Lectures 2020

Tropique de la violence, Gaël Henry… la BD de la semaine !

D’après le roman éponyme de Natacha Appanah

Malgré mes 118 livres lus en 2019, je n’arrive pas à lire tous les romans qui me tentent. Voilà pourquoi il m’arrive de me contenter des adaptations BD… qui sont bien souvent excellentes.  Encore une fois, je n’ai pas lu le roman de Natacha Appanah et suis donc allée vers cette adaptation sans a-priori. J’ai aimé tout de suite l’objet livre, sa lourdeur, son odeur de publication neuve mais les dessins de Gaël Henry ont un peu refroidis mon enthousiasme de départ. Il croque effectivement les personnages avec un trait un peu flou qui n’est pas ce que je préfère en matière de dessin. Cependant, prise par l’histoire, l’ambiance, je l’ai assez vite oublié et je dois même dire qu’en refermant les pages de cet album j’ai pensé qu’il collait finalement extrêmement bien au texte et au sujet. Nous sommes à Mayotte. Une nuit d’orage, Marie, infirmière de 33 ans en mal d’enfant, travaille. Une embarcation pleine de comoriens en attente de soins vient de débarquer sur la plage de Bandrakoun et est rapatriée au CHR de Grande Terre. Parmi eux, une jeune fille avec son bébé. Il est atteint d’hétérochronie, c’est à dire que ses deux yeux ne sont pas de la même couleur. Cette étrangeté est considérée comme la marque du Djinn dans la région. La jeune fille s’enfuit donc, laissant le bébé aux bons soins de Marie qui adopte l’enfant et le prénomme Moïse. Tout se passe bien jusqu’à ce que Marie meurt accidentellement et que la violence de Mayotte rattrape cet enfant étrange, élevé comme un blanc, naïf et passionné. Comme je le dis plus haut, je n’ai pas été emballée par le dessin dans les premières pages, mais le charme du récit a très vite fait le reste. Gaël Henry donne simultanément la parole à chaque protagoniste de l’histoire, même le chien, et c’est ce rythme donné, sa manière de faire intervenir les fantômes des êtres récemment décédés, qui m’a séduite. Cet album est une manière intéressante de plonger dans l’histoire et l’univers de ce 101ème département français, rongé par la violence et le chômage, mais au décor de carte postale.

Lu dans le cadre du dernier Masse critique de chez Babélio et de la BD de la semaine. Tous les autres liens sont chez Stephie aujourd’hui !

Une autre lecture chez… Mes échappées livresques

Sarbacane – mars 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Coups de coeur·Lectures 2019

Haïkus de Sibérie, Vilé & Itagaki… la BD de la semaine !

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❤ Grace au comité de lecture BD auquel je participe au sein de ma médiathèque, je découvre pas mal de nouveautés, mais je ne suis pas toujours très enthousiaste… Heureusement, cette fois-ci, j’ai fait une heureuse pioche. Ce livre est en effet un très bel album. Il raconte l’histoire d’habitants d’un village lituanien déportés en Sibérie en 1941. J’ai adoré la mise en page qui tient autant de la BD que de l’album pour enfants, avec ses sympathiques trouvailles et ses petits détails. Les dessins sont majoritairement très beaux. La présence des haïkus est pour autant en réalité assez anecdotique dans cette histoire. Une tante d’Algis, fascinée par le Japon,  a pu conserver ce seul ouvrage, un recueil de haïkus, écrit en japonais, et en transmet aux prisonniers japonais sur le camp, essayant ainsi de leur donner bonheur et courage. Le scénario met plutôt en avant les diverses façons qu’auront les enfants, la maîtresse, les prisonniers dans leur ensemble (en dehors du groupe des mécontents) de contrer la tristesse et l’adversité au sein d’un terrible goulag, comme cette idée de monter une chorale pour occuper les enfants et apporter un peu de bonheur au groupe. Malgré les apparences (le dessin, l’humour, la mise en page ludique), ce n’est pourtant pas du tout un album destiné aux enfants, car le propos est évidemment trop dur. Les violences faites aux déportés sont visibles, le sang gicle, la mort est présente. Pour autant, on sort de cette histoire avec une très belle impression de douceur, et la certitude d’avoir rencontré de beaux personnages. J’ai également pas mal appris sur cette déportation lituanienne dont j’ignorais tout. Une lecture coup de coeur !

Editions Sarbacane – 6 mars 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Un album lu dans le cadre de la BD de la semaine, tous les autres avis sont chez Moka

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J’ai lu aussi cette semaine (avis brefs)…

Grand plaisir de lecture avec cette magnifique BD qui est l’adaptation du roman de Michel Bussi, « Nympheas noirs ». Les planches sont superbes. Et bien que les dessins des personnages ne soient pas spécialement de mon goût, il n’y a rien à redire à l’ensemble de cet album dont l’intrigue (très efficace et bien menée) fonctionne très bien !

Dupuis/ Aire-libre – 25 janvier 2019

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Surprenant album qui retrace le séjour à Paris de Wolfgang Amadeus Mozart, entre infortune, déceptions, mauvaises rencontres et le décès de sa mère adorée. Difficile de composer dans cette atmosphère. Et pourtant… Dans cet album, le dessin étonne très vite. Les visages sont atroces. Mais quelque chose fascine. Sans doute ce personnage de Mozart, représenté le plus souvent de très petite taille, mal habillé, laid, qui parfois redevient l’enfant prodige qu’il était… et qui parfois aussi grandit comme dans Alice aux pays des Merveilles et surplombe alors Paris. Il y a tout du long la figure de son père, omniprésente, en voix off. Un album qui s’avère une bien intéressante curiosité ! Et je trouve qu’il arrive à bien cerner à sa façon la personnalité complexe de Mozart. Plutôt une réussite.

Casterman – 26 septembre 2018

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Lectures 2018

Prix Landerneau Album Jeunesse 2018

❤

Depuis 2013, le Prix Landerneau Album Jeunesse distingue un album destiné aux enfants de 3 à 8  ans, alliant qualités graphiques et éditoriales autour d’un message contribuant à initier l’enfant à la découverte du monde et de soi.  Le 13 mars dernier, le lauréat de 2018 a été désigné par un jury composé de libraires des Espaces Culturels E Leclerc, présidé par Timothé de Fombelle. Tu tenais à te faire une idée de l’album gagnant, soit Aspergus et moi de Levy & Vasquez… et tu es tombée sur un petit bijou graphique, principalement fait de noir et de blanc, mais agrémenté peu à peu au fil de l’histoire de touches de plus en plus grandes de couleurs. Franz Aspergus est un célèbre peintre qui a besoin dans son atelier d’une trentaine d’assistants pour l’aider. Un jeune rat (le narrateur) est plus particulièrement destiné à préparer les noirs. Un soir, alors qu’il est bien tard dans l’atelier, il se rend compte que son maître n’est pas heureux et a surtout perdu le bonheur de peindre. Le jeune rat lui propose alors de modifier sa manière de procéder, en utilisant sa main droite par exemple, ou en fermant les yeux, ou encore avec un balai. Peu à peu, Aspergus s’éloigne de ce qu’il faisait auparavant et retrouve le bonheur en même temps que la couleur. Les assistants partent un à un et ils se retrouvent tous les deux en train d’inventer ce que l’on peut appeler aujourd’hui l’Art moderne. Ce qui t’a surtout plu dans cet album est l’idée qu’un petit changement, un petit rien, un petit pas de côté dans les habitudes, puisse modifier tellement, surtout l’état d’esprit, et ouvrir des horizons. C’est ce que tu expérimentes et apprends à faire depuis peu tous les jours, et tu trouves que c’est une belle idée de la vie à partager avec les plus petits.

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Editions Sarbacane – septembre 2017

Tu as aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

 Tu remercies grandement Shanaz Barday de chez Faits et gestes pour l’envoi en version Pdf de cet album !

Coups de coeur·Lectures 2017

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais

❤ 

Ah, Pouchkine ! Ah, Eugène Onéguine !… Depuis le temps que tu croisais cette jolie couverture sur les blogs, tu ne te doutais pas que ce roman, en vers, destiné à un public adolescent, était l’adaptation moderne de cette fameuse oeuvre de Pouchkine. Tu l’aurais sans doute ouvert plus tôt. Il faut dire que tu as voué, étudiante, une véritable fascination pour la vie et l’oeuvre d’Alexandre Pouchkine, à la fois passionnée, passionnante et romantique. Mais l’histoire d’Eugène Onéguine, adaptée par Clémentine Beauvais, est ici quand même un peu différente… Nous sommes en 2006, et Tatiana a quatorze ans lorsqu’elle rencontre pour la première fois Eugène, qui en a dix-sept. C’est l’été. Eugène accompagne son ami Lensky tous les après-midi chez Olga, la sœur aîné de Tatiana. Les amoureux se retrouvent et les deux autres jeunes gens, désœuvrés, sympathisent. Jusqu’à ce que, Tatiana, persuadée d’être amoureuse, écrive un long mail à Eugène qui l’éconduit brutalement. Lorsqu’ils se retrouvent une dizaine d’années plus tard, par hasard dans un TER, se rejoue alors une autre partition. Tatiana n’est plus la jeune fille naïve qu’elle était, elle a des projets d’avenir. Eugène a également changé et n’est plus le jeune frondeur, sûr de lui, qu’il était. Et toi lectrice, tu as trouvé ce petit livre particulier extraordinaire, non pas par l’intrigue assez banale qu’il raconte (universelle ?), mais par sa forme, absolument inventive, particulière et attachante, et finalement moderne. Car en effet, l’écriture de Clémentine Beauvais virevolte, et zappe, comme il est d’usage de le faire actuellement… Elle dépose des fragments de mails, des textos, puis entrecroise dialogues intérieurs et paroles balbutiantes. Et il faut le dire, que c’est un réel régal, et que l’on tourne les pages, avide de lire les lignes suivantes. Bref, tu n’avais pas envie de terminer ce roman.

« Il est quatre heures cinquante-quatre du matin,
un tesson de soleil est déjà fiché dans le ciel prune.
C’était exactement la lettre qu’il y avait dans son ventre.
Tendre, exacte, franche.
Discrète, douce. »

Editions Sarbacane – août 2016

Moka l’a lu aussi avec émerveillement

Valérie parle de la version Audiolib aujourd’hui (quelle coïncidence !! )

Coups de coeur·Lectures 2017

L’aimant, Lucas Harari

❤ 

Tu découvres en ce moment de superbes BD, à l’atmosphère assez surnaturelle (un thème en vogue en 2017 ?)… Et c’est encore le cas pour celle-ci qui s’avère un bien beau coup de cœur, tant tout t’a semblé parfait dans cet album, la taille de l’objet livre (XXL), son poids, sa texture, la qualité de ses couleurs (à prédominance rouge et bleu), l’histoire, la beauté des planches. Nous rencontrons tout de suite Pierre, jeune étudiant parisien en architecture, ayant abandonné sa thèse, suite à des problèmes de santé, et surtout à la perte de ses notes. Il entreprend un dernier voyage en Suisse, afin de visiter les thermes de Vals, objet de son étude. Ce magnifique bâtiment, devenu un hôtel, conçu par le célèbre architecte suisse Peter Zumthor, au cœur de la montagne, est fascinant. Pierre ressent particulièrement pour la piscine une mystérieuse et inexplicable attraction. Il n’a de cesse de la dessiner pour en sonder les secrets. Mais Pierre n’est pas le seul à s’intéresser à l’architecture étrange du bâtiment. Il doit affronter plusieurs fois la curiosité malsaine que provoquent ses recherches sur la personnalité déroutante d’un professeur en séjour dans le même hôtel. Heureusement, sur la route, Pierre a rencontré un fermier, sympathique, qui l’initie aux mystères et légendes de Vals, et lui apporte son aide bienveillante. Il rencontre également la belle Ondine…. Et toi lectrice, tu ne sais pas si cet album rencontrera chez tous les lecteurs le même engouement. En effet, on peut ne pas accrocher aux dessins, aux couleurs, à la typographie des bulles, aux côtés un peu vintage de l’ensemble (voir les scènes de bagarre façon Black et Mortimer). Mais toi tu as adoré t’y plonger. Pourtant, tu n’aimes pas toujours le surnaturel ou le fantastique en BD, mais ici l’atmosphère inquiétante et étrange fonctionne bien. Pour certaines vignettes, tu as pensé aussi à La vierge froide et autres racontars, adapté de Jorn Riel par Tanquerelle et De Bonneval, et cela t’a fait sourire. Bref, une très belle et étonnante découverte !

Editions Sarbacane – août 2017

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…1 2 3 4 5

Ceci est ta BD de la semaine, tous les autres liens sont chez Noukette aujourd’hui [clic]