Lectures 2017

Toutes les familles heureuses, Hervé Le Tellier

«Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » (Tolstoï, Anna Karénine)

Tu ne savais pas vraiment à quoi t’attendre avec ce titre de rentrée littéraire d’Hervé Le Tellier… sauf que tu avais beaucoup aimé son Assez parlé d’amour et son Moi et François Mitterand, lus précédemment. Dans ces deux titres, tu as vite repéré une sorte de jeu oulipien (Car Hervé Le Tellier en est un des membres), que tu n’as pas du tout retrouvé dans celui-ci. Pour autant, le début de ta lecture a été un peu hanté par cette recherche, avant de te rendre à la conclusion légitime que l’auteur y racontait finalement certainement seulement l’histoire de sa famille.

« Très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti. Un enfant n’a parfois que le choix de la fuite ; il devra à son évasion, au risque de la fragilité, d’aimer plus fort encore la vie. »

Comment survivre à l’absence d’un père dont au final on ne portera pas le nom ? A l’inconsistance d’un beau-père qui n’assume pas son rôle ? A l’inconséquence d’une mère au comportement toxique et mal aimant ? Hervé Le Tellier se permet de raconter son histoire dans ce livre, alors que tous les protagonistes sont morts et que sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer, ne peut plus réaliser ce qu’il se passe autour d’elle. Il s’agit de partir à la recherche de ses souvenirs, et ce qui t’a avant tout choqué, toi lectrice, est le vide que le lecteur rencontre alors. La famille d’Hervé Le Tellier est malheureuse de cette façon, avec l’absence de sentiments, de gestes tendres, de sincérité, le tout baigné dans une atmosphère bourgeoise à la fois confortable et indifférente. Le jeune homme partira donc très tôt de chez ses parents, sur une sévère dispute, et rencontrera ailleurs la chaleur de l’amour et de l’amitié. Tu as été à la fois tenue éloignée (la plupart du temps) par ce texte et finalement émue par certains passages et de se rendre compte de ce que c’était que de grandir ainsi au milieu de tant de froideur… Il ne restera sans doute pas ton livre préféré d’Hervé Le Tellier, tellement tu avais été séduite par Assez parlé d’amour, et tellement tu avais ri avec Moi et François Mitterand. Un récit pudique et qui compte certainement beaucoup pour l’auteur.

JC Lattès – août 2017

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Lectures 2017

Au pied de la lettre, Isabelle Minière ~ Rentrée littéraire 2017

Participer à l’opération Masse critique de Babélio (un livre en échange d’une critique)… c’est à la fois avoir la chance de recevoir un livre désiré et l’opportunité de faire des découvertes. Tu as été tentée toi par la seconde option, et tu as cliqué pour recevoir ce titre d’Isabelle Minière, dont le résumé t’avait intriguée. Et tu as été bien étonnée de commencer ta lecture dans une telle atmosphère loufoque, absurde et faussement légère. La couverture de ce roman n’augure rien de son contenu, et le dessert même presque un peu. D’emblée, tu peux donc dire que ton choix a été en cette rentrée une réelle belle surprise !! Mais il s’agit d’en raconter un peu plus… Barthélémy Martin est un jeune homme un peu triste, qui mène une vie désolée. A la maison, il a été relégué par sa compagne dans la chambre pour bébé des anciens locataires. Inquiet d’être peut-être à la longue devenu dépressif, il se décide à consulter un psychologue. Son médecin lui conseille un certain Blavar. Et voilà notre anti-héros en séance chez un psychologue aux méthodes originales, puis chez son frère, également psy, adepte des QCM et des médicaments. Entre temps, il fait la connaissance d’une dame donnant à manger à des pigeons, aux noms tirés de la série Dallas. Sue Ellen, JR et Bobby semblent l’aider à donner un sens à sa vie. Barthélémy, mal aimé par ses parents lorsqu’il était enfant, vivant avec une femme accroc aux séries, poste par ailleurs des lettres à un autre psy, conseillé par une collègue… et peu à peu quelque chose fonctionne, il reprend confiance en lui et dans ses choix. Le dépressif n’est pas toujours celui que l’on croit.  Tu t’es beaucoup amusée à lire ce livre d’un style maîtrisé qui pétille finalement à chaque page de joie de vivre et n’est pas du tout plombant, ainsi que ton résumé pourrait le suggérer. Loin de la légèreté de ses premières pages, il rentre peu à peu dans une certaine gravité et dans de biens jolis moments (rencontre avec des beaux-parents délicieux et cachés jusque là) qui lui donnent toute sa densité. Un roman épistolaire à découvrir, plein de tendresse et de recul sur les relations humaines.

Editions Serge Safran éditeur – 24 août 2017

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Coups de coeur·Lectures 2017

Linea Nigra, Sophie Adriansen ~ Rentrée littéraire 2017

  lineanigra  

Depuis ta lecture du Syndrome de la vitre étoilée et ta rencontre avec Sophie Adriansen à Montaigu… tu avais hâte de lire ce roman dont elle t’avait montré avec joie la couverture sur son téléphone… Et c’est un coup de coeur !! Sans doute parce que le thème ici t’a beaucoup parlé, peut-être même plus que dans le premier volet !! Ce titre est la suite de son premier opus, donc, et nous retrouvons effectivement avec bonheur les mêmes personnages… Seulement, Stéphanie n’est plus avec Guillaume, avec lequel elle avait essayé en vain d’avoir un enfant dans le roman précédent. Elle a rencontré Luc, qui l’aime comme une évidence, et même si elle est pleine de réticences, au début, si elle n’est pas certaine de croire vraiment en cette nouvelle histoire, la voici assez rapidement amoureuse elle aussi, entièrement et complètement… et enceinte. Tu as aimé, encore une fois, la manière dont Sophie Adriansen élabore son récit (tu es même très admirative de ce procédé), entrecoupant l’histoire de la grossesse de Stéphanie de digressions sur le même sujet, coupures de presse, extraits de livres, de conversations saisies au vol, textes administratifs, règlements, convictions, etc… Plus largement, il s’agit dans ce livre de parler de la façon dont notre société moderne traite la maternité, et plus spécialement ce moment si particulier de l’accouchement. La France est l’un des pays développés où les médecins pratiquent le plus d’accouchements déclenchés, de césariennes et d’épisiotomies. Tu as bizarrement senti ton ventre se serrer, comme à nouveau secoué par des contractions, pendant toute ta lecture… C’était assez éprouvant, et en même temps très fort. Et pourtant ta dernière grossesse date un peu… 12 ans. Mais le corps semble conserver pour toujours cette trace là, cette mémoire du passage… La Linea Nigra est cette ligne noire verticale apparue en début de grossesse sur le ventre de Stéphanie, et disparue aussi subitement qu’elle était apparue, après l’accouchement. Rien ne se passe réellement comme la jeune femme l’aurait voulu, puisqu’il lui semble que la césarienne subie lui a en quelque sorte, volé son accouchement… Pourtant Ulysse, son fils, est là, il va bien, et n’est-ce pas souvent un peu le cas (cette impression que rien ne s’est réellement passé comme prévu) ? Tu garderas pour toujours le souvenir de tes deux accouchements, si différents, et de cette deuxième grossesse, écourtée de ce mois et demi dont tu te demanderas sans doute encore longtemps où il a disparu, qui te l’a à toi aussi… volé ? Chaque histoire est différente, et chaque femme, devenue mère, pourra se reconnaître dans ce récit qui n’oublie pas de les embrasser toutes… Merci Sophie Adriansen de parler si vrai !! Tu attends à présent avec impatience la suite, puisque donner naissance n’est que le début de l’aventure de la maternité, n’est-ce pas ? Une lecture, loin d’être anecdotique, importante, que tu recommandes chaudement en cette rentrée !

Fleuve éditions – 14 septembre 2017

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Lectures 2017

La petite danseuse de quatorze ans, Camille Laurens ~ Rentrée littéraire 2017

Tu connaissais cette sculpture de Degas… mais tu n’as jamais été très intéressée par le monde de la danse, et les peintures de l’artiste sur le sujet ne t’émeuvent pas plus que ça. C’est sur le nom de Camille Laurens, en fait, que s’est arrêtée ton attention, avec ce livre, en cette rentrée. Tu aimes la fronde intime de son écriture, habituellement, et tu avais hâte de la retrouver. Mais là, point de fronde intime, et c’est sans doute ce qui t’a tenue à l’écart de ce titre. Camille Laurens cherche en effet dans ce livre, qui s’apparente bien plus à un documentaire qu’à un roman, à mieux connaître la jeune fille, le petit rat, qui a servi à Degas de modèle pour sa sculpture, Marie Geneviève Van Goethem. Nous sommes en 1880, et la jeune-fille danse à L’Opéra de Paris. A l’époque, les danseuses n’ont pas l’image qu’elles ont aujourd’hui. Il est surtout question de pauvreté, de dur labeur, de mères poussant leurs filles à gagner la vie de la famille, et de prostitution… Tu as alors compris des expressions parfois rencontrées dans tes lectures, comme celle, bourgeoise, d’avoir sa danseuse, pour certains messieurs. C’est dans ce contexte que le peintre Edgard Degas, l’engage comme modèle pour une sculpture qu’il souhaite exécuter en cire. Sa vue n’étant plus ce qu’elle était il a décidé de privilégier ce procédé, plus tactile. Camille Laurens s’intéresse alors au contexte, et nous apprend beaucoup. Tout cela a été franchement passionnant à lire et parfois aussi assez terrible à imaginer. Cette sculpture est en effet mal reçue lors de sa première exposition, on lui trouve des allures vicieuses, on lui reproche de ne pas être de l’art. Est-elle trop réaliste ? Mais que vivaient donc ces enfants en 1880 ? Aujourd’hui, on peut admirer à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, des reproductions en bronze de la version originale en cire, mais Marie Geneviève Van Goethem a disparu des mémoires. Et c’est à une sorte de réhabilitation que Camille Laurens s’emploie, avec succès, dans ce livre, même si tu as hâte, toi lectrice, de la retrouver plutôt dans une autre forme d’écriture, plus intime.

Editions Stock – 30 août 2017

La lecture de Joëlle

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 Badge Lecteur professionnelLu via Net Galley