par l’ambition à l’idéaliste cachant sous son obéissance feinte ses véritables pensées. Ce roman est un hymne à la nature, pour qui sait la comprendre et l’utiliser, la respecter, un hymne à la rudesse du réel. Il donne envie d’être ramené à l’essentiel. Mais il a aussi quelque chose de symbolique, d’assez surnaturel, si on s’attache aux tracés et aux parcours (simples ou tortueux, selon les cas), effectués par les marcheurs épuisés, et aux notions de liberté et d’enfermement régulièrement évoquées dans ce titre. Un livre à lire douillettement sous la couette cet hiver, mais qui donne également à réfléchir au sens de sa vie, et que l’on peut offrir sans soucis à son conjoint (monsieur Antigone a adoré).

Ainsi commence ce roman…

« A cet instant de ma jeunesse, le verbe « vivre » a changé de sens. Il exprimait désormais le destin de ceux qui avaient réussi à atteindre la mer des Chantars. Pour toutes les manières d’apparaître ici-bas, « exister » allait me suffire. »

Editions Points – Août 2017

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La lecture d’Aifelle