Coups de coeur·Lectures 2020·Objectif PAL

Beauvoir in love, Irène Frain… coup de coeur & objectif pal du mois !

❤ Je me rends compte que beaucoup de mes coups de coeur proviennent de lectures qui font écho à des lectures de jeunesse. Ici, c’est encore le cas. J’ai découvert Jean-Paul Sartre lorsque j’étais étudiante, La Nausée, Les mains sales, Les mots, etc… Quelque chose m’avait parlé alors dans son écriture, sans savoir forcément quoi faire à l’époque de ce sentiment, de reconnaissance et d’étonnement. Et puis, dans L’écume des jours, on touche du doigt la fascination qu’a pu exercer Jean-Paul Sartre à la fin de la deuxième guerre mondiale avec son concept d’existentialisme sur ses contemporains… Le maitre s’apparentait à une sorte de gourou. Je n’ai donc pas été surprise, en ouvrant ce livre, de constater l’emprise qu’il a également exercé sur Simone de Beauvoir, dont j’ignorais ma foi beaucoup de choses, et surtout cette face cachée, son histoire d’amour avec Nelson Algren.  En 1947, Simone de Beauvoir débarque aux Etats-Unis pour une série de conférences sur l’existentialisme, pleine de jalousie envers celle qui l’a supplantée dans le coeur de Sartre. Elle fait, pendant son séjour à Chicago, la rencontre du brillant écrivain Nelson Algren. Entre eux, une attirance très forte nait, qui se concrétise en histoire d’amour. Mais Simone de Beauvoir est tiraillée, Sartre la tient par un vieil accord passé entre eux, et elle reste très dépendante de lui. Elle fera plusieurs allers et retours aux Etats-Unis, exaltants mais également insatisfaisants, car il faut sans cesse se séparer, retourner à Paris. Les deux amants partagent le goût de l’écriture, mais aussi des bas-fonds, des bars mal fréquentés. Ils seront une inspiration l’un pour l’autre, s’échangeront une correspondance dense. La démarche d’Irène Frain, qui fait parler d’elle en cette rentrée avec son Un crime sans importance, est ici de produire une biographie romanesque. Elle s’est, bien entendu, appuyée sur les nombreux documents mis à sa disposition mais a aussi pris le parti de combler les vides avec du plausible. J’ai véritablement adoré cette lecture, douée d’un très fort souffle littéraire et romanesque, et suis encore très heureuse d’avoir fait une belle pioche dans la boîte à livres de ma ville.

Editions J’ai lu – avril 2014

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Petites madeleines

Lectures 2020

Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites, Kristan Higgins

J’avais envie d’une lecture plus légère après mes lectures de rentrée littéraire. J’ai donc commencé ce titre à la couverture jaune pleine de peps. Mais loin du feel good présumé, cette lecture qui ne déroge pas pour autant au principe du happy end, s’est avérée une lecture assez profonde et émouvante… Bref, j’ai pleuré. Seize ans après leur rencontre dans un camp d’été pour jeunes-filles en surpoids, trois amies se retrouvent. Mais les circonstances sont dramatiques. Emerson, qui n’avaient plus donné de nouvelles depuis un moment, est à l’hôpital, et vit ses derniers jours. Elle est arrivée à un stade de surpoids tel qu’elle ne peut plus depuis longtemps sortir de chez elle. Ses deux amies sont à la fois tristes et horrifiées. Emerson leur donne, avant de mourir, la liste qu’elles avaient rédigé ensemble autrefois, de ces choses à faire quand elles seront minces, comme de rentrer son T-Shirt dans son pantalon, manger un dessert en public, etc… Georgia et Marley, qui sont colocataires, décident de relever le défi, en hommage à Emerson et sans doute aussi par culpabilité. Elles ne se sont pas rendues compte de la détresse de leur amie, ni qu’elle était devenue la proie d’un gaveur (ces hommes qui prennent plaisir à nourrir et voir grossir leur compagne). Georgia, après des études de droit, est à présent institutrice. Son estomac lui fait mal tous les jours mais elle tait cette douleur en elle, comme le prix à payer d’un corps qui finalement mincit et d’une rupture avec un ex charmant qu’elle a tout fait pour faire fuir. Marley, elle, vit mieux ses rondeurs, a appris à les mettre en valeur, s’épanouit dans sa profession de cuisinière, aime manger. Pour autant, elle traîne avec elle le fantôme de sa jumelle décédée à quatre ans, et accepte l’invitation saugrenue d’un type étrange chez qui elle livre quotidiennement des repas… Kristan Higgins a su dans ce roman étudier notre rapport particulier avec la nourriture, les implications du passé et de notre environnement sur notre poids, au-delà de la simple explication de la génétique. Elle aborde aussi tout le lien que nous entretenons en général avec notre corps et combien il est difficile parfois de se laisser approcher ou aimer. En reprenant ce livre, le soir, j’avais l’impression de retrouver des copines autour d’un verre, tant le ton est par ailleurs alerte et joyeux. Une belle surprise de lecture que je vais m’empresser de faire circuler…

Harper Collins poche – avril 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Mylène

Coups de coeur·Lectures 2020

Wild, Cheryl Strayed… coup de coeur !

Traduit de l’anglais (Etats Unis)  par Anne Guitton – Titre original Wild

❤ Ce poche de bonne taille a été lu par mon mari et ma fille l’été dernier. Et j’avais très envie de le découvrir à mon tour… Il raconte le périple de Cheryl Strayed, effectué par elle dix-sept ans plus tôt, sur le PCT (Pacific Crest Trail), un célèbre parcours allant de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, long de 4 240 km. La jeune femme n’a aucune idée de ce qui l’attend car elle a peu étudié les livres consacrés à cette randonnée hors norme et son paquetage est bien trop lourd. Elle va d’ailleurs appeler très vite son sac à dos Monster. Pour autant, elle a acheté tout le matériel nécessaire et a prévu l’envoi de colis de ravitaillement tout du long du chemin, à quelques points d’étape. Ce n’est donc pas non plus un véritable coup de tête de sa part. Cette randonnée a été décidé alors qu’elle vient de divorcer de l’homme qu’elle avait épousé très jeune, Paul, que sa mère est morte quelques années plus tôt, et que sa vie semble au point mort. Cheryl souffre beaucoup, physiquement. Ses chaussures sont certainement trop petites et son sac à dos la blesse aux hanches à chaque pas. Pour autant, la détermination de la marcheuse force l’admiration. Elle avance, coûte que coûte, souvent seule, rarement accompagnée. Car sur les 1700 km qu’elle va effectuer, d’autres randonneurs marchent aussi, qui peuvent la dépasser, l’attendre ou tenter de la rattraper. C’est une communauté bienveillante qui va lui apporter beaucoup de chaleur sur son parcours. Pour autant, la faim est parfois là, la soif aussi, la peur à chaque rencontre de bête sauvage ou d’hommes un peu entreprenants et le manque d’argent l’inquiète souvent. J’ai adoré marcher auprès de Cheryl, réfléchir avec elle à sa vie d’avant, à ses choix, à la résilience que peut provoquer ce projet un peu fou. Tous les soirs, elle lit un roman minutieusement choisi avant son départ, avec sa lampe frontale, et brûle les pages lues le lendemain pour alléger son paquetage. C’est une expérience hors du temps, où l’essentiel prend toute la place. Cheryl en profite pour ressasser le passé mais acquiert aussi petit à petit une force dont elle ne s’imaginait pas capable. Une lecture marquante qui va très certainement me rester en mémoire longtemps.

Editions 10/18 – septembre 2014

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Le boudoir de Nath

Retrouvez demain sur le blog le bilan des derniers coups de coeur du web !

Lectures 2020

Face au vent, Jim Lynch

Traduit de l’américain par Jean Esch

J’avais envie de mer, de vent, d’embruns… j’ai donc ouvert ce livre que j’avais offert à monsieur l’année dernière, dans cette bien jolie collection poche de chez Gallmeister. Avec ce roman, le lecteur rentre dans l’intimité d’une famille qui consacre sa vie à la navigation et aux voiliers, la famille Johannssen. Installés dans la baie de Seattle, de père en fils, ils construisent, réparent, naviguent. La mère, elle, une scientifique, étudie la trajectoire du vent, des étoiles et voue un culte à Einstein, qui avait aussi la passion des bateaux. La cadette, Ruby, a ce don particulier, depuis sont tout jeune âge, de deviner le vent. Elle a aussi d’autres dons, qui impressionnent son entourage. Mais lorsque Ruby, lors d’une course, décide au dernier moment de faire un pied de nez à une victoire courue d’avance, c’est toute la famille qui éclate soudain. Douze ans plus tard, pourtant, le clan se reforme. Chacun a évolué ou stagné. Le grand-père Grumps souffre de divers maux. Le père se lamente un peu sur le sort de sa famille et de l’entreprise familiale. La mère cherche à résoudre un problème mathématique rare. Bernard passe son temps à fuir les autorités et parcourt la planète. Ruby essaye de sauver le monde, tandis que Josh enchaîne les rencontres amoureuses désastreuses. Vont-ils pouvoir de nouveau mettre le pied sur le même bateau ? Se retrouver ? Cela semble impossible, et pourtant… Face au vent est un beau roman, à la fois sensible et rude. C’est à travers les yeux de Josh que le récit est raconté, un Josh qui a à coeur de tout réparer et d’être là pour les siens. J’ai aimé cette rencontre avec des personnages aux caractères très différents, originaux, qui forment une famille improbable mais attachante.

Gallmeister – avril 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020·Objectif PAL

Des fleurs et des épines, Valérie Gans… mon objectif pal d’avril !

Je continue à piocher dans cette sélection de livres de poche gagnés en 2017 avec le camion qui livre… Assez vite, au cours de ma lecture, je me suis rendue compte que Des fleurs et des épines était en quelque sorte le deuxième volet d’une série dont le précédent chapitre s’intitulait Bruit des silences. Mais peu importe, car cet opus se lit très facilement tout seul. Dans les premières pages, nous faisons la connaissance de Julie, sortie depuis un an d’une relation toxique avec un partenaire manipulateur et violent. Elle revient d’Afrique, où elle avait fui. A la surprise générale, elle est présente pour assister in extremis à l’accouchement de sa jeune nièce. Sa pratique médicale originale lui permet d’être embauchée sur le champ par le patron de la clinique, qui avait déjà eu vent des exploits de la sage-femme lors de sa mission humanitaire. Autour de la jeune femme, encore fragilisée par son ancienne liaison, naviguent des personnages bienveillants (sa famille, son chef) mais aussi d’autres plus malveillants, comme cette autre sage-femme, Mélanie, envieuse et son ex, Patrice, qui revient vers elle un temps, les bras chargés de fleurs et le sourire aux lèvres. De plus, elle sera confrontée à un cas de conscience, face à la détresse de la jeune Sophie, une amie de son neveu Bastien, embarquée dans un job d’étudiante peu commun, car elle a accepté de devenir mère porteuse. La jeune Sophie, apprentie cuisinière, n’a pas vraiment pesé en toute conscience les conséquences de son choix. Elle ne se doute pas non plus que les futurs pères de l’enfant sont à deux pas de chez elle. Valérie Gans a su dans son roman camper des personnages aux personnalités attachantes et nuancées. Mais je dois dire que je n’ai pas été séduite par contre par l’écriture trop feel good du livre. En effet, chaque situation intéressante, capable de mettre un peu de chaos dans l’histoire et d’animation, est à chaque fois résolue positivement, ce qui rend le tout assez mièvre et ne m’a pas donné envie, pour le coup, de lire la suite intitulée Le chant des lendemains. Ce titre n’était pas vraiment fait pour moi.

Editions Le livre de poche – juin 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Coups de coeur·Lectures 2020·Objectif PAL

L’art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière… coup de coeur !

❤ J’ai pioché ce livre de circonstance dans ma PAL pour l’objectif pal du mois de mars. Je l’avais acheté en 2017 lors du passage du Camion qui livre non loin de mon lieu estival de vacances. Grâce à un jeu sur Instagram, j’avais ensuite gagné encore une dizaine de livres de cet éditeur (loin d’être tous lus à ce jour). Ouvrir cet essai de Dany Laferrière a été un enchantement lors des premiers jours du confinement. Dans les premières pages, en effet, il prône le ralentissement, la contemplation et l’art d’être présent à ce que l’on fait au moment où on le fait. Puis, petit à petit, comme partant de l’attrait du minuscule à beaucoup plus grand, et après avoir titillé et inspecté chacun de nos sens, Dany Laférrière s’intéresse au monde qui l’entoure et à son fonctionnement. Alors, il est question de Bush, d’Obama, de dictature, des parisiens et enfin de littérature. L’essai de Dany Laferrière, tout en restant apaisant, prend ainsi des allures magistrales. L’auteur compare Hemingway à Fitzgerald, nous permet de cotoyer Borgès et sa bibliothèque gigantesque, s’approche de Salinger, convoque Virgile. Le texte est entrecoupé de petites photos d’instants, qui sont comme des pauses dans la lecture et qui recadrent la pensée.

Ce livre ne se lit pas vraiment comme un roman, même si je l’ai lu d’une traite, comme tel. On pourrait penser aussi qu’il dresse un portrait en creux de Dany Laferrière, en une sorte de bilan personnel, mais non, pas réellement. L’auteur regarde beaucoup le monde qui l’entoure et est loin de tout rapporter à sa petite personne. Mais sa petite personne étant l’être humain qu’il connaît le mieux et depuis longtemps, il se prend souvent comme exemple, pour appuyer son propos. J’ai eu un gros coup de coeur pour cet essai particulier, hors normes, qui ne cherche pas à convaincre mais donne, mine de rien, du sens à la vie.

Editions du Livre de Poche – mai 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5