Lectures 2020

Un goût de cannelle et d’espoir, Sarah McCoy

Ce titre avait été choisi par une des participantes de mon club de lecteurs pour Noël… Très bon choix, car effectivement l’intrigue de ce roman commence pendant cette fête. Mais c’est un Noël bien particulier auquel nous assistons, puisque Elsie, 16 ans, est invitée à une soirée nazie pour la nuit de Noël. Nous sommes en Allemagne, en 1944. Ses parents tiennent une boulangerie, sa soeur aînée Hazel est mère dans un Lebensborn. Elsie va finir cette soirée, presque fiancée à un gradé nazi, après avoir été pratiquement violée par un autre, et sauvée par un petit garçon juif. C’est ce même petit garçon qui toquera à sa porte quelques heures plus tard, et qu’elle va décider de cacher dans sa chambre. Soixante ans après, Reba, journaliste, toque aussi à la porte d’Elsie, alors boulangère au Texas. Et c’est ce que nous raconte ensuite Sarah McCoy, toute l’histoire d’Elsie entre cette nuit de Noël inoubliable et son arrivée aux Etats-Unis, mais aussi la quête de Reba vers un bonheur moins fragile. On tourne les pages de ce livre plein de rebondissements avec avidité, goûtant la personnalité attachante des protagonistes mais aussi les odeurs de boulangerie. Elsie est traversée par des sentiments complexes, son attachement à sa patrie, son amour pour les siens, mais aussi tout ce qu’elle ressent comme mauvais dans les agissements de ses compatriotes. Elle s’attache à Tobias, le jeune garçon juif. La Elsie plus âgée est pleine de sagesse et offre un refuge à une Reba un peu perdue. Dans ce contexte plus contemporain (nous sommes en 2007), Riki, l’homme qui vit avec cette dernière, travaille au service des Douanes et est confronté à une autre réalité. En protégeant les frontières des Etats-Unis, il met en danger des familles, des enfants, et sous couvert de devoir patriotique, a le sentiment de trahir ses origines. Un roman qui traite de conscience donc, et nous entraîne avec lui dans un voyage intime passionnant.

Merci Sonia pour le prêt !

Editions Pocket – avril 2015

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2019

Toutes blessent, la dernière tue, Karine Giebel

J’ai réussi à aller jusqu’à la fin de ce thriller éprouvant reçu lors d’une opération Masse critique spéciale de Babélio… ce qui est visiblement déjà un exploit. En effet, lorsque j’ai publié la photo de ma lecture en cours sur Instagram, de nombreuses blogueuses m’ont signalé en message privé n’avoir pas réussi à le terminer ou attendre vraiment mon retour sur ce livre. Je ne suis pas vraiment la cible de ce genre de romans très violents, mais j’aime parfois aussi sortir de ma zone de confort. Je ne peux pas dire cependant que je sois entièrement séduite par ma lecture. Je n’ai pas accroché spécialement à l’écriture, simple et parfois un peu répétitive. Je n’ai pas toujours cru non plus à la violence généralisée, même si l’auteure a su distiller par ci par là quelques lueurs d’espoir. Il me semble pour autant que Karine Giebel suit les codes du genre, ne nous laissant aucun répit dans l’extrême violence, et ce jusqu’à la toute dernière page, ce qui rend cette lecture à la fois repoussante et addictive. Et elle a pour cela un talent et une inventivité indéniables, il faut le reconnaître. L’histoire ? Tama est une esclave, arrachée très jeune à sa famille pour venir travailler en France. Elle a à peine 8 ans quand elle débarque chez les Charandon, qui la font dormir par terre dans la buanderie. On a menti à son père resté au Maroc. Il pense avoir donné à sa fille l’occasion d’étudier et de se préparer un avenir. Ses employeurs s’avèrent de parfaits bourreaux, s’adonnant aux coups si nécessaire. Heureusement, il y a le bébé Vadim, les visites d’un jeune homme de la famille et les livres… Un peu plus loin, en Lozère, Gabriel recueille une inconnue, blessée et amnésique. Elle ne sait pas qu’elle est très mal tombée, chez un assassin. Ces deux êtres s’apprivoisent, contre toutes attentes… Malgré mes bémols de lecture, j’ai aimé malgré tout que l’auteure traite de manière si profonde cette scandaleuse réalité des esclaves domestiques. Comme elle le dit en postface, c’est un phénomène difficile à quantifier mais réel, qui se déroule souvent en huis clos, et dans divers milieux. J’aurais aimé je crois que l’intrigue en reste là, Tama étant un personnage suffisamment attachant pour porter le roman. L’intrigue évolue en effet vers des histoires de gangs et de vengeances moins intéressantes et subtiles. Voici donc une lecture pour les adeptes du genre, qui à mon avis goûteront le talent de Karine Giebel pour créer une atmosphère suffocante. Je suis heureuse pour ma part de passer à autre chose.

Editions Pocket –  novembre 2019

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Lectures 2019·Objectif PAL

Fleur de glace, Kitty Sewel… mon objectif pal de décembre !

J’ai choisi ce livre dans ma PAL dans l’optique de continuer à lire en décembre quelques titres sur le thème de Noël et de l’hiver pour mon club de lecteurs. Et je n’ai pas regretté mon choix. Fleur de glace est un roman à la fois très prenant et dépaysant. Nous sommes à Cardiff, dans les Pays de Galles, en 2006. Le docteur Dafydd Woodruff, bien installé, autant dans sa vie professionnelle que personnelle, voit tout à coup son quotidien bouleversé par une lettre en provenance de Moose Creek, dans les territoires du Nord au Canada. Sheila Hailey lui apprend ainsi qu’il serait le père de ses jumeaux. Il y a quinze ans, le chirurgien a tenté en effet d’oublier là-bas une erreur opératoire qui avait coûté la vie à un petit garçon. Mais Dafydd Woodruff est persuadé de ne jamais avoir eu de rapports sexuels avec Sheila, l’infirmière en chef revêche de l’hôpital où il exerçait alors. Un test ADN confirme sa paternité. Tandis que son couple est au bord du naufrage, Dafydd décide de se rendre sur les lieux, afin de voir Sheila et les enfants. En parallèle, le lecteur est projeté en 1992 et fait la connaissance du jeune Dafydd, fraîchement débarqué à Moose Creek. Petit à petit, les événements se confrontent et les pièces du puzzle se mettent en place. Un peu perdu, le chirurgien reprend malgré tout ses marques dans ce lieu qu’il a laissé presque à l’identique quelques années plus tôt et s’attache aux adolescents dont il admet être le père biologique. La science ne peut pas se tromper. A Cardiff, la vie de Dafydd ne cesse par ailleurs de plonger dans le chaos. Sa femme a peu ou prou quitté le domicile conjugal et souhaite vendre leur maison, traînant depuis le test ADN et les dénégations de son mari le sentiment d’avoir été trahie. Dafydd vit un enfer mais quelque chose semble bouger en lui… Et j’ai beaucoup aimé, moi lectrice des Racontars du froid de Jorn Riel par exemple, toute cette ambiance des territoires du Nord qui me fascinent, la galerie de personnages secondaires et hauts en couleurs que Dafydd côtoie, notamment ce vieil homme appelé Ours Qui Dort et l’ami aux lourds secrets, Ian. A Moose Creek, chacun a conscience du danger que représentent le froid et la nature. On boit, on se drogue parfois, on vit dans la saleté sans trop y prêter attention. Tout le monde se connaît ou est amené à se croiser un jour. Le monde est aussi petit que le territoire est vaste. Et si Dafydd avait en fait laissé son coeur encore un peu plus loin, dans le nord, pendant son séjour auprès d’un vieil homme et d’une femme nommée Uyarasuq ?

Editions Pocket – septembre 2009

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Lectures 2018·Objectif PAL

Les heures, Michael Cunningham ~ objectif pal de mai

Je voulais attendre que mon souvenir du film The Hours s’estompe un peu avant de lire le roman… Ce livre attend donc son tour depuis un certain temps dans ma PAL, tant le film (sorti en 2002) m’avait laissé un souvenir fort, servi par trois actrices remarquables (Nicole Kidman, Meryl Streep et surtout Julianne Moore que j’adore). Peut-être aurait-il été préférable qu’il attende encore un peu ? Je n’ai pas eu en effet le coup de coeur de lecture attendu avec ce poche, même si le roman de Michael Cunningham est sans conteste très habile et bien écrit, et que je l’ai malgré tout beaucoup aimé, bien sûr ! Bref, les images du film ont grandement parasité ma lecture. L’histoire ? Nous suivons, sur une journée, et à trois époques différentes, trois femmes : Virginia Woolf en 1923 près de Londres, Laura en 1949 à Los Angeles et Clarissa fin XXème siècle à l’époque où le sida fait des ravages dans la communauté homosexuelle New Yorkaise. Ces trois femmes ont en commun un livre, Mrs Dalloway (que j’ai aussi dans ma PAL et pense ouvrir bientôt). Virginia Woolf est en train de l’écrire et sera perturbée sur cette journée d’écriture par la visite de sa soeur Vanessa et de ses neveux, les bouderies de son employée Nelly, et les exigences attentionnées de son mari Leonard. Malgré cela, elle avancera sur quelques points fondamentaux de l’histoire, et réussira à persuader son mari de retourner vivre à Londres. Laura est une femme au foyer modèle des années 50, enceinte de son deuxième enfant, elle prépare pour l’anniversaire de son mari un gâteau, qu’elle voudrait parfait. Mais quelque chose en elle n’aspire qu’à une seule action, aller s’allonger sur son lit pour continuer à lire ce roman de Virginia Woolf dont la lecture l’aspire, Mrs Dalloway. Clarissa a hérité du prénom du personnage du roman de Virginia Woolf, et comme le personnage ce matin c’est elle qui va se charger d’aller acheter des fleurs pour la réception qu’elle organise en l’honneur de Richard, son meilleur ami, écrivain et malade du Sida. Ayant déjà beaucoup aimé lire Virginia Woolf, notamment dans Une chambre à soi, j’ai été heureuse de la retrouver dans ce roman. Mais c’est le personnage de Laura, qui reste, comme dans le film, mon personnage préféré, tiraillée entre son désir d’être une bonne mère et épouse, et ses aspirations personnelles. Il y a beaucoup de petites phrases que j’avais envie de noter au cours de ma lecture. Mais sans doute n’ai-je pas retrouvé la sorte d’oppression qui court dans le film, cette impression constante qu’un incident grave va advenir… qu’il y a quelque chose à comprendre, un puzzle à construire avec tout ce que l’on nous raconte ? Et j’ai lu tellement de très beaux romans sur le thème des mères aux foyers désespérées, comme par exemple le Arlington Park de Rachel Cusk. Cela dit, ce titre est une très belle porte ouverte aux livres de Virginia Woolf qui m’attendent encore dans ma PAL, son journal et Mrs Dalloway.

Editions Pocket – avril 2001 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lu dans le cadre de l’objectif pal