Coups de coeur·Lectures 2017

Femme à la mobylette, Jean-Luc Seigle

❤ 

Tu vas dorénavant vers les romans de Jean-Luc Seigle presque les yeux fermés… Il faut dire que tu avais déjà eu un premier coup de coeur en 2013 pour son En vieillissant les hommes pleurent, que tu avais adoré [clic], puis tu avais rencontré l’auteur [clic] et lu son Je vous écris dans le noir [clic], avec le même émerveillement. Il y a des connexions avec certains auteurs qui ne s’expliquent pas. Une sensation de familiarité dans l’écriture dès le début de la lecture qui donne immédiatement le sentiment confortable de savoir que l’on va aimer ce que l’on va lire. C’est encore le cas cette fois-ci avec cette Femme à la mobylette, qui commence pourtant dans une atmosphère de drame, presque insupportable pour le lecteur. Reine a-t-elle tué ses trois enfants ? On va très vite savoir que non, mais qu’elle a eu l’intention de le faire, et combien sa vie a basculé depuis le départ de son mari Olivier. Reine doit trouver un travail, pour subvenir à leurs besoins à tous. Elle qui n’a jamais prié, invoque le tout puissant. Et le miracle a lieu. Dans son jardin, elle découvre sous un tas de fatras amoncelés par son mari une mobylette, encore en état de marche. Reine va donc pouvoir accepter ce poste aux Pompes Funèbres auquel l’éloignement l’avait obligé à renoncer. La voici donc sur les routes matin et soir… et tout semble enfin devenir possible, même l’amour, sous les traits de Jorgen, routier Néerlandais, peintre et poète. Et toi lectrice, tu n’en diras pas plus, pour laisser aux futurs lecteurs le plaisir de la découverte de ce roman à la fois poétique et réaliste. Jean-Luc Seigle sait à merveille se mettre dans la peau et les pensées d’une femme, et tu en es encore une fois complètement admirative et étonnée, de tant de douceur et de méticulosité dans les détails. Il sait aussi évoquer les gens de peu, ceux pour qui vivre le quotidien est un défi en soi, une gageure. Alors, le bonheur peut ressembler à une chanson partagée, le vrombissement d’une machine à coudre en soirée, ou le son d’une télévision allumée sur son programme préféré. Tu as été touchée, et émue, par ce portrait de femme, persuadée de bien faire pour ses enfants, à l’écoute de la voix de ses ancêtres, connectée à l’envie de mettre à tout instant de la lumière dans sa vie.  Tu as aimé aussi qu’en fin d’ouvrage Jean-Luc Seigle se livre un peu, et s’engage… Un tendre coup de coeur, en ce mois de décembre frileux.

Editions Flammarion – août 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

La lecture de Joelle enthousiaste 

Béa a beaucoup moins aimé

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Lectures 2017

Le camp des autres, Thomas Vinau

Ce livre était un des titres incontournables de cette rentrée littéraire 2017… Tu as donc attendu le bon moment pour t’y plonger, histoire de ne pas en gâcher la lecture. Thomas Vinau était très présent sur ton ancien blog [clic ici], et tu aimes à te rappeler que vous vous êtes côtoyés (il y a dix ans) sur un même site d’écriture, qui s’appelait alors Fulgures et donnait la part belle aux formats courts. Dans ce nouveau roman, tu retrouves d’ailleurs un peu plus l’auteur de ses premiers écrits, celui du blog Etc-iste. Thomas Vinau retourne à ses sources, a été inspiré par une nouvelle de Charles Bukowski, et s’est intéressé à l’existence de cette Caravane à Pépère qui prend très vite possession du roman (bande organisée constituée de nomades qui parcouraient la France entre 1906 et 1907). Voilà qui correspond bien à l’univers de l’auteur, surtout quand dès les premières lignes nous nous retrouvons tout au fond d’un trou, au creux d’un buisson, aux côtés d’un enfant, et de son chien [Tu as pensé immédiatement à son titre Le trou ici]. Cet enfant a froid, a faim, a peur et il se cache, pour fuir (on le comprendra peu à peu) un père tyrannique et violent. Il est blessé et est recueilli, lui et son fidèle chien, par un homme mystérieux, entouré de fioles et de vieux livres, Jean-le-blanc, qui dit travailler le serpent. Mais Gaspard, dès qu’il est guéri, ne peut s’empêcher de répondre à sa soif d’aventures et va suivre la bande d’énergumènes révoltés, qui passe un jour par là, dans leur périple… et plus spécialement la silhouette souple et sauvage de Sarah. Cette fameuse Caravane à Pépère est fascinante pour un jeune garçon curieux, mais quid du danger qu’elle traîne aussi dans son sillage. Et comme tu as aimé, toi lectrice, te plonger ainsi dans une ambiance qui t’a tout de suite ramenée à tes lectures d’enfance, de Louis Stevenson par exemple, ou de Jack London. Thomas Vinau garde dans ce roman cette langue poétique, personnelle, qui sied si bien à son écriture, mais elle est ici plus rude, plus gouailleuse, et suit un chemin qui promet beaucoup pour l’avenir. Une lecture dont tu garderas des souvenirs colorés, faits de feuilles et de terre, de soirées au coin du feu, de rires gras, de boissons joyeuses, de solidarité et de violence.

« Rien n’est à nous à part le vent dans les ventres et le noir dans les dents. Nos enfants viendront au monde avec des canines plein la gueule. Nous avons faim et c’est vous que nous mangerons. »

Alma éditeur – Août 2017

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Ce titre était dans la sélection 2017 des Matchs de la rentrée littéraire – la lecture de Leiloona 

Lectures 2017

Toutes les familles heureuses, Hervé Le Tellier

«Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » (Tolstoï, Anna Karénine)

Tu ne savais pas vraiment à quoi t’attendre avec ce titre de rentrée littéraire d’Hervé Le Tellier… sauf que tu avais beaucoup aimé son Assez parlé d’amour et son Moi et François Mitterand, lus précédemment. Dans ces deux titres, tu as vite repéré une sorte de jeu oulipien (Car Hervé Le Tellier en est un des membres), que tu n’as pas du tout retrouvé dans celui-ci. Pour autant, le début de ta lecture a été un peu hanté par cette recherche, avant de te rendre à la conclusion légitime que l’auteur y racontait finalement certainement seulement l’histoire de sa famille.

« Très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti. Un enfant n’a parfois que le choix de la fuite ; il devra à son évasion, au risque de la fragilité, d’aimer plus fort encore la vie. »

Comment survivre à l’absence d’un père dont au final on ne portera pas le nom ? A l’inconsistance d’un beau-père qui n’assume pas son rôle ? A l’inconséquence d’une mère au comportement toxique et mal aimant ? Hervé Le Tellier se permet de raconter son histoire dans ce livre, alors que tous les protagonistes sont morts et que sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer, ne peut plus réaliser ce qu’il se passe autour d’elle. Il s’agit de partir à la recherche de ses souvenirs, et ce qui t’a avant tout choqué, toi lectrice, est le vide que le lecteur rencontre alors. La famille d’Hervé Le Tellier est malheureuse de cette façon, avec l’absence de sentiments, de gestes tendres, de sincérité, le tout baigné dans une atmosphère bourgeoise à la fois confortable et indifférente. Le jeune homme partira donc très tôt de chez ses parents, sur une sévère dispute, et rencontrera ailleurs la chaleur de l’amour et de l’amitié. Tu as été à la fois tenue éloignée (la plupart du temps) par ce texte et finalement émue par certains passages et de se rendre compte de ce que c’était que de grandir ainsi au milieu de tant de froideur… Il ne restera sans doute pas ton livre préféré d’Hervé Le Tellier, tellement tu avais été séduite par Assez parlé d’amour, et tellement tu avais ri avec Moi et François Mitterand. Un récit pudique et qui compte certainement beaucoup pour l’auteur.

JC Lattès – août 2017

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Lectures 2017

Au pied de la lettre, Isabelle Minière ~ Rentrée littéraire 2017

Participer à l’opération Masse critique de Babélio (un livre en échange d’une critique)… c’est à la fois avoir la chance de recevoir un livre désiré et l’opportunité de faire des découvertes. Tu as été tentée toi par la seconde option, et tu as cliqué pour recevoir ce titre d’Isabelle Minière, dont le résumé t’avait intriguée. Et tu as été bien étonnée de commencer ta lecture dans une telle atmosphère loufoque, absurde et faussement légère. La couverture de ce roman n’augure rien de son contenu, et le dessert même presque un peu. D’emblée, tu peux donc dire que ton choix a été en cette rentrée une réelle belle surprise !! Mais il s’agit d’en raconter un peu plus… Barthélémy Martin est un jeune homme un peu triste, qui mène une vie désolée. A la maison, il a été relégué par sa compagne dans la chambre pour bébé des anciens locataires. Inquiet d’être peut-être à la longue devenu dépressif, il se décide à consulter un psychologue. Son médecin lui conseille un certain Blavar. Et voilà notre anti-héros en séance chez un psychologue aux méthodes originales, puis chez son frère, également psy, adepte des QCM et des médicaments. Entre temps, il fait la connaissance d’une dame donnant à manger à des pigeons, aux noms tirés de la série Dallas. Sue Ellen, JR et Bobby semblent l’aider à donner un sens à sa vie. Barthélémy, mal aimé par ses parents lorsqu’il était enfant, vivant avec une femme accroc aux séries, poste par ailleurs des lettres à un autre psy, conseillé par une collègue… et peu à peu quelque chose fonctionne, il reprend confiance en lui et dans ses choix. Le dépressif n’est pas toujours celui que l’on croit.  Tu t’es beaucoup amusée à lire ce livre d’un style maîtrisé qui pétille finalement à chaque page de joie de vivre et n’est pas du tout plombant, ainsi que ton résumé pourrait le suggérer. Loin de la légèreté de ses premières pages, il rentre peu à peu dans une certaine gravité et dans de biens jolis moments (rencontre avec des beaux-parents délicieux et cachés jusque là) qui lui donnent toute sa densité. Un roman épistolaire à découvrir, plein de tendresse et de recul sur les relations humaines.

Editions Serge Safran éditeur – 24 août 2017

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