Lectures 2020

Face au vent, Jim Lynch

Traduit de l’américain par Jean Esch

J’avais envie de mer, de vent, d’embruns… j’ai donc ouvert ce livre que j’avais offert à monsieur l’année dernière, dans cette bien jolie collection poche de chez Gallmeister. Avec ce roman, le lecteur rentre dans l’intimité d’une famille qui consacre sa vie à la navigation et aux voiliers, la famille Johannssen. Installés dans la baie de Seattle, de père en fils, ils construisent, réparent, naviguent. La mère, elle, une scientifique, étudie la trajectoire du vent, des étoiles et voue un culte à Einstein, qui avait aussi la passion des bateaux. La cadette, Ruby, a ce don particulier, depuis sont tout jeune âge, de deviner le vent. Elle a aussi d’autres dons, qui impressionnent son entourage. Mais lorsque Ruby, lors d’une course, décide au dernier moment de faire un pied de nez à une victoire courue d’avance, c’est toute la famille qui éclate soudain. Douze ans plus tard, pourtant, le clan se reforme. Chacun a évolué ou stagné. Le grand-père Grumps souffre de divers maux. Le père se lamente un peu sur le sort de sa famille et de l’entreprise familiale. La mère cherche à résoudre un problème mathématique rare. Bernard passe son temps à fuir les autorités et parcourt la planète. Ruby essaye de sauver le monde, tandis que Josh enchaîne les rencontres amoureuses désastreuses. Vont-ils pouvoir de nouveau mettre le pied sur le même bateau ? Se retrouver ? Cela semble impossible, et pourtant… Face au vent est un beau roman, à la fois sensible et rude. C’est à travers les yeux de Josh que le récit est raconté, un Josh qui a à coeur de tout réparer et d’être là pour les siens. J’ai aimé cette rencontre avec des personnages aux caractères très différents, originaux, qui forment une famille improbable mais attachante.

Gallmeister – avril 2019

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Lectures 2020·Objectif PAL

Des fleurs et des épines, Valérie Gans… mon objectif pal d’avril !

Je continue à piocher dans cette sélection de livres de poche gagnés en 2017 avec le camion qui livre… Assez vite, au cours de ma lecture, je me suis rendue compte que Des fleurs et des épines était en quelque sorte le deuxième volet d’une série dont le précédent chapitre s’intitulait Bruit des silences. Mais peu importe, car cet opus se lit très facilement tout seul. Dans les premières pages, nous faisons la connaissance de Julie, sortie depuis un an d’une relation toxique avec un partenaire manipulateur et violent. Elle revient d’Afrique, où elle avait fui. A la surprise générale, elle est présente pour assister in extremis à l’accouchement de sa jeune nièce. Sa pratique médicale originale lui permet d’être embauchée sur le champ par le patron de la clinique, qui avait déjà eu vent des exploits de la sage-femme lors de sa mission humanitaire. Autour de la jeune femme, encore fragilisée par son ancienne liaison, naviguent des personnages bienveillants (sa famille, son chef) mais aussi d’autres plus malveillants, comme cette autre sage-femme, Mélanie, envieuse et son ex, Patrice, qui revient vers elle un temps, les bras chargés de fleurs et le sourire aux lèvres. De plus, elle sera confrontée à un cas de conscience, face à la détresse de la jeune Sophie, une amie de son neveu Bastien, embarquée dans un job d’étudiante peu commun, car elle a accepté de devenir mère porteuse. La jeune Sophie, apprentie cuisinière, n’a pas vraiment pesé en toute conscience les conséquences de son choix. Elle ne se doute pas non plus que les futurs pères de l’enfant sont à deux pas de chez elle. Valérie Gans a su dans son roman camper des personnages aux personnalités attachantes et nuancées. Mais je dois dire que je n’ai pas été séduite par contre par l’écriture trop feel good du livre. En effet, chaque situation intéressante, capable de mettre un peu de chaos dans l’histoire et d’animation, est à chaque fois résolue positivement, ce qui rend le tout assez mièvre et ne m’a pas donné envie, pour le coup, de lire la suite intitulée Le chant des lendemains. Ce titre n’était pas vraiment fait pour moi.

Editions Le livre de poche – juin 2016

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Coups de coeur·Lectures 2020·Objectif PAL

L’art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière… coup de coeur !

❤ J’ai pioché ce livre de circonstance dans ma PAL pour l’objectif pal du mois de mars. Je l’avais acheté en 2017 lors du passage du Camion qui livre non loin de mon lieu estival de vacances. Grâce à un jeu sur Instagram, j’avais ensuite gagné encore une dizaine de livres de cet éditeur (loin d’être tous lus à ce jour). Ouvrir cet essai de Dany Laferrière a été un enchantement lors des premiers jours du confinement. Dans les premières pages, en effet, il prône le ralentissement, la contemplation et l’art d’être présent à ce que l’on fait au moment où on le fait. Puis, petit à petit, comme partant de l’attrait du minuscule à beaucoup plus grand, et après avoir titillé et inspecté chacun de nos sens, Dany Laférrière s’intéresse au monde qui l’entoure et à son fonctionnement. Alors, il est question de Bush, d’Obama, de dictature, des parisiens et enfin de littérature. L’essai de Dany Laferrière, tout en restant apaisant, prend ainsi des allures magistrales. L’auteur compare Hemingway à Fitzgerald, nous permet de cotoyer Borgès et sa bibliothèque gigantesque, s’approche de Salinger, convoque Virgile. Le texte est entrecoupé de petites photos d’instants, qui sont comme des pauses dans la lecture et qui recadrent la pensée.

Ce livre ne se lit pas vraiment comme un roman, même si je l’ai lu d’une traite, comme tel. On pourrait penser aussi qu’il dresse un portrait en creux de Dany Laferrière, en une sorte de bilan personnel, mais non, pas réellement. L’auteur regarde beaucoup le monde qui l’entoure et est loin de tout rapporter à sa petite personne. Mais sa petite personne étant l’être humain qu’il connaît le mieux et depuis longtemps, il se prend souvent comme exemple, pour appuyer son propos. J’ai eu un gros coup de coeur pour cet essai particulier, hors normes, qui ne cherche pas à convaincre mais donne, mine de rien, du sens à la vie.

Editions du Livre de Poche – mai 2017

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Lectures 2020·Objectif PAL

Du fond de mon coeur, Jane Austen… mon objectif pal de février !

Lettres à ses nièces…

Traduit de l’anglais et présenté par Marie Dupin

Il était temps de sortir un livre de ma PAL ce mois-ci. Ce titre y était depuis que Nady m’en avait fait cadeau en août 2018. Un grand merci à elle ! L’écrivaine, Jane Austen, est très connue aujourd’hui. Ses romans ont été traduits dans le monde entier, et adaptés à plusieurs reprises. Mais de Jane Austen, la femme, nous ne savons en réalité pas grand chose. Nous savons seulement qu’elle est restée célibataire toute sa vie, et qu’elle a vécue en compagnie de sa soeur et de sa mère, au sein d’une ambiance familiale très unie. Issue de la gentry anglaise, elle est née le 16 décembre 1775 et décédera à Winchester le 18 juillet 1817. Avec la parution de Sense and Sensibility (publié de façon anonyme en 1811), Pride and Prejudice, Mansfield Park et Emma, elle connaît le succès. Deux autres romans, Northanger Abbey et Persuasion, seront publiés de façon posthume et Sanditon ne sera jamais achevé. Après sa mort, sa soeur Cassandra détruira une partie de leur correspondance. Il reste cependant ces lettres, envoyées à ses nièces, dans lesquelles elle les guide en matière d’écriture ou de relations amoureuses. Les lire se révèle à la fois très frustrant (car Jane Austen fait référence à des connaissances et des faits qui nous sont inconnus) et très émouvant (car se dessine en creux une personnalité remplie de bienveillance et d’espièglerie). Lorsque Jane Austen meurt en 1817, seuls quatre de ses romans ont été publiés et elle n’est pas encore connue du grand public, ce qui ne sera pas le cas dans les années qui suivirent, son succès grandissant. C’est pourquoi Edward Austen-Leigh publia en 1869 A Memoir of Jane Austen, censée être la biographie officielle de l’auteure. Il interroge alors sa famille, et notamment les nièces de l’auteure. On trouve dans ce recueil par exemple la réponse d’Anne, qui part alors à la recherche de ses souvenirs d’enfant. Leur matière incertaine et partielle donne aussi un portrait émouvant de l’auteure qui semble avoir été avant tout une tante affectueuse et présente. J’ai choisi ce livre aussi en raison du thème de mon prochain club de lecture, sur l’amour, et le moins que l’on puisse dire c’est que l’amour déborde de ce livre, en effet, l’amour que Jane Austen éprouvait pour sa famille. La Jane Austen que l’on imagine, via ses romans, se dévoile très peu ici, au détour de deux ou trois phrases peut-être, quand elle conseille Fanny sur ses relations amoureuses par exemple, ou quand elle s’amuse du comportement de ses concitoyens.

« Nous [ses neveux et nièces] ne la voyions pas comme une femme brillante et moins encore comme une femme célèbre, mais nous l’aimions parce qu’elle se montrait toujours bonne, attentive et prompte à s’amuser. »

Editions Le Livre de poche – janvier 2017

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Lectures 2020

C’est dimanche et je n’y suis pour rien, Carole Fives

J’ai adoré assister ce mois-ci à la lecture publique de Carole Fives d’Une femme au téléphone dans ma ville… Beaucoup d’humour, de dérision, de tristesse retenue dans sa lecture, qui m’a incitée à repartir avec deux livres, dont celui présenté aujourd’hui. Dans ce court roman, Léonore, la quarantaine, professeur de dessin, décide de partir vers le Portugal à la recherche de son premier amour. Rien que de très banal, diriez-vous ! Sauf que celui-ci est décédé depuis de nombreuses années. Léonore part en réalité à la recherche de sa tombe, après avoir enquêté en France en vain, avec la certitude à présent que son corps a été transféré dans son pays natal. Pourquoi cette quête si tardive ? Que va donc trouver Léonore là-bas ? José est mort à l’âge de dix-neuf ans. Il a repris sa voiture après avoir quitté Léonore, quinze ans, venue le retrouver sur son lieu de travail d’été. Depuis, le souvenir de l’accident, de sa culpabilité certaine, hante la jeune femme. Tout cela s’est passé en France, mais visiblement Léonore ne pourra pas faire l’économie du Portugal, ce pays dont José est parti contre son gré à l’âge de douze ans pour rejoindre ses parents. Carole Fives en profite d’ailleurs pour nous raconter de l’intérieur l’histoire des immigrations portugaises des années 70, l’installation en France, pas aussi glorieuse que souhaitée, et cette comédie des étés passés au pays, à laisser croire que fortune a été faite. Elle est très belle, et originale, cette histoire d’amour entre une femme de quarante ans et le fantôme d’un jeune homme encore très vivant dans sa mémoire. J’ai trouvé la quête de Léonore très poétique et émouvante. Malgré les démarches administratives et l’incompréhension de son entourage, elle sait qu’elle doit terminer leur histoire, se confronter à la réalité de la mort de José, voir sa tombe, pour enfin avancer. Lui avoir interdit de voir José accidenté avait laissé jusqu’à présent tout en suspend. En finit-on un jour avec son premier amour ? C’est ce à quoi Carole Fives tente de répondre dans ce roman où le Portugal use aussi de son charme avec une délicatesse envoûtante.

« Rien n’a changé, j’ai seulement vieilli, mais je reste cette adolescente qui apprend l’amour et la mort au même moment. L’amour et la mort si intimement liés, je les nomme l’amort.
L’amort c’est l’amour mais aussi la mort de tout nouvel amour possible.
L’amort c’est la condamnation même du projet amoureux. C’est le début, la fin, c’est l’absence, c’est vingt-cinq ans de mémoire figée. »

Editions Folio – décembre 2016

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Lectures 2020

Un goût de cannelle et d’espoir, Sarah McCoy

Ce titre avait été choisi par une des participantes de mon club de lecteurs pour Noël… Très bon choix, car effectivement l’intrigue de ce roman commence pendant cette fête. Mais c’est un Noël bien particulier auquel nous assistons, puisque Elsie, 16 ans, est invitée à une soirée nazie pour la nuit de Noël. Nous sommes en Allemagne, en 1944. Ses parents tiennent une boulangerie, sa soeur aînée Hazel est mère dans un Lebensborn. Elsie va finir cette soirée, presque fiancée à un gradé nazi, après avoir été pratiquement violée par un autre, et sauvée par un petit garçon juif. C’est ce même petit garçon qui toquera à sa porte quelques heures plus tard, et qu’elle va décider de cacher dans sa chambre. Soixante ans après, Reba, journaliste, toque aussi à la porte d’Elsie, alors boulangère au Texas. Et c’est ce que nous raconte ensuite Sarah McCoy, toute l’histoire d’Elsie entre cette nuit de Noël inoubliable et son arrivée aux Etats-Unis, mais aussi la quête de Reba vers un bonheur moins fragile. On tourne les pages de ce livre plein de rebondissements avec avidité, goûtant la personnalité attachante des protagonistes mais aussi les odeurs de boulangerie. Elsie est traversée par des sentiments complexes, son attachement à sa patrie, son amour pour les siens, mais aussi tout ce qu’elle ressent comme mauvais dans les agissements de ses compatriotes. Elle s’attache à Tobias, le jeune garçon juif. La Elsie plus âgée est pleine de sagesse et offre un refuge à une Reba un peu perdue. Dans ce contexte plus contemporain (nous sommes en 2007), Riki, l’homme qui vit avec cette dernière, travaille au service des Douanes et est confronté à une autre réalité. En protégeant les frontières des Etats-Unis, il met en danger des familles, des enfants, et sous couvert de devoir patriotique, a le sentiment de trahir ses origines. Un roman qui traite de conscience donc, et nous entraîne avec lui dans un voyage intime passionnant.

Merci Sonia pour le prêt !

Editions Pocket – avril 2015

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