Coups de coeur·Lectures 2021

Les Bordes, Aurélie Jeannin… coup de coeur !

 

❤ Déjà, j’avais adoré son Préférer l’hiver.  Et voici qu’Aurélie Jeannin de nouveau m’enchante, ou plutôt devrais-je dire,… me bouscule, avec ce nouvel opus. Ce titre est mon premier coup de coeur de l’année et (outch) quel coup de coeur ! Mais je vais peut-être un peu vite… Je dois tout d’abord vous parler du contexte, car chaque lecture a un contexte. J’ai, dernièrement, été amenée à me rappeler de ces années vécues en compagnie de mes enfants en bas âge, années qui n’ont pas toujours été faciles, sans rentrer dans les détails. Quelqu’un, que je connais depuis longtemps, s’en est d’ailleurs rappelé il y a quelques jours, ce qui m’a beaucoup troublé. Le temps a passé, mes petits sont devenus grands, et j’ai tendance à croire en général à la transparence de ce que je vis aux yeux des autres. Bref, pleine de cette émotion, j’ai ouvert le livre d’Aurélie Jeannin et j’ai été immédiatement transportée dans cette époque, moi/le personnage principal au volant, mon/son garçon et ma/sa fille à l’arrière, le désarroi, la solitude, l’épuisement, l’amour fou, et ma/sa conviction de mon/son incompétence maternelle. Ce début de lecture a donc été d’une force énorme. Je me suis sentie en pleine empathie avec ce personnage principal, prénommée Brune, une empathie qui n’a cessé d’être jusqu’à la dernière ligne de ce livre. Même si, ensuite, je ne me suis pas reconnue dans les événements qu’elle vit (fort heureusement). L’histoire ? Brune, jeune mère de jeunes enfants, est en route pour retrouver son mari et sa belle-famille aux Bordes. C’est une femme intelligente, juge de profession, confrontée quotidiennement à l’indicible, et qui a à coeur de maîtriser les risques pour sa propre nichée. Elle redoute les maladies, les accidents, les enlèvements. Alors elle guette, elle anticipe, elle passe sa vie aux aguets, tout en étant complètement anéantie par l’ampleur de la tâche et par son rôle de mère. Comme chaque dernier week-end de juin, il faut retrouver en plus cette belle famille qui la déteste… Ce livre, très fort, a bousculé la mère en moi mais il a aussi le talent de ne pas nous laisser tranquille, de nous tenir en haleine, de nous malmener jusqu’au dénouement final, qui sidère. Et quelle écriture magnifique ! Un livre très fort donc, que j’ai dévoré.

« Le pire était toujours possible ici. Tout lui paraissait plus risqué. Le bord de la baignoire plus glissant. Les arêtes des meubles plus vives. Elle était prise de panique. Tout était noir. Elle ne parviendrait jamais à garder ses enfants vivants. Ils mourraient avant elle. Voilà ce que Les Bordes lui disaient. Ce lieu et ces gens la rendaient noire en dedans. »

Editions Harper Collins – 13 janvier 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une lecture faite dans le cadre d’une opération Masse critique spéciale de Babélio

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Lectures 2020

Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites, Kristan Higgins

J’avais envie d’une lecture plus légère après mes lectures de rentrée littéraire. J’ai donc commencé ce titre à la couverture jaune pleine de peps. Mais loin du feel good présumé, cette lecture qui ne déroge pas pour autant au principe du happy end, s’est avérée une lecture assez profonde et émouvante… Bref, j’ai pleuré. Seize ans après leur rencontre dans un camp d’été pour jeunes-filles en surpoids, trois amies se retrouvent. Mais les circonstances sont dramatiques. Emerson, qui n’avaient plus donné de nouvelles depuis un moment, est à l’hôpital, et vit ses derniers jours. Elle est arrivée à un stade de surpoids tel qu’elle ne peut plus depuis longtemps sortir de chez elle. Ses deux amies sont à la fois tristes et horrifiées. Emerson leur donne, avant de mourir, la liste qu’elles avaient rédigé ensemble autrefois, de ces choses à faire quand elles seront minces, comme de rentrer son T-Shirt dans son pantalon, manger un dessert en public, etc… Georgia et Marley, qui sont colocataires, décident de relever le défi, en hommage à Emerson et sans doute aussi par culpabilité. Elles ne se sont pas rendues compte de la détresse de leur amie, ni qu’elle était devenue la proie d’un gaveur (ces hommes qui prennent plaisir à nourrir et voir grossir leur compagne). Georgia, après des études de droit, est à présent institutrice. Son estomac lui fait mal tous les jours mais elle tait cette douleur en elle, comme le prix à payer d’un corps qui finalement mincit et d’une rupture avec un ex charmant qu’elle a tout fait pour faire fuir. Marley, elle, vit mieux ses rondeurs, a appris à les mettre en valeur, s’épanouit dans sa profession de cuisinière, aime manger. Pour autant, elle traîne avec elle le fantôme de sa jumelle décédée à quatre ans, et accepte l’invitation saugrenue d’un type étrange chez qui elle livre quotidiennement des repas… Kristan Higgins a su dans ce roman étudier notre rapport particulier avec la nourriture, les implications du passé et de notre environnement sur notre poids, au-delà de la simple explication de la génétique. Elle aborde aussi tout le lien que nous entretenons en général avec notre corps et combien il est difficile parfois de se laisser approcher ou aimer. En reprenant ce livre, le soir, j’avais l’impression de retrouver des copines autour d’un verre, tant le ton est par ailleurs alerte et joyeux. Une belle surprise de lecture que je vais m’empresser de faire circuler…

Harper Collins poche – avril 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Mylène

Coups de coeur·Lectures 2020

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin… coup de coeur !

❤ J’ai craqué sur ce titre, et ce que promettait la quatrième de couverture de ce livre, sans me douter où je mettais les pieds… Et voici que je suis tombée sous le charme de ce premier roman très réussi, un gros coup de coeur de lecture ! Dans ce récit, deux femmes ont décidé de vivre dans une cabane en forêt, une mère et sa fille adulte. Le lieu était l’ancienne dépendance de leur ancien logement, un endroit réservé aux invités de passage. Elles en ont fait un refuge, où toutes les deux pansent leurs plaies et tentent de taire leurs drames passés. Le quotidien est fait de petites choses, jardinage, entretien de la maison, cuisine, lectures… Seules des phrases échappées de leurs lectures sont de temps en temps échangées entre elles, et tout ce qui est nécessaire à la bonne marche de la maison. Lorsque l’hiver est là, la vie s’en trouve encore plus rétrécie. Les deux femmes sortent peu, seule la plus jeune part de temps en temps faire quelques courses dans ce supermarché où elle travaillait autrefois. Et c’est sans doute l’aspect confiné de leur vie qui a fait écho en moi en ces temps troublés, tout ce qu’elles doivent compter dans leurs réserves, leur manière prudente de s’organiser, leurs sorties réduites au minimum. Mais également la relation qu’elles entretiennent avec la nature, avec leur environnement, loin de l’agitation et de la promiscuité des villes, dans une solitude choisie. Bien entendu, l’extérieur ne peut être continuellement tenu à distance. Le téléphone sonnera, avant d’être débranché. Il y aura de la visite. Et les pensées seront continuellement peuplées des autres, et du passé, impossibles à étouffer. Laissez vous tenter, dès que vous le pourrez, par ce premier roman, par cette écriture aussi poétique que juste, par le souffle qu’insuffle Aurélie Jeannin dans ce livre, surtout si vous aimez la lenteur et l’introspection.

« Elle ne s’habille pas, elle couvre son corps pour ne pas avoir froid. Ses vêtements ne semblent jamais sales. Elle a réduit son vestiaire au minimum, comme s’il fallait supprimer encore et encore. S’alléger non pas tant des choses mais des questionnements qu’elles suscitent. Peu à peu, Maman limite le champ. L’espace dans la cabane de plus en plus restreint pour qu’il y ait de moins en moins de connexions. Dans ce cadre aux marges affaiblies, nous survivons parce qu’il y a dehors, ou l’espoir de dehors. »

Editions Harper Collins – janvier 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Miscellanées

Lectures 2019

Ubuntu (je suis car tu es), Mungi Ngomane

Quelque chose, dans ce livre, m’a attiré dès le départ avec une force impérieuse, sans doute ce mot étrange sur la couverture que je ne connaissais pas, Ubuntu, associé à cette promesse « leçons de sagesse africaine ». Sans doute le poids délicieux et réconfortant de l’ouvrage et ses couleurs chatoyantes. Et je suis contente d’avoir été au bout de ma curiosité. J’ai en effet eu l’impression d’être initiée avec lui à une philosophie africaine dont j’ignorais l’existence mais qui explique tellement d’événements. Je me suis toujours demandée comment avait été si bien gérée la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, grâce à Ubuntu. Comment parfois certaines situations avaient été désamorcées avec un rire et une danse, Ubuntu… encore. Ubuntu est une philosophie à l’origine sud-africaine qui croît en l’être humain et en ses liens, et qui pousse à respecter l’autre, comme part essentielle de notre propre être. Adopter cette philosophie au quotidien, c’est chercher à surmonter les divisions, décider d’être plus forts ensemble. Le texte se présente sous la forme d’un livre de développement personnel et offre 14 leçons pour tout comprendre des clefs de cette manière de penser. Il met en avant la bienveillance, le pardon, la tolérance et le pouvoir de l’écoute, pour que chacun trouve sa place, ensemble ( 1° se voir dans autrui – 2° l’union fait la force – 3° se mettre à la place des autres – 4° élargir sa perspective, etc…) La philosophie Ubuntu correspond véritablement à ce que je tente de faire en général quand je mets en place des projets (par exemple sur ce blog) et j’ai été ravie d’y retrouver mes aspirations profondes. Mais cette philosophie va plus loin encore, et le montre via des exemples concrets (ainsi cette amitié née entre Mandela et son geôlier), elle invite aussi à aller trouver son ennemi, parfois son tortionnaire, et à tenter de le comprendre pour apaiser les tensions et retrouver la paix. Voilà qui n’est pas simple. Ecrit par la petite fille de Desmond Tutu, ce livre s’avère à ce stade d’une force incroyable. Et je crois qu’il faut véritablement aller au-delà de la forme, faussement légère, de cet ouvrage pour l’apprécier. Il intéressera tous ceux qui veulent comprendre la fondation et l’esprit des grands mouvements impliquant des personnes originaires d’Afrique noire, mais pas que. Ubuntu a inspiré beaucoup de personnes, de tous horizons, par capillarité et ce livre, qui est aussi un recueil de récits inspirants, en témoigne largement. Un texte à conserver précieusement et à feuilleter régulièrement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Harper Collins – 16 octobre 2019

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