Lectures 2020

L’Anomalie, Hervé Le Tellier… rentrée littéraire 2020 !

On peut dire, à ce stade, que je suis devenue une adepte des écrits de Hervé Le Tellier. J’ai en effet lu Assez parlé d’amour, son Moi et François Mitterand, et Toutes les familles heureuses. Membre de l’Oulipo, Hervé Le Tellier sème dans ses romans des sortes de jeux d’écriture que, pour être honnête, je ne repère pas toujours, mais qui donnent je pense à sa narration cette structure qui me plaît, souvent très originale. J’ai donc été ravie que l’on me propose de recevoir, dans le cadre d’une opération Masse critique spéciale de chez Babélio, son roman de rentrée littéraire. En juin 2021, les passagers d’un vol Paris-New York subissent de violentes perturbations. Lorsque la phase critique est dépassée, ils sont tous soulagés et ont hâte d’atterrir, avec l’intime conviction d’avoir connu un événement hors du commun. Ils ne vont pourtant pas être au bout de leurs surprises… Par ailleurs, de par le monde, de nombreux voyageurs d’un autre vol Paris-New York sont peu à peu emmenés par les autorités. Ils vont bientôt être confrontés à l’inimaginable. J’essaye de ne pas trop vous dévoiler cette intrigue qui tient sur sa révélation de milieu de livre. Nous faisons au départ connaissance avec une ribambelle de protagonistes qui ont tous comme point commun le même vol Paris-New york. Et j’ai aimé cette ambiance de roman choral, qui m’avait déjà plu dans Assez parlé d’amour. Parmi les centaines d’hommes, de femmes et d’enfants du vol, le narrateur va particulièrement s’intéresser à quelques familles plus ou moins bancales, des personnalités et un  auteur, Victor Miesel, l’auteur d’un ouvrage intitulé L’Anomalie (tiens tiens) et qui s’est donné la mort sans explications. Hervé Le Tellier, dans une année 2020 déjà bien particulière, nous propose d’imaginer une année 2021 encore plus extraordinaire, le jeu d’événements inexplicables, et à même de remettre en cause le principe même de notre humanité. Et c’est assez jouissif, intelligent et perturbant !

Editions Gallimard – 20 août 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5


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Lectures 2017

Toutes les familles heureuses, Hervé Le Tellier

«Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » (Tolstoï, Anna Karénine)

Tu ne savais pas vraiment à quoi t’attendre avec ce titre de rentrée littéraire d’Hervé Le Tellier… sauf que tu avais beaucoup aimé son Assez parlé d’amour et son Moi et François Mitterand, lus précédemment. Dans ces deux titres, tu as vite repéré une sorte de jeu oulipien (Car Hervé Le Tellier en est un des membres), que tu n’as pas du tout retrouvé dans celui-ci. Pour autant, le début de ta lecture a été un peu hanté par cette recherche, avant de te rendre à la conclusion légitime que l’auteur y racontait finalement certainement seulement l’histoire de sa famille.

« Très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti. Un enfant n’a parfois que le choix de la fuite ; il devra à son évasion, au risque de la fragilité, d’aimer plus fort encore la vie. »

Comment survivre à l’absence d’un père dont au final on ne portera pas le nom ? A l’inconsistance d’un beau-père qui n’assume pas son rôle ? A l’inconséquence d’une mère au comportement toxique et mal aimant ? Hervé Le Tellier se permet de raconter son histoire dans ce livre, alors que tous les protagonistes sont morts et que sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer, ne peut plus réaliser ce qu’il se passe autour d’elle. Il s’agit de partir à la recherche de ses souvenirs, et ce qui t’a avant tout choqué, toi lectrice, est le vide que le lecteur rencontre alors. La famille d’Hervé Le Tellier est malheureuse de cette façon, avec l’absence de sentiments, de gestes tendres, de sincérité, le tout baigné dans une atmosphère bourgeoise à la fois confortable et indifférente. Le jeune homme partira donc très tôt de chez ses parents, sur une sévère dispute, et rencontrera ailleurs la chaleur de l’amour et de l’amitié. Tu as été à la fois tenue éloignée (la plupart du temps) par ce texte et finalement émue par certains passages et de se rendre compte de ce que c’était que de grandir ainsi au milieu de tant de froideur… Il ne restera sans doute pas ton livre préféré d’Hervé Le Tellier, tellement tu avais été séduite par Assez parlé d’amour, et tellement tu avais ri avec Moi et François Mitterand. Un récit pudique et qui compte certainement beaucoup pour l’auteur.

JC Lattès – août 2017

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