Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Stéphanie Pélerin

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Stéphanie Pélerin a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Stéphanie,

Tu as été invitée deux fois au Printemps du livre de Montaigu, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Bonjour Antigone ! Mille mercis pour cette invitation confinée. C’est le cœur lourd que j’ai appris l’annulation du Printemps du Livre (et de bon nombre d’autres salons) qui est un événement incroyable, organisé par une équipe de passionnés.

Antigone : Ton premier roman (Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire a été publié en 2016 aux Editions Mazarine. Peux-tu nous raconter en quelques mots cette expérience ?

Stéphanie : J’ai eu la chance énorme d’être repérée par Alexandrine Duhin sur Facebook. Elle était dans la liste de mes contacts, je ne savais pas qui elle était. J’avais communiqué sur le fait que je m’amusais à écrire un roman. Elle m’a envoyé un message me disant qu’elle aimerait lire le résultat final. A l’époque, Mazarine n’existait pas. Et je me demandais ce que la très sérieuse maison Fayard allait bien pouvoir faire de ma comédie.

Antigone : Ce roman entre dans la catégorie de la Chick lit, comme Le journal de Bridget Jones de Helen Fielding par exemple. Peux-tu nous dire ce qui t’a plu dans le fait d’écrire ce type de roman ?

Stéphanie : Ce qui m’a plu, et tu me connais un peu, c’est tout d’abord le côté comique. Je me suis beaucoup amusée en l’écrivant. Alors aujourd’hui quand, malgré tous ses défauts de premier roman, j’entends des lecteurs dire qu’ils ont ri aussi, je me dis que mon but est atteint. Et puis, je suis quelqu’un qui ne se prend pas trop au sérieux, alors je ne pouvais commencer qu’ainsi.

Antigone : (Presque) jeune (presque) jolie (de nouveau) célibataire et sa suite (Toujours) jeune, (toujours) jolie, maman (mais pas seulement) sont également sortis en édition France Loisirs, ce qui t’a permis de rencontrer un public plus large. Je sais que tu as aimé ces rencontres. Peux-tu nous raconter tes impressions et l’importance de ce réseau pour toi ?

Stéphanie : France Loisirs, pour moi, c’est déjà une histoire de famille. Je suis rentrée dans la lecture par ce biais, finalement. Ma mère recevait le catalogue et j’adorais le compulser et y commander des livres. Alors y voir mes propres romans, je dois reconnaître que ce fut très émouvant.

Ensuite, j’ai découvert une équipe de passionnés, des gens qui ont porté mon roman, qui m’ont portée. J’ai gardé des contacts avec une partie d’entre eux, j’en revois même quelques-uns aussi souvent que nos agendas nous le permettent.

Antigone : Tu tiens un blog http://www.milleetunefrasques.fr, sur lequel tu postes régulièrement des avis de lectures BD, mais aussi des romans, et sur lequel tu tiens chaque premier mardi du mois le rendez-vous Le mardi c’est permis. Peux-tu nous raconter les débuts de ton blog, et son importance pour toi ?

Stéphanie : Tout a commencé quand j’ai découvert le blog de Leiloona, Bric à Book. J’ai adoré ses conseils lecture. Et à mon tour, j’ai eu envie de tenir un journal de lecture en ligne. C’est ainsi que l’aventure a commencé un 28 décembre 2008, à l’époque où nous n’étions encore qu’une poignée.

Ce blog, c’est un peu chez moi. Même si j’ai des moments de creux dans sa tenue, j’y tiens énormément. J’y ai consigné mes lectures, des textes, des coups de gueule. J’y ai confié des choses souvent, pudiquement, entre les lignes.

           

Antigone : Tu as également publié sous pseudo et en collaboration avec un autre auteur. Peux-tu nous raconter cette expérience d’écriture à 4 mains ?

Stéphanie : Tout a commencé en 2017. Les éditions Charleston m’ont confié le suivi éditorial d’une superbe saga historique (en poche désormais sous l’appellation La trilogie vénitienne). J’ai donc travaillé avec Emma Mars qui en est l’autrice. Enfin l’auteur, car Emma ne cache plus s’appeler en réalité Frédéric. Je pense ne pas trop m’avancer en disant que nous avons beaucoup aimé travailler ensemble. Quelques mois plus tard, Frédéric me contactait. Il avait 30 pages d’un projet extra et ambitieux et il souhaitait qu’on l’écrive ensemble. Je pense que sa proposition est à ce jour ma plus grande fierté. Nous nous sommes régalés à écrire les deux premiers tomes de ce qui devait devenir une série de douze. Puis la maison d’éditions a rendu cette histoire sordide. Je ne m’épancherai pas trop sur cette maison d’éditions qui a déjà fait couler de l’encre notamment sur le webzine Actualitté.

Antigone : Tu as également contribué à la sortie du roman de Joëlle Sancéau Plage Sainte Anne paru aux éditions du 38 en 2017. Peux-tu nous raconter également cette expérience ?

Stéphanie : Joelle et moi participions au même atelier d’écriture virtuel « une photo quelques mots » qui se déroule depuis de longues années sur le blog de Leiloona. Un jour, j’ai lu un de ses textes et je lui ai écrit qu’elle tenait là un début de roman. Elle a fini par se lancer, l’a écrit. Et je lui ai proposé de le défendre auprès des éditions du 38 et de devenir en quelque sorte son éditrice pour pousser le texte encore plus loin. Depuis, elle n’a pas cessé d’écrire et publie désormais chez City. Je suis tellement heureuse de lui avoir donné cette pichenette qui a révélé la romancière.

Antigone : Tu es professeure de Français et tu as décidé cette année de prendre un temps partiel annualisé pour écrire. Cette période vient tout juste de débuter. Quels sont tes projets d’écriture à ce stade ?

Stéphanie : Je n’aurais pas imaginé mon temps partiel en confinement… J’avais décidé d’aller écrire là où je me sens le mieux pour le faire : dans les cafés… Je rêvais d’une liberté propre à la création… J’avoue avoir du mal à m’y mettre.

Néanmoins, j’ai deux projets principaux. Un roman à finir : une histoire d’amour atypique, mais sur un ton différent de ce que j’ai écrit jusqu’à présent. Et un projet qui se lance : une dystopie pour grands ados ; un projet à quatre mains avec Sophie Noel dont j’aime la plumé, l’engagement et la grande sincérité.

Ensuite, ma tête fourmille de plus d’envies et projets qu’une vie entière pourra en contenir.

Antigone : Un grand merci à toi Stéphanie.

Stéphanie : C’est moi qui te remercie de ce bel espace de parole. En espérant venir bientôt fouler le sol des rues de Montaigu.

 

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Anne-Laure Bondoux

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Anne-Laure Bondoux a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Anne-Laure Bondoux,

Vous étiez invitée au Printemps du livre de Montaigu l’année dernière, salon dont la tenue a été annulée cette année comme de nombreux autres événements du Printemps, et par le Grand R à la Roche sur Yon au mois de janvier 2020.

Vous avez bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

Antigone : J’ai fait votre connaissance au Festival Rue des livres à Rennes, en 2017. Vous étiez alors dans la partie jeunesse du salon. Vous écrivez en effet principalement pour les plus jeunes. Pouvez-vous nous raconter comment, au début de votre carrière d’écrivain, vous avez commencé à écrire pour eux ?

Anne-Laure Bondoux : Ce sont les « hasards » de la vie (en sont-ils ?) qui m’ont amenée à travailler pour la Presse Jeunesse. En 1996, je suis entrée chez Bayard Presse avec la mission de réfléchir à un projet de magazine susceptible d’intéresser des lecteurs de 9 à 12 ans. Je travaillais au sein de la rédaction de J’Aime Lire, magazine que j’avais moi-même lu lorsque j’étais enfant. Cet environnement m’a immédiatement plu, je m’y suis sentie accueillie, et de fil en aiguille j’ai commencé à publier des histoires pour les enfants dans Astrapi, J’Aime lire, les Belles Histoires etc. À l’époque je voulais devenir écrivain, mais je n’avais pas pensé à écrire pour les jeunes. J’ai vite compris combien cette littérature pouvait être riche, vaste, aventureuse et importante, aussi. Car proposer des histoires, des émotions, bref de la littérature dès le plus jeune âge permet de « fabriquer » les lecteurs adultes. J’ajoute que, publiant ensuite mes premiers romans chez Bayard Editions, j’ai toujours souhaité écrire aussi pour les adultes car (en France, surtout) on a tendance à enfermer les créateurs dans des boîtes, et je n’avais pas envie d’être cantonnée à un registre ni à un genre.

Antigone : J’ai acheté sur ce salon Et je danse aussi, que vous avez écrit à quatre mains avec Jean-Claude Mourlevat, et qui n’est pas du tout pour le coup un roman jeunesse. C’est un roman épistolaire qui reproduit une correspondance entre deux adultes, une lectrice et un écrivain célèbre. Pouvez-vous nous expliquer comment Jean-Claude Mourlevat vous a incité à entreprendre ce récit ?

Anne-Laure Bondoux : J’ai connu Jean-Claude Mourlevat au fil des années, lors de différents salons ou festivals. Nous avons sympathisé, nous nous sommes lus, et en 2013, suite à une discussion d’ordre privé au sujet de nos difficultés d’écriture respectives, il m’a envoyé un mail qui s’adressait à un personnage fictif : Adeline Parmelan. J’ai pris ça pour un simple jeu. J’ai endossé le nom de ce personnage et répondu à Pierre-Marie Sotto… sans penser une seconde que je mettais le doigt dans un engrenage ! Six mois plus tard, à l’issue d’une longue improvisation qui nous avait littéralement réjouis, nous avions un manuscrit. Il nous plaisait, mais il n’était pas destiné aux ados – notre secteur habituel. Nous avons donc cherché un éditeur. Après cinq ou six refus, Fleuve a adoré le texte.

Antigone : Une suite, Oh happy day, est sortie le 12 mars 2020 en librairie. Comme beaucoup d’autres lecteurs, j’attends la réouverture des librairies pour me la procurer. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez décidé de donner une suite à Et je danse aussi ?

Anne-Laure Bondoux : « Et je danse, aussi » a rencontré un très beau succès et de très nombreux lecteurs. Beaucoup, au fil des rencontres, nous ont réclamé une suite car le roman était doté d’une fin très ouverte. Pour moi, l’idée d’une suite était tentante ! J’avais adoré cette collaboration, et je m’étais attachée au personnage d’Adeline. Mais Jean-Claude, de son côté, redoutait qu’une suite soit moins bonne, artificielle, qu’on y perde l’essentiel, et je me suis rangée à ses arguments. Quatre ans sont passés. Nous avons chacun publié 2 romans en solo dans l’intervalle. Et soudain, alors que je ne m’y attendais pas, Jean-Claude m’a mise au défi de redonner vie à Adeline et Pierre-Marie ! Par jeu, j’ai proposé un point de départ, nous avons hésité pendant quelques semaines, mais très vite nous avons retrouvé le plaisir de cette correspondance : il était intact, voire plus grand encore ! Il nous a fallu 9 mois cette fois pour aboutir le manuscrit de Oh Happy Day, mais là, nous avions déjà l’éditeur 😉 ! Le roman est paru le 12 mars dernier. 2 jours plus tard, toutes les librairies ont fermé… Mais il sera toujours là à leur réouverture, promis !

   

Antigone : Vous étiez l’année dernière invitée au Printemps du livre de Montaigu. J’ai acheté sur ce salon, Valentine ou la belle saison, sorti en 2018 chez Fleuve, qui est une très belle histoire, un roman encore cette fois-ci destiné aux adultes. Dans ce livre, nous rencontrons Valentine qui, à 48 ans, décide de rejoindre en province la demeure familiale pour faire le point sur sa vie, écrire un manuel sur la sexualité des ados et profiter de la présence de sa mère Monette et de son chat Léon, lorsqu’elle tombe sur une série de photographies gribouillées. Comment vous est venu l’idée de ce roman ?

Anne-Laure Bondoux : « Valentine ou la belle saison » est né de mon désir de donner une sorte de « cousine » au personnage d’Adeline Parmelan, justement. Valentine et Adeline sont très proches : elles me ressemblent aussi beaucoup, l’une et l’autre, même si leurs histoires ne sont pas la mienne. J’ai néanmoins prêté à Valentine un épisode fort de mon parcours personnel : la découverte tardive d’un secret de famille. Dans ma « vraie vie », ce choc s’est produit en 2008 (j’avais 37 ans) et à inauguré une véritable crise d’identité. Avec dix années de recul, j’ai pu écrire une fiction à partir des émotions qui m’avaient traversée, et surtout, j’ai pu introduire de la distance et de l’humour ! J’ai ancré le roman dans l’actualité de 2017 avec l’ambition de faire rire, ou disons de regarder avec tendresse les déchirements qui traversaient les familles, les amis, les collègues lors des élections présidentielles.

– Antigone : Vous étiez l’invitée du Grand R le 18 janvier dernier pour la Nuit de la lecture. J’ai assisté à la rencontre organisée en partenariat avec la bibliothèque de Venansault (85). C’était un chouette moment dans lequel s’est invité également Jean-Claude Mourlevat. Pouvez-vous nous dire ce que vous apportent ces moments avec les lecteurs et professionnels (ou bénévoles) du livre ?

Anne-Laure Bondoux :J’aime beaucoup rencontrer les lecteurs de tous les âges. Ces moments sont pour moi des temps d’échanges, souvent drôles et riches d’émotions, autour de la vie, de l’acte de création… C’est un équilibre pour moi qui suis d’une nature plutôt sociable alors que l’écriture requiert de longues périodes de solitude. Quand je vais à la rencontre des autres, c’est que le temps est venu de sortir de mon terrier. Je suis alors contente de m’ébrouer à l’air libre, comme une marmotte après l’hibernation… ou comme un humain qui sort du confinement !!

– Antigone : Vous nous avez expliqué, lors de cet entretien, que vous n’étiez pas de ces auteurs qui fonctionnent avec des plans. Pouvez-vous nous raconter comment alors, pour vous, un récit prend donc forme ? Répondez-vous simplement à des commandes d’éditeur ou à des envies personnelles ? Avez-vous des rituels d’écriture ?

Anne-Laure Bondoux :C’est vrai, je n’ai jamais de plan avant de commencer l’écriture. Et j’ai la chance de ne pas avoir à répondre à des commandes. J’écris à partir de ce qui m’intéresse, me questionne, m’émeut. Si je ne fais pas de plan, c’est parce que je n’en suis pas capable. Je suis instinctive, laborieuse, intuitive et brouillonne. Je travaille un roman à partir d’une sorte de question centrale qui me porte, puis d’une scène visuelle d’où découle le reste. Je « vois » mes personnages, je me laisse habiter par eux, je les porte longuement comme une mère porte un enfant, et lorsqu’ils sont viables, je les mets au monde, c’est à dire qu’ils sont prêts à m’emmener dans leur univers. En cours d’écriture, cela dit, je fais beaucoup d’aller-retours, je construis et déconstruis, je perds beaucoup de temps ! Mais ce n’est pas grave, c’est ma façon de fonctionner, j’en ai pris mon parti. Je cherche moins l’efficacité que l’authenticité. Sinon, pas de rituel en particulier. Quand je suis bien lancée dans un roman, je travaille tous les jours dessus, le plus possible. Mais la période de gestation est parfois très longue, méditative, un peu… angoissante. Vais-je encore y arriver cette fois ?

– Antigone : Enfin, je n’ai lu que l’adaptation en BD par Thierry Murat chez Futuropolis des Larmes de l’assassin. C’est un roman jeunesse à l’intrigue très forte. Quels autres de vos romans imagineriez-vous ainsi adaptés en BD ? Ou même en film ?

Anne-Laure Bondoux : Les larmes de l’assassin a été le roman qui a fait connaître mon travail en 2003. Il a reçu une foule de prix, a été traduit dans 25 pays. Et il a donc été adapté de très belle manière par Thierry Murat en BD chez Futuropolis. Un projet de film a été lancé, j’ai travaillé dessus durant des années avec la production, puis ça a capoté. Le cinéma coûte cher, c’est très compliqué de réunir les budgets… Ecrire un livre est plus simple ! Deux autres de mes romans sont en projet pour des adaptations BD à cette heure, mais je préfère ne rien en dire, c’est trop tôt. En tout cas, c’est un grand plaisir de voir quelqu’un d’autre s’emparer de mes personnages, de mon univers pour en faire autre chose.

Un grand merci à vous Anne-Laure Bondoux.

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Une fenêtre un auteur… Sophie Adriansen

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

Sophie Adriansen a bien voulu répondre à mes questions.

Bonjour Sophie,

Tu étais invitée au Printemps du livre de Montaigu cette année, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.

Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais.

  • On peut dire que tu écris actuellement pour tous les âges, pour les adultes aux éditions Fleuve, mais également pour la jeunesse, chez Magnard, Nathan et Gulf Stream. Je voulais me faire dédicacer un de tes derniers opus au Printemps du livre de Montaigu cette année, un roman jeunesse publié chez Magnard en octobre 2019, Le test, pourrais-tu nous le résumer en quelques mots ?

Le Test met en scène Madeleine, une lycéenne en classe de seconde qui tombe enceinte lors de sa première fois. Madeleine, dont les parents dirigent le prestigieux Grand Hôtel et sont toujours absents, est très seule et son petit ami la quitte lorsqu’elle lui apprend la nouvelle. Mais le choix que Madeleine va avoir à faire n’est pas celui auquel elle s’attendait…

  • Le public ne connaît pas forcément ton parcours d’écrivain. Peux-tu nous raconter ce saut professionnel que tu as fait il y a quelques années ? Et comment ton passage en tant que blogueuse a alors été important ?

Après un bac littéraire, j’ai fait des études d’économie et de communication avant de travailler pendant cinq ans pour un grand groupe financier. Parce que, malgré ma passion de l’écriture, on m’avait bien dit qu’écrivain n’était pas un métier. J’ai écrit mes deux premiers livres tout en étant salariée. A la parution du deuxième, j’ai décidé de me consacrer totalement à l’écriture. D’essayer, du moins. C’était il y a neuf ans… Dans l’intervalle, j’avais ouvert mon blog Sophielit, pour partager mes avis car je lis beaucoup. Je commençais à recevoir des propositions de services de presse, des invitations à des événements littéraires, etc. Les contacts que j’ai eus de cette manière ont facilité mes envois de manuscrits ensuite, car je n’étais plus totalement inconnue…

  • Tes livres jeunesse, surtout Max et les poissons (qui raconte la rafle du vel d’hiv à hauteur d’enfant), sont étudiés en classe. Tu fais donc de nombreuses rencontres scolaires. Peux-tu nous dire ce que ces rencontres t’apportent et pourquoi tu aimes écrire pour la jeunesse ?

Ces rencontres permettent de prolonger la vie des livres. Discuter d’écriture et de mon parcours donne des pistes à ceux qui aiment déjà écrire, notamment au collège. J’aurais adoré rencontrer un auteur quand j’étais adolescente. Nous parlons « métier » mais abordons également les sujets qui sont au cœur de mes livres. Dans le cas de Max et les poissons, le roman autour duquel je fais le plus d’interventions scolaires, nous évoquons la grande histoire mais aussi la manière dont elle résonne avec l’actualité. J’ai alors l’impression que mon livre a une vraie utilité, qu’il aide les citoyens en devenir à se construire. Les enfants sont plus ouverts que les adultes, ils accueillent les romans avec moins d’idées arrêtées…

  • Je parlais plus haut de tes écrits pour adultes. J’ai personnellement été très touchée par mes lectures de Le Syndrome de la vitre étoilée et Linea Nigra, qui racontent le désir d’enfant mais aussi les difficultés liées à la grossesse et au post partum. Dans un élan récent, le tabou des difficultés du post partum a été un peu plus évoqué dans les médias. Peux-tu nous expliquer l’importance de ces deux romans pour toi ?

La façon dont on naît est une question qui me passionne depuis près de vingt ans et que j’ai toujours considérée comme étant politique. Pour écrire Le Syndrome de la vitre étoilée puis Linea Nigra, j’ai mêlé le fruit de mes recherches sur le sujet à mon expérience personnelle – du désir d’enfant, de la PMA, de la grossesse, de l’accouchement. Cela ne signifie pas que ces romans sont autobiographiques, ils brassent les témoignages d’autres femmes et je ne suis pas Stéphanie – quoi que nous ayons un certain nombre de points communs. Mais ils concentrent malgré tout des aspects que je n’ai pas inventés, et cela, ajouté à l’importance que la naissance devrait de mon point de vue avoir dans la société, en font des livres qui comptent particulièrement dans ma bibliographie.

  • Tu as été la première marraine du premier salon 100 % féminin, les Littér’elles en 2018 à Noirmoutier. Pourrais-tu nous raconter ce que ce cela a signifié pour toi ?

Ce salon était une première, tout comme l’expérience de marraine pour moi. J’ai pris cela comme un honneur, et aussi une responsabilité en termes d’image. J’étais heureuse que ce salon soit exclusivement féminin, et que tous les genres littéraires y soient représentés. C’est un excellent souvenir ; la gentillesse du public, la qualité des nombreuses tables-rondes et le beau temps sur l’île y ont largement contribué. Ah, se baigner à Noirmoutier la veille de la rentrée…  Et puis, j’en ai rapporté de la matière : quelques mois après, j’ai écrit Maëlle met son grain de sel (paru en janvier dernier), dont l’histoire se déroule principalement sur l’île.

  • Je sais aussi que tu es très impliquée dans le combat pour un meilleur encadrement du droit des auteurs. Veux-tu nous en dire quelques mots ?

Pour des centaines de milliers de personnes comme moi, l’écriture est un métier à temps plein. Comme les autres travailleurs, nous payons des charges sur ce que nous percevons. Cependant, et alors même que nos œuvres permettent à toute la chaîne du livre de vivre, nous n’avons pas les mêmes protections que les autres travailleurs… Notre précarité est grande et le moindre changement législatif peut faire vaciller la profession. En plus d’adhérer à plusieurs organisations (dont la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse), je fais partie des membres fondateurs de la Ligue des auteurs professionnels, créée en septembre 2018, qui œuvre à nous protéger et à obtenir un véritable statut pour les auteurs.

  • Et enfin, depuis quelques années, tu as quitté la région parisienne pour la Bretagne. Pourrais-tu nous expliquer ce que cela t’a apporté et ce que cela a changé dans ta façon d’exercer ton métier d’écrivain ?

D’abord, une surface habitable multipliée par 6 (je vivais dans Paris) et un grand jardin ! Ce qui n’est pas négligeable pour laisser les idées se balader… Mais le principal changement réside dans le fait que j’ai désormais une pièce dédiée à mon travail, aux murs couverts de livres du sol au plafond. J’ai récupéré un vieux bureau de notaire dont les rallonges sont en permanence dépliées, ce qui me permet de disposer d’une grande surface pour étaler les pages de manuscrits. Enfin, étonnamment, je prends plaisir à situer certains textes dans la capitale ; quand j’y vivais, je préférais m’en échapper…

Un grand merci à toi Sophie.

Merci Antigone ! A bientôt quand même, j’espère.

http://www.sophieadriansen.fr/

Divers et blabla

Une fenêtre un auteur… Alexandra Koszelyk

Pendant cette période spéciale de confinement et d’annulations de salons littéraires, j’ai eu l’idée d’interviewer quelques auteurs. De quoi nous changer les idées et leur donner une visibilité supplémentaire.

La première à répondre à mes questions a été Alexandra Koszelyk.

Bonjour Alexandra,
Tu étais invitée au Printemps du livre de Montaigu cette année, salon dont la tenue a été annulée comme de nombreux autres événements du Printemps.
Tu as bien voulu répondre à quelques questions pour le club des lecteurs yonnais, qui se faisait une joie de te rencontrer à cette occasion.
Antigone : A crier dans les ruines est ton premier roman. Il est sorti aux Forges de Vulcain le 23 août 2019. Pourrais-tu nous le résumer en quelques mots ?
Alexandra : C’est l’histoire de deux êtres séparés de force par la catastrophe de Tchernobyl. L’une part, tandis que l’autre reste. Comment se reconstruire, quand on quitte un pays, qu’on fait face à une nouvelle culture ? Comment savoir ce qui est bon pour soi ? Est-ce l’éducation reçue ? Comment replanter ses racines quand le déracinement a eu lieu … A crier dans les ruines serait pour moi une odyssée intérieure qui débute par la catastrophe de Tchernobyl. C est un roman que j’ai voulu teinté de légendes et de mythes.
Antigone : Écrire est une chose, mais décider de commencer un roman en est une autre. Peux-tu nous expliquer à quel moment tu as sauté le pas ? Est-ce ton premier manuscrit ?
Alexandra : Cela faisait plusieurs années que l’écriture me démangeait, chaque semaine j’écrivais un texte court à partir d’une photographie, mais jamais je n’aurais osé sauter le pas. Toutefois, mener cet atelier m’a fait rencontrer de nombreuses personnes, certains sont même devenus des amis très proches. Grâce à ce média, j’ai notamment rencontré Pierre Raufast, nous avons échangé autour de l’écriture, et un jour il m’a demandé pourquoi je ne passais pas à l’écriture longue, que j’avais tout pour la mener à bien. Je l’ai cru, j’ai osé, je m’y suis mise. 9 mois après, j’avais mon premier jet, je l’ai envoyé à quelques éditeurs . Entre temps, j’ai continué d’étoffer mon manuscrit … Un an après mes premiers envois, je signais aux Forges. Commença alors le travail de correction avec mon éditeur. 8 mois après, le roman partait chez l’imprimeur.
C’est mon premier manuscrit, oui. En discutant avec d’autres auteurs, je me rends compte de la chance que j’ai d’avoir publié le premier manuscrit écrit.
Antigone : Parlons un peu de toi, et aussi de la blogueuse que tu es sur http://www.bricabook.fr. Peux-tu nous dire à quel moment tu as commencé ton blog, avec quelles motivations ? Est-ce que tenir un blog est un terrain idéal pour entraîner son écriture ?
Alexandra : Oh cela fait un bail que le blog est ouvert ! 2007, je crois ! Quand j’ai ouvert cet espace, je ne savais pas du tout ce qu’était un blog, j’ai notamment été la première surprise quand j’ai vu qu’on pouvait laisser des commentaires sur mon blog. La vraie béotienne, donc ! Je l’ai ouvert car je voulais partager avec d’autres mes lectures. Dans mon entourage, personne ne lisait et je me sentais frustrée de ne pas en parler.
Un jour, j’ai eu envie d’écrire un texte, c’était un besoin impérieux, la fameuse écriture cathartique. J’ai été surprise des retours des lecteurs, ils m’ont conseillé de continuer. J’ai alors ouvert l’atelier d’écriture pour me contraindre à écrire au moins une fois par semaine.
Je ne serais jamais passée à l’écriture si le blog n’avait pas été là.
Antigone : Tu tiens depuis de nombreuses années un atelier d’écriture virtuel sur ton blog (auquel j’ai d’ailleurs souvent participé). Pourrais-tu nous expliquer ce que t’apporte cet exercice ?
Alexandra : Selon moi, s’exercer est primordial. Quand on débute, les premiers textes sont balbutiants, on cherche son style, son rythme, ses histoires aussi. Et puis, comme un sportif, l’exercice devient de plus en plus facile… Ecrire quotidiennement est essentiel, selon moi. Mais pas au sens vital du terme, mais bien pour progresser. Un artiste ne crée par tout le temps, je passe toujours par une phase de maturation, de recherches. Je peux remplir 3 carnets de notes avant de passer à la véritable écriture.
Antigone : Pour en revenir à ton roman, tu m’as raconté comment l’enthousiasme des lecteurs lui avait permis de poursuivre un beau chemin depuis sa sortie. Peux-tu nous raconter ce que t’apportent ces rencontres que tu fais avec les lecteurs ? As-tu été parfois surprise par leurs réactions ?
Alexandra : Mon livre a eu (et a encore, c’est fou!) un parcours idéal. Il a été porté dès le début par les libraires : avant sa parution du roman, dès le mois de juillet, mon éditeur m’envoyait leur retour. Puis à sa sortie, les libraires l’ont effectivement mis en avant, et les lecteurs passionnés que sont les blogueurs l’ont aussi porté. Le bouche à oreille a ensuite opéré.
A chacune des rencontres, je mesure la chance que j’ai : pouvoir échanger autour de mon roman à des lecteurs passionnés. Chaque lecteur a abordé le roman à travers son histoire, son caractère, c’est intéressant de voir que le livre vit à travers d’autres gens. N’y a-t-il pas plus joli cadeau pour un auteur ? Que son univers soit parcouru par d’autres individualités ?
Antigone : J’ai beaucoup pensé à toi en découvrant le personnage de Léna, puis j’ai oublié vos ressemblances pour m’attacher au personnage. Léna connaît un exil très fort. Pourrais-tu nous raconter l’importance de ce thème pour toi ?
Alexandra : Je suis petite-fille d’immigrés et je porte un nom aux consonances étrangères : même si je fais partie de la troisième génération, c’est quelque chose que je porte en moi. Je crois beaucoup aussi à la transmission intergénérationnelle : ce que mes grands-parents ont vécu dans leur exil s’est ancré en moi, ne serait-ce que par les histoires qu’ils racontaient, mais aussi une façon de vivre. Quand on vit l’exil, on reconstruit tout, jusqu’à une famille, car on laisse derrière soi ses proches.
C’est un thème qui me parcourt et me hante.
Antigone : Léna se plonge dans la littérature et la mythologie pour oublier son exil mais aussi se donner de la force et du courage. Quand on te connaît un peu, on sait combien tu aimes la mythologie, et bien sûr la littérature. Pourrais-tu nous parler un peu de ton métier de professeur et de ce goût que tu essayes de transmettre à ton tour à tes élèves ? Ont-ils lu ton roman ?
Alexandra : Oh, je risque d’avoir du mal de parler de mon métier, sans doute serait-il plus juste de faire parler mes élèves. Mais j’essaie un maximum de rendre la littérature vivante, de susciter des émotions, de bouger les barrières, de les pousser dans leurs retranchements. Un cours de lettres se vit et se monte en fonction d’eux, de leurs réactions face à un texte. Parce que la littérature et les mythes seront toujours là pour expliquer notre monde.
Certains de mes élèves ont lu mon livre, oui, des anciens aussi. J’ai même revu lors d’une dédicace une élève que j’avais eue en Terminale voici 17 ans ! Quelle émotion !
J’aime la pudeur de mes élèves : en classe, ils ne me parlent jamais de mon livre, je suis là pour enseigner, mais ils viennent souvent m’en parler à la fin du cours.
Antigone : Un grand merci à toi Alexandra.
Alexandra : Merci à toi, Antigone !
Coups de coeur·Lectures 2018

Lise et les hirondelles, Sophie Adriansen

❤ J’ai lu ce titre de Sophie Adriansen (acheté au Printemps du livre de Montaigu) avec en mémoire le film que je venais de voir quelques heures plus tôt, Transit Transit est un film allemand qui imagine le retour (de nos jours en France) de l’occupation et des rafles (un film que je vous conseille, voir la bande-annonce là). Alors, je n’ai pas eu trop de mal à imaginer l’état d’esprit de Lise, treize ans, cachée chez des voisins au début de l’occupation nazie à Paris, depuis qu’un Allemand l’a remarquée dans la rue, et qui observe un jour, impuissante, de leur fenêtre, sa famille se faire embarquer. Sa première réaction est celle de retrouver ses parents et ses frères. Au commissariat, elle découvre ses frères jumeaux jouant dans la cour. Elle tempête et demande à ce qu’on lui prouve qu’ils sont sur la liste. Ils n’y sont pas, et extraordinairement, Lise pourra repartir avec eux, leur sauvant la vie à tous deux, tous les autres enfants étant destinés au Vel d’Hiv (Ce passage extraordinaire est inspiré d’un fait réel, apprendrons nous en fin d’ouvrage). Lise a la passion des hirondelles et cet amour pour les oiseaux l’aidera, entre autres, à passer les épreuves qui l’attendent, la faim, la peur parfois, et la crainte de ne jamais revoir ses parents. J’aime toujours beaucoup le travail de Sophie Adriansen, qui n’écrit pas seulement pour la jeunesse. J’avais été très touchée par Max et les poissons qui conte l’histoire d’une jeune garçon, sauvé de la rafle du Vel d’Hiv. Mais j’ai je crois préféré encore celui-ci. En le lisant, je me suis dit que j’aurais aimé lire un tel livre à 13 ans, découvrir un tel personnage féminin comme Lise, doté d’un tel caractère, déterminé, protecteur et lucide. De plus, Sophie Adriansen conduit son récit de telle sorte que ce que vit Lise nous semble contemporain, à portée de main, et non vieux de plus de 70 ans. Je crois que c’est un roman à mettre sans conteste dans des mains de collégiens, pour cette raison là, afin qu’ils comprennent au mieux de quoi le quotidien était fait pendant la guerre, dans Paris, les restrictions, l’occupation, l’obligation de se cacher. Mais ce récit n’est pas pour autant anxiogène, qu’on se rassure, même si on tremble régulièrement de l’imprudence de Lise et de sa détermination, du monde violent dans lequel elle vit et de l’injustice d’être discriminée, et pourchassée, seulement parce qu’elle est juive, ce qu’elle se sent si peu. Ce récit est également plein d’amour, de vie et d’espoir, et encore une fois très bien écrit. L’occupation à hauteur d’enfant, donc, et un très beau coup de coeur de lecture pour jeunes ados !!

Editions Nathan – février 2018 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

« […] de toutes les hypothèses, celle qui me plaisait le plus était cette possibilité qu’ils aient raison, malgré le drapeau nazi flottant depuis deux ans en haut de la tour Eiffel, qu’ils aient raison et que le programme de Hitler ne soit que pure fantaisie. Que nous n’ayons rien à craindre ici, ni maintenant ni jamais.
Et puis, il y a eu les lois, l’étoile, et toutes ces interdictions. Il n’a plus été question de croire ou de ne pas croire aux temps sombres : ils étaient là. Ils sont là.
Aujourd’hui, en cette journée du 16 juillet aussi ensoleillée qu’inquiétante, je sais que l’idée de n’avoir rien à craindre n’est plus une hypothèse à considérer. »

Lectures 2018

La grande roue, Diane Peylin

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Je vais avoir un peu de mal à parler de ce livre, car j’ai passé les 3/4 de ma lecture à me demander si j’appréciais ce que je lisais, tant la frontière semblait floue dans les lignes de ce roman entre la réalité et l’onirisme…. et que j’ai parfois du mal avec le fantastique et l’onirisme en littérature. Et je vais avoir encore du mal à vous expliquer pourquoi, au final, ce roman m’a laissé tremblante et conquise, à la fin, sans rien vous dévoiler de l’intrigue et des ressorts mis en place par Diane Peylin. Bref, un billet pas facile facile à écrire… merci Diane Peylin pour le challenge !! Mais reprenons au début… J’ai acheté ce roman au Printemps du livre de Montaigu, sur la foi de chroniques élogieuses vues furtivement sur internet.  Et puis j’aime bien, lors de ce salon, faire au moins un achat impulsif. J’avais vu également que Diane Peylin devait dédicacer son livre chez Les Fringales littéraires, ce qui me semblait aussi de bon augure.  Dans les premières pages du roman, nous rencontrons Emma. Nous sommes à l’été 1986. La jeune fille a dix-neuf ans et est négligée depuis l’enfance par ses parents. Elle rencontre un beau soir, près de la Grande roue, Marc, de dix ans son aîné. Marc l’appelle sa poupée, et la jeune femme se love dans cet amour tout chaud qui l’enveloppe. En parallèle, nous faisons connaissance avec Tess, jeune femme sans mémoire qui erre dans les rues d’une ville inconnue, de David l’homme à tout faire qui ne sait plus qui il est, et de Nathan, ce jeune homme convoqué régulièrement par Field, ce flic tenace qui cherche toujours la mère du garçon disparue. En tant que lectrice, j’ai eu de l’empathie très vite pour le personnage d’Emma, qui se laisse peu à peu enfermer dans un amour à la fois réconfortant et inquiétant, puis pour David, cet homme en manque de repères qui se prend d’affection pour la famille pour laquelle il travaille comme saisonnier. Puis rapidement, quelque chose dans l’errance de Tess, dans les questionnements de Nathan et Field déstabilisent… J’ai pensé au roman L’emploi du temps de Michel Butor, et à l’impression qu’il m’avait fait étudiante. Voilà donc où nous en étions… Diane Peylin nous demandait de perdre nos repères… et j’ai mieux compris tout à coup sa dédicace… Bienvenue dans ce labyrinthe où les jours obscurcissent les nuits… Mais cette perte de repères, le flou dans lequel elle nous entraîne, ne nous empêche pas de basculer brutalement dans une froide réalité, lorsque la première violence a lieu. Voilà donc où nous en étions… Je ne vous en dirai pas plus mais j’ai terminé ce roman tremblante, et impressionnée. Je me suis faite la remarque intime de combien le manque d’amour pouvait mettre en danger les enfants délaissés. Et je suis heureuse de cette découverte littéraire qui me donne à penser que la littérature n’est pas morte, que certains auteurs et éditeurs osent dépasser les marges et la facilité. Bravo pour ça à Diane Peylin et aux Escales !

Editions Les Escales – janvier 2018 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

« Elle est émerveillée. Qu’un homme comme Marc ait pu s’intéresser à elle, c’était inespéré. Elle, la discrète qu’on ne remarquait pas, qui servait d’amie ou d’alibi pour arranger les copines, dont les professeurs oubliaient souvent le prénom, que les garçons voulaient approcher seulement pour vérifier la couleur de son pubis de rousse, que ses parents fuyaient lorsqu’elle prenait trop de place. Elle est émerveillée que cet homme de dix ans son aîné puisse l’aimer. Elle est sa poupée et il s’occupe d’elle, l’habille, la nourrit, la guide. Elle voulait travailler, pour elle aussi ramener de l’argent, mais il lui a dit que ce n’était pas la peine, qu’il préférait la savoir à la maison, qu’elle n’avait pas à s’inquiéter, qu’il gagnait bien sa vie et qu’il s’occuperait de tout. Il s’occupe de tout. Emma sourit. »