Lectures 2019

Sonate pour Haya, Luize Valente

Je suis en général séduite par les publication des éditions Les Escales… En effet, mis à part une ou deux déceptions, je n’ai eu souvent que de belles surprises avec les romans de cette maison d’édition. Le roman que je présente ce jour ne restera malheureusement pas pour autant dans la liste de ceux que je préfère. Il est pourtant très bien écrit et j’ai été très heureuse pour une fois de partir à la découverte d’une jeune auteure portugaise. Mais j’ai été peu emballée par l’histoire que nous raconte Luize Valente dans ce livre. Une vague impression de déjà lu, et puis aussi le sentiment que certains personnages ont été moins fouillés qu’ils auraient pu l’être. L’histoire ? Nous sommes en 1999. Amalia, une jeune portugaise, part à la découverte de son passé. Elle fait la rencontre tardive de son arrière grand-mère Frida à Berlin, et déterre ainsi le passé nazi de sa famille, et notamment de son grand-père Friedrich, dont on lui avait caché l’existence. Il a laissé derrière lui une partition, une Sonate pour Haya, dont elle hérite, et cette histoire étrange du sauvetage d’un bébé juif. Elle part donc à la recherche de réponses à Rio, où Haya et sa mère vivent peut-être encore… Le lecteur quitte alors le personnage d’Amalia, auquel il s’était attaché, pour entendre l’histoire d’Adèle, la mère d’Haya, le bébé juif sauvé. Et c’est sans doute ce qui m’a déplu dans ce roman, perdre ainsi de vue 1999 et plonger dans les années 30, la montée du nazisme, aussi longuement. Suivre Adèle de Berlin en Pologne, puis à Auschwitz, ne manque pas d’intérêt. Et les horreurs décrites, insoutenables, méritent d’être de nouveau écrites, bien sûr, pour ne pas oublier. Mais j’aurais aimé je crois, connaître un peu mieux Amalia et sa famille portugaise, ses parents, savoir dans quelles circonstances ils ont coupé les ponts avec leur passé nazi, décidé de partir au Portugal. Je suis également restée en fin de récit, un peu sur ma faim. C’est un roman qui plaira pour autant beaucoup aux lecteurs que cette période de l’histoire intéresse et fascine. Je vais d’ailleurs le proposer en seconde chance à mon club de lecture…

Editions Les Escales –  7 novembre 2019

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En lecture commune avec… Sylire

Lectures 2019

Les listes d’Elisabeth, Lulah Ellender… coup de coeur !

❤ Je dois avouer que je suis rentrée à tâtons dans ce récit… dans lequel j’ai craint au départ de m’ennuyer. Et voilà qu’il s’est avéré être hautement addictif et en réalité passionnant. Je vous raconte… Alors que sa grand-mère est morte depuis de très nombreuses années, Lulah hérite d’un carnet, un carnet rempli de listes, écrites d’une petite écriture serrée et sage. Ces listes donnent à Lulah envie de partir à la recherche de sa grand-mère et de sa vie peu commune. Enfant de diplomate, Elisabeth était déjà habituée aux déplacements et aux voyages dans les années 30, puis elle se marie avec un employé d’ambassade et parcourt ainsi le monde pendant le seconde guerre mondiale, en compagnie de ses propres enfants… Le texte est agrémenté de photographies qui plantent les différents décors dans lesquels a évolué Elisabeth. Voilà qui est d’autant plus touchant que Lulah nous révèle assez vite que sa propre mère sera très tôt orpheline, et aussi que celle-ci vient de contracter un cancer. Tandis que la maladie atteint ainsi sa mère, Lulah lutte contre cette perte prochaine et oublie son chagrin en fouillant le passé et en remettant à la lumière un âge d’or exotique et fascinant. Mis à part le fait que ma propre grand-mère s’appelait aussi Elisabeth et que, dans ma famille, on a également cette manie des listes, j’ai aimé ce récit pour de multiples raisons. Tout d’abord, nous naviguons dans une période pendant laquelle mes parents sont nés, et Lulah réussit très bien à décrire cette époque. Elle la rend extrêmement vivante et palpable, passionnante. De plus, j’ai aimé rencontrer cette femme, qui a réellement existé, et comprendre qu’elle avait inventé à sa manière le principe du Bullet journal, consignant des choses, mais pas seulement, se servant de son journal de bord comme un moyen de tenir à distance cette dépression qui l’a tiraillée de temps en temps, et surtout après la naissance de ses garçons. L’écriture de Lulah est de plus intelligente, précise, documentée, sensible. Ce livre est un voyage émouvant au pays des femmes et également un témoignage sur ce qui peut lier des générations entre elles.

« Je pense que pour Elisabeth, ces listes de voyage lui rappellent la possibilité de s’échapper. Les listes sont vitales pour ses préparatifs, et elle est fière de sa capacité à organiser sa vie compliquée et celle de Gerry, mais il y a également une forme de liberté à réduire l’acte de voyager à ses bases. Les listes sont alors des tremplins pour l’aventure, brandissent la promesse qu’à un moment dans l’avenir, elle sera sur la route et plongée une fois de plus dans un environnement inconnu. »

Les Escales – 24 octobre 2019

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En lecture commune avec… Sylire

Lectures 2019

UnPur de Isabelle Desesquelles… dans « ma rentrée littéraire » !

    Ma rentrée littéraire

Et voilà qu’Isabelle Desquelles étonne encore, après son titre Je voudrais que la nuit me prenne, publié l’an dernier… Quel talent ! Encore une fois, cependant, je trouve que la couverture ne rend pas justice au contenu de ce roman dont il faut impérativement appréhender le potentiel douloureux avant ouverture. Ce livre, très fort, n’est pas pour tout le monde, il peut énormément déranger. Benjamin, huit ans, est en effet enlevé à Rome alors qu’il y séjourne pour des vacances en compagnie de sa mère et de son frère jumeau. Le voici sous la coupe d’un homme libidineux et pédophile, qu’il surnomme le Gargouilleur. Ce dernier le force à des actes sexuels, puis l’entraîne à kidnapper en sa compagnie d’autres enfants. Devenu adolescent, Benjamin arrive enfin à s’échapper, mais ne cherche pas à retrouver sa famille. Pourquoi ? Le voici bientôt en couple avec une femme plus âgée, la veuve blonde, mère d’une fillette, Marie. Mais les pensées de Benjamin vacillent. Il lutte férocement contre son attirance croissante pour le corps de nymphette de Marie. Va-t-il succomber, ou choisir de fuir encore ? En tant que lectrice j’ai été à ce moment là partagée entre dégoût et admiration, dégoût pour cette ambiance qui rappelle évidemment le Lolita de Nabokov (auteur d’ailleurs cité en fin d’ouvrage) et admiration pour le talent d’écriture d’Isabelle Desquelles qui sait ainsi admirablement disséquer tous l’éventail des émotions ambivalentes ressenties par Benjamin. Un procès se profile en cours de narration et l’auteure en profite pour nous mener encore une fois pas le bout du nez. Serait-ce sa marque de fabrique ? Si c’est le cas, j’en redemande sans soucis. Car malgré quelques scènes insoutenables et dures, Isabelle Desquelles sait nous faire tourner les pages, presque nous faire rêver, puis nous embrouiller et nous récupérer en fin de roman, sur un fil.

« C’est facile de voler un enfant. »

Editions Belfond – 22 août 2019

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Lectures 2019

Après la fête de Lola Nicolle… dans « ma rentrée littéraire » !

« Ma rentrée littéraire » commence aujourd’hui sur le blog. J’ai décidé de décliner ainsi ce moment cette année car chacun a sa manière propre de la vivre, et parce que ma manière de l’aborder et de juger les livres est forcément toute personnelle et subjective. Une façon aussi de ne pas se noyer dans ce grand tout médiatique (excessif) qu’a été la rentrée littéraire depuis juin sur les réseaux sociaux. A suivre donc, ce que j’ai lu pendant l’été, quelques déceptions inévitables, mais surtout plusieurs lectures intéressantes et même des coups de coeur ! Je ne vais pas me précipiter pour vous parler des titres qui sortent le 22 ou le 23 (ils sont nombreux) car les premiers billets sont vite oubliés… et cette année la rentrée littéraire mérite vraiment de prendre aussi un peu son temps.

   Ma rentrée littéraire

L’amour des livres les réunit, mais tout concourt à les séparer…. Leurs origines sociales, tellement différentes. Leurs caractères. Mais surtout leurs capacités personnelles à trouver du travail dans le Paris d’aujourd’hui. Raphaëlle a un réseau et en profite largement pour se caser. Antoine est marqué par ses origines et son passage dans un quartier dit difficile. Raphaëlle aime Antoine, et pourtant ce passage délicat entre une vie d’étudiante plus légère et l’âge adulte, va fracasser cet amour. Malgré la poésie qui les entoure, malgré leurs corps qui se cherchent et se connaissent. Après la fête fait une référence évidente aux attentats du 13 novembre sur Paris. La capitale, libre et festive, avait alors été touchée en son sein. Ensuite, le titre d’Hemingway, Paris est une fête, avait connu un gros succès de librairie, comme pour exorciser la sidération. Raphaëlle et Antoine s’accrochent tous les deux à ce Paris festif, qu’ils aiment par dessus tout. Cependant, la vie matérielle, les choix personnels, les nouvelles amitiés, mettent à mal ce sentiment. Que se passe-t-il donc après la fête ? Qu’est-ce que devenir adulte signifie ? Ce roman est fort sur certains aspects, et doté d’une écriture sensuelle et poétique qui me touche la plupart du temps. J’ai regretté toutefois que la narration reste brouillonne et onirique, effet de style qui a fini par me perdre. J’ai aimé pour autant découvrir cette auteure dans ce premier roman qui augure le meilleur pour la suite et ai hâte de la lire dans un récit peut-être plus fermement construit.

« Accoudé à la fenêtre, tu observais avec envie les voisins qui dînaient sur leur terrasse ou leur jardin bien entretenu. Une maison à Paris. Tu aimais observer les autres : comment vivaient-ils, comment s’en sortaient-ils, eux, avec l’existence ? Tu rêvassais en imaginant ce que serait ta vie, si c’était nous, ce couple, allongé sur ces bains de soleil, en contrebas. Tu projetais des idées conçues de cette matière dont sont faits les rêves – des idées qui m’apparaissaient pourtant comme le seul avenir possible. Tout ceci serait un jour à nous.
Evidemment.
Comment pourrait-il en être autrement ? »

Editions Les Escales – 22 août 2019

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