Coups de coeur·Lectures 2019

Phalène fantôme, Michèle Forbes… coup de coeur !

Attention, ce roman n’est pas un coup de coeur évident !! Je m’explique. A l’heure où j’écris ces lignes, je me demande en effet encore ce qui m’a vraiment plu dans ce livre. L’atmosphère ? L’histoire ? Ce sentiment dérangeant que l’on ressent lorsque l’on comprend tout à coup ce qui unit véritablement Katherine et George son mari ? Lorsque j’hésite à classer une lecture en coup de coeur, je me fis au frisson ressenti. Le frisson ressenti est ce qui départage chez moi les lectures beaucoup aimées des coups de coeur. Et ce roman m’a donné des frissons à plusieurs reprises, par ses scènes magnifiques et son écriture souvent malicieuse et précise, mais aussi par tous ses secrets révélés. Nous sommes à Belfast, en 1969. La ville connaît de fortes tensions. Il ne fait pas bon être catholiques dans le quartier où se sont installés Katherine et George. Mais ce n’est qu’une toile de fond pour ce qui se joue réellement dans les coeurs. Lors d’une sortie à la mer, Katherine a failli se noyer et a eu une vision, celle d’un énorme phoque. Katherine est très troublée et repense à l’amant qu’elle a eu pendant ses fiançailles avec George. A l’époque, Tom était le tailleur qui allait lui faire une robe de scène époustouflante et Katherine la Carmen du spectacle qui allait se jouer bientôt. Mais aujourd’hui, Katherine a trois filles adolescentes et un bébé. Il n’est plus temps de pleurer sur le souvenir de cet amour dont elle n’a conservé qu’une partition remplie de traces de baisers et une statuette brisée. Et George est un mari prévenant et fiable, quoique très occupé par ses activités de pompier bénévole. Michèle Forbes a le talent incroyable dans ce premier roman de disséquer tous les petits riens qui font une vie, la beauté des instants précieux, comme les moments les plus laids. Tout cela constitue un kaléidoscope, sur lequel on peut se retourner à loisirs. Le lecteur apprend peu à peu à connaître Katherine, ses enfants, à aimer les instants passés en famille. Le lecteur se demande aussi ce qu’il a pu advenir de Tom, de l’amour avec Tom. Et il referme ce roman riche, déroutant et attachant, persuadé d’avoir effectué un voyage dans une Irlande à la fois rude et onirique, qu’il n’oubliera pas de sitôt.

« On flotte et on brûle et on se sent différent d’avant. Tels sont les codes de l’amour, entraperçus et à présent partagés. Et Katherine a expliqué la chose à sa fille comme si elle-même l’avait comprise. Comme si elle avait compris de quelle manière l’expérience de l’amour s’était emparée de son être et l’avait envahi. »

 La Table ronde – janvier 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Hélène de Lettres d’Irlande et d’ailleurs

Un titre extrait de la box kube Terres d’Irlande

Lectures 2019

L’histoire de Chicago May, Nuala O’Faolain

Voici un livre reçu pour une fois avec une Box. Elle fait partie des coffrets déjà préparés de Kube (photo du contenu en bas du billet). Ce coffret nommé Terres d’Irlande me faisait très envie. Je l’ai commandé au mois d’août. Un peu lassée par le battage autour de la rentrée littéraire à ce moment là, je ressentais en effet des envies de voyage. Une envie que je vais d’ailleurs décliner sur le deuxième rendez-vous du club de lecture que j’anime sur La Roche sur Yon. J’en ai fait le prochain thème du mois d’octobre, et nous sommes tous en train de potasser le sujet en ce moment. Ce sera amusant de voir ce que les lecteurs auront choisi, j’ai hâte d’y être. Dans le récit que je vous présente aujourd’hui, je pensais béatement voyager en Irlande. Mais l’aventure de Chicago May est bien plus impressionnante et dépaysante que cela. Nuala O’Faolain s’est penchée sur le destin réel d’une jeune irlandaise pauvre qui décide en 1890 de s’enfuir vers l’Amérique. Elle deviendra très vite une prostituée, pour survivre, mais également une criminelle célèbre, complice d’un braquage de banque en France, d’un assassinat sur le sol anglais. Plusieurs fois emprisonnée, elle n’aura de cesse pour autant de garder sa superbe, son orgueil, son indépendance et sa détermination.  Tout en construisant cette biographie rocambolesque, qui donne aussi une image assez réaliste de l’époque, Nuala O’Faolain compulse des documents, convoque ses propres souvenirs familiaux et s’interroge plus largement sur l’acte autobiographique. Les criminels de l’époque essayaient de gagner un peu d’argent en écrivant le récit de leurs aventures, ce qui lui a donné une base de travail appréciable. Il est peu de dire que tout cela est grandement intéressant, intellectuellement parlant. J’ai personnellement adoré ces moments là du récit. Le personnage de May est par ailleurs tellement déroutant que l’on suit ses aventures avec passion, se demandant jusqu’où elle va pouvoir aller, et se perdre. En tant que personnage de fiction, elle serait d’ailleurs certainement considérée comme complètement invraisemblable, tant ses aventures sont multiples et brouillonnes. J’ai beaucoup aimé ce récit qui pêche peut-être parfois par quelques longueurs, mais on sent combien Nuala O’Faolain ne voulait rien oublier, n’omettre aucun détail de la vie de Chicago May. Les pages sont d’ailleurs agrémentées de documents et photos d’époque qui apportent véritablement au texte et donnent un effet réaliste au récit. Ce livre est rempli d’empathie, de sensibilité, de bienveillance, ce qui lui donne une dimension attachante que la simple énumération des exploits de Chicago May n’aurait pas réussi à atteindre. J’ai beaucoup aimé m’y plonger.

Sabine Wespieser éditeur – mai 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Ce titre a reçu le Prix Fémina étranger 2006

Le contenu de la Kube Terre d’Irlande