Lectures 2018

Le courage qu’il faut aux rivières, Emmanuelle Favier

Aucun texte alternatif disponible.

On ne parle que rarement des conditions dans lesquelles on lit un livre, et surtout de l’impact que ces conditions peuvent avoir sur la qualité de notre lecture… J’ai emprunté ce roman en bibliothèque dans une version pour malvoyants (corps 20). C’est un peu gros, même pour moi. Mais voilà qui explique sans doute pourquoi je suis passée à côté de l’émotion contenue dans cette histoire, très étonnante et particulière. Il aurait peut-être fallu une écriture plus resserrée, me lover avec les personnages entre les pages de mon livre. Je ne sais pas. Dans les premières lignes, nous rencontrons tout d’abord Manushe, une « vierge jurée » qui a renoncé à sa condition de femme, très jeune, pour échapper à un mariage avec le vieux Panush. Manushe vit et s’habille comme un homme et est pour cela respectée dans ce village des Balkans où elle réside de manière paisible et routinière. Un visiteur met pourtant ce jour là le village en effervescence. Adrian est un homme à la fois attirant et mystérieux. Chaque famille a le souhait de l’accueillir chez elle. Manushe et lui passent du temps ensemble, jusqu’à ce que les secrets de chacun soient dévoilés. Le désir vient s’en mêler, ainsi que l’imprudence. Le lecteur découvre alors qui est réellement Adrian, et son histoire pleine de rebondissements et de dangers.  Même si je suis restée un peu en retrait de l’émotion contenue dans ce roman, je reconnais son aspect envoûtant, par moments très poétique, voire lyrique et mystérieux. On pourrait croire même avoir affaire à un conte tant les repères sont à la fois flous et universels dans ce récit qui contient de belles images et beaucoup de violence, à l’image de notre monde actuel. Les questionnements que soulèvent les difficultés rencontrées par les femmes dans ce roman sont très modernes et je dirais qu’il met en lumière… le courage qu’il faut parfois aux femmes pour être des hommes comme les autres.

Editions Albin Michel – août 2017  

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole

Publicités
Coups de coeur·Lectures 2018

Churchill Manitoba, Anthony Poiraudeau

Aucun texte alternatif disponible.

❤ Je dois dire d’emblée que je suis une grande fan des racontars du froid de Jorn Riel… j’étais donc déjà toute disposée à suivre Anthony Poiraudeau dans son voyage vers le Nord. Mais c’est son écriture qui m’a séduite, en réalité, dès les premières lignes, sa manière de partir de l’enfance, et de l’attrait qu’il avait alors pour les cartes de géographie. Et c’est sur une de ces immenses et grossières cartes de classe de notre enfance, et dont il finit par posséder deux exemplaires chez lui, qu’un minuscule point attire son attention et son imagination, la ville de Churchill, au Manitoba, perdue aux confins du cercle arctique, en Amérique du Nord. Il décide alors d’aller là-bas, effectuer un voyage, histoire de confronter la réalité à son imagination. Il découvre une ville abîmée par son histoire, notamment par les ravages commis sur sa population autochtone, mais surtout par ces vagues successives d’espoirs fondées sur elle et jamais réalisées. Churchill Manitoba vit essentiellement aujourd’hui de l’attrait touristique qu’offre la possibilité de croiser dans ses rues des ours blancs. J’ai adoré ce livre, et cette quête désabusée, autant intérieure qu’extérieure, effectuée par un voyageur écrivain décontenancé par une ville grise et triste, dont il fait très vite le tour, mais forte de son passé. On y croise aussi bien le souvenir de batailles militaires que celui de Glenn Gould. On peut y voir de magnifiques aurores boréales, et admirer aussi l’ancienne base de lancement de sondes aérospatiales construite par l’armée américaine dans les années 1950. Ce roman d’un auteur nantais, qui cite même à un moment donné dans ses pages des villes de la côte vendéenne, est une jolie découverte de bibliothèque, à la fois drôle, désuète et pleine de questionnement sur notre manière encore bien coloniale d’envisager le monde.

« Si les cartes d’un ancien état du monde étaient pour moi les meilleures, les plus merveilleuses, bien qu’elles aient été coloniales, c’est précisément parce qu’elles provenaient d’un monde aux noms dépassés, perdu comme l’enfance, et justement reçu pour moi dans l’enfance sur les murs des écoles et par de désuètes mythologies populaires toujours en vigueur au cours de mes jeunes années. »

Editions Inculte – octobre 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2018

L’été circulaire, Marion Brunet

Je lis aussi dans le cadre de mon groupe de bibliothèque… ce qui me permet d’élargir un peu mes horizons et de partager en dehors d’internet. C’est dans ce contexte que j’ai ouvert L’été circulaire, assez heureuse finalement d’entamer un titre à l’écriture dynamique, d’une auteure spécialisée jusque là en jeunesse.  Jo et Céline sont deux soeurs de quinze et seize ans. Elles partagent la même chambre dans le pavillon de leurs parents au milieu d’un lotissement écrasé par le soleil du Midi de la France. La première scène est d’une violence inouïe. Manuel a appris que sa fille Céline est enceinte et il la frappe violemment.  Céline ne veut pas avouer qui est le père et part travailler pour l’été dans la ferme de ses grands parents. Jo est plus sérieuse, plus raisonnable, même si elle rêve de théâtre et de quitter cette vie morne qui ne lui convient pas. Les avances de Saïd, qu’elle connaît depuis toujours, ne la font pas rêver… Un drame couve et monte peu à peu dans l’ambiance glauque de cet été caniculaire. Il y a la rage et l’orgueil des hommes qui veulent en découdre et le silence des femmes. L’été circulaire est un roman noir qui se lit avec facilité et qui déconcerte en même temps. J’ai apprécié ce tableau d’une société à deux vitesses où les riches méprisent ceux qui travaillent pour eux, où personne ne semble pouvoir échapper à sa condition ni à son destin. J’ai eu envie de secouer Séverine, la femme de Manuel, grand-mère a à peine 40 ans. J’ai cru que Jo, avec son intelligence et ses yeux vairons, sa foi en l’ailleurs, allait pouvoir sauver sa famille de cet été glauque qui n’en finit pas de coller aux doigts, comme une barbe à papa de fête foraine. Mais j’ai moins aimé ce qu’il me restait en fin de lecture, ce malaise qui persiste. Une lecture en demi teinte donc, pour moi au final, et sans doute un livre qui ne tombe pas au bon moment, mais qui plaira très certainement aux adeptes du genre.

Editions Albin Michel – janvier 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Grand Prix de littérature policière 2018

Une autre lecture chez… Noukette

Ce titre était dans la première sélection des coups de coeur de la blogo.

Lectures 2018

Trois saisons d’orage, Cécile Coulon

IMG_20180211_213000_081

Cécile Coulon est toute de même étonnante ! Voici le troisième titre que tu lis d’elle et à chaque roman, l’auteure semble se couler dans un genre différent. En effet, tu t’es tout d’abord retrouvée face à une dystopie pour Le rire du grand blessé, et à une sorte de roman social contemporain pour Le coeur du Pélican. Là, le lecteur peut légitimement penser être en face d’un roman du terroir dans les premières pages. Mais les lieux et le temps se distendent rapidement au fil de la narration, surtout lorsque les personnages quittent la ville et franchissent Les trois gueules, forteresse de falaises réputées infranchissables. Et d’ailleurs, ce n’est pas vraiment ce qui importe, le genre de ce roman. On se demande surtout quelle histoire Cécile Coulon va bien pouvoir nous raconter, cette fois encore. Nous sommes donc aux Fontaines, ce lieu magique et mystérieux, loin de tout, préservé, où des hommes fouillent la terre et où la nature fait sa loi. En ville, on redoute cet endroit qu’on compare aux enfers, et quand un médecin, André, décide de s’y installer, on le traite très vite de fou. Alors qu’André, lui, a enfin trouvé son paradis sur terre. Ce lieu qu’il découvre lui permet d’oublier les petits fantômes qu’il laisse derrière lui, ces enfants morts pendant la guerre qui hantent sa mémoire. Il se sent utile auprès des hommes que l’on appelle les fourmis blanches, qui creusent les carrières et sont constamment couverts de poussière blanche. Cependant, il ne sait pas qu’en partant de la ville, il y a laissé un fils, qui le rejoindra un beau jour, et qui prendra à son tour la relève… Tout pourrait continuer ainsi, le bonheur se poursuivre et les générations se suivre, s’il n’y avait les hommes et les femmes, et leurs désirs, et si l’orage ne finissait pas par gronder, même au-dessus du paradis… Et toi lectrice, tu as aimé cette fresque à la fois calme et volcanique, très forte, qui dévoile doucement son jeu, et traite à sa manière de la fable du rat des villes et du rat des champs… Oui, Cécile Coulon est décidément étonnante !

Editions Viviane Hamy – janvier 2017 – Prix des Libraires 217

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Jostein

Lectures 2018

Au commencement du septième jour, Luc Lang

IMG_20180131_120545_165

Dès les premières pages, tu as été littéralement accrochée par l’intrigue de ce roman… Il le fallait bien car Au commencement du septième jour est un véritable pavé, intense, qui nous emmène loin, sur les routes, les chemins de montagne, en Afrique. En bref, nous fait drôlement voyager. Mais pas que. Il rentre également profondément dans la psychologie de ses personnages, et dans les toiles invisibles que constituent tous les secrets de famille. La fin d’une époque sonne pour Thomas, père de deux enfants, lorsqu’il reçoit un appel en pleine nuit lui expliquant que sa femme vient d’avoir un accident de voiture, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Interrogations. Enquête. Thomas se débat avec une réalité douloureuse et tente de tout concilier, l’absence de Camille à présent dans le coma, ses enfants, un travail prenant et exigeant. Bien entendu, lui et sa femme avaient bien réussi, avaient tout pour être heureux, mais il se rendra compte petit à petit combien sa vie, ses certitudes étaient fondées sur du sable… Heureusement, son frère Jean, taciturne, berger dans Les Pyrénées, lui apporte son soutien, ainsi que Claire, sa belle mère, juge à Bordeaux. Et toi lectrice, tu as beaucoup aimé l’écriture de Luc Lang, qui tient son lecteur en apnée sur plus de 500 pages. Les révélations se font dans ce roman, au compte goutte. Chaque détail, chaque mot, a son importance. Tous les personnages qui entourent Thomas ont leur rôle à jouer dans cette histoire, de bout en bout passionnante. Que vous dire de plus ? Peut-être que, même si tu as parfois trouvé quelques longueurs au récit, tu l’as en réalité dévoré. Alors n’hésitez pas à dénicher ce roman qui vient tout juste de sortir en version poche chez Folio.

Editions Stock – Août 2016

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole

Coups de coeur·Lectures 2017

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais

❤ 

Ah, Pouchkine ! Ah, Eugène Onéguine !… Depuis le temps que tu croisais cette jolie couverture sur les blogs, tu ne te doutais pas que ce roman, en vers, destiné à un public adolescent, était l’adaptation moderne de cette fameuse oeuvre de Pouchkine. Tu l’aurais sans doute ouvert plus tôt. Il faut dire que tu as voué, étudiante, une véritable fascination pour la vie et l’oeuvre d’Alexandre Pouchkine, à la fois passionnée, passionnante et romantique. Mais l’histoire d’Eugène Onéguine, adaptée par Clémentine Beauvais, est ici quand même un peu différente… Nous sommes en 2006, et Tatiana a quatorze ans lorsqu’elle rencontre pour la première fois Eugène, qui en a dix-sept. C’est l’été. Eugène accompagne son ami Lensky tous les après-midi chez Olga, la sœur aîné de Tatiana. Les amoureux se retrouvent et les deux autres jeunes gens, désœuvrés, sympathisent. Jusqu’à ce que, Tatiana, persuadée d’être amoureuse, écrive un long mail à Eugène qui l’éconduit brutalement. Lorsqu’ils se retrouvent une dizaine d’années plus tard, par hasard dans un TER, se rejoue alors une autre partition. Tatiana n’est plus la jeune fille naïve qu’elle était, elle a des projets d’avenir. Eugène a également changé et n’est plus le jeune frondeur, sûr de lui, qu’il était. Et toi lectrice, tu as trouvé ce petit livre particulier extraordinaire, non pas par l’intrigue assez banale qu’il raconte (universelle ?), mais par sa forme, absolument inventive, particulière et attachante, et finalement moderne. Car en effet, l’écriture de Clémentine Beauvais virevolte, et zappe, comme il est d’usage de le faire actuellement… Elle dépose des fragments de mails, des textos, puis entrecroise dialogues intérieurs et paroles balbutiantes. Et il faut le dire, que c’est un réel régal, et que l’on tourne les pages, avide de lire les lignes suivantes. Bref, tu n’avais pas envie de terminer ce roman.

« Il est quatre heures cinquante-quatre du matin,
un tesson de soleil est déjà fiché dans le ciel prune.
C’était exactement la lettre qu’il y avait dans son ventre.
Tendre, exacte, franche.
Discrète, douce. »

Editions Sarbacane – août 2016

Moka l’a lu aussi avec émerveillement

Valérie parle de la version Audiolib aujourd’hui (quelle coïncidence !! )