Coups de coeur·Lectures 2021

Ce qu’il faut d’air pour voler, Sandrine Roudeix… coup de coeur !

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❤ Ce livre a mis du temps avant de trouver le chemin de ma boîte aux lettres. Il m’avait en effet été d’abord proposé par l’auteure. Ne le voyant pas arriver, je l’avais également demandé lors d’une opération Masse critique de chez Babelio. Et il n’est encore une fois pas arrivé. Un grand merci aux éditions Le Passage d’avoir donc à ce moment là réitéré l’envoi car ce livre est un gros coup de coeur de lecture qui valait largement la persévérance et l’attente ! De Sandrine Roudeix, j’avais lu Les Petites mères et le fabuleux et inoubliable Diane dans le miroir, j’étais donc très impatiente de lire son nouvel opus. Dès les premières pages, j’ai reconnu son écriture précise, juste et forte. L’histoire commence alors que le fils de la narratrice, à peine majeur, décide de quitter le nid familial qu’ils formaient à eux deux, avec ce qui semble être du rejet et une grande indifférence. Cette mère, à la fois blessée et soufflée, retranchée dans sa solitude, se remémore alors tout le chemin parcouru, de la rencontre avec le père de l’enfant à ce moment si particulier et douloureux du départ. Plus que de concentrer son propos sur cet épisode du « nid vide », Sandrine Roudeix nous conte alors la grande épopée intime du lien et de la maternité, les doutes, les erreurs et les réussites, dans un élan très fort de sincérité et de réalisme. Et j’ai été plus que touchée par ce récit, dans lequel je me suis reconnue à de multiples reprises, alors que mon histoire est différente. Mais en ce moment, avec mes enfants âgés de 15 et 20 ans, dans un contexte sanitaire particulier où la promiscuité est exacerbée, presque toujours à la maison, je ressens fortement cette problématique de l’air entre nous qu’il faudrait parfois insuffler pour leur permettre de prendre leur envol. Merci donc à Sandrine Roudeix pour ce partage d’une grande émotion et pour ce roman qui met en lumière cette évidence : quoique l’on fasse en matière d’éducation, nous ferons des erreurs, et quoique l’on fasse, ce sera pour le mieux. Car être mère d’adolescents, je le constate tous les jours, c’est ne rien maîtriser du tout, s’inquiéter beaucoup, grappiller les moments de tendresse et souffrir oui, bien sûr, quand le moment de laisser de l’air entre eux et nous est arrivé. La finesse d’analyse de Sandrine Roudeix dans ce texte, qui m’a fait monter les larmes aux yeux à de multiples reprises, fait battre le coeur, est un superbe cadeau.

« Même si notre conflit à toi et moi ne sera pas fait du même bois, chacun son lien, chacun son récit, tu porteras forcément mes blessures, mes attentes et mes tensions, les mélangeant à celles de ton père pour construire ta souche au sixième rang de cette lignée, et tout ce que j’aurai essayé de faire différemment, plus à l’écoute plus présente moins conventionnelle plus valorisante, n’y changera rien. On abîme toujours d’autres passés en voulant réparer le sien. »

Editions Le Passage – 7 janvier 2021

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Les autres lectures chez… Babelio

Coups de coeur·Lectures 2021

Florida, Olivier Bourdeaut… coup de coeur !

❤ Après avoir beaucoup aimé En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, ce titre qui a connu un succès retentissant et mérité, j’avais fait l’impasse sur le deuxième roman de l’auteur, Pactum Salis, de peur sans doute de ne pas retrouver la ferveur de son premier. Aujourd’hui sort son Florida, dont j’avais l’intuition qu’il serait à la hauteur de mes attentes, et je n’ai pas été déçue… bien au contraire. Par contre, les amoureux de feel good devront passer leur tour. Florida est un roman qui dérange et qui gratte, et qui sous ses faux airs du Lolita de Nabokov explore jusqu’au bout les facettes et les dérives de la représentation du corps féminin. Tout commence bien (si l’on veut). Le jour de ses sept ans, Elizabeth est entrainée par sa mère à un concours de mini-miss, qu’elle gagne miraculeusement. Sa mère, enchantée, veut renouveler l’exploit. Commencent alors des années de préparations et de compétitions. L’enfer pour Elizabeth et une raison de vivre pour sa mère qui devait sans doute s’ennuyer ferme à la maison auprès de son mari. Les week-ends sont remplis, le corps de la petite fille exposé, photographié, mais le premier miracle ne se reproduira jamais plus. Au mieux, Elisabeth parvient-elle à la seconde place. Comment se rebeller ? Comment exister alors hors du regard de sa mère, du jury, des autres parents ? En prenant du poids à l’adolescence, en devenant laide, en redevenant belle plus tard et en sculptant son corps ? Mais à quel prix ? Elisabeth tente de s’approprier une enveloppe corporelle, que l’on a exposée trop tôt comme un objet sexuel juvénile, victime d’une ambition par procuration, victime de parents toxiques. Et j’ai été complètement bluffée par ce personnage, happée par son histoire, avide d’être à ses côtés, et intriguée par la force d’écriture d’Olivier Bourdeaut qui a écrit ici un roman ambitieux, passionnant et réussi.

Editions Finitude – 4 mars 2021

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En lecture commune avec Sylire

Lectures 2021

Le berger, Anne Boquel

J’ai reçu ce livre dans le cadre d’une opération spéciale de Masse critique de chez Babelio. J’ai hésité à le demander car le thème du religieux et de l’embrigadement est un thème sensible pour moi… et que je préfère en général m’en tenir éloignée. Mais la curiosité l’a emporté. L’histoire ? Lucie est conservatrice dans un petit musée de l’Oise, malheureusement peu fréquenté et peu doté. Malgré son professionnalisme, elle ne peut donc guère s’épanouir dans son métier, ayant par ailleurs une vie de célibataire assez terne. Alors, quand sa collègue et amie lui parle avec enthousiasme de son groupe de prière et l’encourage à l’accompagner, Lucie accepte. Tout d’abord réticente, sur la réserve, elle se laisse assez rapidement prendre par l’atmosphère du groupe. Elle y trouve de la chaleur et sans doute un sens à une vie qui en manquait jusque là. Peu à peu cependant, elle inquiète ses proches. Elle perd beaucoup de poids et a peu de temps pour sa famille. Lucie est fascinée par celui qu’on appelle Le Berger et qui guide les fidèles de La Fraternité. Pour lui plaire, pour que le groupe voit en elle un membre sur lequel ils peuvent compter, elle sera prête à tout, même à se mettre en danger professionnellement… Ce roman décrit très bien comment une âme solitaire, raisonnable et intelligente, peut se laisser prendre par un mouvement sectaire. Le lecteur reste tout de même étonné que les doutes récurrents de Lucie ne prennent jamais le dessus. Il faut dire que Thierry, Le Berger, sait y faire pour la maintenir sous son emprise. J’ai été prise par le côté implacable du récit qui fonctionne très bien, et donne envie de reprendre sa lecture, sans doute pour voir jusqu’à quelle extrémité ira Lucie. Je n’ai pas trouvé l’ambiance glauque ou gênante, le style étant assez simple et fluide. J’aurais d’ailleurs justement aimé un peu plus de relief dans l’écriture je pense, ce qui m’aurait permis de l’apprécier encore davantage. C’est un roman qui a l’intérêt de pointer du doigt la solitude de nos sociétés modernes, solitude qui fait le lit de tels mouvements, bien sûr, mais aussi de toutes les emprises, comme celles des pervers narcissiques par exemple. Il y a d’ailleurs un peu de ce phénomène dans la relation que Thierry, Le Berger, entretient avec Lucie, sa proie.

Editions du Seuil – 4 février 2021

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Lectures 2021

Un air de Dolce Vita, Joëlle Loeuille

Depuis quelques années, les copines de blogs écrivent des livres, et c’est à la fois enthousiasmant et très intimidant… Joëlle Loeuille poursuit un parcours feel good qui s’avère à chaque roman de plus en plus réussi. Pour la petite histoire, nous nous sommes rencontrées via l’atelier d’écriture d’Alexandra sur Brick a book puis via sa passion pour la broderie de Pascal Jaouen. Je suis très admirative de ce qu’elle fait, de son chemin (autant en matière d’écriture que de broderie), quand de mon côté je ne prends plus tellement le temps d’écrire et me suis plongée dans le tricot (mais j’aime toujours la broderie). C’est donc avec enthousiasme que j’ai commencé son nouvel opus qui envoie Violette en voyage à Rome avec un groupe de personnes âgées. Violette s’occupe d’habitude de bébés qui viennent de naître et est férue de triathlon, il est donc évident que son engouement pour passer quelques jours en compagnie de « vieux » censés se déplacer à un rythme d’escargot est très modéré. Mais elle devait ce service à Pâquerette, sa soeur, qu’elle remplace au pied levé. Vous devinerez que l’aventure sera meilleure que prévu, mais surtout inattendue pour une Violette qui devra mettre au placard nombre de préjugés, sa préparation au prochain triathlon de Brest et oublier sa vie d’ordinaire bien réglée. Le groupe, à la fois dissipé et bienveillant, est en effet composé pour la plupart de membres d’une association, Quercy-loisirs, qu’il faudra diriger fermement mais aussi écouter. L’association s’adonne notamment à la broderie d’art. Lucas, l’autre accompagnateur, et son binôme de voyage, est diplômé en broderie et est fier de sa qualification de brodeur. Pour Violette, ce voyage va permettre de regarder d’un autre point de vue nombre de ses certitudes. Pour son plus grand bonheur ? En lisant ce roman, j’ai aimé reconnaître les centres d’intérêt de Joëlle, puis oublier l’auteure pour me glisser dans cette histoire, menée avec dextérité, et qui permet un dépaysement bienvenu. Comme je le disais en début de billet, me voici à présent intimidée et admirative.

Editions City – 13 janvier 2021

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Ma lecture de Il y a toujours un rêve qui veille et Plage Sainte Anne

Lectures 2021

Fauves, Eric Mercier

Ce que je préfère sans doute, en matière de roman policier, c’est le mélange entre enquête et monde de l’art. Et, avec ce roman là, nous sommes servis… Pourtant, lorsque le commandant Vicaux de la brigade criminelle est dépêché sur les lieux d’un assassinat, et qu’il découvre un cadavre dévoré partiellement par des porcs affamés, il ne peut se douter qu’il vient de mettre les pieds dans un tel milieu. La victime, Ivan Katos, riche collectionneur d’art parisien a en effet été jeté en pâture aux cochons dans une ferme près de Paris. Pourquoi ? Sa fortune semble cacher des secrets douteux. Le commandant Vicaux soupçonne par exemple un trafic de faux tableaux. Mais le Dufy, dont le collectionneur vient de négocier la vente, est bel et bien une oeuvre authentique. Alors, comment cet Ivan Katos, dont le passé s’avère être une nébuleuse mystérieuse, a-t-il constitué sa fabuleuse collection de tableaux fauves ? Accompagné de son équipe, le commandant Vicaux devra chercher des réponses près d’experts plus ou moins douteux mais également dans l’histoire, et dans cette vaste spoliation des oeuvres d’art qui a eu lieu pendant le régime nazi. Eric Mercier, l’auteur, est docteur en histoire de l’art et commissaire d’expositions, il sait donc de quoi il parle et sa connaissance du milieu transpire agréablement dans ce roman qui fait son job de polar. Cet opus est la suite de Dans la peau de Buffet, qui met déjà en scène le commandant Vicaux et sa compagne Anne, alors professeur d’histoire de l’art à la Sorbonne, mais il peut tout à fait être lu séparément, ce que j’ai d’ailleurs fait. Il m’a manqué peut-être un peu de vitalité dans celui-ci pour avoir envie d’ailleurs de découvrir rapidement le premier volet, mais il est possible que je cède quand même un jour à la curiosité.

Editions La Martinière – 7 janvier 2021

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Elle est le vent furieux ~ Sophie Adriansen, Marie Alhinho, Marie Pavlenko, Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Flore Vesco

Ce recueil de nouvelles jeunesse est arrivé un beau jour dans ma boîte aux lettres accompagné de son puzzle, une belle idée qui a occupé toute la famille les jours suivants. Bien entendu, sa couverture a alors entretenu nos conversations… nous laissant dans le doute sur ce que le ELLE signifiait. Marie Pavlenko est à l’origine de ce projet… Et « si le vivant s’incarnait, si Dame Nature était une vraie personne, que ferait-elle en voyant les hommes maltraiter la Terre, faire fi des créatures qui partagent cette planète avec nous ? Elle serait tellement furieuse. » ELLE représente donc La Nature, incarnée dans la première nouvelle par une vieille dame qui arpente les rues de la capitale, sidérée par le comportement des humains autour d’elle. Elle décide alors de se venger. Les nouvelles suivantes donneront à chacune des autrices invitées l’occasion d’imaginer leur version du pire, entre cette destination de vacances envahie par des singes, ces corps soudain prisonniers de plantes, ce printemps qui n’arrive plus, ces enfants qui présentent des caractéristiques étranges proches des poissons et jusqu’à l’écriture qui est menacée de disparaître. A quoi joue-t-ELLE donc ? Aux Hunger Games version Dame Nature ? Le lecteur ne peut que faire un rapprochement évident avec les événements récents, cette pandémie qui peut laisser à penser qu’elle se venge de nous, en effet. Aurait-ELLE tort ? Le recueil donne sa version, se plaçant du côté de Gaïa, puis regardant les pauvres humains se démener dans l’enfer qu’ils ont eux-mêmes créé. J’ai été absolument prise à la gorge par chacune des nouvelles de ce livre, qui peut être mis dans toutes les mains, des plus jeunes aux plus âgés. L’écriture est fluide, comme il convient aux livres jeunesse, mais le propos est fin, la plume acérée et le constat troublant. Un recueil qui ne mâche pas ses mots, et qui va trouver une place de choix dans ma bibliothèque. Je recommande chaudement.

Editions Flammarion jeunesse – 6 janvier 2021

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Retrouvez [ici] une interview de Sophie Adriansen lors du premier confinement