Lectures 2022

Brigitte Giraud… (rattrapage)

Je démarre sur ce blog une nouvelle rubrique, nommée « rattrapage », qui va me permettre de rapatrier d’anciens billets, en provenance de mon ancien blog. Après le billet sur Annie Ernaux, je profite de la sélection de Vivre vite de Brigitte Giraud au Goncourt 2022 (à l’heure où j’écris ces mots, ils ne sont plus que quatre), pour partager avec vous mon admiration pour cette autrice que je lis fidèlement.  Bref, il m’a paru encore une fois inconcevable que ces lectures ci-dessous ne soient pas ici…  Le reste de mes lectures de Brigitte Giraud sont à retrouver là [clic].

uneanneeetrangere (le billet de 2009)

Une année étrangère

« Il faut que j’aie des antennes, que je sois double en permanence, à l’affût du moindre signe, du moindre indice.
Mais ce qui complique la donne est que la fille au pair n’est pas une fille dans une simple situation de travail. On attend d’elle un service rendu mais aussi une présence particulière, une façon d’être, la construction d’un lien, on attend d’elle qu’elle donne de son temps, de sa patience, de son énergie, comme le ferait une grande soeur éternellement bien disposée. On attend d’elle qu’elle mette en scène la touche d’exotisme qui fait la différence, celle pour quoi on l’a choisie et qui valorise la famille par sa présence « si particulière », par son style français inimitable, qu’elle même ignore évidemment. » 
Nous sommes dans les années 80, à l’ère de Cure, des cassettes audio, du Mark fort et des mobylettes. Laura a dix-sept ans, et pour fuir une ambiance familiale tendue, la jeune française décide de partir en Allemagne comme jeune-fille au pair. Elle arrive chez les Bergen, un couple et deux enfants, qui semblent vivre sans se soucier du temps qui passe, des tâches à accomplir, ou de lui signifier quel est véritablement son rôle… Je suis (du verbe suivre) Brigitte Giraud depuis quelques temps déjà, fascinée par mes précédentes lectures (La Chambre des parentsJ’apprends ou L’amour est très surestimé). Ce titre là, dont je n’attendais pas grand chose, m’a d’emblée séduite et ce dès les premières pages. Je suis donc heureuse de mon choix en cette rentrée littéraire, et de ma lecture !! Qui s’est déjà retrouvée dans cette situation là, intégrer un foyer pour s’occuper d’enfants, dormir chez cette famille, y passer tout son temps, saura que l’auteure a su trouver les mots qu’il faut pour décrire au mieux la gêne, l’adaptation nécessaire, l’extrême acuité que cela suppose dans les premiers temps, barrage de la langue existant – ou pas, et la transformation de soi que cela implique aussi, inévitablement. J’ai beaucoup aimé ici l’écriture, la description de journées longues comme un puits sans fond, ce petit rythme qui se met doucement en place, les rapprochements affectifs qui se nouent et se dénouent. J’ai aimé le personnage de Laura, terriblement attachante avec sa coiffure en pétard, ses découvertes littéraires tendancieuses et sa manière d’être si mûre et si fragile à la fois. Dans une ambiance qui peut sembler morose, mais qui permet à Laura de comprendre qui elle est, ce roman poursuit une route « en quête de soi » au charme certain. Et j’ai été charmée. « Mon empressement et mon application n’apportent rien à cette famille hors du commun. J’ai voulu être irréprochable, disponible et parfaite, toujours prête à me charger d’une corvée, à me rendre utile, malgré la sensation que j’avais de m’éloigner de moi. Je préférais nettoyer le four ou promener le chien plutôt que me confronter à ma vacuité. A vrai dire, je ne sais ce que je préfère, me rapprocher de moi avec le risque de me trouver, de supporter le vrai visage de ma solitude, ou m’inventer un double, brave soldat toujours prêt à exécuter les ordres, soumis et vigilant, un être qu’on utilise, qu’on épuise et qu’on oublie. »

aveclesgarcons (le billet de 2010)

Lecture musicale du texte Babyfoot (voix de Brigitte Giraud, musique de Fabio Viscogliosi), extrait du texte de Brigitte Giraud, Avec les garçons.

« Ca commence comme ça. Les yeux du garçon dans ceux de la fille. Quelque chose est arrivé. »

Voici ce que j’ai écouté il y a quelques jours, la nouvelle Baby-foot, accompagnée de musique, musique créée en écho au texte, texte écrit dans le but d’être accompagné de musique. Il s’agit ici d’une performance autour de l’écriture, et d’affinité musicale. J’ai aimé le récit de Brigitte Giraud qui trouve décidément toujours des mots justes et simples, évidents, pour parler du présent, j’ai été moins sensible au mélange voix et musique. A l’occasion de ces deux rendez-vous j’ai pu constater à quel point l’auteure a une personnalité attachante, souriante et accessible. J’espère beaucoup la sortie d’un nouveau roman pour bientôt. Baby-foot conte un amour d’été à hauteur d’adolescence, chaleur, regards, et passage de l’enfance à cet autre chose que l’on ne perçoit pas encore, mais qui chavire le corps et le coeur, ce quelque chose que l’on peut appeler aussi grandir.

pasdinquietude (le billet de 2011)

Pas d’inquiétude

« Ce fut […] un début en douceur, sans la violence des mots, une auscultation tout en retenue, et en rentrant tournait dans ma tête la dernière phrase prononcée par le médecin. Plus je remâchais ce pas d’inquiétude, plus ma gorge se serrait. Pas d’inquiétude n’était pas compatible avec sans tarder, le médecin se contredisait, et en même temps je me rassurais, non, rien de plus normal, il voulait juste qu’un spécialiste prenne le relais, son sérieux était réconfortant, il valait mieux envisager les choses à temps. » Pas d’inquiétude raconte l’histoire d’une famille ordinaire, qui vient tout juste de prendre possession d’une maison neuve, dans un lotissement tel qu’il en pousse partout aujourd’hui, après avoir vécu pendant des années dans l’exiguïté d’un appartement trop petit pour quatre. Le couple a décidé de garder les finitions pour plus tard, pour eux, par soucis d’économie. Le rêve est donc là, enfin à portée de main, mais c’est la maladie qui s’invite. Medhi, le plus jeune est atteint d’un cancer. Alors, les travaux attendront, il faut s’organiser, prendre des congés. La mère venant tout juste de commencer un nouveau travail où elle doit faire ses preuves, c’est au père qu’incombe de laisser le sien de côté pour faire face à l’urgence. Le présent prend tout à coup toute la place. Ce roman est d’un charme discret et profond. Brigitte Giraud excelle encore une fois, après son magnifique Une année étrangère, à se mettre à la place d’autrui. Ici, le narrateur est un homme. D’habitude, en de telles circonstances, c’est la douleur d’une mère qui nous est offerte, placée immédiatement au creux du ventre. Un homme, lui, ne sait pas toujours quoi faire de son inquiétude, il n’a pas les codes, il réagit différemment. Alors il tait sa peur, son infini désarroi et offre ce qu’il peut, sa présence, ses initiatives, et parfois ses maladresses. L’auteure a vraiment trouvé ici dans son écriture le ton juste pour nous en parler. J’ai reconnu également dans ces pages l’attitude qui a été la nôtre lors du séjour de Petit Dernier en service de néonatologie par exemple, cette volonté de minimiser l’inquiétude auprès de l’entourage, cette propension à s’isoler autour du noyau étroit et dur que l’on forme soudain. A ce moment là, comme ce qui se passe dans ce roman-ci et que je tairai pour conserver le mystère de la découverte, tout geste de générosité, de compassion sincère, devient terriblement réconfortant et lourd de sens. Une lecture de rentrée qui mérite vraiment que l’on s’y intéresse.

avoiruncorps (le billet de 2013)

Avoir un corps

« Je m’habitue à l’idée d’être là, d’avoir une place, même si ma place a changé. J’accepte d’avoir à nouveau une présence, une épaisseur, un corps qui n’est pas fait que de lignes brisées, qui évite les pierres sur le chemin, qui transpire en haut du col. […] Je sens comme cohabitent le petit animal en short de l’enfance qui escalade le toboggan, la gymnaste marchant sur la poutre, l’adolescente qui danse sur Imagine, l’amoureuse qui monte derrière la moto, la libraire en équilibre sur un escabeau, la mère qui maintient Yoto contre sa hanche. Je marche sur le sentier et cette sensation devient concrète, je suis faite de toutes ces pièces, comme si mon corps était une maison où vivent ensemble le vif de l’existence, fait de désirs, de force et de pulsations, mais aussi l’absence. Tous ces corps de fille évoluent sous le même toit et tissent une mémoire serrée. Je suis ici mais aussi là. » Par le prisme de l’évolution d’un corps, Brigitte Giraud nous emmène dans Avoir un corps à la découverte d’une petite fille qui devient grande, puis mère. Et c’est toute l’aventure de la vie qui nous est contée ici, quotidienne, faite d’expériences, de blessures, de douceurs, de pudeur et d’impudeurs. La conscience de soi passe sans transition de l’illusion de la maîtrise du corps, frôlant l’anorexie, à cette infinie confiance/ inconscience qui mène chaque femme à la maternité. Cette petite fille que Brigitte Giraud regarde grandir, et dont elle s’approprie les rêves et les désirs par le « je » est un peu nous, un peu elle sans doute, et est très ancrée dans une époque. Et c’est là que l’auteure excelle, quand elle raconte l’enfance, la naissance du frère, les jeux, les premiers émois, l’envie d’enfanter contre lequel on lutte d’abord puis se soumet. J’ai aimé que règne dans son roman une réflexion sous-jacente sur le libre arbitre, et qu’elle souligne combien la féminité est une valeur sociale avec ses codes. Etre un corps d’enfant, se transformer, puis être une femme, être une mère, et tout cela sans jamais perdre la conscience de soi, de sa peau, sans se perdre, s’oublier, oublier de se regarder, de se voir… tout cela est parfois si difficile, fragile, sur le fil. Avoir un corps est une lecture coup de coeur en cette rentrée littéraire, il serait étonnant qu’il en soit autrement.

nousseronsdesheros (le billet de 2015)

Nous serons des héros

« La première nuit dans la maison fut particulière. J’étais isolé sous le toit, je voyais le ciel par le velux ouvert, la petite chambre était une fournaise. A ce moment là de l’année, il y avait beaucoup d’étoiles, je les observais depuis mon lit, j’avais l’impression que le ciel bougeait, que mon matelas tanguait. Ma tête tournait, se vidait, se remplissait d’images trop vives, celles du Portugal sous le soleil. Je voyais mon père sur un cargo, qui flottait sur l’océan, toujours cette même image. Je me surprenais encore à demander quand il allait rentrer. Puis j’entendis ma mère et Max qui parlaient en bas. J’avais envie de faire un sac et de partir dans la forêt, vivre avec Oceano, j’étais fatigué. » Olivio et sa mère fuient la dictature portugaise, redoutant des représailles. Le père d’Olivio a été arrêté et est mort en prison. Mais le jeune garçon l’ignore, alors que le train l’emmène du Portugal vers La France. Il s’imagine le revoir, il ne sait pas ce qui l’attend dans ce pays inconnu vers lequel il roule, et il sert contre lui son petit chat Oceano. En France, aidés par des compatriotes, ils sont confrontés à une nouvelle langue, doivent refaire leur vie modestement. La mère d’Olivio trouve enfin du travail, rencontre Max, s’installe avec lui dans un pavillon de banlieue. Le quotidien devient morne, souvent tendu et inconfortable pour le jeune Olivio qui se réfugie le plus souvent possible auprès de son ami Ahmed. En effet, Max préfère visiblement son fils Bruno qu’il reçoit en garde alternée. La mère d’Olivio est partagée, passe son énergie à apaiser et composer, à se faire sa place dans cette nouvelle vie. Un jour pourtant, la révolution des oeillets a lieu, et revoir Le Portugal redevient une possibilité. J’ai retrouvé dans ce roman la voix tranquille et posée de Brigitte Giraud qui sait ici très bien se mettre dans la peau d’un petit garçon confronté à l’exil, au déracinement, puis à l’enracinement. Les petits garçons sont capables de supporter beaucoup de chamboulements du moment que l’amour est là, l’affection. Dans cette histoire, la solidité des adultes n’est pas acquise. Heureusement, Olivio peut compter sur l’attention de son chat et de son meilleur ami Ahmed, mais cela semble tellement peu. Nous serons des héros ne fait pas dans le tapage et la grandiloquence mais met réellement en lumière l’actualité de cette rentrée par le prisme d’anciennes migrations. C’est certainement un hasard, mais cette coïncidence m’a émue et touchée.

lamourpingpong (le billet de 2016)

L’amour Ping-Pong – Albin de la Simone & Brigitte Giraud

J’ai décidé d’aller à cette soirée jeudi soir, celle qui réunit Brigitte Giraud et Albin de la Simone… et j’ai passé un super moment. L’écriture de Brigitte Giraud, bien entendu… mais également la voix, l’inventivité, la grâce d’Albin de la Simone. Bref, c’était vraiment bien. Je pense vous mettre quelques unes de ses chansons très bientôt. Si le programme passe dans votre ville, allez-y, foncez. 

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Lectures 2022

D’une aube à l’autre, Laurence Tardieu

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Lire Laurence Tardieu est toujours un moment intime pour la lectrice que je suis, sans doute parce que j’ai lu tous ses textes (je crois) mais aussi parce que j’ai eu l’occasion de la rencontrer et d’échanger quelques mots avec elle. J’avais lu Nous aurons été vivants en 2019, et j’attendais depuis avec impatience qu’elle sorte de nouveau un roman, sans savoir le drame qu’elle vivait alors et sans savoir non plus que son nouveau livre en parlerai… En effet, alors que le 17 mars 2020 les français s’apprêtent à se confiner pour un temps indéterminé, Laurence Tardieu intègre elle un service des urgences pédiatriques parisien avec son petit garçon de quatre ans. C’est un autre enfermement, qui isole de l’extérieur, l’enfermement de l’inquiétude, de la vigilance, des soins à faire. Adam a déclaré une leucémie. Ce temps à part durera cent cinquante-huit-jours, un temps qui modifiera profondément le lien de l’autrice aux autres, qui mettra en lumière l’essentiel. Laurence Tardieu est surprise de découvrir cette nouvelle force en elle, qui sait tenir le coup, lutter, jusqu’à dompter la peur et atteindre l’apaisement… Vous ne trouverez pas dans ce livre des tonnes de larmes car Laurence Tardieu y invoque aussi la joie, le bonheur, les instants volés à l’inquiétude. Ce récit est d’une grande sincérité, il ressemble à cette autrice courageuse qui a déjà vécu d’autres épreuves et en fait là de nouveau non pas un obstacle à l’écriture et à l’avancée de la vie, mais une nouvelle marche sur laquelle s’appuyer pour continuer. Le tête à tête entre Laurence Tardieu et son petit garçon malade se transforme au fil des pages en un hymne à la vie étonnamment lumineux, mais aussi en un hommage au monde médical, qui reste disponible et souriant alors qu’il est pourtant si malmené.

Editions Stock – 5 janvier 2022

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Jostein

 

Lectures 2022

S’adapter, Clara Dupont-Monod

sadapter

J’ai découvert l’écriture de Clara Dupond-Monod avec ses romans historiques. J’ai un peu tardé à ouvrir celui-ci, que je savais plus intime. Clara Dupond-Monod nous y raconte en effet l’impact que peut avoir dans une famille, et surtout dans une fratrie, l’arrivée d’un enfant « différent ». Elle a choisi pour ce faire un biais intéressant, qui permet de faire un pas de côté, car ce sont les pierres qui entourent la maison qui parlent et nous content les événements. J’ai retrouvé alors la poésie de Clara Dupond-Monod, intacte, ce qui m’a aidé je crois à poursuivre ma lecture… Au sein de cette fratrie qui accueille donc un nouvel arrivant, l’aîné choisi la relation fusionnelle avec l’enfant, pour toujours à l’état de nourrisson, qu’il faut porter, aider à manger, dont il faut tenir la nuque. Sa dévotion à l’enfant va finir par le couper des autres, émotionnellement. La cadette, elle, est dans la colère, le rejet, presque le déni. Elle tente de vivre une vie normale, si tant est que cela existe, jusqu’à ce qu’elle se rende compte un beau jour qu’elle a également son rôle à jouer dans cette famille. Son souhait est tout à coup que chaque membre soit heureux et elle va dorénavant y consacrer une énergie folle. Et puis, il y a le dernier, qui ne connaîtra pas l’enfant handicapé, qui viendra après, lui aussi porteur d’un rôle et d’une charge, celle d’être vivant et en bonne santé… Indubitablement, ce livre ne laisse pas indifférent, surtout que l’on sait depuis les interviews accordés par Clara Dupont-Monod que s’y logent des faits réellement vécus par l’autrice. Et il est tellement intéressant de lire un récit où est exploré le lieu de la fratrie, un lieu pas assez exploité en littérature à mon goût, alors qu’il est tellement important et fondateur psychologiquement pour les êtres humains et sociaux que nous sommes. Pour autant, il donne de très beaux témoignages, qui m’émeuvent profondément à chaque fois. J’ai envie de citer L’autre fille de Annie Ernaux et Trois mois et un jour de Karine Reysset, mais aussi ce film, Carré 35 de Eric Caravaca. Tout cela parle de frères et de soeurs, de secrets, de recherche de vérité, de ce qui a été dit ou caché, de ce qui résonne en soi, et de la façon dont on a su, ou cru finalement, s’adapter.

Editions Stock – 25 août 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture de… T Livres T arts

 

Lectures 2021

Son fils, Justine Levy

sonfils

J’ai pratiquement tout lu de Justine Levy [clic ici] et j’ai appris à la fois à l’aimer en tant qu’autrice, adepte de l’auto-fiction, mais aussi en tant que personne. Depuis le début, ce qu’elle écrit me parle fortement, comme en écho. J’aime sa fragilité et sa force, ce qu’elle est. Il était donc pour moi évident de la lire de nouveau en cette rentrée littéraire, dans un registre différent, puisqu’elle se met à la place cette fois-ci de quelqu’un d’autre. Mais parler de quelqu’un d’autre n’est-ce pas toujours un peu parler de soi ? Selon un procédé vieux comme le monde littéraire, Justine Lévy nous laisse croire en effet ici que nous lisons des extraits du journal d’Euphrasie Artaud, la mère d’Antonin Artaud. Antonin Artaud est un écrivain du début du XXème siècle, essayiste et poète. Il a lutté toute sa vie contre des douleurs physiques. Il subira dès très jeune des séries d’électrochocs et passera les dernières années de sa vie dans des hôpitaux psychiatriques. Antonin Artaud est né dans une famille aisée. Son père, Antoine-Roi Artaud, capitaine au long cours, et sa mère donc, Euphrasie Nalpas, sont cousins germains. Dès 1924, Antonin Artaud adhère au surréalisme. Lui qui n’a vécu ni l’expérience Dada, ni les premiers temps du surréalisme, est tout d’abord circonspect sur la théorie de l’automatisme psychique chère à André Breton. Son passage par le surréalisme va d’ailleurs moins influer sur son évolution littéraire, que ce qui reste, dans le groupe, de l’anarchisme de Dada. De 1924 à 1926, Artaud participe activement au mouvement avant d’en être exclu*. Le journal d’Euphrasie démarre en 1920 alors qu’Antonin part de Marseille pour Paris. C’est à une mère morte d’inquiétude que nous avons à faire, qui tente de croire que tout va bien se passer mais qui constate que son fils a oublié une partie de ses médicaments contre la douleur et la mélancolie dans les tiroirs de sa chambre. En 1924, elle s’installe à Paris afin de veiller sur lui. S’ensuivent de multiples allers et retours vers les hôpitaux où il est interné, l’impuissance, la force de l’amour d’une mère et parfois la résignation… Et j’ai beaucoup aimé ce portrait en creux d’un Antonin Artaud que je connaissais peu, et d’une période qui m’intéresse beaucoup. Je suis fascinée par le mouvement surréaliste. Justine Levy a saisi parfaitement dans son récit la toute puissance de l’amour maternel, mêlé de culpabilité et de doutes. Euphrasie est excessive, mais son fils l’est également. A quelle distance aurait-elle du rester de lui ? Est-il un génie ou un corps perclus de souffrances ? Et qu’elle est donc la place d’une mère dans tout ça ? Le lecteur restera principalement près d’Euphrasie, prête à tous les sacrifices pour le bien d’un fils, préoccupé ailleurs, peu reconnaissant, et dont l’oeuvre gardera dans ce livre une aura de mystère.

Editions Stock – 8 septembre 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Les lectures de Bill et Marie

*source page wikipedia

Lectures 2020

Sabre, Emmanuel Ruben… rentrée littéraire 2020 !

Les billets négatifs ont leur utilité, et peuvent vous épargner certains achats. Pour ce roman, lu dans le cadre du Prix Fnac 2020, auquel j’ai participé pendant l’été cette année en tant qu’adhérente, et dont les résultats ont été publiés dernièrement [clic ici], la déception a été au rendez-vous. J’ai abandonné sa lecture page 168 (sur 384) avec le sentiment que j’avais déjà assez perdu mon temps… Pourtant, l’intrigue ne commençait pas si mal. Un jeune homme se souvient du sabre qui trônait dans le salon de son grand-père, dans son enfance. Il se souvient que cette arme l’inquiétait beaucoup mais le fascinait également. A l’époque, personne ne voulait répondre aux questions de l’enfant quant à sa provenance et à sa présence incongrue dans cette maison. Ce sabre a disparu aujourd’hui, et le grand-père vient juste de décéder. Avec l’aide de sa tante Esther, ancienne libraire, le voilà en quête de l’objet, mais également du passé de leur famille et de leurs secrets. Ces deux personnages, ainsi que sa famille, sont très attachants. Malheureusement, l’auteur s’embourbe dans de nombreuses digressions, laissant l’imaginaire l’emporter très loin, refaire l’histoire, etc. J’ai aimé ce qui avait lieu dans un présent très réel mais le reste m’a très vite ennuyé. La fantaisie n’a pas toujours bonne presse auprès de moi. Ce roman est qualifié en quatrième de couverture d’invention géographique drolatique et de voyage baroque à la poursuite de chimères… Il plaira certainement aux adeptes du genre.

 Editions Stock – 19 août 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5


(clic sur le logo pour retrouver des lectures communes autour de la rentrée littéraire et nous rejoindre)

Coups de coeur·Lectures 2019

Nous aurons été vivants, Laurence Tardieu… Rentrée littéraire de janvier

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❤ Ce n’est pas un secret, Laurence Tardieu est une de mes auteures fétiches… Quel cadeau de Noël alors d’avoir reçu ce livre en avant première pour pouvoir vous en parler dès aujourd’hui, jour de sa sortie en librairie ! Il faut dire qu’après avoir été très émue, notamment par son A la fin le silence publié en 2016, il me tardait de savoir comment elle allait rebondir en écriture, et trouver peut-être une autre voie. Il me tardait de pouvoir la lire de nouveau. Il y a de ces écritures dans lesquelles on se sent tellement chez soi. Et je n’ai pas été déçue, en ouvrant ce livre, de retrouver son style, intact, peut-être même plus sûr de lui, et de découvrir d’autres personnages, dans les vêtements desquels se glisse avec finesse la sensibilité si grande de Laurence Tardieu. Ce matin d’Avril 2017, Hannah est sidérée. Est-ce Lorette qu’elle aperçoit, là, de l’autre côté de la rue ? Sa fille disparue depuis au moins 7 ans. Une seconde, le passage de deux bus, et l’apparition n’existe plus. Mais comment alors trouver le courage de se rendre à ce dîner entre amis ce soir ? Même si il s’agit de Lydie, sa meilleur amie, et de Paul. Hannah passe la journée à revivre les moments forts de son passé, des fantômes viennent lui rendre visite… Il est beaucoup question du temps qui passe, de la femme qu’elle est aujourd’hui, de la mère qu’elle a été, de la douleur qui creuse des failles en soi, de celle que l’on transmet de génération en génération, malgré soi, et de la possibilité de la renaissance. Hannah est peintre, et son art dévore tout en elle, son temps, son énergie, mais lui donne aussi lumière et force. Comment vous dire combien j’ai tout aimé dans ce roman délicat, dont je retardais le plus possible la lecture pour en savourer chaque page. Un très beau roman de cette rentrée de janvier, et un coup de coeur pour moi.

« Elle se penche pour refermer la fenêtre, ressent à nouveau, sur sa peau, l’air du dehors. Quelque chose en elle tressaille. Parfois, on ne sait plus ce qui est de la joie ou de la douleur, songe-t-elle en respirant une dernière fois l’odeur de la nuit. »

Editions Stock – 2 janvier 2019

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