Coups de coeur·Lectures 2020·Objectif PAL

L’art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière… coup de coeur !

❤ J’ai pioché ce livre de circonstance dans ma PAL pour l’objectif pal du mois de mars. Je l’avais acheté en 2017 lors du passage du Camion qui livre non loin de mon lieu estival de vacances. Grâce à un jeu sur Instagram, j’avais ensuite gagné encore une dizaine de livres de cet éditeur (loin d’être tous lus à ce jour). Ouvrir cet essai de Dany Laferrière a été un enchantement lors des premiers jours du confinement. Dans les premières pages, en effet, il prône le ralentissement, la contemplation et l’art d’être présent à ce que l’on fait au moment où on le fait. Puis, petit à petit, comme partant de l’attrait du minuscule à beaucoup plus grand, et après avoir titillé et inspecté chacun de nos sens, Dany Laférrière s’intéresse au monde qui l’entoure et à son fonctionnement. Alors, il est question de Bush, d’Obama, de dictature, des parisiens et enfin de littérature. L’essai de Dany Laferrière, tout en restant apaisant, prend ainsi des allures magistrales. L’auteur compare Hemingway à Fitzgerald, nous permet de cotoyer Borgès et sa bibliothèque gigantesque, s’approche de Salinger, convoque Virgile. Le texte est entrecoupé de petites photos d’instants, qui sont comme des pauses dans la lecture et qui recadrent la pensée.

Ce livre ne se lit pas vraiment comme un roman, même si je l’ai lu d’une traite, comme tel. On pourrait penser aussi qu’il dresse un portrait en creux de Dany Laferrière, en une sorte de bilan personnel, mais non, pas réellement. L’auteur regarde beaucoup le monde qui l’entoure et est loin de tout rapporter à sa petite personne. Mais sa petite personne étant l’être humain qu’il connaît le mieux et depuis longtemps, il se prend souvent comme exemple, pour appuyer son propos. J’ai eu un gros coup de coeur pour cet essai particulier, hors normes, qui ne cherche pas à convaincre mais donne, mine de rien, du sens à la vie.

Editions du Livre de Poche – mai 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2020·Objectif PAL

Du fond de mon coeur, Jane Austen… mon objectif pal de février !

Lettres à ses nièces…

Traduit de l’anglais et présenté par Marie Dupin

Il était temps de sortir un livre de ma PAL ce mois-ci. Ce titre y était depuis que Nady m’en avait fait cadeau en août 2018. Un grand merci à elle ! L’écrivaine, Jane Austen, est très connue aujourd’hui. Ses romans ont été traduits dans le monde entier, et adaptés à plusieurs reprises. Mais de Jane Austen, la femme, nous ne savons en réalité pas grand chose. Nous savons seulement qu’elle est restée célibataire toute sa vie, et qu’elle a vécue en compagnie de sa soeur et de sa mère, au sein d’une ambiance familiale très unie. Issue de la gentry anglaise, elle est née le 16 décembre 1775 et décédera à Winchester le 18 juillet 1817. Avec la parution de Sense and Sensibility (publié de façon anonyme en 1811), Pride and Prejudice, Mansfield Park et Emma, elle connaît le succès. Deux autres romans, Northanger Abbey et Persuasion, seront publiés de façon posthume et Sanditon ne sera jamais achevé. Après sa mort, sa soeur Cassandra détruira une partie de leur correspondance. Il reste cependant ces lettres, envoyées à ses nièces, dans lesquelles elle les guide en matière d’écriture ou de relations amoureuses. Les lire se révèle à la fois très frustrant (car Jane Austen fait référence à des connaissances et des faits qui nous sont inconnus) et très émouvant (car se dessine en creux une personnalité remplie de bienveillance et d’espièglerie). Lorsque Jane Austen meurt en 1817, seuls quatre de ses romans ont été publiés et elle n’est pas encore connue du grand public, ce qui ne sera pas le cas dans les années qui suivirent, son succès grandissant. C’est pourquoi Edward Austen-Leigh publia en 1869 A Memoir of Jane Austen, censée être la biographie officielle de l’auteure. Il interroge alors sa famille, et notamment les nièces de l’auteure. On trouve dans ce recueil par exemple la réponse d’Anne, qui part alors à la recherche de ses souvenirs d’enfant. Leur matière incertaine et partielle donne aussi un portrait émouvant de l’auteure qui semble avoir été avant tout une tante affectueuse et présente. J’ai choisi ce livre aussi en raison du thème de mon prochain club de lecture, sur l’amour, et le moins que l’on puisse dire c’est que l’amour déborde de ce livre, en effet, l’amour que Jane Austen éprouvait pour sa famille. La Jane Austen que l’on imagine, via ses romans, se dévoile très peu ici, au détour de deux ou trois phrases peut-être, quand elle conseille Fanny sur ses relations amoureuses par exemple, ou quand elle s’amuse du comportement de ses concitoyens.

« Nous [ses neveux et nièces] ne la voyions pas comme une femme brillante et moins encore comme une femme célèbre, mais nous l’aimions parce qu’elle se montrait toujours bonne, attentive et prompte à s’amuser. »

Editions Le Livre de poche – janvier 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019

Glaise, Franck Bouysse

glaise

Je suis comme une idiote à ne pas savoir comment parler de ce livre de Franck Bouysse que j’ai pourtant beaucoup aimé. Alors me voici en train de regarder la quatrième de couverture, pour y piocher quelques idées… Et il y est dit que ce roman à l’écriture à la fois âpre et lyrique, est sauvage et poignant. On le compare au Bruit et à la fureur de Faulkner, tout en traitant l’auteur de sculpteur hors pair de la langue. Bon bon bon… tout cela est un peu dithyrambique, je n’ai visiblement pas été la seule à hésiter devant les mots à employer pour décrire ce roman. Mais situons l’histoire, pour commencer… Nous sommes à l’été 1914, dans le Cantal. Les hommes sont mobilisés et les fermes confiées aux femmes, aux hommes trop âgés, trop jeunes ou invalides. Joseph se retrouve ainsi seul avec sa mère et sa grand-mère. Heureusement, Léonard, le voisin, va donner un coup de main. Dans la ferme voisine, Valette, resté à la maison en raison d’une main estropiée, reçoit sa belle-soeur et sa nièce, tandis que son fils et son frère sont sur le front. Tout ce petit monde va se jauger, s’aimer ou se détester copieusement tandis que la guerre fait rage, s’éternise et que les nouvelles du front se font rares. Valette est connu pour être abject et rancunier. Le lecteur va rapidement s’apercevoir qu’il peut être à la hauteur de sa réputation. Mis à part les deux jeunes gens qui s’éveillent ensemble à l’amour et à la sensualité, il faut dire que la situation des adultes est compliquée. Chacun est enfermé dans ses pensées, sa solitude, le souvenir des absents et cherche à oublier à sa façon le présent. Franck Bouysse excelle réellement à créer un climat de tension palpable, dont le premier acte est un orage impressionnant dont Joseph a très peur. Les orages ont eu le mauvais rôle dans l’histoire de la famille. Mais qui de la nature ou des hommes auront le plus à coeur de rejouer la prochaine partie de malheur ? La mère de Joseph se perd dans le travail, la femme de Valette dans le souhait d’une nouvelle maternité, sa belle-soeur dans la mélancolie… Et Franck Bouysse excelle aussi à décrire des montagnes à la fois belles et hostiles, mystérieuses, qui cachent à peine la folie et l’imprudence des hommes. Dans ce roman, on patauge régulièrement dans la fange, avec de la glaise jusqu’au cou, on pense que personne ne s’en sortira indemne, on tremble pour la naïveté des jeunes gens, on voudrait pouvoir vomir un bon coup, sauver ce qui peut l’être et s’enfuir au loin. Nul besoin d’être au front en somme pour vivre l’enfer. Ce roman dur et violent, servi par une écriture superbe aux longs passages allant parfois jusqu’au lyrisme, est fascinant et effectivement d’une beauté glaciale digne des plus grands romans.

Editions Le livre de poche – septembre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…12345

Lectures 2018

Joyeux suicide et bonne année, Sophie de Villenoisy

Autour de toi, en ce moment, plusieurs personnes reprennent le chemin de la lecture… via essentiellement ces petits livres légers (comme celui dont tu vas parler aujourd’hui), qui se dévorent d’une bouchée et font sourire. Et toi tu es ravie, parce que ces personnes te disent aussi que tu leur as transmis le virus. Et c’est un bien doux virus à attraper, non ? L’addiction à la lecture. Et puis, on te prête ces fameux livres, et tu les découvres à ton tour, à la fois légers bien sûr, mais également un peu graves. Il faut dire que l’héroïne de Joyeux suicide et bonne année, à ton âge, 45 ans, décide que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue et qu’il serait temps d’en finir bientôt. La solitude lui pèse, son père vient de mourir, et elle est persuadée de ne manquer à personne. Ce n’est pas comme si elle laissait derrière elle chien ou chat, mari et enfants. Elle décide tout de même de consulter un psychologue afin d’en parler à quelqu’un. Contre toutes attentes, le psy qu’elle consulte ne lui suggère pas de renoncer à son projet. Ils décident ensemble d’attendre Noël, dans deux mois. Dans l’intervalle, Sylvie reçoit quelques exercices à faire. Il est question notamment d’essayer ce qu’elle n’a jamais osé essayer encore, l’impudeur, la désobéissance, changer de look, faire l’amour à un inconnu… La très sérieuse Sylvie Chabert, experte en droit des entreprises, se retrouve donc dans d’hilarantes situations où les complexes sont un temps remisés au placard. Et si elle reprenait goût à la vie ? Et si elle s’avérait moins seule qu’elle ne le prétend ? Et toi lectrice, tu as été touchée de retrouver dans ce livre cet élan qui permet souvent de se remettre de mauvais passages… Ne pas rester enfermer chez soi, voir du monde, sortir, faire feu de tout bois, dépasser ses limites, essayer autre chose et découvrir combien la vie vaut la peine. Bien entendu, tu as ri aussi, car ce roman est avant tout drôle et positif. Une lecture qui t’a ramenée à tes anciennes lectures de Bridget Jones, et tu n’as pas boudé ton plaisir ! Merci Sophie 😉 !

Editions le livre de poche – octobre 2017

Tu as aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Sandrine

Lectures 2018·Objectif PAL

Mr Vertigo, Paul Auster ~ Objectif pal de janvier

Tu as découvert Paul Auster, comme beaucoup, via sa Trilogie New Yorkaise, alors que tu n’étais encore qu’une adolescente (dans les années 80 donc… hum). Tu te souviens encore de ces trois volumes étroits, en format poche, aux titres mystérieux et aux couvertures un peu brillantes qui attiraient l’oeil à la lettre A du rayon poches. Ils avaient l’avantage d’être peu chers, dans ton petit budget. Et à la lecture se sont avérés être si étonnants, si évidemment bons, plongée que tu étais soudain dans un univers jamais rencontré. Tu as lu les années suivantes d’autres titres de lui, acheté Mr Vertigo en bouquinerie sur les conseils d’amies, et puis tu l’as oublié. Mais comme Paul Auster sort un nouveau titre lors de cette rentrée d’hiver, qu’on parle beaucoup de son 4321, que tu as regardé son interview à La Grande librairie, tu t’es souvenue de Mr Vertigo, et il t’a semblé qu’il était ta sortie de PAL idéale pour ce mois de janvier.  Dans ce roman, Paul Auster nous raconte l’histoire de Walt, tout d’abord enfant des rues, puis devenu enfant prodige grâce à son mentor Maître Yehudi, qui lui apprend à voler, ou plus précisément la lévitation. Nous sommes dans les années vingt, aux Etats-unis, juste avant la grande crise. L’apprentissage que subit Walt est très cruel, mais l’enfant s’attache peu à peu à son maître, à Esope (le jeune garçon recueilli avec lui), et à Maman Sioux et son sourire édenté. Lorsque Walt est au point, lui et Maître Yehudi partent en tournée et rencontrent le succès. Mais les protagonistes de cette histoire ne seront pas épargnés par les vicissitudes de la vie et de l’Histoire. Et toi lectrice, tu as aimé te laisser bercer par la faculté de Paul Auster à nous raconter des histoires dans un style qui a la classe et le niveau des grands auteurs classiques.  La quatrième de couverture de ton exemplaire parle de Mark Twain, de Steinbeck… Tu as retrouvé tes sensations de lectures adolescentes, ces moments où le monde autour de toi disparaissait soudain au profit du monde de papier. Paul Auster nous dresse le portrait d’une Amérique des années 30, avec gangsters, Ku Klux Klan, cinéma et jazz fascinante. Tu as trouvé parfois quelques longueurs au récit, surtout en fin d’ouvrage lorsqu’il est question de base-ball, mais ce livre t’a donné envie de renouer avec l’auteur, et de lire son dernier roman.

Editions du livre de poche – 1997

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Lectures 2018

Il était une lettre, Kathryn Hughes

Tu as commencé ce livre un brin dubitative… surtout lorsque dès les premières pages l’auteure a semblé mettre en place quelques grosses ficelles. Il faut dire que tu as gagné ce titre inclus dans la sélection d’été du livre de poche lors de ton voyage en Bretagne [tous les détails ici]. Il s’agissait donc d’un choix fait un peu à la hâte, un titre, une couverture, un résumé un peu alléchant… Bref, tu étais dubitative. Mais c’était sans compter avec ce plaisir que tu as toujours eu que l’on te raconte des histoires. Car en effet, loin des premières pages, ce roman s’est avéré un véritable page turner, tant tu as voulu très vite savoir de quoi il retournait derrière cette fameuse lettre… Nous sommes à Manchester, en 1973, et Tina travaille tous les samedis dans une boutique caritative. Elle est la semaine une secrétaire compétente d’une compagnie d’assurance, mais également chez elle l’épouse malheureuse d’un mari violent et alcoolique. Un jour, elle découvre un paquet de vêtements sur le seuil de sa boutique. Le sac contient un vieux costume, et en plongeant sa main dans la poche de la veste Tina découvre une lettre. Cette lettre n’a jamais été ouverte, ni postée, elle contient une demande en mariage d’un certain Billy, pour une jeune femme Chrissie, visiblement déjà enceinte. La lettre a été écrite en 1939. Tina, malgré de gros problèmes personnels (son mari est également un joueur invétéré et la voici elle aussi enceinte), décide de retrouver cette Chrissie pour lui remettre enfin la lettre et ainsi tenter de réparer quelque chose. Mais la quête n’est pas aisée, car les faits sont anciens et Tina se heurte soit à des portes closes soit à des personnes qui ne savent pas ce qu’il est advenu de Chrissie, partie en Irlande justement le jour de l’écriture de la lettre. Tina ne baisse pas les bras, surtout que cette recherche lui permet d’oublier combien elle a tort de continuer à faire confiance à son époux. Elle découvre petit à petit qu’il ne faisait pas bon être non mariée et enceinte en 1939, et le destin de Chrissie et de son enfant en Irlande… Et toi lectrice, tu as aimé finalement te laisser embarquer dans ce roman léger qui sait conserver jusqu’à la fin une tension égale. Tu as pensé à ce film Philoména, de Stephen Frears, qui raconte une histoire presque semblable, d’une adolescente enceinte, en Irlande, en 1952, et qui t’avait beaucoup marqué. Une lecture distrayante, mais aussi émouvante et habilement construite.

Editions du livre de poche – juillet 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Joëlle