Lectures 2022

Vivre vite, Brigitte Giraud… rentrée littéraire !

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Adepte de tout ce qu’écrit Brigitte Giraud, je n’avais rien lu d’elle depuis la sortie de Jour de courage. Il était évident qu’un passage en librairie suffirait pour que je craque sur son nouvel opus de rentrée littéraire. Ce titre, avec Quelque chose à te dire de Carole Fives (lu également), est dans la première liste du Goncourt 2022 (15 titres sélectionnés pour l’instant)… J’ai retrouvé dans ce livre l’écriture précise de Brigitte Giraud que j’aime tant. Elle revient sur le drame qui a bouleversé son existence, l’accident de moto qui a coûté la vie à son mari le 22 juin 1999. Avec les mots, et une accumulation de « et si » elle tente l’impossible, réécrire l’histoire. Cette vaine tentative d’essayer de tordre la réalité, de comprendre, de trouver des réponses à l’impensable, suscite chez le lecteur une grande émotion. On voudrait croire au pouvoir de l’écrivain en lisant ce récit. Oui, Brigitte Giraud va réussir à modifier le temps, à faire en sorte qu’un simple déménagement, et tous les concours de circonstances autour, ne parviennent pas à ce drame inéluctable. C’est une enquête sans concessions que mène l’autrice, qui en profite pour faire revivre Claude, mais également tous les détails d’une époque, les petits riens de ce 22 juin qui aurait dû se terminer autrement… Vingt ans après, alors que cette maison tant désirée, en quelque sorte coupable du drame (et que Claude a à peine connue), est en passe d’être vendue, Brigitte Giraud nous fait l’état des lieux de toutes ses questions restées sans réponse. Et elle fait battre notre coeur un peu plus vite, accrochés que nous sommes au compte à rebours qu’elle enclenche dès les premières pages.

Editions Flammarion – 24 août 2022

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Sélection Goncourt 2022

 

Lectures 2022

Trois mois et un jour, Karine Reysset

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Ma première lecture de Karine Reysset date de 2011, avec Les yeux au ciel. Depuis, je la suis, ainsi que toute la petite famille, puisque j’ai lu également à de nombreuses reprises des romans d’Olivier Adam et que j’ai lu les deux romans de leur fille, Juliette Adam. Il était peut-être alors d’autant plus troublant de rentrer, avec ce livre, dans l’intimité de cette famille, celle plus particulièrement de Karine Reysset, qui délaisse pour une fois le genre du roman pour s’intéresser à un épisode marquant de son enfance. Elle avait sept ans quand elle a perdu un petit frère de la mort subite du nourrisson. Il est décédé à l’âge de trois mois et un jour. Alors qu’aujourd’hui sa mère évoque l’idée de déménager la petite tombe, Karine ressent le devoir impérieux de commencer une enquête, vers cette période traumatisante de l’enfance, dont elle n’est pas bien certaine au final de saisir exactement tous les contours. S’était-elle vraiment endormie ? N’a-t-elle eu connaissance de cette perte que le lendemain ? Elle recueille toutes les traces possibles, les lettres, les photos, les témoignages de témoins. Mais elle parle aussi de sa fratrie, et de l’implication de cet évènement sur la famille toute entière. On peut passer une vie entière à chercher un frère avec lequel on a passé trop peu de temps. Elle se rend compte combien ses romans précédents, ont été déjà plein de Loïc, combien son présent en est rempli aussi… Et je ne pensais pas être aussi bouleversée par cette lecture qui examine scrupuleusement chaque détail, pour ne rien omettre de l’existence si courte de Loïc. Pourtant, rien n’a été caché dans cette famille aimante et digne, pas de secrets, là n’est pas le sujet. Il s’agit plutôt, il me semble, de donner vie et matière à un être, vivant à jamais dans les mémoires, et désormais dans ce livre. Cette enquête minutieuse, pour peu que l’on possède aussi personnellement quelques éléments biographiques accidentels, peut faire remonter des envies de fouiller également son propre passé. Cela a été le cas pour moi. Je remercie donc Karine Reysset d’avoir décollé ses strates intimes, avec son écriture délicate et juste, dans ce livre très fort.

Editions Flammarion – 12 janvier 2022

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Ma lecture de Comme une mère, Les yeux au ciel et L’Etincelle

Lectures 2021

Petite histoire des Artistes femmes, Susie Hodge

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Encore un titre reçu grâce à une opération Masse critique de chez Babélio. Je dois avouer que j’ai été attirée par cette couverture assez réussie, et par le thème. Comment résister à un ouvrage qui met en avant les artistes femmes, quand elles ne sont souvent que mises en marge ? Bon, soyons honnête, à réception j’ai été un peu déçue par le côté classique des pages intérieures, qui contrastent énormément avec la couverture, et c’est mon principal bémol sur ce livre, qui a par ailleurs beaucoup d’intérêt et a énormément intrigué mon fils, qui s’oriente vers une spécialité Art Plastiques en première et qui s’est dernièrement intéressé au surréalisme pour un devoir. L’ouvrage revient notamment sur les principaux mouvements artistiques, de la Renaissance à l’Art conceptuel, sous forme de fiches, mettant donc en avant les femmes phares de ces mouvements. Nous trouvons donc par exemple Berthe Morisot et Mary Cassat pour l’impressionisme, Marie Laurencin pour le cubisme, Tamara de Lempicka pour l’Art déco. Ces fiches sont très bien faites. Ensuite, le focus est mis sur certaines oeuvres. Je me suis arrêtée sur Autoportrait avec deux élèves de Adélaïde Labille-Guiard car j’avais vu un reportage sur Arte sur ces femmes peintres (dont elle fait partie) qui ont eu le courage de braver le machisme au XVIIIème en montant notamment des écoles de peinture pour femmes. Le recueil s’intéresse ensuite aux grands tournants, puis aux différents thèmes abordés, le tout permettant de brosser largement et d’une manière différente les oeuvres féminines. Ce livre est un catalogue, un dictionnaire, qui se picore bien plus qu’il ne se lit, vers lequel on revient, sur lequel on peut s’interroger. J’y ai retrouvé pour l’instant des artistes et mouvements connus mais aussi pas mal d’oeuvres dont j’ignorais l’existence. Mon fils m’a fait comprendre que cet ouvrage pouvait être pour lui à la fois source d’informations mais également source d’inspiration, et j’ai aimé que le biais exclusivement féministe ne l’interroge pas le moins du monde. Il ne faut donc pas s’arrêter sur l’esthétisme des pages intérieures de ce livre, qui pourrait freiner un lecteur qui se contenterait de le feuilleter, car ses fiches synthétiques sont très réussies et documentées, d’un grand intérêt. Pour peu qu’on s’intéresse un peu à l’art au féminin, on peut se rendre compte rapidement combien les femmes ont plus compté dans l’histoire de l’art qu’elle ne veut bien le laisser penser en général.

Editions Flammarion – avril 2021

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Lu dans le cadre d’une opération Masse critique de chez Babélio
La page du livre sur le site

Coups de coeur·Lectures 2020

Jamais la même vague, Frédéric Schiffter… ma rentrée de l’hiver 2020 !

❤ Si, comme moi, la littérature désenchantée de qualité vous manquait un peu, n’hésitez pas à plonger dans cette vague là… J’ai hésité à adosser un coup de coeur à cette lecture. Elle n’a en effet rien de révolutionnaire. Mais les coups de coeur discrets ont eux aussi le droit d’exister, surtout quand ils viennent ainsi par vagues, de chapitre en chapitre, vous conforter dans l’idée que vous êtes en train de lire un sacré bon roman, bien construit, plein d’images, de références littéraires, de réflexions sur le temps qui passe, la jeunesse, l’âge mur, et notre capacité à évoluer tout au long de notre vie. Nous suivons principalement deux personnages. D’un côté, il y a Alice qui, en 1974, à dix-sept ans, tombe amoureuse d’un surfeur californien sur la côte basque. Le couple convole très jeune en justes noces et part vivre aux Etats-unis. La jeune fille ignore au départ que la famille de Don est impliquée dans le trafic d’herbe. Leur business lucratif surfe en réalité sur la vague de l’engouement grandissant pour le surf. La marque de vêtements et accessoires Line up, dirigée par Don, s’avère en effet un paravent parfait. L’amour d’Alice pour Don aura pour autant du mal à survivre à cette réalité peu romantique, surtout que la jeune fille s’enthousiasme par ailleurs pour ses études d’histoire de l’art et pour un couple d’intellectuels voisins. D’un autre côté, le lecteur suit Boris, un avocat pénaliste de Paris, d’âge mur, connu pour défendre les indéfendables, comme ce skinhead impliqué dans la mort d’un jeune anti fachiste. Contre toutes attentes, son client se radicalise en prison, ce qui déstabilise beaucoup l’avocat, certain que le jeune homme n’a fait que troquer un embrigadement pour un autre. Mais depuis qu’il a rencontré une certaine Alice, Boris sait où est le bonheur et que l’amour véritable n’est pas l’apanage de la jeunesse. Je n’avais encore jamais lu Frédéric Schiffter. Il faut dire que ce livre est plus ou moins son premier roman. J’ai retrouvé chez lui des accents d’écriture et de portraits que j’aimais dans les meilleurs opus d’Olivier Adam par exemple. Et c’est je crois ce qui m’a plu dans ce roman, ce retour aux sources vers le type de romans que j’aime lire. Frédéric Schiffter nous entraîne dans un monde où le bonheur est fragile, la descente aux enfers possible, la réalité crasse et les destins pas toujours positifs. Mais n’est-ce pas un peu ainsi que s’agite la vie ?

Editions Flammarion – 8 janvier 2020

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Lectures 2019

Les listes d’Elisabeth, Lulah Ellender… coup de coeur !

❤ Je dois avouer que je suis rentrée à tâtons dans ce récit… dans lequel j’ai craint au départ de m’ennuyer. Et voilà qu’il s’est avéré être hautement addictif et en réalité passionnant. Je vous raconte… Alors que sa grand-mère est morte depuis de très nombreuses années, Lulah hérite d’un carnet, un carnet rempli de listes, écrites d’une petite écriture serrée et sage. Ces listes donnent à Lulah envie de partir à la recherche de sa grand-mère et de sa vie peu commune. Enfant de diplomate, Elisabeth était déjà habituée aux déplacements et aux voyages dans les années 30, puis elle se marie avec un employé d’ambassade et parcourt ainsi le monde pendant le seconde guerre mondiale, en compagnie de ses propres enfants… Le texte est agrémenté de photographies qui plantent les différents décors dans lesquels a évolué Elisabeth. Voilà qui est d’autant plus touchant que Lulah nous révèle assez vite que sa propre mère sera très tôt orpheline, et aussi que celle-ci vient de contracter un cancer. Tandis que la maladie atteint ainsi sa mère, Lulah lutte contre cette perte prochaine et oublie son chagrin en fouillant le passé et en remettant à la lumière un âge d’or exotique et fascinant. Mis à part le fait que ma propre grand-mère s’appelait aussi Elisabeth et que, dans ma famille, on a également cette manie des listes, j’ai aimé ce récit pour de multiples raisons. Tout d’abord, nous naviguons dans une période pendant laquelle mes parents sont nés, et Lulah réussit très bien à décrire cette époque. Elle la rend extrêmement vivante et palpable, passionnante. De plus, j’ai aimé rencontrer cette femme, qui a réellement existé, et comprendre qu’elle avait inventé à sa manière le principe du Bullet journal, consignant des choses, mais pas seulement, se servant de son journal de bord comme un moyen de tenir à distance cette dépression qui l’a tiraillée de temps en temps, et surtout après la naissance de ses garçons. L’écriture de Lulah est de plus intelligente, précise, documentée, sensible. Ce livre est un voyage émouvant au pays des femmes et également un témoignage sur ce qui peut lier des générations entre elles.

« Je pense que pour Elisabeth, ces listes de voyage lui rappellent la possibilité de s’échapper. Les listes sont vitales pour ses préparatifs, et elle est fière de sa capacité à organiser sa vie compliquée et celle de Gerry, mais il y a également une forme de liberté à réduire l’acte de voyager à ses bases. Les listes sont alors des tremplins pour l’aventure, brandissent la promesse qu’à un moment dans l’avenir, elle sera sur la route et plongée une fois de plus dans un environnement inconnu. »

Les Escales – 24 octobre 2019

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En lecture commune avec… Sylire

Lectures 2019

Jour de courage, Brigitte Giraud… coup de coeur !

❤ Je suis une adepte de l’écriture de Brigitte Giraud. Il était donc évident que j’allais lire son roman de rentrée littéraire… Avec cette auteure, j’ai pourtant toujours la crainte d’être déçue, comme avec les choses que l’on aime… Allais-je retrouver ce plaisir de lecture déjà rencontré dans Avoir un corps ou Pas d’inquiétude  ? Allais-je retrouver ce style qui me laisse à penser que je suis à la maison, confortablement installée dans une écriture qui me plaît et me convient ? La réponse est oui. Mais ceux qui ont déjà lu ce titre peuvent le dire, combien la forme de ce nouveau roman de Brigitte Giraud est surprenante ! Nous sommes dans un lycée, en cours d’histoire, et Livio, 17 ans, s’apprête à faire un exposé. Il a choisi de parler de Magnus Hirschfeld, un médecin juif-allemand qui s’intéressait particulièrement aux droits des homosexuels dès le début du XXème siècle, de l’institut de sexologie qu’il a créé, et de l’autodafé nazi qui a détruit son oeuvre et ses travaux. Il fut le premier à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et dans sa globalité, et est connu pour être un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle, en luttant par exemple contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175, paragraphe au nom duquel de nombreux homosexuels ont par exemple été envoyés en camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale. Le lecteur est suspendu aux lèvres du jeune homme et à l’exposé brillant qu’il délivre sous nos yeux. Mais, le regard s’attarde aussi sur Camille, sur Madame Martel, la professeur d’histoire, sur les camarades du jeune homme, qui semblent à la fois s’ennuyer et s’intéresser au vrai message que tente d’exprimer Livio. Car Livio est en même temps en train de faire son coming out, devant celle qui pensait être encore sa petite amie il y a quelques minutes, devant sa classe et tout le lycée par extension. Quelles seront les conséquences de cet aveu ? Brigitte Giraud se contente d’énoncer les faits, n’apporte aucun jugement de valeurs, ni ne cherche à convaincre. Seul Livio émet une opinion sur ce qu’aurait pu être le monde si Magnus Hirschfeld avait pu continuer librement ses travaux, sur le temps que l’on aurait gagné (peut-être) en acceptation et en changement des mentalités sur le sujet… Livio se heurte aussi à l’indifférence polie de son éditoire et c’est une souffrance pour le lecteur de constater cet état de fait, comme si tant de connaissance et d’intelligence étaient bêtement gâchées. Merci alors à Brigitte Giraud pour son livre, d’avoir mis ce Magnus Hirschfeld en lumière et de porter par son écriture le courage de tous les Livio de la terre ! Un livre fort, émouvant, que l’on referme en frissonnant.

Flammarion – 21 août 2019

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Une autre lecture chez… Joëlle