Lectures 2018

L’Archipel du chien, Philippe Claudel… 41ème Prix Relay des Voyageurs lecteurs

Autant vous l’avouer d’emblée, je ne compte pas parmi les fans de l’écriture de Philippe Claudel... Il y a toujours chez lui, dans son style, quelque chose qui me gêne, qui oscille pour moi entre naïveté et simplicité, même quand les thèmes sont forts, comme ceux traités par l’Archipel du chien. Pour autant, j’ai apprécié que Philippe Claudel se penche ici sur le sort des réfugiés, que l’action se passe sur une île, et retrouver (avec étonnement) dans les pages de ce livre de nombreux relents de la tragédie d’Antigone (que je commence à bien connaître), et oui. Mais je vais vous expliquer… Sur la plage de l’île, un lundi matin de septembre, trois corps noirs sont découverts. C’est une vieille femme, ancienne institutrice, qui fait la macabre découverte. Deux autres hommes aperçoivent aux même moment les corps, Amérique et Spadon. Puis, on part chercher le Maire, qui revient accompagné du Docteur. L’instituteur, qui passait par là, rejoint le groupe, qui se questionne sur ce qu’il convient de faire. Tout le monde est très vite d’accord pour ne pas ébruiter l’existence de ces décès accidentels (ce ne sont visiblement que de pauvres réfugiés noyés), tout le monde sauf l’instituteur. Ce dernier participe quand même à l’enfouissement des cadavres, tout en se laissant très vite gagner par le doute, la révolte et l’envie de connaître la vérité. Et voilà que les figures de la pièce d’Antigone me sont soudain apparues, dans les phrases de Philippe Claudel déjà, qui prennent un ton d’emphase, et aussi dans ces personnages qu’il dresse les uns contre les autres, dans la tragédie qui s’annonce. L’instituteur devient alors une Antigone évidente, n’hésitant pas à se mettre en danger pour la vérité et la justice et aussi par son obstination pleine d’idéalisme, et le Maire un Créon remarquable, décidé qu’il est à accepter toutes les actions (même les moins recommandables) afin de préserver son île, et le projet des Thermes auquel il tient. J’ai conservé cette impression de familiarité avec le mythe d’Antigone jusqu’à la fin de ma lecture, appréciant à la fois la portée symbolique des portraits stéréotypés des personnages de Philippe Claudel, et restant (comme à chaque fois avec lui) un peu sur le côté, peu touchée et peu séduite. Il y a pourtant, je dois l’avouer aussi, de bien belles scènes dans ce livre, qui me resteront certainement en mémoire : les abeilles autour des épaules du curé, le Commissaire qui prend la place du choeur et est porteur de mauvaises nouvelles, la fine silhouette blanche et gracile de Mila fendant la foule… Bref, voici un roman qui ferait une bien belle pièce de théâtre, mais sans doute l’est-il déjà.

Editions Stock – mars 2018 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Une autre lecture chez… Sylire

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Lectures 2018

Magda, Mazarine Pingeot… 41ème Prix Relay des Voyageurs lecteurs

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Voici le premier titre que je lis dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs Lecteurs… et j’ai été à deux doigts d’y apposer un coup de coeur de lecture, tant il m’a plu. Pour être honnête, il était celui qui me tentait le plus dans la sélection de cette année, et j’étais depuis un moment intriguée par l’écriture de Mazarine Pingeot. Il s’agit donc ici d’une rencontre très réussie. Ce sont surtout les personnages inventés par l’auteure qui m’ont beaucoup plu, et la manière dont elle a brossé leur portrait, leur environnement. J’ai sans doute été moins attachée à l’intrigue. Nous rencontrons tout d’abord Magda et Guillaume, âgés d’une soixantaine d’années, et qui vivent depuis leur rencontre dans ce village perdu des Pyrénées. Ils vivent selon leurs convictions, au plus proche de la nature et de ce qu’elle peut leur apporter, et surtout loin de l’agitation du monde. Magda a quitté l’Allemage lorsqu’elle n’était qu’une jeune femme, suite au décès accidentel de ses parents, et est heureuse d’avoir fondé là une nouvelle famille, ayant donné naissance à Alice et Ezéchiel, aujourd’hui adultes. Mais tout bascule lorsque sa fille Alice est arrêtée, avec son compagnon et quelques membres de la communauté anarchiste dans laquelle ils vivent depuis longtemps, appelée La ferme. Alice est accusée de terrorisme, suite au sabotage d’une voie de chemin de fer. Magda et Guillaume s’empressent alors de récupérer leur petite fille Rosa, âgée d’une huitaine d’année. Il en est cependant ainsi terminé de leur tranquillité dans leur paradis, car ils sont très vite harcelés par la presse et interrogés. Et se pose aussi très vite pour Magda la question de la responsabilité, de ce qu’elle a pu transmettre à sa fille malgré elle, via ses lectures et ses idées, mais aussi avec son caractère dur et parfois fermé, mystérieux. Je n’en dirai pas plus, mais n’hésitez pas à ouvrir ce livre qui interroge sur le pouvoir de la politique et des idées, mais surtout sur tout ce qu’entraîne de dérive et de transmission à son insu les secrets de famille. Le personnage de Magda est un personnage féminin fort, avec ses zones d’ombre et ses convictions, qui ne laisse pas indifférent et va me hanter je pense longtemps.

Editions Julliard – janvier 2018 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

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Lectures 2018

La grande roue, Diane Peylin

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Je vais avoir un peu de mal à parler de ce livre, car j’ai passé les 3/4 de ma lecture à me demander si j’appréciais ce que je lisais, tant la frontière semblait floue dans les lignes de ce roman entre la réalité et l’onirisme…. et que j’ai parfois du mal avec le fantastique et l’onirisme en littérature. Et je vais avoir encore du mal à vous expliquer pourquoi, au final, ce roman m’a laissé tremblante et conquise, à la fin, sans rien vous dévoiler de l’intrigue et des ressorts mis en place par Diane Peylin. Bref, un billet pas facile facile à écrire… merci Diane Peylin pour le challenge !! Mais reprenons au début… J’ai acheté ce roman au Printemps du livre de Montaigu, sur la foi de chroniques élogieuses vues furtivement sur internet.  Et puis j’aime bien, lors de ce salon, faire au moins un achat impulsif. J’avais vu également que Diane Peylin devait dédicacer son livre chez Les Fringales littéraires, ce qui me semblait aussi de bon augure.  Dans les premières pages du roman, nous rencontrons Emma. Nous sommes à l’été 1986. La jeune fille a dix-neuf ans et est négligée depuis l’enfance par ses parents. Elle rencontre un beau soir, près de la Grande roue, Marc, de dix ans son aîné. Marc l’appelle sa poupée, et la jeune femme se love dans cet amour tout chaud qui l’enveloppe. En parallèle, nous faisons connaissance avec Tess, jeune femme sans mémoire qui erre dans les rues d’une ville inconnue, de David l’homme à tout faire qui ne sait plus qui il est, et de Nathan, ce jeune homme convoqué régulièrement par Field, ce flic tenace qui cherche toujours la mère du garçon disparue. En tant que lectrice, j’ai eu de l’empathie très vite pour le personnage d’Emma, qui se laisse peu à peu enfermer dans un amour à la fois réconfortant et inquiétant, puis pour David, cet homme en manque de repères qui se prend d’affection pour la famille pour laquelle il travaille comme saisonnier. Puis rapidement, quelque chose dans l’errance de Tess, dans les questionnements de Nathan et Field déstabilisent… J’ai pensé au roman L’emploi du temps de Michel Butor, et à l’impression qu’il m’avait fait étudiante. Voilà donc où nous en étions… Diane Peylin nous demandait de perdre nos repères… et j’ai mieux compris tout à coup sa dédicace… Bienvenue dans ce labyrinthe où les jours obscurcissent les nuits… Mais cette perte de repères, le flou dans lequel elle nous entraîne, ne nous empêche pas de basculer brutalement dans une froide réalité, lorsque la première violence a lieu. Voilà donc où nous en étions… Je ne vous en dirai pas plus mais j’ai terminé ce roman tremblante, et impressionnée. Je me suis faite la remarque intime de combien le manque d’amour pouvait mettre en danger les enfants délaissés. Et je suis heureuse de cette découverte littéraire qui me donne à penser que la littérature n’est pas morte, que certains auteurs et éditeurs osent dépasser les marges et la facilité. Bravo pour ça à Diane Peylin et aux Escales !

Editions Les Escales – janvier 2018 – 

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

« Elle est émerveillée. Qu’un homme comme Marc ait pu s’intéresser à elle, c’était inespéré. Elle, la discrète qu’on ne remarquait pas, qui servait d’amie ou d’alibi pour arranger les copines, dont les professeurs oubliaient souvent le prénom, que les garçons voulaient approcher seulement pour vérifier la couleur de son pubis de rousse, que ses parents fuyaient lorsqu’elle prenait trop de place. Elle est émerveillée que cet homme de dix ans son aîné puisse l’aimer. Elle est sa poupée et il s’occupe d’elle, l’habille, la nourrit, la guide. Elle voulait travailler, pour elle aussi ramener de l’argent, mais il lui a dit que ce n’était pas la peine, qu’il préférait la savoir à la maison, qu’elle n’avait pas à s’inquiéter, qu’il gagnait bien sa vie et qu’il s’occuperait de tout. Il s’occupe de tout. Emma sourit. »

Lectures 2018

Les secrets, Amélie Antoine

Tu ne savais pas du tout à quoi t’attendre avec ce titre d’Amélie Antoine… ta première lecture de l’auteure, mais sans doute pas la dernière ! Tu pensais découvrir un thriller, mais Les secrets est bien autre chose. Déjà, sa construction est particulière, et tu en as goûté pleinement son originalité. Le roman débute par la fin de son histoire, pagination et paragraphes compris. Et quelle maîtrise de la part de l’écrivain d’ainsi acheminer son lecteur vers les prémices sans lasser, sans redondances, et surtout en gardant le suspense !! Nous découvrons dans les premières pages, Mathilde, enfin enceinte après des années d’essais infructueux. Son mari Adrien est ravi, et soulagé, mais il ne se doute pas combien Mathilde lui ment, comme elle respire. Elle vient d’ailleurs de quitter brutalement Yascha, son amant. Et Amélie Antoine touche de la plume dans ce livre les multiples vies que nous avons tous en nous, nos possibles inexplorés, ainsi que tous les ressorts et les désirs de maternité. Mathilde s’invente parfois un enfant imaginaire, quitte à le rendre réel seulement pour quelques heures. Et tandis que Mathilde souffre douloureusement de la difficulté d’être mère, de ce qu’elle vit comme une injustice, de l’impression qu’elle a d’être tous les jours confrontée au manque, Elodie (l’ex petite amie de Yascha) vit difficilement elle sa condition de très jeune mère célibataire. En lisant ce roman d’Amélie Antoine, tu as pensé aux très réussis Le Syndrome de la vitre étoilée ou Linea nigra de Sophie Adriansen, a tout ce que la maternité réveille en nous, et à ce qu’elle nous rend capable de faire… D’ailleurs, si vous êtes au Printemps du livre de Montaigu aujourd’hui, n’hésitez pas à aller voir ces deux auteures qui dédicacent en ce moment !! Tu les as rencontrées toutes les deux hier avec plaisir.

Editions Michel Lafon – mars 2018 –  

Tu as aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

D’autres lectures chez… Krol et Joelle

Lectures 2018

Les passagers du siècle, Viktor Lazlo

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❤Pour ce livre, tu as du dépasser tes a priori, et cette chanson dans ta tête qui s’est mise soudain à pleurer des rivières… car Viktor Lazlo n’est véritablement pas seulement la chanteuse dont tu conserves un doux souvenir, elle est également écrivain. Ce titre est son quatrième roman, le premier que tu ouvres, et il est devenu un coup de coeur évident pour toi lorsque tu as refermé sa dernière page, le coeur battant.  Nous parcourons dans ce livre trois continents et suivons cinq générations, de 1860 à nos jours. Ce préambule pourrait effrayer, donner le sentiment de rentrer dans une immense fresque, mais pas du tout. Viktor Lazlo nous tient au plus près de ses personnages et nous parle de l’intime, confronté aux vicissitudes du monde qui les entourent et les transportent brutalement. Tout part de l’écriture du journal intime d’une femme, qui sent sa fin proche, une des descendantes des personnages de l’histoire, et veut réparer, raconter son histoire, elle est à Sainte-Marie aux Antilles… Puis, nous revenons plusieurs décennies en arrière pour marcher près de Yamissi, toute jeune fille de Centrafrique, qui vient d’être embarquée avec d’autres membres de son village et de sa famille pour être vendue comme esclave de l’autre côté de l’Océan. Avec elle, nous tombons dans l’horreur à l’état pur. Elle sera finalement achetée par un marchand polonais à Cuba, se retrouvera grande dame à Nantes après l’abolition de l’esclavage, puis prostituée à Dantzig. Quarante ans plus tard, sa fille Josefa quittera cette ville avec Samuel, anarchiste juif polonais pour débarquer aux Antilles. Samuel laisse derrière lui en pologne une mère et quatre soeurs, et un sentiment très net de culpabilité, d’abandon et de trahison… Et toi lectrice, tu as aimé te laisser embarquer dans cette passionnante histoire, dans la belle écriture de Viktor Lazlo, et a été admirative de sa capacité à parler dans un même élan narratif à la fois du commerce triangulaire et de la Shoah. Tu as aimé aussi qu’elle parle si bien des corps et de la volonté farouche de chaque femme d’en faire une citadelle, un lieu qu’elle maîtrise et préserve, si possible… Mais c’est surtout la violence humaine qui est le personnage principal de cette histoire, cette violence qui détruit tout ce qui était beau et fragile sur son passage. Un superbe roman (validé aussi par Monsieur Antigone), dont on a très peu parlé en cette rentrée littéraire de l’hiver 2018, et c’est bien dommage…

Editions Grasset – janvier 2018 – 

Tu as aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2018

Les infidèles, Dominique Sylvain

Tu avais été séduite par l’intervention de Dominique Sylvain lors de son passage à La Grande Librairie il y a peu… tu as donc sauté sur l’occasion de demander son livre lors du dernier Masse critique de chez Babelio. Dans les premières pages, nous rencontrons tout d’abord la mystérieuse et un peu hautaine Alice, qui est à la tête du site lovalibi.com, un site qui fournit à ses clients, ayant des relations extra-conjugales, des alibis clés en main. Alice vit dans la peur de la mort, et de voir son anévrisme se réveiller. Installée à la campagne, elle mène une vie calme, aisée, et semble-t-il, préservée. Mais sa nièce adorée, Salomé, très jeune journaliste pleine d’avenir à TV24 est brutalement assassinée, alors qu’elle avait commencé un reportage de fond sur l’adultère et avait réservé, pour cette raison, une chambre à l’hôtel de La Licorne. Alice est effondrée, elle quitte sa demeure tranquille pour Paris, soutenir sa soeur et comprendre ce qui a pu se passer. Le commandant Barnier est chargé de l’enquête, accompagné par le lieutenant Maze, nouvellement arrivé dans son service et d’une beauté à couper le souffle. Et toi lectrice, qui ne lit pas souvent de polars (ce n’est pas ton genre de prédilection), tu as plutôt goûté celui-ci qui t’a semblé moderne et efficace. Dominique Sylvain donne la parole alternativement à plusieurs personnages de l’enquête, et même à un personnage énigmatique, qui s’avère très vite dangereux. Nous rôdons dans le milieu du journalisme, mais aussi de l’hôtellerie, dans ces heures où les couples adultérins se retrouvent, dans cette marge étroite où baigne le mensonge, la vengeance et parfois la colère. Et tu as aimé qu’au milieu de tout ça, le commandant Barnier se pose des questions sur ce qu’il éprouve réellement pour son jeune lieutenant, la pureté et la sincérité étonnante de ses atermoiements. Tout le roman est imbibé par son trouble. Il faut bien, sans doute, que l’enquête piétine un peu… et pour une fois le trouble est original. Au final, tu es heureuse d’avoir lu ce titre, dont tu ne garderas sans doute pas un très grand souvenir, mais qui a eu le mérite de te redonner le goût de lire des polars (surtout ceux qui traînent dans ta PAL).

Editions Viviane Hamy – février 2018 –  

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