Lectures 2019

UnPur de Isabelle Desesquelles… dans « ma rentrée littéraire » !

    Ma rentrée littéraire

Et voilà qu’Isabelle Desquelles étonne encore, après son titre Je voudrais que la nuit me prenne, publié l’an dernier… Quel talent ! Encore une fois, cependant, je trouve que la couverture ne rend pas justice au contenu de ce roman dont il faut impérativement appréhender le potentiel douloureux avant ouverture. Ce livre, très fort, n’est pas pour tout le monde, il peut énormément déranger. Benjamin, huit ans, est en effet enlevé à Rome alors qu’il y séjourne pour des vacances en compagnie de sa mère et de son frère jumeau. Le voici sous la coupe d’un homme libidineux et pédophile, qu’il surnomme le Gargouilleur. Ce dernier le force à des actes sexuels, puis l’entraîne à kidnapper en sa compagnie d’autres enfants. Devenu adolescent, Benjamin arrive enfin à s’échapper, mais ne cherche pas à retrouver sa famille. Pourquoi ? Le voici bientôt en couple avec une femme plus âgée, la veuve blonde, mère d’une fillette, Marie. Mais les pensées de Benjamin vacillent. Il lutte férocement contre son attirance croissante pour le corps de nymphette de Marie. Va-t-il succomber, ou choisir de fuir encore ? En tant que lectrice j’ai été à ce moment là partagée entre dégoût et admiration, dégoût pour cette ambiance qui rappelle évidemment le Lolita de Nabokov (auteur d’ailleurs cité en fin d’ouvrage) et admiration pour le talent d’écriture d’Isabelle Desquelles qui sait ainsi admirablement disséquer tous l’éventail des émotions ambivalentes ressenties par Benjamin. Un procès se profile en cours de narration et l’auteure en profite pour nous mener encore une fois pas le bout du nez. Serait-ce sa marque de fabrique ? Si c’est le cas, j’en redemande sans soucis. Car malgré quelques scènes insoutenables et dures, Isabelle Desquelles sait nous faire tourner les pages, presque nous faire rêver, puis nous embrouiller et nous récupérer en fin de roman, sur un fil.

« C’est facile de voler un enfant. »

Editions Belfond – 22 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Sylire
Retrouvez pendant cette rentrée nos lectures communes sous #jelislarentreeavecsylire

Lectures 2018

Je voudrais que la nuit me prenne, Isabelle Desesquelles… Rentrée littéraire 2018

  

Voici un titre de rentrée très poétique, dont il est bien difficile de parler sans en tout dévoiler… mais qui mérite réellement votre lecture. Tout d’abord, je dois dire que ce n’était pas celui qui m’attirait le plus dans ma pile de rentrée littéraire, une impression de facilité dans le titre, une photo sur le bandeau qui ne me plaisait pas vraiment, le sentiment que j’allais lire une histoire cent fois lue. Mais comme j’avais tort ! Clémence grandit auprès de parents un peu excentriques et doux, amoureux de la lecture, amoureux tout court. Rosalie et Alexandre ont choisi de vivre dans un petit village. Alexandre est instituteur. Rosalie s’occupe d’entretenir les grandes maisons vides des alentours pendant l’absence des propriétaires. Mamoune, la grand-mère, vit tout près de chez eux, et élève sa petite fille Lise, délaissée par ses parents. Le bonheur est complet, total, fragile. Il est fait de la vie dans ce qu’elle a de plus brut et sauvage, et de petits moments précieux que l’on se repassera plus tard au rétroprojecteur des souvenirs, quand on sera vieux… si l’on devient vieux. Le drame couve dans ce roman, se fait discret puis éclate enfin, et on se rend compte que depuis le début il était là, qu’on ne le voyait pas, ne le devinait pas, qu’on s’était laissé entraîner béatement dans une banale histoire familiale que ce roman n’était pas. Isabelle Desesquelles ne nous offre en effet pas son enfance sur un plateau avec ce récit, elle nous transporte ailleurs, dans le désir de la jeunesse éternelle, dans les chemins qui bifurquent et ne préviennent pas, dans l’impossible deuil. Un très très beau roman, étonnant aussi de sensualité, à découvrir absolument !

Editions Belfond – 16 août 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

« Ne fais pas comme moi, ma Clémence, à te laisser bousculer par ce qui n’est plus. Ne laisse pas les souvenirs te serrer de trop près. Tu t’en souviendras ? »

D’autres lectures chez… Sylire, Joëlle et Cathulu