Lectures 2019

Par les routes, Sylvain Prudhomme

Je ne serai pas aussi enthousiaste que les nombreux billets élogieux lus sur ce titre… Mais il est possible que je sois une des victimes du syndrome de la deuxième phase, cette fameuse deuxième phase qui fait que l’on va vers un livre après avoir lu de nombreux avis dithyrambiques à son sujet, et que loin de trouver le chef d’oeuvre attendu on se retrouve seulement face à un très bon livre… et que la déception est alors fatalement un peu au rendez-vous. Rien de grave cependant. Car en effet l’écriture de Sylvain Prudhomme est effectivement pleine de charme. Sa présence aussi, ayant eu la chance d’assister dernièrement à une rencontre avec l’auteur. C’est à cette occasion que j’ai d’ailleurs acheté son roman. Lors de la rencontre, la médiatrice et l’auteur étaient restés assez flous sur l’histoire racontée, préférant s’intéresser aux personnages et piochant sans faire attention à la chronologie des extraits au fil du roman. C’était une bonne idée de ne rien dévoiler. Car Par les routes nous raconte en réalité une histoire assez étonnante. Sacha, écrivain, décide en effet un beau jour de s’installer dans un village, appelé V., village dans lequel vit un de ses cousins, mais surtout où le célibataire espère trouver un endroit pour écrire sereinement, et pourquoi pas se réinventer. Invité par son cousin à une fête, il rencontre Jeanne, mais apprend en même temps qu’une ancienne connaissance habite également dans le coin, celui qu’il appelait autrefois l’auto-stoppeur. Sacha est étonné d’apprendre que son ami s’est posé, qu’il vit avec une femme, Marie, et qu’il a eu un petit garçon avec elle. Il reprend contact avec lui, fait la connaissance de Marie et d’Agustin, sans se douter que sa vie va en être bouleversée, ni que l’auto-stoppeur est resté plus fidèle à lui-même que prévu… J’ai aimé, il faut bien le dire, toute l’ambiance assez douce et posée, attentive, du roman. J’ai aimé le personnage de Marie, tourmenté. J’ai été cependant agacée par l’auto-stoppeur, sa façon assez systématique de procéder, son absence égoïste, sa philosophie de vie. Bien qu’installé avec Marie et son enfant, il ne peut en effet s’empêcher de partir sur les routes, de faire de l’auto-stop (pour qui ? pour quoi ?). Fuite ou désir de rencontres ? Il est difficile de le dire, même si les rencontres ont effectivement lieu, photographies à l’appui. Marie les range silencieusement dans un tiroir de la maison. Fatalement, l’absence creuse des sillons dans le couple… et la présence de Sacha est à contrario un réconfort. Je m’attendais sans doute à découvrir de beaux paysages, ou bien à rêver de voyages auprès de l’auto-stoppeur. J’ai été un peu déçue de constater que les aires d’autoroutes le faisaient rêver (bof). Pour autant, il a cette manie charmante de décider de son parcours en fonction de ce que lui évoque les noms des communes, et je me souviendrai longtemps je crois du passage à Orion des personnages. Je ne sais pas comment vous expliquer mieux mon sentiment de lecture. J’ai beaucoup aimé ce livre, mais je suis partagée, partagée entre mon agacement pour l’auto-stoppeur et mon admiration pour Marie, entre mon plaisir de lecture et cette impression que certains passages ont été travaillés, ciselés, plus que d’autres, rendant l’ensemble parfois inégal. Ce livre a été écrit en grande partie dans ma ville, La Roche sur Yon, pendant les deux ans où l’auteur était en résidence. De plus, il est auteur associé du lieu littéraire de ma ville cette année [clic ici]. Parions donc que je n’en resterai pas là.

« Elle était triste. Elle me disait tout cela sur un ton triste. Elle me disait : Je ne suis pas malheureuse quand tu t’en vas. Et elle était malheureuse de me le dire.  « 

Gallimard – 22 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole

Ce titre a reçu le Prix Landerneau et le Prix Femina 2019

Lectures 2019

Les femmes sont occupées, Samira El Ayachi

En ce moment, je dévore les livres qui me tombent sous la main… et celui-ci n’a pas fait exception. De plus, il aborde un thème qui m’est cher, même si il n’est pas toujours si bien traité, la solitude et la fatigue chez les jeunes mères. Et je dois dire que, personnellement, je ne remercierai jamais assez les systèmes de garderie qui prennent les enfants à la demi journée et aussi cette femme d’un centre de loisirs qui un jour a écouté ma fatigue et mon désarroi et m’a permis de déposer mon aînée quand je le voulais, même sans inscription préalable, pour m’occuper de mon deuxième qui venait de naître prématuré. Parfois, le mari travaille beaucoup et loin (ce qui était mon cas), ou n’est tout simplement pas là. Parfois, la famille, les grands parents, ne veulent pas, ou ne peuvent pas, aider. Et l’épuisement est tel, la solitude et la fatigue aussi, que le moindre geste d’entraide est une bénédiction. J’ai déjà eu les larmes aux yeux quand on m’a aidé à descendre une envolée de marches avec ma poussette, par exemple. Je suis souvent revenue rouge, échevelée, encombrée, d’une sortie avec mes enfants avec l’impression de ne pas être à la hauteur, à la hauteur de rien. Et je me rends compte aujourd’hui combien c’était faux, et combien en réalité j’ai tenu le coup, et combien je mérite d’en être fière, comme cette mère, dans l’histoire de Samira El Ayachi. La narratrice se retrouve en effet du jour au lendemain maman solo, après une dispute avec le père de son bébé. La voici en tête à tête avec Petit Chose, et tout son quotidien en est immédiatement bouleversé. Elle qui doit finir de monter sa pièce de théâtre, écrire sa thèse, travailler… Elle n’a plus le temps de rien, et surtout pas de s’occuper d’elle. Elle aime son petit mais elle voudrait bien que son père le prenne en charge quelques week-ends. La société est ainsi faite qu’on ne punit pas un père qui ne prend pas sa part dans la garde de son enfant, mais une mère qui ne permettrait pas à son père de le prendre de temps en temps, tel que le prévoit la garde dite classique. La maman de Petit Chose est donc confrontée à une solitude sociale et existentielle forte et constate autour d’elle combien les femmes sont débordées, qu’elles soient en couple ou non. J’ai aimé le ton de Samira El Ayachi dans ce roman, résolument féministe, et qui pointe du doigt cette réalité : comment les femmes peuvent-elles se réaliser, faire avancer le monde, rêver et créer dans de telles conditions ? La narratrice répond avec humour qu’elle « déploie [ses] impossibles », mais ne veut surtout pas « courber l’échine », renoncer. Un texte résolument féminin, donc, et à partager.

« Même pas boire un thé, même pas manger, même pas finir tes phrases. A qui déposer ton enfant ? Dans quels bras disponibles, dans quel square de quelle banlieue, pour aller se reposer un peu. Qui est solidaire d’avec les mères dépassées ?« 

Editions de l’Aube – 5 septembre 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Jostein

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C’était octobre

Je vous raconte donc octobre, via d’abord vos deux photos préférées sur mon compte Instagram @antigoneheron. Vous avez aimé ma sélection pour le café des blogueurs qui a eu lieu le 5 octobre à la librairie Les fringales littéraires aux Herbiers et notre sortie à la mer à St Gilles Croix de Vie, un jour de mauvais temps.

     

4/10 – Voici les livres de la rentrée littéraire dont je vous parlerai demain aux @lesfringaleslitteraires aux Herbiers (85). Je serai en compagnie de @mumu_bocage @severine_billaud et @violaine124 qui vous dévoileront elles aussi leurs propres sélections ! Le rendez-vous est à 15h. Merci par avance à celles et ceux qui ont déjà prévu de venir. Je suis heureuse d’avoir encore une fois l’occasion de parler de ces romans beaucoup aimés ! 💙💙
@alexandrakoszelyk @auxforgesdevulcain @au_diable_vauvert_editions @thomasgunzig
@valerietongcuong @editionsjclatteslemasque @editions_globe #dianaevans
#rentreeliteraire2019 #booklover #bookstagram – 68 ❤ | 27/10 – Aujourd’hui à St Gilles la mer était haute et les vagues belles. Il y avait des surfeurs qui marchaient pieds nus sur le remblais. Il ne faisait pas beau mais c’était chouette ! #dimanche – 49 ❤

En octobre, il y a eu aussi…
* le rendez-vous du café des blogueurs le 5 octobre donc (photo ci-dessous) ;
* la reprise des réunions du comité BD dans la bibliothèque de ma ville, avec des projets pour Angoulême en 2020
 ;
* une plongée dans l’univers de Sauveur & fils avec la lecture des tomes 3, 4 et 5 ;

* le 9 octobre, une rencontre avec Sylvain Prudhomme pour son roman Par les routes, auteur associé du Grand R cette année, rencontre où nous étions plus de 100 personnes (une folie) ;
* j’ai répondu au tag d’Enna sur mes débuts de blogueuse [clic ici] ;
* un bilan des derniers coups de coeur du web le 15 octobre [clic ici]. Je vous dévoilerai bientôt les titres les plus souvent plébiscités cette année ;

* le 26 octobre, le deuxième rendez-vous du Club des lecteurs yonnais que j’anime, chez Chacun sa part à La Roche sur Yon (85), rendez-vous sur le thème du voyage cette fois-ci. Un autre rendez-vous est prévu pour fin décembre, sur le thème de Noël, de l’hiver, etc. Si vous êtes dans la région, n’hésitez pas à nous rejoindre pour quelques samedis dans l’année via le groupe facebook dédié [clic ici] ou par un message privé (voir colonne à droite). La plupart des participants et moi-même sommes débutants dans l’exercice, il y a du thé et d’excellentes pâtisseries, on parle livres et auteurs, c’est sans chichi, venez !

Récapitulatif des lectures chroniquées en octobre :

Lectures 2019

Jour de courage, Brigitte Giraud… coup de coeur !

❤ Je suis une adepte de l’écriture de Brigitte Giraud. Il était donc évident que j’allais lire son roman de rentrée littéraire… Avec cette auteure, j’ai pourtant toujours la crainte d’être déçue, comme avec les choses que l’on aime… Allais-je retrouver ce plaisir de lecture déjà rencontré dans Avoir un corps ou Pas d’inquiétude  ? Allais-je retrouver ce style qui me laisse à penser que je suis à la maison, confortablement installée dans une écriture qui me plaît et me convient ? La réponse est oui. Mais ceux qui ont déjà lu ce titre peuvent le dire, combien la forme de ce nouveau roman de Brigitte Giraud est surprenante ! Nous sommes dans un lycée, en cours d’histoire, et Livio, 17 ans, s’apprête à faire un exposé. Il a choisi de parler de Magnus Hirschfeld, un médecin juif-allemand qui s’intéressait particulièrement aux droits des homosexuels dès le début du XXème siècle, de l’institut de sexologie qu’il a créé, et de l’autodafé nazi qui a détruit son oeuvre et ses travaux. Il fut le premier à étudier la sexualité humaine sur des bases scientifiques et dans sa globalité, et est connu pour être un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle, en luttant par exemple contre la persécution des homosexuels allemands soumis au paragraphe 175, paragraphe au nom duquel de nombreux homosexuels ont par exemple été envoyés en camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale. Le lecteur est suspendu aux lèvres du jeune homme et à l’exposé brillant qu’il délivre sous nos yeux. Mais, le regard s’attarde aussi sur Camille, sur Madame Martel, la professeur d’histoire, sur les camarades du jeune homme, qui semblent à la fois s’ennuyer et s’intéresser au vrai message que tente d’exprimer Livio. Car Livio est en même temps en train de faire son coming out, devant celle qui pensait être encore sa petite amie il y a quelques minutes, devant sa classe et tout le lycée par extension. Quelles seront les conséquences de cet aveu ? Brigitte Giraud se contente d’énoncer les faits, n’apporte aucun jugement de valeurs, ni ne cherche à convaincre. Seul Livio émet une opinion sur ce qu’aurait pu être le monde si Magnus Hirschfeld avait pu continuer librement ses travaux, sur le temps que l’on aurait gagné (peut-être) en acceptation et en changement des mentalités sur le sujet… Livio se heurte aussi à l’indifférence polie de son éditoire et c’est une souffrance pour le lecteur de constater cet état de fait, comme si tant de connaissance et d’intelligence étaient bêtement gâchées. Merci alors à Brigitte Giraud pour son livre, d’avoir mis ce Magnus Hirschfeld en lumière et de porter par son écriture le courage de tous les Livio de la terre ! Un livre fort, émouvant, que l’on referme en frissonnant.

Flammarion – 21 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Joëlle

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C’était septembre

Je vous raconte donc septembre, via d’abord vos deux photos préférées sur mon compte Instagram @antigoneheron. Vous avez aimé ce qui est sans doute mon plus gros coup de coeur de cette rentrée littéraire, Feel good, et ma tête, à l’issu de la marche des Joséphines sur La roche sur yon.

    

5/09 – J’ai eu un énorme coup de cœur de rentrée pour ce titre de Thomas Gunzig que j’ai absolument dévoré… J’aime véritablement quand un auteur sait manier ainsi la satire sociale, fait pour autant avancer des personnages auxquels on ne peut s’empêcher de s’attacher, et en profite pour égratigner le monde du livre et ses travers médiatiques. Vous l’aurez compris, Feel good n’est pas vraiment un roman feel good, mais un roman qui sait s’amuser de la mise en abyme, s’amuser des codes du roman feel good, s’amuser du lecteur, s’amuser tout court. […] – 54 ❤ | 22/09 – Ma tête à l’arrivée 👡👚💕 #lajosephine – 62 ❤

En septembre, il y a eu aussi…
* assister à un concert le soir de La Joséphine ;
* le potager en pleine production
 ;
* encore quelques lectures pour la rentrée littéraire ;

* l’achat de nouvelles éponges Mamzelle Parisette #zerodéchet ;

* un logo pour le Club des lecteurs yonnais (dessin de ma fille) ;
* un tricot modèle Bergère de France terminé ;
* les 13 ans de mon blog ;
* quelques énervements et de la fatigue… mais aussi des prises de conscience et de bonnes résolutions. Il faut parfois savoir se recentrer ;).

Récapitulatif des lectures chroniquées en septembre :

Lectures 2019

Les simples de Yannick Grannec… dans « ma rentrée littéraire » !

   Ma rentrée littéraire

Les raisons sont souvent multiples lorsque l’on passe à côté d’un livre… Le roman précédent était excellent et nous sommes encore dedans, le thème de cette nouvelle lecture ne nous plaît pas, ou nous avions peut-être trop d’attente en regard des titres précédents de l’auteur. Je ne saurais dire ce qui n’a pas fonctionné pour moi cette fois-ci avec le dernier roman de Yannick Grannec, que j’avais pourtant adoré lire dans Le bal mécanique ou La déesse des petites victoiresLa magie, l’alchimie qui se crée parfois entre un livre et un lecteur, n’a pas fonctionné ici, et je me suis même un peu ennuyée à sa lecture. Je remercie d’ailleurs l’auteure qui a eu le fair-play et la délicatesse de ne pas s’en émouvoir en tombant sur mon commentaire sur facebook, et de me dire que ce n’était pas une science exacte, et que sans doute le prochain serait au rendez-vous. Très certainement. Je ne vais pas en rester là. Mais que nous raconte donc Les simples ? Nous sommes en 1584, au sein de l’abbaye Notre Dame du loup, un lieu préservé où les bénédictines mènent une existence paisible, vouée à Dieu, à la prière et aux autres. Une partie de l’abbaye renferme effectivement un hôpital, qui reçoit principalement des femmes et des enfants, tous les malades ayant eu le courage d’atteindre ce lieu. La communauté bénéficie d’une autonomie assez inhabituelle, liée à son histoire, à la faveur d’un roi ayant profité des soins des soeurs, et à ce que leur rapporte les préparations qu’elles vendent, la plupart élaborées par l’herboriste soeur Clémence qui ramasse des simples dans les alentours. Cette richesse attise la convoitise du nouvel évêque de Vence, Jean de Solines, qui dépêche des émissaires pour tenter d’en percer les secrets. Malheureusement, un des jeunes vicaires, Léon, tombe sous le charme des traits lumineux de Gabrielle, et c’est un peu comme si le Diable s’était agrippé à son vêtement depuis le bureau de l’évêque et avait poussé avec lui les portes de l’abbaye. Le Malin va pouvoir dorénavant s’en donner à coeur joie. Yannick Grannec a une écriture absolument magnifique dans ce texte, dont j’ai d’ailleurs apprécié la structure qui alterne dictons, poésies et récit. Je crois que j’ai moins aimé par ailleurs être toute bonnement plongée ainsi dans le XVIème siècle, qui plus est au sein d’une congrégation religieuse. De plus, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, même les plus sympathiques. Tous sont en effet tourmentés par des conflits intérieurs, se retrouvent à un moment donné en contradiction avec eux-mêmes et sont tentés de suivre leur part sombre. Pour autant, tout ce qui concerne les soins, les plantes, la manière de s’isoler ou de s’en sortir malgré les épreuves, m’ont beaucoup intéressée. L’époque était loin d’être tendre, et le déterminisme lié à la naissance, à son rang dans la fratrie, très fort. Il ne faut donc pas s’étonner des désordres provoqués par ces vocations orientées. Une lecture de rentrée littéraire plutôt mitigée de mon côté donc, mais un roman qui rencontre par ailleurs un beau succès sur la blogosphère (voir le billet de Nicole). N’hésitez donc pas à vous en faire votre propre idée !

Anne Carrière – 23 août 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Nicole