Lectures 2017

Une femme célèbre, Colombe Schneck ~ Objectif Pal de novembre

 

Tu avais beaucoup aimé La réparation, ce récit de Colombe Schneck où la jeune femme s’excusait presque de raconter sa famille, les camps, la shoah, comme si elle doutait de son droit à la parole, de sa légitimité. Nous sommes un peu dans la même configuration ici, dans ce roman où Jeanne semble usurper toutes les places, sauf celle de mère. Et pourtant, elle est une femme célèbre, puisqu’elle a une émission à la radio. Oui, mais voilà, comment ne pas se sentir fragile (à l’instar de Denise Glaser, ancienne vedette de la télévision des années 60, tombée en disgrâce), quand on reçoit presque tous les jours des courriers d’auditeurs contrariés par sa diction, et persuadés de sa bêtise, que le père de son enfant déserte le domicile toutes les nuits et sombre dans l’alcool, et qu’il s’avère que son petit garçon souffre d’un retard psychomoteur ? Jeanne trouve du réconfort auprès de W, un homme marié, critique littéraire renommé, qui l’encourage à écrire. Elle connaîtra un petit succès d’estime avec ce livre sur la vie sexuelle de sa grand-mère… Mais Jeanne reste persuadée que son destin sera proche de celui de Denise Glaser, découvreuse de stars, puis oubliée et morte dans la solitude et la pauvreté, ce n’est qu’une question de temps. Tous ses succès lui semblent être immérités, et elle redoute le temps où ses patrons vont s’apercevoir de leur erreur, ses détracteurs avoir enfin raison. Jeanne marche sur un fil fragile. Et toi lectrice, tu as été touchée par ce récit en forme d’auto-fiction que tu as reçu avec empathie, et qui nous raconte l’histoire de deux femmes célèbres aux pieds d’argile qui marchent comme elles peuvent au bord du précipice, dans un monde des médias avare de sentiments. Colombe Schneck déroule son roman avec une écriture sans prétention, pleine de sincérité, qui n’a pas été sans te rappeler tes lectures de Laurence Tardieu ou de Justine Lévy. Une bien agréable sortie de PAL !

« Je ne sais pas encore que cette question – Pour moi la fin c’est quand ? – n’a aucune importance. »

Editions Stock – Août 2010

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Retrouvez toutes les fins de mois le bilan de l’Objectif Pal sur ce blog…

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Lectures 2017

La petite danseuse de quatorze ans, Camille Laurens ~ Rentrée littéraire 2017

Tu connaissais cette sculpture de Degas… mais tu n’as jamais été très intéressée par le monde de la danse, et les peintures de l’artiste sur le sujet ne t’émeuvent pas plus que ça. C’est sur le nom de Camille Laurens, en fait, que s’est arrêtée ton attention, avec ce livre, en cette rentrée. Tu aimes la fronde intime de son écriture, habituellement, et tu avais hâte de la retrouver. Mais là, point de fronde intime, et c’est sans doute ce qui t’a tenue à l’écart de ce titre. Camille Laurens cherche en effet dans ce livre, qui s’apparente bien plus à un documentaire qu’à un roman, à mieux connaître la jeune fille, le petit rat, qui a servi à Degas de modèle pour sa sculpture, Marie Geneviève Van Goethem. Nous sommes en 1880, et la jeune-fille danse à L’Opéra de Paris. A l’époque, les danseuses n’ont pas l’image qu’elles ont aujourd’hui. Il est surtout question de pauvreté, de dur labeur, de mères poussant leurs filles à gagner la vie de la famille, et de prostitution… Tu as alors compris des expressions parfois rencontrées dans tes lectures, comme celle, bourgeoise, d’avoir sa danseuse, pour certains messieurs. C’est dans ce contexte que le peintre Edgard Degas, l’engage comme modèle pour une sculpture qu’il souhaite exécuter en cire. Sa vue n’étant plus ce qu’elle était il a décidé de privilégier ce procédé, plus tactile. Camille Laurens s’intéresse alors au contexte, et nous apprend beaucoup. Tout cela a été franchement passionnant à lire et parfois aussi assez terrible à imaginer. Cette sculpture est en effet mal reçue lors de sa première exposition, on lui trouve des allures vicieuses, on lui reproche de ne pas être de l’art. Est-elle trop réaliste ? Mais que vivaient donc ces enfants en 1880 ? Aujourd’hui, on peut admirer à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, des reproductions en bronze de la version originale en cire, mais Marie Geneviève Van Goethem a disparu des mémoires. Et c’est à une sorte de réhabilitation que Camille Laurens s’emploie, avec succès, dans ce livre, même si tu as hâte, toi lectrice, de la retrouver plutôt dans une autre forme d’écriture, plus intime.

Editions Stock – 30 août 2017

La lecture de Joëlle

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Lectures 2017

Les pleureuses, Katie Kitamura ~ Rentrée littéraire 2017

Tu succombes de temps en temps aux jolies couvertures roses de la collection La cosmopolite de chez Stock, et y découvre souvent de jolies pépites, mais c’est un peu moins le cas cette fois-ci… Ce roman là a été traduit de l’anglais et son titre original est A Séparation. Des flammes courent sur la couverture de la version anglaise… et voilà qui donnait sans doute mieux une idée de l’ambiance du roman que cette version française… un peu édulcorée. En effet, tu as appris très vite que la narratrice est séparée de son mari, Christopher, que personne ne l’a su jusque là. Elle avait promis. Et que quand sa belle-mère l’appelle pour la sommer de partir à la recherche de son ex-époux, la voici bien embêtée. Il a disparu depuis plusieurs jours. Elle est à deux doigts de lui dire qu’ils sont séparés, qu’elle a un autre homme dans sa vie, puis accepte finalement de partir à sa recherche dans le Péloponnèse pour finaliser leur divorce. Elle s’installe dans l’hôtel où il avait réservé, et attend, sans que Christopher ne donne de signes de vie, même si les traces de sa présence sont palpables… Son mari préparait un livre sur le deuil et les enterrements, et s’intéressait plus particulièrement à la pratique ancestrale des pleureuses, payées pour pleurer les morts. Dans sa chambre, elle retrouve des tas de notes et papiers divers, ainsi que des vêtements éparpillés sur le sol… La nature aux alentours a été ravagée dernièrement par un terrible incendie, l’hôtel est pratiquement vide, ce qui donne à ce séjour des allures de fin du monde et de mélancolie profonde… La jeune femme s’interroge sur son mariage, les motivations de sa présence, les relations entre les personnes qu’elle rencontre (notamment les employés de l’hôtel)… Le drame plane, l’inquiétude monte… Et toi tu as été un peu déçue par la lourdeur du style de ce roman, qui répète beaucoup ses phrases et pense pesamment. C’est donc une légère déception, malgré une intrigue bien ficelée, et une histoire qui a réussi à te tenir en haleine jusqu’à sa fin…  Une lecture de rentrée mitigée donc, mais dont tu as tout de même goûté les moments de grâce, et notamment cette plongée assez réussie elle dans une Grèce moderne encore très secrète, dépendante du tourisme, et bercée par ses traditions.

Editions Stock – 23 août 2017

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Lectures 2017

Gabriële, Anne et Claire Berest ~ Rentrée littéraire 2017

De Francis Picabia et Gabriële Buffet, tu ne connaissais pas grand chose… Des prémices du mouvement Dada non plus. Et tu aurais été bien en peine d’imaginer un lien de filiation entre Anne et Claire Berest, et ce couple-là, pourtant leurs arrières grand-parents. De Gabriële, Anne et Claire Berest ne savaient pas grand chose non plus en commençant leur projet d’écriture. On leur avait vaguement signalé qu’elles avaient un peintre parmi leurs ancêtres, et des cousines éloignées parlaient d’une mémé ayant vécu ses derniers jours dans la misère… et l’isolement. Et pourtant. Gabriële et Francis ont, à leur époque, au début du siècle dernier, et à eux deux, littéralement révolutionné l’histoire de la peinture. Les deux écrivains, soeurs dans la vie, ont pris le parti de raconter plus particulièrement l’histoire de Gabriële, cette jeune femme, tombée follement amoureuse de cet homme, séduisant et excentrique, fou de voitures, qui connaissait un franc succès en tant qu’impressionniste mais était las de produire en masse, Francis Picabia… Elle, Gabriële Buffet, forte d’une éducation musicale de grande qualité, pleine d’ouverture, d’intelligence, de foi, savait rencontrer les bonnes personnes, fédérer, être avant tout curieuse, et de tout. Quel drôle de couple, et quelle drôle de vie ! Dans ce récit, toi lectrice, tu as fait la connaissance (plus intime que jamais), de Guillaume Appollinaire, Marcel Duchamp, et de tant d’autres, en suivant ce couple dans son évolution, au fil de leurs impulsions… Et voilà qui était extrêmement passionnant à lire, et à côtoyer. Voir ainsi l’histoire se créer, parfois presque par inadvertance, autour d’une table, dans un café, parmi les amis, et voir préférer l’insolence et l’innovation, a été très enrichissant à découvrir, et étonnant. Gabriële et Francis Picabia n’étaient cependant pas des parents modèles, ils ont donné naissance à quatre enfants bien trop souvent délaissés, leur descendance biologique… Seul comptait l’art, leur unique enfant désiré. Et l’affection a manqué. Anne et Claire Berest remontent, grâce à ce livre écrit à deux, une branche jusque là vide de leur arbre généalogique et la remplissent d’une bien belle façon. Un très beau récit de rentrée !!

Editions Stock – 23 août 2017

Ce titre est un des choix de Sylire pour les #MRL17 – Sa lecture

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