Lectures 2021

Kerozene, Adeline Dieudonné

kerozene
J’avais eu un gros coup de coeur pour La vraie vie, le premier roman de Adeline Dieudonné, qui n’est pas un roman facile mais que j’avais trouvé original et fort, talentueux. Lorsque l’on m’a proposé de me prêter son nouvel opus, j’ai donc dit oui… Il est 23h12 dans cette station service le long de l’autoroute, une nuit d’été. Ils sont quatorze à s’y croiser, à cette heure précise, si on compte le cheval et qu’on exclut le cadavre planqué à l’arrière d’un gros Hummer. Adeline Dieudonné nous dresse alors le portrait de chacun, explique ce qui les a amené là, à l’aide de courts chapitres et de tranches de vie. Le lecteur retient cette truie couchée sur le canapé du couple qui invite Sébastien et son ami. On retient également le viol aquatique de Victoire, le mariage bien étrange de Julie avec un gynécologue, le massacre au sein d’un hameau et cette vieille femme mutique mangeant ses cerises en rythme. J’ai retrouvé dans ce livre le style de Adeline Dieudonné, sa manière bien particulière de traiter l’horreur. Il m’a manqué cependant un lien réel entre toutes les histoires qu’elle raconte. L’ensemble ressemble effectivement plus à une juxtaposition factice de textes ou de situations, qu’à autre chose. Et j’ai trouvé que, cette fois-ci, la violence était gratuite. Bien entendu, on peut saluer le fait que cette autrice nous malmène, sans retenue, et que pour une fois, c’est une femme qui le fait, qui nous donne du lourd et du trash. Mais cela ne m’a pas suffi ici. Il m’a manqué une véritable histoire, un lien réel. Ou alors que cet opus soit présenté comme il était peut-être prévu au départ, qui sait, comme un recueil de nouvelles ? Mais si il ne s’agit que de la malédiction du deuxième roman, en ce cas, attendons patiemment le suivant…

Editions l’Iconoclaste – avril 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Carabookine

Lectures 2021

Des diables et des saints, Jean-Baptiste Andrea… sélection prix Relay des voyageurs lecteurs

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Depuis 2018, on me propose de lire la sélection du Prix Relay des Voyageurs lecteurs, et c’est toujours une très belle expérience. Je vous présente aujourd’hui le premier titre sélectionné, d’un auteur que je n’avais encore jamais lu, mais qui a déjà reçu, pour ce livre, le Grand prix RTL Lire, un prix avec lequel je suis en général en phase… Dans Des diables et des saints, Jean-Baptiste Andrea nous plonge directement dans l’atmosphère d’un hall de gare. Un homme joue sur un de ces pianos laissés à la disposition de tous. Il attend quelqu’un, une rencontre. Et puis, il nous raconte ce qui l’a amené là, le décès brutal de ses parents lors d’un accident d’avion, son placement dans un orphelinat et l’enfer qu’il y a vécu. Je ne suis pas très adepte des histoires d’orphelinats et de pensions, mais j’ai aimé tout de suite, chez Jean-Baptiste Andrea, son ton ironique et détaché, qui ne cherche pas à tirer les larmes. Bien entendu, le lecteur n’échappe pas à quelques traits qui peuvent sembler caricaturaux, le méchant Grenouille qui prend plaisir aux sévices qu’il inflige à ses pensionnaires, le directeur aux comportements troubles, l’adolescent meneur et révolté, la jeune fille du château, Rose, belle et inaccessible. Et pourtant, Jean-Baptiste Andrea a le talent de nous donner le sentiment de lire un récit inédit, tant les personnages qui entourent Joseph, notre jeune pianiste, adepte de Beethoven, sont bien campés. Chacun a son histoire triste à raconter. Personne n’est meilleur qu’un autre, et même pas Rose. Et si l’orphelinat lugubre était le seul coupable de la violence qu’il génère ? Alors, il faudrait appeler au secours, tenter de s’enfuir, quitter à jamais ces lieux… C’est un roman qui m’a fait battre le coeur un peu plus vite, à plusieurs reprises, et dont j’ai aimé l’esprit. Je ne l’aurais sans doute pas lu sans cette opportunité, ce qui aurait été dommage. Un très beau roman donc, que l’on a envie de partager autour de soi.

Editions L’iconoclaste – janvier 2021

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Lectures 2019

Honoré et moi, Titiou Lecoq

J’aurais pu intituler ce billet Titiou Lecoq et moi… oui, parce que je dois dire que depuis le temps que je la suis sur son blog Girls and Geeks et plus récemment dans Slate, depuis le temps que je lis ses livres (Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale ou Chroniques de la débrouille, par exemple), je peux me permettre de dire que j’adore cette filleEt je crois qu’elle ne m’en voudrait même pas d’être aussi familière. Titiou Lecoq est celle avec laquelle je me suis sentie tout de suite soeur de maternité. Lire son blog à l’époque de ses grossesses a été une libération. Je me rappelle que j’avais envie de filer le lien de son site à tout le monde (je l’ai peut-être d’ailleurs fait). Elle a cette manière abrupte, sincère, et tellement intelligente, d’être et de s’exprimer. Bref, je l’adore. Je m’excuse donc d’avance pour ce billet qui sera d’une grande subjectivité, surtout que j’adore aussi son prétendu frère dans ce livre… Honoré de Balzac. Voici un titre qui était donc fait pour moi. Mais je ne m’attendais pas à une autre coïncidence… Dans les premières pages, Titiou Lecoq raconte comment l’idée d’écrire sur Balzac lui est venue. Visitant une des maisons de l’auteur, dans le 16ème arrondissement de Paris, elle tombe en arrêt dans le bureau de l’écrivain, avec cette sensation étrange de sentir sa présence. Ensuite, l’obsession est totale. Il lui faut lire toute sa correspondance, tout ce qu’elle trouve sur lui. Lorsque j’étais étudiante, j’ai visité de mon côté, l’autre maison de Balzac, celle située au cœur de la Touraine, dans le château de Saché. Balzac aurait rendu régulièrement visite au propriétaire des lieux, de 1825 à 1848, trouvant dans la petite chambre qui lui est réservée un lieu propice à l’écriture, loin des créanciers parisiens. Saché aurait servi de cadre au Lys dans la vallée. Je venais de lire le roman, juste avant cette visite. Je me souviens de la présence de quelques lettres de l’auteur dans des présentoirs sous verre et de cette fameuse chambre, avec sa vue… et de la présence impressionnante soudain de Balzac dans cette pièce. J’ai enchaîné moi aussi avec quelques biographies de l’auteur, puis je me suis plongée avec délices dans sa correspondance avec Madame Hanska. Le travail de Titiou Lecoq a été dans son livre de dénicher l’homme derrière le personnage, derrière le héros littéraire. Balzac était en effet aussi un homme criblé de dettes, obsédé par l’idée de gagner de l’argent, incapable de le faire fructifier quand il en avait, l’auteur d’idées malencontreuses en affaires. Il était également l’ami des femmes, de temps en temps l’amant de certaines, un fils pas vraiment reconnaissant. Affublé d’un physique d’épicier, il peinait à se faire reconnaître comme artiste dans le monde parisien. Ses romans étaient modernes (trop ?) et pas réellement du goût de l’époque. Et quand le succès a été au rendez-vous, Balzac ne cessait de dépenser, de décorer son intérieur, de s’offrir des vêtements luxueux. Grâce à la verve de Titiou Lecoq, cette biographie originale de Balzac est un véritable régal. Elle désacralise l’auteur devenu classique et le rend tout bêtement humain. Et j’ai adoré la lire de nouveau.

« L’un de nos plus grands écrivains a eu une vie d’emmerdements assez classiques, la vie d’un homme avec ses soucis d’argent, ses rêves de devenir propriétaire, ses problèmes de travaux, son goût des fringues, ses pulsions d’achat, ses humiliations, ses espoirs que l’avenir serait meilleur, ses insomnies, ses migraines, ses brûlures d’estomac, sa mort.
Pourtant, il était bien un peu génial, Honoré ? Evidemment. Mais son génie ne reposait pas sur un pouvoir magique ou une essence supérieure. Il y a des êtres qui ont plus manifestement la capacité à penser, librement, et c’est cette liberté, hors des cadres préconçus qui laisse leur chance aux possibilités, en ouvre les champs. C’est cela, ajouté à la certitude de son propre talent, à la capacité à s’autolégitimer, et l’aide de certaines circonstances, qui amène Honoré Balssa, petit-fils de paysans du Tarn, à concevoir La comédie humaine.« 

L’iconoclaste – 2 octobre 2019

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Coups de coeur·Lectures 2019

La vraie vie, Adeline Dieudonné… sélection du Prix du roman Cezam Inter-CE 2019

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Cette année, j’ai décidé de lire la sélection du Prix du roman Cezam Inter-CE, car elle est en général excellente… et de voter. Je pense lire aussi la sélection BD. Il y a également une sélection de films, pour ceux qui ont le temps de tout faire. 😉 Pour celles et ceux qui rêvent de faire partie d’un jury, c’est une manière facile d’accès d’y parvenir… Renseignez-vous auprès de votre CE ou de votre bibliothèque municipale.

❤ La vraie vie est donc dans la sélection du Prix 2019, une occasion de lire ce roman qui était par ailleurs en bonne place dans notre sélection de la rentrée littéraire pour les Matchs de la rentrée littéraire 2018 – Rakuten. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce roman. Je savais bien sûr qu’il était dur, du genre à entrer dans la catégorie des lectures coups de poing, expression que je n’aime pas vraiment utiliser, sauf qu’ici effectivement, dans cette histoire, des coups de poing sont réellement distribués. Alors oui, La vraie vie est un excellent roman, porté par une écriture d’une grande qualité, sans failles, et tous les compliments que vous avez eu l’occasion de lire sur ce livre sont mérités. L’héroïne de ce roman a dix ans, lorsqu’elle assiste, impuissante et terrorisée, à un accident mortel. Le marchand de glace qui passe dans son quartier est percuté en plein visage par son siphon à chantilly, alors qu’il s’apprêtait à les servir. Le petit frère de la jeune fille, Gilles, a seulement six ans et entre alors dans une sidération inquiétante. On le retrouve régulièrement, mutique, au pied de la hyène, dans la chambre où leur père, chasseur, entrepose et accroche ses pièces remarquables, c’est la chambre des cadavres. L’ambiance de la maison n’est pas propice à l’empathie psychologique et personne ne s’inquiète du nouvel état de Gilles, mis à part sa grande soeur qui décide de tout faire pour le ramener à son état précédent, quitte à remonter le temps. Elle n’aura de cesse alors de le protéger et d’apprendre. Et si la science pouvait l’aider ? Entre un père violent et une mère proche de l’amibe, il faut jouer serrer, être discrète et forte, pour parvenir à ses fins… Vous ne serez pas étonnés d’apprendre combien je suis adepte des histoires où des adolescentes courageuses enfreignent les lois et l’autorité pour lutter pour ce qu’elles estiment juste. Cette lecture a donc été un réel coup de coeur. Impossible de faire autrement. Tout est bon dans ce premier roman d’une toute jeune auteure belge. Et j’ai pensé aussi à tous ces romans de La Belle colère que j’aime lire… N’hésitez plus !

Editions L’iconoclaste – 29 août 2018

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« Choisir le Prix du roman Cezam, c’est laisser de côté les romans à succès, les gros éditeurs, pour partir à la découverte d’écrivains en lisant une sélection originale et éclectique. Vous pourrez vous plonger dans la lecture de 10 romans récents écrits ou traduits en français, choisis par des professionnels du livre  et en discuter avec vos collègues. Vous ferez partie d’un jury d’au moins 2 200 personnes : nombre de lecteurs de l’édition 2018 dans toute la France. Vous aurez aussi la chance de dialoguer avec la majorité des romanciers qui seront invités pendant l’année dans les entreprises, les bibliothèques … et participer à la remise du prix en octobre. » Site du prix ici [clic].

La sélection complète (les liens vers mes lectures seront mis à jour petit à petit)…

Lectures 2017

Un bruit de balançoire, Christian Bobin ~ Rentrée littéraire 2017

Lire Christian Bobin, c’est entrer dans un autre monde… Alors tu as ouvert ce titre avec précaution, presque sans bruit, pour ne pas déranger le rêve que son écriture promet toujours. L’objet livre est magnifique, s’ouvre sur la très belle calligraphie d’un auteur qui parle souvent directement au coeur. Toi aussi, tu as pris avec lui alors, dès les premières lignes, le parti pris du contrepied, contre les tambours modernes : désenchantement, raillerie, nihilisme… pour mettre en route bienveillance, grâce et beauté. Et tu as commencé ta lecture. Christian Bobin livre ici un titre essentiellement fait de lettres. Chacune est adressée à quelqu’un, sa mère, monsieur le coucou, frère nuage… ou ce poète Ryokan, qui a été une révélation deux ans auparavant. Ce sont des réflexions sur la vie, l’écriture, le temps, les priorités, l’instant. Et toi lectrice tu es parfois revenue picorer une phrase déjà lue, et tu t’es arrêtée, comme saisie par tout ce qui t’avait échappé à la première lecture. Ce sont des phrases qui se lisent comme des haïkus, des phrases dont on s’imprègne longuement. Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d’une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n’être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d’une parole claire en son obscurité. Un ovni littéraire en cette rentrée. Christian Bobin dans toute sa simplicité, sa candeur éveillée et le miracle de son écriture. Tu as hâte de le lire de nouveau plus longuement, également sous une autre forme.

L’iconoclaste – 30 août 2017

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