Lectures 2020

Le bonheur, sa dent douce à la mort, Barbara Cassin

Barbara Cassin, de la famille du célèbre homme politique René Cassin (dont il ne sera que brièvement question), est directrice de recherche émérite au CNRS, et surtout philosophe… Je ne sais plus pourquoi j’ai eu envie au départ de lire cette autobiographie dont je vais vous parler aujourd’hui, le  mot bonheur peut-être, en couverture, qui reprend un extrait d’un vers de Rimbaud… Et puis, il y a eu le passage de l’auteure à La Grande librairie, et l’admiration évidente des autres participants sur le plateau. De mon côté, et même si j’ai trouvé les derniers chapitres d’une grande tendresse, tournés vers sa famille, racontant les derniers jours de son mari, atteint d’un cancer, je suis totalement passée à côté de ce récit. Barbara Cassin raconte sa vie, son enfance près de parents peintres, ses études de philosophie, ses choix, ses enfants, sa vie auprès de l’homme qu’elle aimait. L’écriture de Barbara Cassin est rapide, comme si il y avait urgence à raconter, pleine de références philosophiques, bien sûr, mais pas seulement. Il y est aussi question de ses origines juives, de l’Odyssée d’Homère, et de René Char. Cependant, il m’a semblé que cette autobiographie était teintée au départ d’une étrange modestie, en regard de son statut actuel et des rencontres qu’elle fait tout au long de son parcours. Son écriture ne m’a pas permis d’être à l’aise non plus dans cette lecture, dans laquelle je n’ai pu m’appuyer malheureusement ni sur l’empathie, ni non plus sur des références qui, pour la plupart, m’échappaient. J’ai pourtant fait des études de Lettres, et Barbara Cassin fait indéniablement preuve d’une grande sensibilité et intelligence dans ses écrits. J’ai eu malheureusement le sentiment que ce livre n’était pas pour moi, que je n’en étais pas la cible, une bien étrange sensation.

Editions Fayard – août 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Le concert du roi

Lectures 2020

Je ne vis que pour toi, Emmanuelle de Boysson

J’avais lu Que tout soit à la joie l’an passé de Emmanuelle de Boysson. J’étais donc très curieuse de lire cette année son roman de rentrée. La première surprise a été de retrouver assez vite la légende d’Ys dans les pages de ce livre, mais également toute une pléiade de personnalités célèbres. En effet, nous suivons Valentine, jeune bretonne mariée à Antoine, beaucoup plus vieux qu’elle. Il emmène sa femme vivre à Paris. Ce mondain a quelques entrées dans certains cercles. Il présente notamment Valentine à Colette lors d’une soirée, soirée dans laquelle la jeune femme va également faire la connaissance de Natalie Clifford-Barney. Celle-ci va beaucoup la troubler et va ensuite n’avoir de cesse de la poursuivre de ses assiduités, jusqu’à ce que Valentine succombe et tombe éperdument amoureuse. Natalie joue cependant au chat et à la souris avec Valentine, usant et abusant de ses charmes sur les femmes qu’elle rencontre, arrivant en général à ses fins, comme avec Elisabeth de Gramont, pourtant la confidente de Valentine. La jeune femme essaye par ailleurs d’écrire, s’attelle à raconter La légende d’Ys, puis son enfance en Bretagne, mais la jalousie et le désir la torturent continuellement. Jusqu’à quelle extrémité va-t-elle la conduire cette passion dévorante ? Il m’a fallu un peu de temps pour m’attacher à Valentine, au départ assez sèche dans ses réactions et au comportement à la fois naïf et glacé. Puis, la description d’une telle époque, si attachante, celle où on pouvait croiser dans une réception, à la fois Proust, Appolinaire, Anna de Noailles a su me trouver. Emmanuelle de Boysson montre dans ce livre la face cachée d’un Paris qui s’adonne sans complexes, ou presque, aux plaisirs saphiques. Pourtant, les femmes jouaient souvent là leur réputation ou leur avenir financier. Ce roman est très sensuel mais surtout captivant. La fascination magnétique de Natalie Clifford-Barney y est pour beaucoup, ainsi que les battements d’ailes d’une Valentine, blanche colombe que l’on devine très vite en sursis.

Editions Calmann Levy – septembre 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Lili

Lectures 2020

Frères soleil, Cécilia Castelli

Lors de l’avant dernier rendez-vous Masse critique de chez Babelio, j’ai choisi ce titre de rentrée littéraire, forte de ma lecture du dernier roman d’Angélique Villeneuve, édité chez le même éditeur. Cécilia Castelli nous entraîne, dans son récit, à la rencontre d’une famille d’origine Corse. Rémi retrouve chaque été ses cousins sur l’île. Venu du continent, la différence entre eux est palpable dans les premiers jours mais se dissipe au fil de l’été, dans cette bulle protectrice que constitue la demeure familiale. Les adultes profitent du soleil, des vacances et taisent en eux les blessures du passé, ainsi que le quotidien qu’il faudra retrouver dès la rentrée. Tout cela est baigné aussi de mysticisme et de légendes. Plus les enfants grandissent, plus leurs préoccupations changent et se durcissent, moins les adultes se retrouvent pendant les vacances. Les cousins s’intéressent dorénavant aux filles, et lorsque Rémi les rejoint sur l’île, devenu un jeune adulte un peu perdu, aimer la Corse prend soudain un autre sens, moins festif et moins léger, plus engageant, plus combatif… Je suis restée en lisière de ce roman. Ma lecture en a été un peu laborieuse, malgré la beauté de l’écriture et du texte. Je n’ai pas su je crois m’attacher aux personnages et rentrer dans cette musique corse. Dommage. Comme souvent avec les lectures mitigées, c’est un livre que je vais tenter de faire circuler dans d’autres mains, histoire de lui donner une seconde chance…

Editions Le passage – 20 août 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Mémo Emoi

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Fille, Camille Laurens

Si je comprends bien les mentions sur la quatrième de couverture, la date d’édition notée sur Babélio, la sortie de ce livre était prévue pour mars, et le voici dans la pleine lumière de la rentrée littéraire… Et je vais dire, tant mieux ! J’aime lire Camille Laurens depuis longtemps, et même à une époque où il était moins facile de s’en vanter, quand a eu lieu par exemple cette polémique avec Marie Darrieussecq… je l’aimais encore, surtout que j’avais été bouleversée par son Philippe. J’ai été très heureuse d’avoir eu l’opportunité d’assister à une rencontre avec elle dans ma ville en 2011 [lire ici], qui restera un de mes meilleurs souvenirs de rencontre je crois. Depuis toujours, Camille Laurens mêle l’intime à la fiction. Difficile donc de reconnaître la part autobiographique de ce récit de vie, et d’ailleurs peu importe. Laurence naît fille, au grand dam de ses parents, mais surtout de son père, qui avait espéré avoir un garçon après sa grande soeur Claude. Camille Laurens explore, aux côtés de Laurence, tout ce que « être une fille » signifie. Plus elle grandit, plus Laurence comprend qu’elle passera toujours après, après l’oncle aux mains baladeuses, après le gynécologue incompétent. Son sort, ce qu’elle ressent, n’a pas d’importance, du moment qu’elle reste à sa place et se taise. Elle s’est sentie brièvement forte, quand elle a porté un garçon dans son ventre, reconnue. Mais c’est la naissance de sa fille, en réalité, qui va tout bousculer. Cette enfant qui n’aura de cesse de vouloir s’habiller comme les garçons. J’ai eu du mal à trouver ma place dans les premières pages de ce récit, et puis j’ai été glacée par l’épisode de l’oncle, par les cauchemars qui ont hanté ensuite la petite fille et l’indifférence dans laquelle elle a baigné derrière. Ensuite, le deuil de son petit garçon m’a touchée et j’ai été emportée par le combat de Laurence pour grandir, s’affirmer, devenir elle-même au milieu de ses proches. De cette lecture, restent de la douleur et de la peine, mais aussi de l’espoir.

« La différence, maman, entre hommes et femmes, tu vois, c’est que les hommes ont peur pour leur honneur, tandis que les femmes, c’est pour leur vie. Le ridicule ne tue pas, la violence, si. »

Editions Gallimard – 20 août 2020

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Une autre lecture chez… Jostein

Lectures 2020

La naissance d’un père, Alexandre Lacroix… rentrée littéraire 2020 !

Lire un récit qui met en avant la paternité me tentait beaucoup. Et c’est ce qui m’avait attiré vers ce livre… Alexandre Lacroix est à la fois romancier et philosophe. Il est d’ailleurs directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, et cofondateur de l’école d’écriture Les mots. Avec ce livre, et alors qu’il devient père de son cinquième et dernier enfant à quarante deux ans, il décide de raconter ce qui a peu été raconté jusque-là, l’histoire de sa paternité. Lorsqu’il devient père de son aîné, Bastien, il vit alors dans une grande précarité avec sa première compagne à Avignon. Déjà écrivain, travaillant à domicile, lui revient la charge de s’occuper de leur enfant, d’abord nourrisson. J’ai beaucoup aimé cette partie, la désinvolture de ce père qui apprend sur le tas, parcourt la ville avec son fils, d’abord bébé puis enfant en bas âge. Ensuite, vient la séparation, la rencontre d’une nouvelle compagne et deux naissances rapprochées. Alexandre Lacroix nous raconte avec beaucoup d’émotion ces naissances, la toute petite enfance, les péripéties qui vont avec, leurs ennuis avec le voisinage, leurs vacances en famille. Autant j’avais aimé l’épopée avignonaise, autant j’ai peu à peu été moins séduite par la suite du récit de ce père qui prend avec le temps de l’assurance à mesure que la famille s’agrandit. J’ai tiqué sur quelques scènes, notamment sur celles qui le confronte avec le voisinage. Et à la toute fin, il m’a semblé que le témoignage de ce père se teintait d’un peu de prétention, ce que j’ai trouvé dommage. Cependant, ce récit a le mérite de la sincérité et du partage. Et il n’est sans doute pas forcément besoin de tout partager avec un auteur pour trouver à un récit de l’intérêt. De plus, il montre bien combien la parentalité est sans doute une des plus incroyables aventures humaines, où le chamboulement est constamment au rendez-vous, ainsi que le manque de sommeil, et où notre cœur est mis à rude épreuve (quand il ne menace pas de simplement s’arrêter face à un trop plein de bouleversements), ce qui est toujours une bonne chose à rappeler.

Editions Allary – 27 août 2020

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5


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Lectures 2020

Tout va me manquer, Juliette Adam… rentrée littéraire 2020 !

Lorsque j’ai choisi ce livre, je n’avais pas fait le rapprochement entre Juliette Adam et ses parents célèbres (Olivier Adam et Karine Reysset). Ensuite, il a été difficile de faire l’impasse sur cette information… et malheureusement, je n’avais pas encore ouvert ce roman qui attendait sagement son tour sur mes étagères consacrées à la rentrée littéraire… Cependant, je n’ai pas été ni spécialement déçue ni surprise par ma lecture, bien au contraire. L’ambiance désenchantée qui y règne m’a en effet semblée pour le coup dès le début assez familière. Et je me suis plongée dans ce livre comme je me plonge habituellement dans les romans pour jeunes adultes de La Belle colèrequi mettent souvent en scène des adolescents borderline. Si comme moi vous aimez ce genre, ce roman est en ce sens extrêmement réussi. Etienne travaille dans le magasin de jouets de son grand-père. Adolescent délaissé par sa mère, il vit une vie un peu en marge, solitaire, seulement rythmée par les lubies de son grand-père, ses manifestations de tristesse, et les visites joyeuses de son petit frère Paco. Dans la ville un peu morose où il vit, le carnaval est un événement à ne pas rater. Le voici donc affublé d’un déguisement Snoopy. Mais une jeune femme l’agresse subitement, le prenant pour un autre. Ce sera sa première rencontre avec Chloé, jeune fille impulsive et étrange, habitée de multiples émotions et pensées, qui se retrouvera de nouveau sur son chemin à plusieurs reprises. Est-ce qu’elle le suit ? Ou le destin joue-t-il avec eux une drôle de partition ? Etienne, peu enclin aux jeux de la séduction, se posera mille questions sur le sujet, entre attirance et répulsion, cherchant aussi à savoir qui il est, dans une famille déstructurée qui ne lui a jamais conservée sa place d’enfant… Je suis tombée sous le charme des protagonistes de ce roman, assez heureuse de rencontrer ces êtres sensibles et déboussolés, confrontés à un monde rigide et à des adultes peut-être encore plus fragiles qu’eux. Difficile, dans ce contexte, d’être rassurés, confiants et de se projeter dans l’avenir. Un premier roman très prometteur !

Editions Fayard – 19 août 2020

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