Lectures 2018

Trois saisons d’orage, Cécile Coulon

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Cécile Coulon est toute de même étonnante ! Voici le troisième titre que tu lis d’elle et à chaque roman, l’auteure semble se couler dans un genre différent. En effet, tu t’es tout d’abord retrouvée face à une dystopie pour Le rire du grand blessé, et à une sorte de roman social contemporain pour Le coeur du Pélican. Là, le lecteur peut légitimement penser être en face d’un roman du terroir dans les premières pages. Mais les lieux et le temps se distendent rapidement au fil de la narration, surtout lorsque les personnages quittent la ville et franchissent Les trois gueules, forteresse de falaises réputées infranchissables. Et d’ailleurs, ce n’est pas vraiment ce qui importe, le genre de ce roman. On se demande surtout quelle histoire Cécile Coulon va bien pouvoir nous raconter, cette fois encore. Nous sommes donc aux Fontaines, ce lieu magique et mystérieux, loin de tout, préservé, où des hommes fouillent la terre et où la nature fait sa loi. En ville, on redoute cet endroit qu’on compare aux enfers, et quand un médecin, André, décide de s’y installer, on le traite très vite de fou. Alors qu’André, lui, a enfin trouvé son paradis sur terre. Ce lieu qu’il découvre lui permet d’oublier les petits fantômes qu’il laisse derrière lui, ces enfants morts pendant la guerre qui hantent sa mémoire. Il se sent utile auprès des hommes que l’on appelle les fourmis blanches, qui creusent les carrières et sont constamment couverts de poussière blanche. Cependant, il ne sait pas qu’en partant de la ville, il y a laissé un fils, qui le rejoindra un beau jour, et qui prendra à son tour la relève… Tout pourrait continuer ainsi, le bonheur se poursuivre et les générations se suivre, s’il n’y avait les hommes et les femmes, et leurs désirs, et si l’orage ne finissait pas par gronder, même au-dessus du paradis… Et toi lectrice, tu as aimé cette fresque à la fois calme et volcanique, très forte, qui dévoile doucement son jeu, et traite à sa manière de la fable du rat des villes et du rat des champs… Oui, Cécile Coulon est décidément étonnante !

Editions Viviane Hamy – janvier 2017 – Prix des Libraires 217

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Jostein

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Lectures 2018

Au commencement du septième jour, Luc Lang

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Dès les premières pages, tu as été littéralement accrochée par l’intrigue de ce roman… Il le fallait bien car Au commencement du septième jour est un véritable pavé, intense, qui nous emmène loin, sur les routes, les chemins de montagne, en Afrique. En bref, nous fait drôlement voyager. Mais pas que. Il rentre également profondément dans la psychologie de ses personnages, et dans les toiles invisibles que constituent tous les secrets de famille. La fin d’une époque sonne pour Thomas, père de deux enfants, lorsqu’il reçoit un appel en pleine nuit lui expliquant que sa femme vient d’avoir un accident de voiture, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Interrogations. Enquête. Thomas se débat avec une réalité douloureuse et tente de tout concilier, l’absence de Camille à présent dans le coma, ses enfants, un travail prenant et exigeant. Bien entendu, lui et sa femme avaient bien réussi, avaient tout pour être heureux, mais il se rendra compte petit à petit combien sa vie, ses certitudes étaient fondées sur du sable… Heureusement, son frère Jean, taciturne, berger dans Les Pyrénées, lui apporte son soutien, ainsi que Claire, sa belle mère, juge à Bordeaux. Et toi lectrice, tu as beaucoup aimé l’écriture de Luc Lang, qui tient son lecteur en apnée sur plus de 500 pages. Les révélations se font dans ce roman, au compte goutte. Chaque détail, chaque mot, a son importance. Tous les personnages qui entourent Thomas ont leur rôle à jouer dans cette histoire, de bout en bout passionnante. Que vous dire de plus ? Peut-être que, même si tu as parfois trouvé quelques longueurs au récit, tu l’as en réalité dévoré. Alors n’hésitez pas à dénicher ce roman qui vient tout juste de sortir en version poche chez Folio.

Editions Stock – Août 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole

Coups de coeur·Lectures 2017

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais

❤ 

Ah, Pouchkine ! Ah, Eugène Onéguine !… Depuis le temps que tu croisais cette jolie couverture sur les blogs, tu ne te doutais pas que ce roman, en vers, destiné à un public adolescent, était l’adaptation moderne de cette fameuse oeuvre de Pouchkine. Tu l’aurais sans doute ouvert plus tôt. Il faut dire que tu as voué, étudiante, une véritable fascination pour la vie et l’oeuvre d’Alexandre Pouchkine, à la fois passionnée, passionnante et romantique. Mais l’histoire d’Eugène Onéguine, adaptée par Clémentine Beauvais, est ici quand même un peu différente… Nous sommes en 2006, et Tatiana a quatorze ans lorsqu’elle rencontre pour la première fois Eugène, qui en a dix-sept. C’est l’été. Eugène accompagne son ami Lensky tous les après-midi chez Olga, la sœur aîné de Tatiana. Les amoureux se retrouvent et les deux autres jeunes gens, désœuvrés, sympathisent. Jusqu’à ce que, Tatiana, persuadée d’être amoureuse, écrive un long mail à Eugène qui l’éconduit brutalement. Lorsqu’ils se retrouvent une dizaine d’années plus tard, par hasard dans un TER, se rejoue alors une autre partition. Tatiana n’est plus la jeune fille naïve qu’elle était, elle a des projets d’avenir. Eugène a également changé et n’est plus le jeune frondeur, sûr de lui, qu’il était. Et toi lectrice, tu as trouvé ce petit livre particulier extraordinaire, non pas par l’intrigue assez banale qu’il raconte (universelle ?), mais par sa forme, absolument inventive, particulière et attachante, et finalement moderne. Car en effet, l’écriture de Clémentine Beauvais virevolte, et zappe, comme il est d’usage de le faire actuellement… Elle dépose des fragments de mails, des textos, puis entrecroise dialogues intérieurs et paroles balbutiantes. Et il faut le dire, que c’est un réel régal, et que l’on tourne les pages, avide de lire les lignes suivantes. Bref, tu n’avais pas envie de terminer ce roman.

« Il est quatre heures cinquante-quatre du matin,
un tesson de soleil est déjà fiché dans le ciel prune.
C’était exactement la lettre qu’il y avait dans son ventre.
Tendre, exacte, franche.
Discrète, douce. »

Editions Sarbacane – août 2016

Moka l’a lu aussi avec émerveillement

Valérie parle de la version Audiolib aujourd’hui (quelle coïncidence !! )

Lectures 2017

Newland, Stephanie Janicot

Tu lis parfois aussi pour ton club de lecture de bibliothèque… et là quelle surprise que de tomber pour une fois sur une dystopie, écrite par Stéphanie Janicot, accessoirement par ailleurs rédactrice en chef de l’excellentissime revue Muze. Tu ne savais trop à quoi t’attendre, et les premiers pas de l’intrigue de ce roman ressemblent à s’y méprendre aux premiers pas de Divergente… alors tu restes sur tes gardes, même si tu te doutes bien des contraintes et codes du genre. Nous sommes à Newland, unité de Brittonie, an 2262 de l’ère ancienne, an 104 de l’ère nouvelle. L’Europe a pris des mesures drastiques pour vivre enfin en paix et en harmonie. Les naissances sont contrôlées et gérées par des matrices. Un système de castes a été instauré. Les Blancs, la caste la mieux considérée, transmettent leurs gênes. Les Bleus éduquent leurs enfants. Les Noirs, quant à eux, entreprenants, doivent se débrouiller pour réussir et sont la caste des travailleurs. A quatorze ans, chaque enfant se voit dirigé vers la catégorie qui lui convient. Marian est persuadée d’être une Blanche, et se projette depuis toujours dans cet avenir, à l’instar de sa soeur Myrtille. Mais au moment de la Sélection, son bracelet lui désigne le camp des Noirs. Le choc est immense pour Marian, qui se prépare douloureusement à un destin qu’elle n’envisageait pas. Elle décide de se venger, ce sera son moteur, de gravir les échelons, pour aller défier SOL, le gouverneur qui se cache derrière les décisions de l’ordinateur central. Pour cela, il faudra être têtue, forte et risquer sa vie… Et toi lectrice, tu t’es laissée embarquer dans cette histoire, véritable Page Turner, consciente de l’originalité relative du scénario, mais emportée par la qualité du texte de Stéphanie Janicot et de l’univers créé par elle. Ses réflexions sur le passé, l’évolution de notre monde t’ont semblées pertinentes et documentées. De plus, les différents personnages qui gravitent autour de Marian, jeune fille en colère, sont fouillés.  A noter, un très intéressant voyage dans le passé, bourré de contrastes. Bref, voici une lecture divertissante, que tu as lue avec beaucoup de plaisir. A conseiller aux adeptes du genre, mais pas seulement !

Editions Albin Michel – mars 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2017

Ressentiments distingués, Christophe Carlier

Il faut vraiment dépasser cette couverture un peu sombre pour s’engager dans ce petit livre et l’apprécier… Un bandeau annonçait pourtant que l’auteur avait déjà écrit le roman L’Assassin à la pomme verte (Prix du premier roman en 2012, que tu n’as pas lu). Finalement, tu as dévoré cet opus sur deux jours. Il tourne en ce moment dans ton petit groupe de bibliothèque. Vous en parlerez bientôt. Nous sommes sur une île, alors que la fin de l’été a fait fuir les derniers touristes, et que les insulaires se retrouvent entre eux. Mais un jour, le facteur  constate qu’il distribue de bien étranges cartes postales anonymes qui, en une ou deux phrases, énoncent des sentences ou des interrogations allusives perturbantes. Un corbeau sévit. Et les conjectures vont bon train. On grince des dents. Valérie, dans son café, est aux premières loges pour récolter les supputations de la population inquiète. Qui sera le prochain sur la liste ? Il faut dire que les phrases du corbeau ne restent pas sans conséquences. Alors on s’épie, on cherche le coupable. Est-ce le jeune Tommy ? Ou quelqu’un ayant déjà reçu une carte pour ne pas éveiller les soupçons ? La configuration d’une île est particulière, Gwenegan le gendarme en a conscience et dresse mollement le portrait de chaque habitant, persuadé que tout rentrera dans l’ordre sous peu. Il faut dire qu’il est bien plus occupé à admirer les beaux yeux de la charmante Valérie. Emilie, elle, tente de contrer les effets néfastes des cartes malveillantes en envoyant les siennes, bienveillantes. Mais jusqu’où ira ce corbeau maléfique ? Et toi lectrice, tu as beaucoup aimé dans ce délicieux petit roman avoir l’occasion de passer du temps sur une île, hors saison, au milieu de ses figures emblématiques, dans cette atmosphère particulière, à la fois vaste car brassée par les éléments et fermée car délimitée par des contours bornés. Tu as beaucoup aimé aussi l’écriture de ce texte, ciselée, et tu t’es d’ailleurs arrêtée à plusieurs reprises sur des paragraphes pour en goûter la beauté. Un joli livre à découvrir !!

« L’immensité, sur l’île, ne surprend plus personne. Elle fait partie du quotidien. On contemple l’infini chaque matin en baîllant, et chaque soir, en sortant sa poubelle. C’est un privilège qui peut rendre fou. Car l’immensité n’empêche pas le confinement. Ce sont toujours les mêmes personnes qui se croisent et se saluent aux carrefours. »

Editions Phébus – janvier 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Le billet de Nicole, également conquise

Lectures 2017

L’ombre de nos nuits, Gaëlle Josse

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C’est officiel, Gaëlle Josse sera présente à La Roche sur Yon en octobre 2017 [clic ici pour plus d’informations]… alors tu prépares petit à petit sa venue en lisant ses romans… Au centre de celui-ci, il y a un tableau de Georges De la tour (voir la reproduction en dessous, présente généralement sur la couverture du livre – en grand format ou en poche), Saint Sébastien soigné par Irène, que le peintre destine au roi. Alors le lecteur suit la mise en place de ce tableau, les premiers coups de pinceaux, entre dans la maisonnée de la famille du Maître, qui veut voir plus grand que le succès qu’il connaît déjà dans sa région. C’est sa fille Claude qui incarnera la douce Irène, quelle pression ! Tout le monde est en émoi quand vient le grand jour de transporter l’oeuvre sur les routes jusqu’à la cour du roi. Un autre récit alterne avec celui-ci… De nos jours, dans un Musée, une femme tombe en arrêt devant ce tableau, qui lui rappelle un amour perdu, un amour qui s’est terminé par le désistement progressif de l’autre, un amour plein de silences et de non-dits, de fantômes… Son attention reste fixée sur le personnage au centre de la peinture, cette femme qui détourne le regard. Les sentiments sont au coeur de ce roman, mais aussi la tendresse, l’attention à l’autre, l’ombre et la lumière… l’orgueil peut-être, dirais-tu aussi. Gaëlle Josse nous délivre encore ici le très beau portrait intime d’un homme célèbre (voir Un été à quatre main), et t’a attachée avec son personnage féminin moderne, et ses réflexions sur l’aveuglement amoureux.

Noir sur blanc – janvier 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un petit bijou pour Sylire

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