Lectures 2020

Frères soleil, Cécilia Castelli

Lors de l’avant dernier rendez-vous Masse critique de chez Babelio, j’ai choisi ce titre de rentrée littéraire, forte de ma lecture du dernier roman d’Angélique Villeneuve, édité chez le même éditeur. Cécilia Castelli nous entraîne, dans son récit, à la rencontre d’une famille d’origine Corse. Rémi retrouve chaque été ses cousins sur l’île. Venu du continent, la différence entre eux est palpable dans les premiers jours mais se dissipe au fil de l’été, dans cette bulle protectrice que constitue la demeure familiale. Les adultes profitent du soleil, des vacances et taisent en eux les blessures du passé, ainsi que le quotidien qu’il faudra retrouver dès la rentrée. Tout cela est baigné aussi de mysticisme et de légendes. Plus les enfants grandissent, plus leurs préoccupations changent et se durcissent, moins les adultes se retrouvent pendant les vacances. Les cousins s’intéressent dorénavant aux filles, et lorsque Rémi les rejoint sur l’île, devenu un jeune adulte un peu perdu, aimer la Corse prend soudain un autre sens, moins festif et moins léger, plus engageant, plus combatif… Je suis restée en lisière de ce roman. Ma lecture en a été un peu laborieuse, malgré la beauté de l’écriture et du texte. Je n’ai pas su je crois m’attacher aux personnages et rentrer dans cette musique corse. Dommage. Comme souvent avec les lectures mitigées, c’est un livre que je vais tenter de faire circuler dans d’autres mains, histoire de lui donner une seconde chance…

Editions Le passage – 20 août 2020

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Une autre lecture chez… Mémo Emoi

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Lectures 2020

Fille, Camille Laurens

Si je comprends bien les mentions sur la quatrième de couverture, la date d’édition notée sur Babélio, la sortie de ce livre était prévue pour mars, et le voici dans la pleine lumière de la rentrée littéraire… Et je vais dire, tant mieux ! J’aime lire Camille Laurens depuis longtemps, et même à une époque où il était moins facile de s’en vanter, quand a eu lieu par exemple cette polémique avec Marie Darrieussecq… je l’aimais encore, surtout que j’avais été bouleversée par son Philippe. J’ai été très heureuse d’avoir eu l’opportunité d’assister à une rencontre avec elle dans ma ville en 2011 [lire ici], qui restera un de mes meilleurs souvenirs de rencontre je crois. Depuis toujours, Camille Laurens mêle l’intime à la fiction. Difficile donc de reconnaître la part autobiographique de ce récit de vie, et d’ailleurs peu importe. Laurence naît fille, au grand dam de ses parents, mais surtout de son père, qui avait espéré avoir un garçon après sa grande soeur Claude. Camille Laurens explore, aux côtés de Laurence, tout ce que « être une fille » signifie. Plus elle grandit, plus Laurence comprend qu’elle passera toujours après, après l’oncle aux mains baladeuses, après le gynécologue incompétent. Son sort, ce qu’elle ressent, n’a pas d’importance, du moment qu’elle reste à sa place et se taise. Elle s’est sentie brièvement forte, quand elle a porté un garçon dans son ventre, reconnue. Mais c’est la naissance de sa fille, en réalité, qui va tout bousculer. Cette enfant qui n’aura de cesse de vouloir s’habiller comme les garçons. J’ai eu du mal à trouver ma place dans les premières pages de ce récit, et puis j’ai été glacée par l’épisode de l’oncle, par les cauchemars qui ont hanté ensuite la petite fille et l’indifférence dans laquelle elle a baigné derrière. Ensuite, le deuil de son petit garçon m’a touchée et j’ai été emportée par le combat de Laurence pour grandir, s’affirmer, devenir elle-même au milieu de ses proches. De cette lecture, restent de la douleur et de la peine, mais aussi de l’espoir.

« La différence, maman, entre hommes et femmes, tu vois, c’est que les hommes ont peur pour leur honneur, tandis que les femmes, c’est pour leur vie. Le ridicule ne tue pas, la violence, si. »

Editions Gallimard – 20 août 2020

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Une autre lecture chez… Jostein

Lectures 2020

La naissance d’un père, Alexandre Lacroix… rentrée littéraire 2020 !

Lire un récit qui met en avant la paternité me tentait beaucoup. Et c’est ce qui m’avait attiré vers ce livre… Alexandre Lacroix est à la fois romancier et philosophe. Il est d’ailleurs directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, et cofondateur de l’école d’écriture Les mots. Avec ce livre, et alors qu’il devient père de son cinquième et dernier enfant à quarante deux ans, il décide de raconter ce qui a peu été raconté jusque-là, l’histoire de sa paternité. Lorsqu’il devient père de son aîné, Bastien, il vit alors dans une grande précarité avec sa première compagne à Avignon. Déjà écrivain, travaillant à domicile, lui revient la charge de s’occuper de leur enfant, d’abord nourrisson. J’ai beaucoup aimé cette partie, la désinvolture de ce père qui apprend sur le tas, parcourt la ville avec son fils, d’abord bébé puis enfant en bas âge. Ensuite, vient la séparation, la rencontre d’une nouvelle compagne et deux naissances rapprochées. Alexandre Lacroix nous raconte avec beaucoup d’émotion ces naissances, la toute petite enfance, les péripéties qui vont avec, leurs ennuis avec le voisinage, leurs vacances en famille. Autant j’avais aimé l’épopée avignonaise, autant j’ai peu à peu été moins séduite par la suite du récit de ce père qui prend avec le temps de l’assurance à mesure que la famille s’agrandit. J’ai tiqué sur quelques scènes, notamment sur celles qui le confronte avec le voisinage. Et à la toute fin, il m’a semblé que le témoignage de ce père se teintait d’un peu de prétention, ce que j’ai trouvé dommage. Cependant, ce récit a le mérite de la sincérité et du partage. Et il n’est sans doute pas forcément besoin de tout partager avec un auteur pour trouver à un récit de l’intérêt. De plus, il montre bien combien la parentalité est sans doute une des plus incroyables aventures humaines, où le chamboulement est constamment au rendez-vous, ainsi que le manque de sommeil, et où notre cœur est mis à rude épreuve (quand il ne menace pas de simplement s’arrêter face à un trop plein de bouleversements), ce qui est toujours une bonne chose à rappeler.

Editions Allary – 27 août 2020

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Lectures 2020

Tout va me manquer, Juliette Adam… rentrée littéraire 2020 !

Lorsque j’ai choisi ce livre, je n’avais pas fait le rapprochement entre Juliette Adam et ses parents célèbres (Olivier Adam et Karine Reysset). Ensuite, il a été difficile de faire l’impasse sur cette information… et malheureusement, je n’avais pas encore ouvert ce roman qui attendait sagement son tour sur mes étagères consacrées à la rentrée littéraire… Cependant, je n’ai pas été ni spécialement déçue ni surprise par ma lecture, bien au contraire. L’ambiance désenchantée qui y règne m’a en effet semblée pour le coup dès le début assez familière. Et je me suis plongée dans ce livre comme je me plonge habituellement dans les romans pour jeunes adultes de La Belle colèrequi mettent souvent en scène des adolescents borderline. Si comme moi vous aimez ce genre, ce roman est en ce sens extrêmement réussi. Etienne travaille dans le magasin de jouets de son grand-père. Adolescent délaissé par sa mère, il vit une vie un peu en marge, solitaire, seulement rythmée par les lubies de son grand-père, ses manifestations de tristesse, et les visites joyeuses de son petit frère Paco. Dans la ville un peu morose où il vit, le carnaval est un événement à ne pas rater. Le voici donc affublé d’un déguisement Snoopy. Mais une jeune femme l’agresse subitement, le prenant pour un autre. Ce sera sa première rencontre avec Chloé, jeune fille impulsive et étrange, habitée de multiples émotions et pensées, qui se retrouvera de nouveau sur son chemin à plusieurs reprises. Est-ce qu’elle le suit ? Ou le destin joue-t-il avec eux une drôle de partition ? Etienne, peu enclin aux jeux de la séduction, se posera mille questions sur le sujet, entre attirance et répulsion, cherchant aussi à savoir qui il est, dans une famille déstructurée qui ne lui a jamais conservée sa place d’enfant… Je suis tombée sous le charme des protagonistes de ce roman, assez heureuse de rencontrer ces êtres sensibles et déboussolés, confrontés à un monde rigide et à des adultes peut-être encore plus fragiles qu’eux. Difficile, dans ce contexte, d’être rassurés, confiants et de se projeter dans l’avenir. Un premier roman très prometteur !

Editions Fayard – 19 août 2020

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Lectures 2020

Fille, femme, autre, Bernardine Evaristo… rentrée littéraire 2020 !

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Françoise Adelstain

Je ressors de cette lecture un peu sonnée et ébahie, sans être certaine réellement de la nature de ce que j’ai lu, ni de comment je vais bien pouvoir en parler. Fille, femme, autre… est un roman ambitieux, et qui s’avère à la lecture magistral, quoique dense et exigeant. Déjà, dès les premières lignes, on remarque sa structure particulière, sans majuscules de début de phrases, ni de points. Car ce livre est un chant. Il chante des femmes, presque toutes noires, de 19 à 93 ans, et qui racontent comment elles ont vécu leur vie sur le sol britannique. Il faut un peu s’accrocher, pour être honnête, pour retenir les prénoms de toutes ces femmes, les liens qui les unissent les unes aux autres. Mais s’accrocher vaut le coup, vraiment, car Bernardine Evaristo brosse en fait, et avec talent, toutes les manières possibles d’être humaine sur cette terre, lorsque l’on est une femme, de surcroît noire, mais aussi lesbienne, autonome et forte. Comment alors aborder l’amour, la perte de l’amour, le désir d’amour et sa blessure ? Comment grandir, faire sa place dans le monde, ne pas rester à sa place, dépasser les préjugés, s’exprimer ? Comment s’imposer, et ne pas laisser filer le bonheur ? Dans ce roman choral aux multiples rencontres, elles vont se battre mais aussi laisser fondre en elles l’amour quand il advient, car il a parfois été depuis longtemps désiré ou depuis longtemps perdu. J’ai aimé faire connaissance avec toutes ces personnalités, leurs faiblesses et leurs secrets. Bernardine Evaristo a été fière d’être la première femme noire à remporter le Booker Prize pour ce livre. C’est cette même fierté qui émane aussi de son récit, en donnant à ses protagonistes, plus habituées à l’ombre en littérature, un rôle de premier plan, symbolisé par cette pièce de théâtre, qu’Amma monte durant tout le roman, et qui met en scène des amazones africaines.

Editions Globe – 2 septembre 2020

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En lecture commune avec Sylire et Mes pages versicolores


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Lectures 2020

Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo… rentrée littéraire 2020 !

J’ai lu ce livre, pendant l’été, dans le cadre du Prix Fnac 2020. L’actrice Burkinabée, Roukiata Ouedraogo, que je ne connaissais pas encore, raconte ici son enfance… et l’événement qui en a bouleversé les premières années. En effet, son père, fonctionnaire, est injustement arrêté alors qu’elle n’a que quelques mois. On le soupçonne de détournement de fonds. Sa mère se bat pour le faire libérer mais aussi pour élever ses enfants. La famille se retrouve soudain dans le besoin. Vient à sa mère l’idée de vendre des galettes sur le pas de sa porte. Son commerce va connaître un franc succès, suscitant bien entendu des jalousies, mais surtout un bel élan envers cette famille digne et courageuse. Il est question dans ce livre intime de corruption mais aussi d’amour. Alors que quelques années plus tard, la narratrice est invitée en tant que marraine à un rendez-vous autour de la francophonie, elle se souvient de la force de cette mère grande et belle qui s’est battue pour sa famille. Le récit est raconté à la première personne, comme si le bébé que l’actrice était se souvenait de tout, des conversations, des galères, et principalement de tous ces voyages effectués dans des conditions spartiates vers la ville de Ouagadougou. C’est le lieu où sa mère peut rencontrer les hauts fonctionnaires qui ont le pouvoir de libérer son mari. Les démarches sont nombreuses et compliquées. J’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce roman très sincère, pudique et pas du tout rempli de pathos. On ressort de ce livre avec plein d’images dans la tête, et avec l’impression d’avoir vécu une véritable immersion africaine. J’ai aussi eu le sentiment d’avoir eu l’occasion de faire une belle rencontre. Un très beau livre, à partager largement autour de soi.

Editions Slatkine & Cie – 10 septembre 2020

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